‹ L'art des accouchemensChapitre 4 sur 136 · REP EE · texte numérisé non relu

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sertations et rapports, faisant partie de la collection des Mémoires de l'Académie de Chirurgie, ou insérés dans plusieurs Journaux de médecine ? Ouvrages traduits dans presque toutes les langues de l'Europe, et sur lesquels le jugement si juste et si favorable des contemporains est l’annonce de celui que portera la postérité.

Avec tant de titres, est-il étonnant que notre confrère ait açquis une réputation que ces hommes dont l'âme est pétrie de fiel et de boue appeloient colossale? Il en jouissoit de cette réputation acquise par de grands talens , établie sur le jugement équitable de tous les hommes de l'art; il jouissoit d’une fortune que personne n’envioit, parce qu'elle étoit due au mérite; il en jouissoit avec cette simplicité, cette candeyr que donne un cœur pur, avee la modestie vraie d’un homme qui sent sa force, avec cette bonté d'âme qui le portait à répandre ses connoissances, à les partager avec tous ceux qui réclamoient de lui l'instruction.

On pouvoit dire de M. Baudelocque : I est le premier accoucheur, il est un des plus habiles chirurgiens pour les opérations relatives à son art, il est un des plus savans médecins dans les maladies des femmes et des enfans, il est le plus illustre professeur d’acconchemens, il est le meilleur écrivain qui ait traité dé cet art qui influe sj puissamment sur l'existence des hommes. ;

Eh bien ! c’est au milieu de ce concours d'hommages que lui rendoient les Français et les étrangers, que la caloranie, qui n’osoit point encore ‘attaquer ses falens, l’avoit accusé d’être sévère dans l'exercice de son art, d'aller même jusqu’à une certaine dureté... Je vous atteste, femmes sensibles qui lui accordiez une confiance méritée ; je vous atteste, vous tous, ses confrères, qui pouvez le juger, vous qui dans ces momens terribles et doux qui nous procurent le

* bonheur d’être pères, étiez tranquilles quand vos épouses chéries étoient confiées aux soins de M. Baudelocque; peuton offrir plus de consolations, prouver plus de sensibilité : montrer plus de complaisance et de douceur, avoir plus de gaîté franche, que ne faisoit l’homme de mérite que nous regrettons , l'ami que pleureront longtemps les femmes qui ont eu l'avantage de le connoître ?

La calomnie ne faisoit que préluder ; c’étoit le murmure

sourd, précurseur de l'orage. L’envieux dont la gloire de M. Baudelocque éblouissoit la vue essaie d'établir sa réputation en attaquant le célèbre professeur ; il veut se délivrer de l’importun sentiment d’admiration qu'il est forcé d’avoir pour lui, et qui fait le malheur de son âme atroce. En vain les tribunaux font justice , le coup est porté ; nous en verrons bientôt les funestes effets.

La cause de M. Baudelocque est devenue celle de tous les honnêtes gens. Des princesses illustres, en lui tonservant leur confiance, le vengent de l’injure que lui faisoient quelques petits esprits soumis aux préjugés ; il reste l’accoucheur ou le médecin de la reine d’Espagne, de la reine de Hollande, de la reine de Naples, de la grande-duchesse de Toscane, de la duchesse de Guastalla; il reste celui de toutes les dames de la cour. La reine de Naples se fait un plaisir de lui attacher elle-même la décoration de l’ordre de Deux- Siciles qu'avoit portée le roi son époux. Elle y met tant de bonté, tant de grâces, qu'elle double, qu'elle quadruple aux yeux de notre confrère le prix du bienfait.

Une auguste alliance place-sur le trône, à côté de Napa- LÉON , une héritière du nom et des vertus de la maison d'Autriche. M. Baudelocque est désigne pour être l’accoucheur de l’impératrice. Le juge éclairé de tous les genres de mérite et de talens, le père de son peuple, pouvoit-il confier les jours de Marie-Louise et de ses enfans à d’autres qu'à M. Baudelocque ?

Mais l'attentat criminel porté contre notre confrère avoit développé en lui une excessive mobilité nerveuse, Tout faisoit sur ses organes fatigués une impression vive et profonde. Depuis longtemps une affection qui avoit son siéoe dans le cerveau, minoit sa santé, et lui causoit les accidens dont nous avons été témoins. De noirs pressentimens lui annonçoient sa fin prochaine; il étoit frappé de l’idée d’une mort subite ; il le disoit à sa famille, il le disoit à ses amis. C’est dans ces circonstances qu’il voit se réaliser ce qui étoit l’objet de ses plus ardens désirs.

Sur un homme dont le système nerveux est irritable, le plaisir, comme la peine, peut produire des effets fâcheux. M. Baudelocque, au moment où tous ses vœux étaient remplis, éprouve une révolution subite, son affection cerébrale

Là

| Na ee fait une forte explosion; il est attaqué dela maladie à laquelle il a succombé hier 2 mai.

Îl ne me conviendroit pas, Messieurs, de vous entretenir de sa dernière maladie, dans laquelle je lui ai donné des soins assidus avec.hMiM. Ané et Louis Abraham ; je me permettrai seulement de vous dire que si les talens, si les avis d'un de nos plusillustres confrères, M. Corvisart;si les soins assidus de l’amitié; si les soins encore plus tendres d'une famille au désespoir ; si les vœux ardens et sineères de nos collècues ; si les prières élancées des classes les plus élevées de la société, réunies à celles des dernières classes, ayant les hospices pour asiles, avoient pu suspendre le coup fatal, nous ne pleurerions point M. Baudelocque, nous jouirions encore, nous aurions joui longtemps de cet homme vraiment étonnant pour tous ceux qui ont su l’apprécier, et si respectable pour ceux qui l'ont connu dans l'intimité.

C'est dans cette intimité, c’est au sein de la famille qu'il suivoit ses goûts simples, qu’il menoit une vie sobre et tranquille, Une épouse chérie, et digne de l’être ; des enfans qui lui rendoient amour pour amour; des livres, l'étude, une société peu nombreuse, le délassoient des fatigues excessives attachées à l'exercice de sa profession. Il menoiïit une vie patriarcale; il ne cherchoit point à afficher le bonheur ; il savoit le faire naître et en jouir.

I! laisse une veuve inconsolable , parce qu’elle connoissoit tout le prix de son époux ; trois filles, dont deux ont atteint l’âge de la jeunesse, et l’autre est sortie de l'enfance ; et un fils de quatorze ans de la plus belle espérance. Ces enfans partagent la douleur de leur mère ; ils n’ont que ce moyen de la consoler.

Cet homme bienfaisant, cet habile praticien, ce savant professeur, cet écrivain distingué , nous lui rendons aujourd'hui les derniers devoirs. Ses parens , ses confrères accompagnent de leurs regrets sa dépouille inanimée; les élèves entourent sa tombe, ils Jui tes un tribut de regrets, de reconnoissance, de douleur... Ils ne pourront plus profiter de ses savantes leçons, mais il leur reste ses précieux ouvrages. [ls seront immortels ; ; ils seront, comme ils le sont aujourd’hui, le Code des Accoucheurs.

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