‹ L'art des accouchemens (volume 5)Chapitre 70 sur 88 · HART · texte numérisé non relu

HART

qui avoit eu lieu dans un village situé près d'Avalon# Tous ces faits offrirent, dans l’espace de quelques mois, autant d'exemples de grossesses

tubaires du terme d'environ six semaines, et ler:

minées de la même manière. Une autre grossesse de cette espèce se développa jusqu'au troisième mois révolu, chez madame la B. de L., âgée de trente- deux ans, et se termina aussi par la rupture de la trompe et un épanchement mortel dans l'abdomen , le 29 brumaire an 1X, 20 novembre 1800. F'oyez Dissertation sur les grossesses exirautérines, n° 23, École de Médecine de Paris, ann. 1800 (1).

2203. Le sort de la femme n'est pas également ficheux dans tous ces cas. Lorsque la trompe qui contient lenfant ne se déchire pas, tantôt elle s'enflamme et contracte des adhérences avec les parties circonvoisines ; il se forme des dépôts, des ouvertures , qui établissent des communications, tantôt avec le canal intestinal ou avec les voies urinaires (2), et tantôt à l'extérieur du ventre, par où les débris du fœtus peuvent être

RD SERRES Po

(x) On trouve quelques faits de cette espèce dans Amand, pages 58 et suivantes, dont l'issue n’a pas ‘éte moins fächeuse ; ainsi que dans Wauriceau, livre 1, chapitre V, et beaucop d’autres Auteurs. (Voyez aussi l’Observation de /’assal, dans les OEuvres anatomiques de Duverney , tome Il, page 353; et Portal, page 126, Pratique des Accouchemens, qui paroît être la même.)

(2) Observation communiquée par M. Morlanne , Chirurgien-Accoucheur à Metz, insérée dans Île Recueil périodique de la Société de Médecine, tom. XII, pag. 70; et un autre fait moins authentique annoncé dans la Gazette de France du 6 floréal an x.

expulsés ou extraits, et la femme guérit après un temps plus ou moins long. D’autres fois l'enfant se conserve entier, se dessèche et se durcit, et la femme en est peu incommodée après les premiers mois, ou les premières années ; ce quinel’ empêche pas d'avoir d'autres enfans et d accoucher heureusement.

2204. La terminaison des grossesses où l’enfant esi contenu dans l'ovaire ou dans la cavité abdominale , n’est pas fort diflérente de celle des grossesses FRERE Si l'enfant peut s’y développer davantage, y vivre plus long- -Llemps, et parvenir au terme de sa maturité ordinaire , ne pouvant sorur par les voies naturelles, il périt à la suite des effortsinutiles que fait la nature pour s’en délivrer, et produit ensuite, le plus souvent au moins, des accidens ldtales et tres-fâcheux. La femme n’y succombe pas toujours , 1l est vrai; mais pour une qui a Le bonheur d’° échapper & a Et d’écueils, dix autres en sont victimes. Dans ce cas , comme dans la première de ces espèces de grossesses extra-uiérines , l'enfantet ses enveloppes se desséchent quelquefois, et la nature assure encore, par ce moyen, des Jours plus ou moins longs à la mère, mais qui ne sont pas exempts de troubles et de: douleurs dans les premieres années. Les Auteurs nous ont conservé l’histoire de plusieurs femmes qui ont porté de pareils enfans pendant T espace de vingt-deux , vingt-cinq, trente, et même quarante-six ans Gi JE

(r) Un grand nombre de ces faits sont rassemblés dans un Mémoire de M. Morand, lu à l'Académie des Sciences

220. Nous avons déjà fait observer que le desséchement de l'enfant n’étoit pas le seul moyen par lequel la nature tendiît à la conservauon de la

femme, dans ces sortes de grossesses; que quel-

quefois elle suivoit une marche différente ; qu'il se formoit des dépôts, des ulcères, par où les débris du fœtus étoient expulsés à la longue. Mais combien cette voie est incertaine et périlleuse, quand l'enfant concu hors de la matrice a pris l’accroissement qu'il a coutume d'acquérir dans ce viscère même! Que de femmes ont succombé aux acei-

dens inséparables de la formauon de ces sortes de.

dépôts, avant qu'ils ne se fussentouverts! Combien d'autres en auroient été victimes également si la chirurgie n’eût secondé à propos les efforts de la nature, en agrandissant l'entrée des sinus qu'elle s’éloit pratiqués, et en la débarrassant du corps étranger quelle y présentoit |

2206. Les livres de l’art sont remplis d’observauons dont la pluparttendent à démontrer limpuissance des efforts de la nature, quoique toujours

dirigés vers un but salutaire ; et quelques autres,

l'eflicacié des secours de l'art, quand ils sont administrés à propos. L'observation de Littre (x) et re L | ° 3

d' Amand (2) n'est pas la senle qui offre | exemple d'un fœtus extra -utérin rejeté par la voie des

en 1745. On pourroit y en ajouter de nouveaux, et beaucoup plus récens, notamment celui qui fut observé à Vitry-le-Français, en 1778 , sur une femme de l'âge de soixante-dix-huit ans, qui portoit cet enfant depuis 1752. (1) Mém. de l’Académie des Sciences , année r702. (a) Amand, page 58.

DES ACCOUCHEMENS. 455 garde-robes, et en quelque sorte pièce par pièce. On trouve un fait analogue , publié par Nourse, dans les Transacuons philosophiques (r); et un autre par Giffard, dans la Bibhothèque Britanpique (2), qui paroît être le même , à quelques circonstances prés.

2207. M. Nourse, appelée pour secourir une Observation. femme qui éprouvoit ds symptômes d'une faussecouche, reconnut que le corps de la matrice, descendu pe le bassin, pressoit tellement le rectum et la vessie, qu'il génoit beancoup la sortie des excrémens et des urines, et que l’onifice de ce / viscère se trouvoit un peu au-dessus du pubis. Mandé de nouveau quelques jours apres, il apprit qu'une Sage-Femme venoit d'extraire un fœtus entier , flétri et comme putréfié, par l'anus; il vit que le cordon ombilical sortoit par cette voie de la longueur de plusieurs pouces, et, en le suivant du doigt, à la hauteur de trois pouces environ, 1] reconnut, à l'intestin rectum, une ouverture assez spacieuse, qui sembloit pénétrer dans l'utérus, et par laquelle il essaya d'extraire le placenta, dont il ne put obtenir, dit-1l, que quelques lambeaux putréfiés. La femme perdant beaucoup de sang et d’autres mauéres par l'anus, mourut le vingt-sixième jour. À l'ouverture de son corps on trouva une sorte de sac membraneux, de forme irrégulière, qui s'étendoit derrière F he auquel il étoit adhérent, et se terminoit du côté gauche,

(1) N° 416. an 1530.

(2) Tome VII, an 1736.

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Gbservation.

à cette parüe du colon qui aboutit au rectum. Ce sac, qui sembloit formé par l'ovaire, et dans lequel s'ouvroit cependant la trompe droite, contenoit le reste du placenta et des membranes, et communiquoit d’ailleurs avec le rectum par un ulcère de quatre pouces ou environ de diametre.

2208. Ce fait, de M. Vourse, ne diffère de celui de Giffard, qu’en ce que la femmme dont parle ce dernier n’a survécu que six jours à l’espèce d'accouchement dont il s’agit; toutes les circonstances d’ailleurs étoient parfaitement les mêmes.

2209. Ces fais, et d’autres encore plus ou moins analogues , pourront paroître un peu moins exttaordinaires que celui dont nous avons été en quelque sorte témoins au mois de floréal an 1x, jun 1799, puisque ces fœtus ex pulsés par l'anus paroissoient au plus du terme de trois mois à trois mois et demi de conception, tandis que celui dont nous allons parler étoit de sept révolus , lorsqu'il mourut dans le sein de sa mére, où 1l resta sept autres mois encore après sa mort. La femme qui fait le sujet de cette observation se eroyoit grosse de trois mois et plus en prairial an vir, ou la fin de juin 1708 , et l’étoit devenue conséquemment en ventôse, ou mars, lorsque de violentes douleurs semblables à celles d’une fausse-couche, et d’autres accidens, déterminérent M. Bergeret, son chirurgien et son accoucheur, à recourir à la saignée , aux bains, aux fomentations émoillientes , etc. Ces accidens se reproduisirent plusieurs fois, parvinrent au point de donner dans la suite les plus vives inquiétudes, et de faire douter

de existence de la grossesse même, qu’on avoit crue si bien établie pendant quelque temps :ce qui détermina à me consulter, le 27 brumaire, époque de la révolution du neuvième mois. Les mouvemens qu’en avoit pris pour ceux d’un enfant, ne se faisoient plus sentir depuis plus de six semaines : le ventre étoit excessivement développé, tendu, et d’une telle sensibilité qu’on osoit à peine le toucher, loin de pouvoir le palper profondément, et de manière à reconnoître ce qu'il contenoit ; des douleurs déchirantes se faisoient sentir vers la fosse 1liaque droite ; la fièvre étoit ardente et la physionomie singulièrement altérée, de sorte que tout sembloit annoncer un danger pressant. En avançant le doigt profondément dans le vagin, on remarquoit que le col de la matrice étoit derrière le püubis et retiré vers le haut de la symphyse; que le corps de cet organe étoit au-dessus de cette même symphyse et sous la ligne blanche, sans altérauon niaugmentation bien apparente de volume: observations que j'avois eu occasion de faire dans plusieurs cas de grossesses extra-utérines, et bien plus souvent dans ceux d’hydropisie ou de maladie des ovaires, pour lesquelles j’avois été consulté. On découvroit de plus, mais assez confusément, au-dessus de l’entrée du bassin, une masse volumineuse , dure, inégale, qui occupoit une grande partie de l'abdomen , sans pouvoir distinguer si c'étoit un enfant, ou l’une de ces maladies organiques dont on vient de parler. Assuré par cet examen que la matrice ne contenoit rien, je déclara sans détour , que s'il existoit une grossesse, elle étoit extra-utérine.

453 | L’ART | 2210. Je n’entendis plus parler de la femme Lefort que le 26 floréal de l’année suivante, en apprenant à sa porte même qu’on lavoit accouchée quelques jours avant par le fondement; et J'étois loin alors de croire qu’elle existât encore, d'apres l'état déplorable où je Pavois laissée six mois auparavant , et qu'elle eût pu reprendre assez de forces pour se livrer aux soins de son commerce et partager les plaisirs de la société pendant une partie de l'hiver. Je la vis à linstant même; elle me rendit compte de ce qui s’étoit passé : mais je la trouvai dans un tel état de foiblesse et d'épuisement, que je jugeai qu'elle ne pouvoitaller au-delà du lendemain, loin de regarder son accouchement comme un événement heureux. L'enfant ne me parut pas au-dessus du terme de sept mois, C'étoit une fille, elle étoit maigre, allongée comme si elle eût passé à travers une filière. Le sternum , enfoncé dans toute sa longueur, sembloit toucher au rachis et former avec le bout des côtes, qui se portoient en avant, une gouitière assez profonde. Sa longueur du vertex aux genoux n'étoit que de quatorze pouces, les jambes étant détachées, comme on le verra ci-après. J’aurois voulu le peser; mais je ne le pus, n'ayant point de balance; 1 paroissoit au plus du poids de trois livres. 2211. Les détails de cet accouchement sont consignés dans le Recu’ ‘riodique de la Société de Médecine, du mois de thermidor an x, août 1802, tome x1V, pag. 89. On y voit: 1°. que le 30 brumaire an VIII, érois Jours aprés ma premiére visite, la femme Lefort rendit par la vulve, à la suite de quelques coliques seulement, une assez

grande quantité de sang, etune môle dela grosseur d'un œuf; 2°. que dans le cours de ventôse suivant, quatre mois après, celle rendit aussi pendant plusieurs Jours, par la voie des selles, des glaires sanguinolentes , et beaucoup de pus fetide ; 3°. qu’on vit dans la suite, en inspectant les garde-robes, les os du tarse et du méatarse gauche ; 4°. que le premner floréal, on y trouva des lambeaux de substance charnue (qui provenoient sans doute du placenta }, et le neuf, le pied droit tout entier ; 5°. qu’on découvritalors au rectum, à trois pouces ou environ au-dessus de l'anus, une ouverture par laquelle on fit l'extraction du tibia gauche, et vers le vingt du même mois, celle du fœtus tel que nous l’avons décrit plans haut. 2212. L'ouverture du cadavre de la femme Ouverture Lefort devoit offrir des résultats trop iniéressans ‘a pour ne pas me faire naître le désir de les recueillir zepor. moi-même ; non-seulement j'assistai à cette ouverture, mais ] y coopérai, et l'examen des partes fixa mon attention durant troisheures entières: elle fat faite sousles yeux de M. Maloët,de MM. Bergeret, Petitbeau , Dailliez, Ané et Henry. Nous regrettons de ne pouvoir faire connoître ici toutes les réflexions qu'elle nous a suggérées, parce qu'elles appartiennent moins à cet ouvrage qu’à un travail déjà commencé sur les grossesses extrautérines. Le foie étoit d’un volume manifestement plus grand que dans l’état naturel, et d’une teinte pâle tirant sur le jaune ; la vésicule bihaire irés-ample et pleine d’un liquide jaune clair ; l'estomac peu développé, refoulé dans l'hypocondre gauche, la rate dans l’état ordinaire. Les

460 . L'ART | deux tiers des intestins grêles occupoient le côté droit da ventre, et l’autre uers le côté gauche : ils étoient d’une couleur naturelle, sans altération, et affussés. Le cœcum seul étoit météorisé, volumineux , transparent comme s'il eût été soufflé. Le colon contracté sur lui-même offroit moins de volume que les intestins préles, et cette contracüon étoit plus gr:nde encore dans sa partie gauche et la partie supérieure du rectum, que dans le reste de sa longueur, tandis que ce dernierse itronvoit trés-dilaté au-dessous de ce resserrement. 2213. On découvrit sur la fosse ihaqne droite et dans la partie moyenne de l'hypogastre, une poche assez vaste encore, quoique vide et affaissée sur elle-même, qui s’allongeoit un pen vers la fosse

iliaque gauche, en s'élevant au-dessus de la ma-

irice qui sembioit en faire partie par sa face postérieure. Elle adhéroit fortement en plusieurs endroits à l'épiploon et aux intesuns, sans qu'ils entrassent comme parties intégrantes dans sa formation. Elle étoit déchirée vers sa parue supérieure et latérale gauche, et se prolongeoit en en-bas du même côté entre la matrice et lintestin rectum dans lequel elle s’ouvroit par un large ulcère de forme un peu ovale, à plus de deux pouces et demi au-dessus de l'anus.

2214. Cette poche, plus large supérieurement qu’en en-bas, avoit à peu près Ja figure de la matrice dans les derniers temps de la grossesse : elle étoit formée évidemment par le péritome qui enveloppe.la trompe, lovaire, et le repli qu'on ‘appelle Hgament large , du côté droit, ainsi que par la poruon de cette membrane qui couvre la

face postérieure de la matrice dont celle-ci étoit dépouillée presque jusqu'à la hauteur de son fond, de sorte qu’elle sembloit en faire une partie intégrante en cet endroit. L’épaisseur des parois de ce kyste qui avoit contenu le fœtus, nous à paru d’une bigne ou environ presque partout, excepté dans les endroits où les intestins et l'épiloon étoient adhérens.

2215. La face interne de ce kyste étoit brune, livide, comme tapissée d’une membrane munce, que le doigt en détachoit aisément par Jambeaux. Du côté droit, en devant et en arrière, mais supérieurement et dans une étendue correspondante à celle d’un placenta ordinaire, elle étoit d'une teinte brune plus foncée, un peu inégale et comme hérissée superfciellement de tubercules variqueux ; les parois étoient aussi-un peu plus épaisses là que partout ailleurs, et paroissoient tissues de fibres et d’un grand nombre de vaisseaux veineux : tout sembloit annoncer en cet endroit le siége de l'arrière-faix, dont on ne retrouva aucune portion, le kyste ne contenant alors qu'un peu de matière bourbeuse, purulente et stercorale.

2216. Indépendamment des peuts tubercules variqueux dont on vient de parler, on découvroit aussi, çà et à, dans la même région de la surface interne de ce kyste, des lacunes, ou des ouvertures semblables à celles qu'on remarque dans l'intérieur de la matrice, et qui forment l'entrée des sinus utérins. Les plus grandes se trouvoient dans le voisinage de l'ovaire droit; elles admettoient librement une grosse aiguille à tricoter, qu'on pouvoit

introduire à la profondeur d’un pouce an moins, dans les conduits vasculaires auxquels elles aboutissoient. R

2217. La matrice, placée au bas de la paroi antérieure du kyste, et dont elle faisoit partie, comme on l'a vu au $. 2214, étoit un peu plus volumineuse que ne le comportoit la stature du sujet; mais cet excédant de volume n’alloit pas au-delà d’un cinquième. Sa substance étoit moins rouge que dans l’état naturel, d’un ussu plus serré, et en même temps plus épais; de sorte que, malgré le foible accroissement de volume, la cavité n'en étoit pas plus grande. Elle ne contenoit rien, pas même une seule goutte de sang. Le museau de tanche n'offroit aucune altération, aucun changement, n1 dans sa forme, ni dans sa structure. L'aiguille qui nous servoit de stylet ne pénétroit pas plus facilement dans l’orifice des trompes que dans l’état le plus habituel de la matrice : elle parcouroit sans obstacle toute la longueur de la trompe gauche, et ne pouvoit aller au-delà d’un pouce dans la droite, qui étoit oblitérée dans le reste de son trajet.

2218. La trompe gauche étoit un peu plus grosse que dans l’état ordinaire, son tissu s'étant accru comme celui de la matrice. Elle suivoit une marche tortueuse en s’avançant vers l'ovaire, qui étoit parfaitement sain , et auquel elle étoit attachée par l’une des franges de son pavillon. Le ligament large de ce côté, et ses deux replis appelés ailerons, étoient distincts. La trompe droite n'étoit bien dessinée qu’auprés de la matrice, et dans cette portion où le canal s’en étoit conservé.

DES ACCOUCHEMENS. 403 Elle s’allongeoit du reste en forme de cordon solide, dans l'épaisseur de la paroi supérieure, moyenne et antérieure du kyste, sans qu'on püt reconnoître où elle se perdoit. Disséquée, pour ainsi dire, fibre par fibre, et avec le plus grand soin, on s'est assuré qu’elle étoit oblitérée dans tout ce trajet, et que la portion du canal qui s'étoit conservée vers son principe, n'avoil aucune Communication avec l’intérieur du kyste.

2219. L'ovaire droit, situé à plus d’un pouce au dessous de cette trompe obluérée, étoit aplau, plus large qu'un écu de six francs, et ayant seulement un peu plus d'épaisseur que ce dernier. Il faisoit évidemment partie des parois du kyste, antérieurement et inférieurement, comme la matrice elle-même en formoit une autre portion plus antérieurement. La couleur de cet ovaire extérieurement étoit blanchâtre comme celle de l'ovaire gauche ; mais vers l'intérieur du kyste, elle paroïssoit d’un gris olivätre : on eût dit, en le voyant et en l’examinant avec attention, qu'il s’étoit ouvert et partagé en deux lames, dont l’une devoit faire partie de la paroi postérieure du kyste, comme la première contribuoit à former sa paroi antérieure et latérale droite,

2220. De gros vaisseaux veineux s’avancoient dans l'épaisseur des parois de ce kyste, en allant du voisinage de l'ovaire dont il s’agit vers la matrice, et en suivant les traces du sillon que formoient les ailerons du ligament large de ce côté, avant leur développement. L'un de ces vaisseaux dans lequel on introduisit le stylet, se perdoit dans la substance même de la matrice,

par un évasement, ou espece de bassinet, dans lequel on AE me quatre Où cinq autres ouvertures assez larges , appartenant aux vaisseaux utérins mêmes, qui venoient s ÿ terminer également, Les vaisseaux spermatiques du côté drait étoient plus gros, plus développés que dans l’état naturel, et nee plus conséquemment que ceux du côté gauche, qui ne paroissoient avoir subi aucun changement.

2221. Si l’on ne peut douter, d'aprés tous ces détails, qu'il y ait eu grossesse extra-utérine chez la femme Lefort, on demandera peut- -être quelle en a été la véritable espèce ; si c'est dans l'ovaire ou dans la trompe du côté droit que s’est développé le fœtus. C’est sur ce point que les opinions pourront encore se partager. Les uns croiront , avec nous, que c'est dans l'ovaire , et les ne dans la trompe ; quoique nous l'ayons trouvée oblitérée dans les quatre cinquièmes ou environ de sa longueur ; que nous n° ayons découvert aucune En doin entre la cavité du kyste et la petite poruon de cette trompe qui étoit encore libre, parce que le reste, diront- ils, a pu POS pendant la gestation. Nous ajouterons seulement que dans toutes les grossesses de cette dernière espèce, on a trouvé constamment une commu nication entre la cavité du kyste et celle de la matrice, tantôt au moyen d'une ouverture qui n’excédoit pas de beaucoup le calibre ordinaire de la trompe conservée dans une étendue quelconque, et tantôt par une trés-évasée du côté du kyste même , et étroite du côté de la matrice : ce qui n bee A pas thez la femme Lefort.

2229. Les grossesses extra-utérines ne sont pas les seules qui se terminent de cette manière : la main bienfaisante de la nature s'est montrée quelquefois de même dans la grossesse ordinaire, lorsque ses eflorts pour expulser l'enfant par la voie accCoutumée avoient été infructueux ; plusieurs fois cet enfant ayant été rejeté ou extrait par des abcès qui s'étoient ouverts au-dessous de l'ombilic, ou dans un autre point de la surface abdominale. Les Chirurgiens de l’'Hôtel-Dieu de Paris ont été témoins d’un fait de cette espèce en 1777. Nous avons connu la femme qui vivoit encore vingtcinq ans après. L'Académie de Chirurgie n’attendoit, sans doute, que l’occasion d’en publier plusieurs autres qui lui avoient été communiqués depuis par quelques-uns de ses correspondans ; et nous donnions nos soins à une femme qui étoit dans le même cas, et qui touchoit au terme de sa parfaite guérison au moment où nous achevions l’impression de la seconde édition de cet ouvrage. 2223: Cette femme, à laquelle M. Millot avoit fait l'opération césarienne en 1774, ét que nous avons accouchée plusieurs fois depuis au terme de sept mois , fit une chute sur des monceaux de glacons, en traversant les rues de Paris dans les premiers Jours de janvier 1789, étant alors à la fin du quatrième mois de sa sixième grôssesse, etse froissa fortement le ventre. Deux mois aprés cette chute, l'endroit qui avoit été contus s ouvrit, et il en sortit beaucoup de matières sanieuses et purulentes, des plus fétides, qui entraînérentdes débris de chairs pourries, et quelques pièces osseuses que celte femme prit pour des os de poulet, quoiqu’elle

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