‹ L'art des accouchemensChapitre 112 sur 136 · DE LA DÉLIVRANCE ET DU RÉGIME DES FEMMES EN COUCHES · texte numérisé non relu

DE LA DÉLIVRANCE ET DU RÉGIME DES FEMMES EN COUCHES

898. La délivrance et le régime que doivent observer les femmes en couches ne forment pas deux articles moins essentiels que les précédens : la moindre faute dans lune , et la plus petite inexactitude dans l’autre, pouvant également devenir la source d’une foule de maux ou d’accidens graves.

ARTICLE PREMIER. Ë De la délivrance.

899. On est convenu depuis longtemps de désigner par le mot Délivrance la sortie du placenta et des membranes. Presque toujours elle seroit l’ouvrage de la nature, si on lui donnoit le temps de l’opérer; et il faut avouer que, dans la plupart des cas, nous y contribuons bien peu, quoique le public se persuade le contraire, quoi-

u’il regarde notre ministère comme l'ancre du salut de la femme, et qu'il nous croie bien plus nécessaires en ce moment que dans celui de lac- -couchement.

900. Le pouvoir de la nature a cependant ses bornes en cela comme en beaucoup d’autres

De la délivrance.

Opinions concernant la délivrance,

‘Le pouvoir de la nature a ses bornes dans la délivrance, et l’art son utilité.

choses; ellene peut toujours expulser le placenta, et dansla délivrance comme dans accouchement, l'art est quelquefois de la plus grande nécessité.

901. Deux opinions contraires $e sont élevées sur ces vérités fondamentales. Les uns ont prétendu qu'il falloit toujours commettre l’expulsion de l’arrière-faix aux soins de la nature, et les autres qu’on ne pouvoit l’extraire trop promptement : ceux-ci se donnoient à peine le temps de lier le cordon et de le couper, pour introduire la main dans la matrice et délivrer la femme; pendant que les premiers attendoient patiemment la sortie de l'arrière faix , ; quoique, en quelques cas,’elle ne put s’opérer pontanément.

902. Des préceptes trop généraux, émanés de partetd’autre, oht étésonvent funestes à la femme. Il y a des cas sans doute, et nousles distinguerons soigneusement , où P Re Re se voit forcé de délivrer la femme sur-le-champ ; d’autres où les circonstances exigent qu'il abandonne ce soin à la nature pendant un ternps plus ou moins long ;

‘comme il en existe beaucoup ou elle pourroit se

suffire ; mais dans lesquels nous pouvons encore l'aider, en saisissant le moment favorable pour cela.

903. Avant de faire connoître ce moment, et d’exposer la manière de délivrer la femme ; soit dans les circonstances ordinaires, soit dans les autres; suivonslanature abatidonniée äellestnénte, et voyons Comment elle parvient à expulser l’arriére-faix.

DES ACCOUCHEMENS. 395 De la délivrance naturelle.

904. La délivrance qui se fait naturellement comprend deux temps, celui du décollement du placenta et celui de son expulsion. Lä matrice est l’agent principal de cette double opération; son .action setile force le plicenta à se détacher; mais ayant besoin d’être aidée pour expulsér entièrement cette masse, la cotitraction des muscles abdominaux vient à son secours.

905. Les efforts répétés que fait li matrice pour se délivrer de l'enfant sont ordinairement ceux qui détruisent les adhérences du placenta ; puis-

w’on le trouve presque toujoürs renversé, et sur l’orifice interne; immédiatement aprés la sortie du premier. Tantôt cette déstinion cominence par le centre du placenta; et tantôt par ün point de sa circonférence; ce qui produit des phénoméenes différens.

906. Dans le premier cas, le milieu du placenta étant poussé en avant, cette masse se renverse Sur elle-même en se détactiant; elle vient offrir sa surface recouverte de meinbranes et de vaisseaux, à l'orifice de la matrice; et dans lai suite à l'entrée du vagin, et elle forine en ärrière une poche qui se remplit de sang; dersorte que la ferñme n’en perd presque pas avant de $e délivrer. |

907. Il se forme une poche à peu prés sémblable, et le placenta vient encore se présenter de même, quand il commence à se séparer de la ma-

De la manière dont s'opère la délivrance spontanée,

trice par l'endroit de son bord qui est le plus éloigné de l’orifice de celle-ci; avec cette différence cependant, que c’est ce point, et non le milieu de la face fétale, qui s'engage le premier. Mais les choses se passent différemment lorsque le placenta se détache par en bas, surtout s’il est dans

le voisinage de l’orifice : dans ce dernier cas, il

se roule sur lui-même en forme de cylindre ou d’oublie, et selon la longueur dela matrice; de manière qu'il vient présenter au toucher ou à la vue sa surface anfractueuse, et que sa sortie est toujours précédée d’un peu et quelquefois de beaucoup de sang fluide.

908. Comme l’orifice de la matrice se referme le plus souvent aussitôt que l'enfant en est sorti, le placenta, dans tous les cas, s’y trouve renfermé pour quelques minutes ; mais ce viscère, encore irrité, ne pouvant souffrir de corps étranger, se contracte bientôt pour l’expulser, forceson orifice à se rouvrir pour lui donner issue; et la femme, excitée par la gène qu'elle éprouve de la part de ce corps engagé dans le vagin, ne tarde pas à faire des efforts pour accélérer sa délivrance.

909. Le placenta entraîne ordinairement Îles membranes en sortant, à moins que leur union à la matrice ne soit très serrée. Dans ce dernier cas elles se déchirent ; la portion retenue ne se détache souvent qu'à la longue, et ne vient qu'avec les lochies; mais ce n’est pas toujours sans accidens que la matrice en supporte la présence jusqu’à ce moment.

910. La nature suit constamment cette marche dans la délivrance, mais elle ne la suit pas d’un

pas égal chez toutes les femmes ; quelques unes se délivrant tres vite, et d’autres tres lentement. Eu général , la délivrance est d'autant plus prompte que l'expulsion de l'enfant s'opère pluslentement, que la matrice est plus irritée, qu’elle conserve plus de force et moins de capacité au momentou l'enfant vient d’en sortir, et vice versd.

SECTION IL

Des signes qui indiquent le moment de coopérer à la délivrance, et de

la manière d'y procéder dans le cas le plus ordinaire.

911. On ne doit jamais entreprendre de délivrer pu temps où la femme, que le placenta ne soit détaché et que l’on doit prola matrice ne s'efforce de l’expulser, si ce n’est ne dans les circonstances que nous indiquerons ci- ‘ après. De nouvelles douleurs viennent annoncer l'instant où l’on peut y procéder : la dureté et le peu de volume du globe utérin , qui se fait sentir au-dessus des os pubis, la souplesse du bord de l'orifice , la dilatation de celui-ci, et la présence d'un corps qui commence à s’y engager, ne font qu’ajouter à ces premiers symptômes.

912. On favorise la délivrance en laissant dé- Des moyens gorger le placenta par la veine ombilicale (voyez de favoriser $ 818), en faisant d’une main des frictions sur!* délivrance la région hypogastrique de la femme pour solliciter ou pour soutenir l’action de la matrice, et en tirant de l'autre main sur le cordon ombilical.

13. Les efforts qu’on fait surle cordon, dans la vue d’entrainer le placenta, doivent être dirigés d'abord de maniere qu'ils le forcent de descendre

selon l’axe du bassin, ce qui ne peut ayoir lieu, dans plusieurs cas , sans une précaution particulière, soit à cause de la direction naturelle du bassin même, soit àcause dela situation de la femme, dont les fesses sont plus ou moins enfoncées dans

l'épaisseur des matelas. Cette précaution consiste -

à tirer en en-bas, ou bien à former, de l'extrémité de plusieurs doigts introduits profondément dans le vagin , une espece de poulie de renvoi au cordon.

914. Dans ce . cas, l’accoucheur ayant saisi le cordon d’une main garnie de linge sec, le tendra horizontalement et tirera de ol qu'il portera trois doigts de l'autre main , réunis et formant une espèce de gouttière, derrière les os pubis, jusqu'à l'entrée Fe la matrice, pour pousser fortement en arrière Ja base de ce uen. et lui faire décrire dans ce même sens un coude semblable à celui qu'il déesinpik dans la gorge d’une poulie,

919. En opérant ainsi, les sr qu'il fera de la premiere main, quoique dans une direction horizontale, ou presque telle, agiront sur le placenta comme si le cordon traversoit l'espace compris entre l'anus de la femme et la pointe du coccix, et par conséquent à peu près selon l'axe du détroit supérieur.

916. Cette précaution est quelquefois si nécessaire, que sans elle on éprouve de grandes difficuliés } à extraire le placenta; ce qui fait qu'on le juge volumineux, tandis qu il n'excède pas les bornes ordinaires, ou bien qu'on le croit très adhérent, lorsqu'il.est entièrement détaché, et que

Lt

l’accoucheur prend un parti tout différent de celui qu’exigent ces difficultés.

917. Quand le placenta est descendu dans le vagin , on le tire simplement à soi, en relevant la main placée à l'extrémité du cordon, et des qu'il paroit au-dehors , on le reçoit et le soutient de la main gauche placée transversalement au-dessous dela vulve; tandis qu'on le saisit de la main droite, et le roule cinq ou six fois sur lui-même, en tirant doucement à soi, afin de ramasser les membranes derriere, et de les tordre en maniere de corde,

918. Aucun procédé ne convient mieux que ce dernier pour entrainer la totalité de ces membranes, et prévenir les accidens quiontété plus d'une fois la‘ suite de la rétention de quelques uns de leurs lambeaux dans la matrice, S'il est un seul cas où cette précaution paroisse insuffisante, c’est celui où le placenta se trouvant dans le voisinage du col de la matrice, les membranes se sont ou-

Précautions nécessaires pour achever sû-

rement délivrance,

vertes aupres de cette masse : on ne peut alors, .

en le roulant sur lui-même , ramasser constamment ces membranes sous forme de corde, il faut les saisir elles-mêmes quand larrière-faix est dehors, et les rouler comme il convient pour ne pas en laisser.

919. Toutesles fois qu'on éprouve quelque difficulté à extraire le placenta en tirant sur lecordon avec toutesles précautions énoncées aux $ 913 et suivans , il faut en rechercher la cause, en avançant un doigt profondément dans lorifice de la matrice, avant de faire de plus grands efforts qui pourroient rompre ce cordon. S'il est nécessaire de tirer davantage surle cordon, il convient égale-

la

Du temps

ment de continuer les frictions que nous avons recommandées, sur la région hypogastrique, pour solliciter plus fortement l'action expulsive de la matrice. Lorsque laccoucheur ne pourra faire ces frictions lui-même, il palpera cette région detemps

à autre, pour s'assurer du degré de contraction

et de fermeté du globe que forme la matrice, et éviter que le fond de cet organe ne cède à de pareils efforts sur le cordon , ne se renverse, et ne soit entraîné avec l’arriere-faix. |

e SECTION IIE.

Des circonstances accidentelles qui doivent engager à délivrer la femme

plus tôt ou plus tard, et à varier la manière d’opérer.

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