EXTRAIT
DU DISCOURS PRONONCÉ PAR M. J.-J. LEROUX ; DANS LA SÉANCE PUBLIQUE DE LÀ FACULTÉ DE MÉDECINE DE PARIS, < LE 14 NOVEMBRE 1810.
. Baudelocque avoit de la mémoire, du jugement, de la disposition à s’instruire; il mit dans ses études de l'application, de la constance, je dirois presque de l’obstination; il eut le bon esprit de les rapporter toutes à un objet unique. Il se dit à lui-même : Je veux être le premier aceoucheur; il le devint.
Hippocrate, Galien, Arétée, Celse, Paul d'Egine, chez les anciens, Lamothe, Dewinter, Smellie, G. Hunter, Levret, parmi les modernes, sembloient avoir épuisé tout ce qu'il ÿ avoit à faire et à dire sur l'art des accouchemens.... Solayrès ouvre une . carrière nouvelle... la mort l’enlève; et tout ce que cet homme de génie avoit créé étoit perdu, si Baudelocque n'eût recueilli son précieux héritage. |
Baudelocque, encore jeune, avoit déjà toute la maturité de la raison : il sentit qu'il n'y avoit aucune gloire à acquérir pour celui qui se contentoit du manuel des accouchémens: il voulut embrasser toutes les connoissances qui avoient rapport à l'art qui alloit exercer : il devint bon anatomiste, habile chirurgien ; il étudia toutes les maladies des femmes qui ont une liaison inüme avec la menstruation, avec la gestation, avec l’accouchement, avec ses suites; 1] apprit également à connoiître les maladies dés enfans. C’est alors qu'il comnmenca à faire des cours sur Part dont il à reculé les bornes, qu’il a pratiqué avec des succès S1 Constans,
Baudelocque, dans ses lecons, mavoit point cette éloquence brülante, mais véritable, de Fourcroy ; il étoit évalement loin de ce clinquant que des esprits faux et légers prennent pour de l’éloquence; il ne cherchoit point à entrainer ses auditeurs par dés pensées souvent plus hardies qu’ingénieuses , par des phrases ambitieuses, par des expressions recherchées; son élocution étoit simple et grave comme les sujets qu'il traitoit. IL n'enflammoit point Flimagination, il n’excitoit point l'enthousiasme, mais il
— ÿl ——s commandoit le respect et l’attention; il ne faisoit point de sectateurs, mais il formoit des élèves instruits ; il leur inspiroit le goût du travail, l'amour de l’art; il en faisoit des accoucheurs recommandables, ou des sages-femmes utiles.
Portons les yeux sur Baudelocque pratiquant les accouchemens. Je ne donnerai pit la liste des fémmes d’un nom illustre qui lui ont accordé une confiance absolue qu'il méritoit si bien. Souvent le hasard, j'oserai dire l'intrigue, la mode même, établissent la réputation; mais ce qui assure la ploire de Baudelocque, c'est quäranté ariniées Mere de l'estime que $es tonfréres ont conservée pour lui jusqu’au dernier moment de sa vie; c’est l'opinion si honorable que les étrangers avoient de son habileté ; c'est enfin le suffrage unanime de tous les jeunes médecins qui sont en même temps et les élèves et les juges de leurs professeurs. Ses connoissances profondes, son coup d'œil prompt et juste, sa longue expérience, la sûreté de son toucher, son adresse dans l'art opératoire, étoient si généralement reconnus, qu'il étoit consulté dans tous les cas embarrassans, et sa décision avoit en quelque sorte force de loï: qu'il étoit appelé dans les accouchemens difficiles, et des milliers d'individus lui doivent la conservation de leur existence.
Et cet homme que la fortune avoit favorisé, cet homme que la calomnie a osé attaquer, se faisoit un devoir, se faisoit un plaisir de donner les soins les plus assidus, les plus délicats aux femmes infortunées que le besoin réunit à lhospice de là Maternité, Les temps les plus rigoureux, la saison des frimas, lès chaleurs excessives de l'été, les infirmités dont il fut accablé au commencement de la vieillesse, rién né put jämäis ralentir son zèle, diminuer son exactitude. ITR
Les taleñs reconnus de Baudelocque lüi avoient procuré une vie utile et glorieuse; son ambition étoit satisfaite; il étoit sans contredit le premier accoucheur de son siècle, Ses nombreux élèves en France, chez l'étranger, conservoient un tendre respect pour leur maitre; ils lauroient fait Survivre à lui-même pendant ün certain nombre d’aunéés; le souvenir de son mérite éminent sé seroit conservé. Dans quelques écrits sut les accoucheméns, ün auroit cité un profésseur aussi célèbre, un praticien aussi distingué... Baudeloëque ; jugeant qu'une simple tradition, que des extraits de $e$ leçons ne feroient connoître qu'imparfaitement sa doctrine, a transmis son nom à la postérité dans des ouvrages, dépositaires du fruit de ses travaux et de ses utiles méditations. Ces monumens attesteront combien il étoit digne de la vénération de ses contemporains, combien il a de droits à la reconnoïssäncée de nos néveux.
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