Tome IT, H h
482 L'ART à y introduire du mercure nous eût fait connoître quel rapport, quelle communication 1} y avoit
entre la cavité utérine et celle du kyste; mais nous :
ne pûmes nous en procurer, ni porter nos recherches au-delà au moyen du scalpel. Sielles n’ont pu nous faire connoître précisément le siége de cette grossesse extra-utérine, il nous a paru certain que c’étoit dans l'ovaire ou dans la trompe cauche, et plutôt dans celle-ci que dans l'ovaire.
2252. Ce fait pourra donner lieu à beaucoup de réflexions , dont les unes seront relauves au principe des grossesses extra-utérines, aux cireonstances qui semblent devoir les favoriser, ou aux causes accidentelles qui paroïissent les plus propres à y contribuer ; les autres, au développement de ces grossesses , à leur durée, à leur issue, aux moyens de secourir la mère et l'enfant, et surtout la première, dans ces instans où la nature, par des efforts le plus souvent impuissans et toujours faciles à reconnoître, annonce le besoin de se débarrasser du fardeau qui lopprime, autant que celui d’être secondé dans une lutte d’où elle n’est peut-être pas sortie une seule fois victorieuse sans le secours de l’art, soit que ces grossesses fussent parvenues au terme ordinaire, qu'elles l'eussent dépassé, ou qu’elles eussent avorté beaucoup plus tôt.
2253. La plupart de celles que ce fait nous a suggérées, nous affermissent de plus en plus dans l'opinion où nous sommes depuis long-temps, qu’on doit tenter la gastrotomie dans quelques-uns de ces cas, qu’il est possible d’en obtenir des résultats avantageux , mais qu'il faut le faire à temps;
que la crainte de l’hémorragie, qui semble en avoir détourné presque tous les praticiens, n’est pas fondée, du moins qu'elle ne peut être un mouf de rejeter cette opération ; que celle de déchirer le kyste, et le renverser, et d'entraîner avec lui, ou de déchirer les parties qui peuvent y avoir contracté des adhérences, en voulant en séparer et en extraire l'arrière-faix, ne l’est pas davantage dans presque tous ces cas ; enfin , quil y a toujours beaucoup plus de danger à ne rien faire qu’à opérer, quoique nous l’ayons fait sans succés.
2294. Si la nature, par ses efforts, tantôt en quelque sorte comme prématurés , et tantôt plus ou moins tardifs , indique constamment le moment où 1l faut opérer, elle montre aussi , en beaucoup de cas, le lieu où il convient de le faire. C’est sans contredit sur l'endroit où le fœtus se découvre le plus aisément au toucher, celui où il y a le moins de parties à couper pour lui donner 158Ue , pourvu cependant qu'il n'y ait pas plus de danger à faire l’incision en cet endroit que pariout ailleurs. Nous ne parlons plus ici de ces cas où il existe des dépôts prêts à s'ouvrir, des ulcères ou des fistules qui ont déjà laissé échapper quelques débris du fœtus, mais de ceux où la grossesse est entière, où elle n’a produit encore aucun de ces désordres au moment où l’on est appelé à donner des secours. Nous aurions opéré sur le côté gauche du ventre, entre le muscle sternopubien et le corps des muscles obliques et transvers, dans Île fait dont nous venons de parler ; sur cette bande aponévrotique qui se trouve entre
494 L'ART ces muscles , et qui est d'autant plus large à la fin de la grossesse, que le ventre est plus développé, Si le météorisme extraordinaire des intesuins, et la crainte d'en voir s'échapper un très-grand volume , aprés lincision , sans le moindre espoir de les faire rentrer ensuite et de pouvoir les contenir, ne nous en eussent pas détournés. Mais nous aurions préféré la faire du côté du vagin chez la femme qui fait le sujet du $. 2195 ; parce que la tête du fœtus, engagée dans le bassin , sembloit s'y présenter à nu, el y étoit recouverte de si peu de parues, qu'on en distinguoit nettement à travers les fontanelles, et la suture médiane que le doigt pouvoit parcourir en entier. Aucun cas de grossesse extra-utérine n’a présenté, selon nous, d'indication aussi précise, na paru plus favorable à l’opérauon , ni fait entrevoir plus d'espérance de succès que ce dermer. On pouvoit ouvrir le kyste sans ouvrir l'abdomen, sans découvrir les intestins, sans craindre” d'épanchement, etc., sans y trouver plus de diffcultés que n'en présente l'opération césarienne vaginale, faite déjà plusieurs fois avec succès, à l'occasion de lobturation réelle ou présumée de lorifice de la matrice, par MM. Lauverjat (1},\S0ek, à Leyde (2), Martin (3) et autres.
2255. Galli eut aussi recours à la gastrotomie dans un cas de grossesse extra-utérine, qu'il avoit
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(1) Voyez Nouvelle Méthode de pratiquer l'opération césarienne , page 41.
(>) Observ. communiquée à l’Académie de Chirurgie.
(3) Observ. communiquée à la Société de Méd. de Paris.
DES ACCOUCHEMENS. 485 été à même de suivre depuis le sixième mois; mais il n’en obtint pas plus de succès que nous, peutêtre parce qu'il la fit aussi trop tard. Cette grossesse avoit été des plus orageuses, et néanmoins, maleré tous les accidens qui la compliquérentdanstous les insians, le fœius continua de se développer jusqu’à la fin du neuvième mois. Des douleurs semblables à celles de l'accouchement s’annoncérent alors, se firent sentir avec force pendant trois ou quatre Jours, et cessérent tout à COUP , au moment d’une Syncope , ainsi que les mouvemens du fœtus qui avoient été plus forts et plus fréquens durant ces mêmes jours. Le col de la matrice s’amollit et s'ouvrit pendant ce travail , au point de permettre d'y introduire le doigt, d'explorer la cavité du corps même de ce viscère, et de s’assurer qu'elle ne contenoit rien. Il s'en étoit écoulé des mucosités sanguinolentes, comme dans le travail d’un acconchement ordinaire. Galli, attentif à tous ces phénomènes, et bien sûr de Pexistence d'une grossesse extra-utérine, proposa de suite la gasitrotomie ; mais la femme, effrayée, dit-il, de la nouveauté de cette opération, et par l'incertitude du succès, ne voulut pas Sy soumettre, et n'y consentit que plus d’un mois aprés, étant sans forces, réduite à la dernière extrémité, et menacée de suflocation à chaque instant, par rapport à l'énorme tuméfaction du ventre. On fit alors une incision de trois à quatre travers de doigt seulement sur le côté gauche du ventre : on n’évacua dans ce premier moment que dix livres on environ d'une matière putride, sanieuse, mêlée d’un sang noir, et d’uneodeurinfecte, quoique le kyste
en contint beaucoup plus. On se conduisit de même les jours suivans, et l’on ne procéda à l’extraction du fœtus qu'après le septième, pour ne pas trop affoiblir la mêre, qui sembloit reprendre un peu de forces depuis l'ouverture de cet énorme foyer. L'incision étant trop peule pour la sortie de ce fœtus, on‘prit le parti de le mutüler; on en dégagea d’abord le bras gauche qui se présentoit à la plaie, et on le sépara de l'épaule; puis l'autre bras, les jambes, les cuisses, et successivement toutes les autres parties , en se servant des icnettes que Cheselden employoit dans l'opération de la taille. Galli fut enstute chercher le placenta, en introduisant la main dans le kyste. Il le trouva, dit-il, plus épais, plus compacte et de moitié plus gros qu’à l'ordinaire. Quoique fortement adhérent aux parties circonvoisines, il le détacha et l’amena iout entier. Il observe que les vaisseaux en étoient très-gros, que sa surface étoit couverte d’un sang noirâtre, et qu'il ne vit pas de membranes à sa suite. La femme parut encore un peu mieux pendant les deux premiers jours; mais elle s’afloibht de nouveau; les douleurs, les vomissemens, les syncopes revinrent, et elle mourut le onzième jour, à compter du moment de la première opération.
2256. A l'ouverture du cadavre, la matrice parut exactement dans létat où on la voit hors de la grossesse. On vit que le kyste qui avoit contenu l'enfant occupoit presque tonte Ja cavité abdominale, qu'il étoit si fortementuni aux parties environnantes, qu'on pouvoit à peine en détacher quelques portions avec le scalpel : mais ces
DES ACCOUCHEMENS. 487 adhérences paraissoient accidentelles, et n’être que la suite d’une inflammation. Le kyste avoit l'épaisseur d’un intestin grêle : 1l ne restoit que quelques vestiges de la trompe et de l’ovaire du côté droit, et on n'en retrouvoit aucuns du côté gauche ; les parois du sac, épaissies et repliées sur elles-mêmes, paraissant en occuper la place. Cette dernière trompe , dont l'entrée étoit cependant libre dans la matrice, se trouvoit oblitérée dans tout son trajet, et n’avoit aucune communication avec la cavité du kyste. Enfin, tous les viscères étoient arides et rapeussés, comme chez les sujets qui meurent dans le dernier degré de marasme.
Galli ne forme aucune conjecture sur le lieu où: s'est faile la conception, ni sur celui où s’est développé le fœtus; mais il se livre à beaucoup d’autres réflexions qui seroient étrangères à notre sujet. Le soulagement qu'a éprouvé la femme dès le moment de l’incision, et le meilleur.état encore où elle s'est trouvée pendant les deux ou trois prenilers jours qui ont suivi l'extraction du fœtus, ont dû lui faire regretter de ne s'être pas laissé opérer plus tôt, et d’avoir résisté si long-temps aux conseils de Galli. =
2257. Il en a été à peu prés de même de la femme qui fait le sujet d’une observation envoyée à l'Académie royale de Chirurgie, par un Chirurgien de la Guadeloupe, et qui a été lue dans sa séance du 12 août 1770. Ce fait pourroit paroître plus extraordinaire, si tous les détails en étoient mieux connus, puisque la femme étoit accouchée trées-naturellement d'un premier enfant, trente-six jours avant Ja gastrotomie, Celui dont on fit l’ex-