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PROJET DE PARC

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LA PROPRIÉTÉ DE VILLIERS appartenant à M" E C

Dressé par EdAndpp.ArMtecte Paysagiste PARIS 1868,

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EXAMEN DU TERRAIN. — LEVER DU PL\N

un aspect plus séduisant que celui des anciens plans topographiques. La planche n" 2 présente un modèle de ces sortes de dessins, dépouillé du tracé préalable indiquant l'ancien état des lieux et le travail de l'artiste ; le plan-étude sera seulement conservé pour servir à l'exécution.

S'il est possible de consacrer un peu de temps et de dépense à la préparation de ces images, il sera bon de dessiner une vue perspective, dite à vol d'oiseau, du projet présenté. La lecture d'un plan n'est pas familière à tous les propriétaires et il vaut mieux leur offrir un tableau en élévation que provoquer de leur part un effort d'imagination pour comprendre des lignes de simple projection horizontale.

La mise au point d'un plan pour obtenir une vue à vol d'oiseau ne peut s'effectuer qu'en suivant les lois de la perspective géométrale et aérienne, que je ne puis développer ici. Cette opération doit se faire avec le concours d'un dessinateur expert, qui travaillera sous les yeux de l'architecte-paysagiste et facilitera singulièrement l'intelligence du plan.

Un autre procédé, excellent, mais qui demande un talent particulier de la part de l'artiste, consiste dans l'emploi des coulisses, de ces slides que l'anglais Repton avait mises à la mode et qui donnaient l'ancien aspect paysager du terrain en dessus, tandis qu'en les soulevant on obtenait instantanément un paysage transformé d'après les idées de l'auteur. Ce moyen rend de grands services pour la formation des groupes d'arbres.

Enfin, pour ne pas sortir des représentations graphiques, je conseille encore d'entourer le plan d'ensemble ou de préparer un album de petites vues ou scènes paysagères s'appliquant à chaque partie pittoresque du parc, à peu près dans le genre de celles figurées sur la planche L Seulement ces vues forment les lointains naturels de la propriété qu'il suffira d'encadrer dans les plantations; dans l'album que j'indique, on pourrait étendre ce système aux plus jolies scènes intérieures du parc.

Modelage. — Il est un autre moyen de représenter les projets de parcs et jardins : c'est le modelage en terre ou en plâtre, qui commence à se répandre depuis plusieurs années. L'opération consiste à dresser un plan à une échelle convenable et à le rapporter sur une couche de plâtre mou, que l'on modèle ensuite de manière à lui donner un relief semblable à celui du terrain.

On peut aussi modeler avec de la terre glaise, mais la couleur de cette matière est moins favorable pour la clarté des détails, tandis qu'en coloriant le plâtre on obtient de très-bons résultats.

J'ai employé le modelage en plâtre avec succès en Angleterre, pour figurer le plan de Sefton Park, à Liverpool. J'avais pensé que les membres du Conseil municipal (Corporation de Liverpool) qui formaient 1' « Improvement Committee » et avaient dans leurs attributions le règlement financier des travaux du parc se rendraient plus facilement compte du projet par un modèle en relief que par des plans. En conséquence, je fis dresser

Ed. André.

d'abord un plan à une assez grande échelle pour que les allées principales se présentassent avec une largeur d'un centimètre environ. Une caisse de bois, haute de 0'",20, supportée par des tréteaux et mesurant 2'", 50 environ sur son grand côté, fut remplie de plâtre gâché très-clair. Avant que la prise en fût tout h fait complète, j'appliquai dessus le papier calqué portant le tracé du plan et je le fixai exactement à plat sur le plâtre. Puis, avec de très-longues épingles que je fis enfoncer verticalement jusqu'à la tête dans ce plâtre encore mou, je reproduisis le tracé des allées, des massifs et des principaux objets du plan. On enleva alors le papier à calquer par lambeaux et on vit le tracé représenté sur la surface blanche par une forêt de têtes d'épingles. Avec des truelles, des gouges, et divers outils de modeleur, on creusa les parties déprimées du plan conformément aux courbes de niveau qui avaient été préalablement relevées sur un plan ad hoc, et il fut facile, après un travail de quelques jours, d'obtenir un relief exact du Sefton Park projeté. Quand cette surface fut bien sèche, je fis peindre les pelouses en vert, le lac et la rivière en bleu, les rochers en ton de grès, les allées en jaune, et figurer les massifs et les arbres par de petites touffes de bruyères et de mousses plantées ou collées sur le plâtre. De petites maisons sculptées en bois représentèrent les édifices ; les grilles furent figurées par des fils de fer. J'obtins ainsi un modèle qui persista jusqu'à la fin des travaux et rendit de grands services même aux agents de l'entreprise dans tous les cas douteux qui demandaient une interprétation pendant mon absence.

J'engage donc à employer le modelage toutes les fois qu'on en aura la possibilité, mais à la condition que l'échelle sera assez grande pour que tous les détails paraissent nettement. Il convient même d'augmenter un peu l'échelle des hauteurs et de la porter, par exemple, au double de celle des longueurs pour que le relief s'accentue. Cette exagération des proportions passera inaperçue.

Le papier gris non collé, souple et fort, peut encore servir aux modelages. On le mouille d'abord, on lui fait prendre toutes les ondulations que l'on désire, et on l'enduit ensuite d'une couche de colle forte qui, en l'imprégnant et en séchant, forme une surface qui se conserve exactement dans le relief qu'on lui a imprimé. Ce procédé est excellent pour prendre les moulages d'un modèle en plâtre, et son avantage princi[)al est la grande légèreté des matériaux, qui permet d'expédier à peu de frais des maquettes précieuses pour les travaux. Appliqué à la confection des modèles de rochers, ce moyen rend de grands services.

On connaît un autre mode de figuration modelée des plans en relief, (jui donne les niveaux des terrains par des superpositions de lames de carton d'épaisseur uniforme. Chaque épaisseur représente la différence de hauteur entre les courbes de niveau. On découpe sur le plan la silhouette de chacune de ces courbes, on les superpose dans leur ordre et dans leurs

EXAMEN DU TERRAIN. — LEVER DU PLAN

positions respectives, et l'on obtient une série de plans étages ou d'escaliers qui représentent exactement la place où chaque courbe de niveau coupe le plan vertical du lieu. Ce procédé a été imaginé par M. Bardin, qui en a fait d'heureuses applications aux levers des places de guerre, des villes, aux travaux de la marine et de l'armée. La vulgarisation de cette invention est désirable.

Profils. — La représentation du relief du terrain nous conduit tout naturellement au procédé le plus usité, on peut dire le seul indispensable pour l'exécution des travaux. Je veux parler des profils. On a vu plus haut (p. 222) la définition des profils, le moyen de les relever, et l'exposé de leur division en profils en long et profils en travers. Cette description ne s'appliquait toutefois qu'au relevé des profils du terrain existant, c'est-à-dire aux documents qui serviront à établir les profils du terrain rectifié. Ce dernier travail suit immédiatement la préparation du plan. Il s'effectue au moyen des niveaux pris sur place et représentés graphiquement, soit sur des lignes d'opération, par exemple celles qui ont servi au lever du plan, soit sur les points d'altitude notés çà et là, marqués sur le plan côté et reliés par les courbes de tous les niveaux similaires. Après avoir représenté, au moyen des échelles de longueur et de hauteur que j'ai signalées page 222, le profil existant d'une ligne A B (voir fig. 61), et noté sur la ligne E F (que nous

Fig. 01. — Profil naturel et profil rectifie.

avons nommée plan général de comparaison) le passage des points du nouveau tracé rencontrés sur le plan, on se pénètre du degré de hauteur comparée que ces points doivent atteindre pour obtenir l'effet cherché et on les marque sur les perpendiculaires élevées dans ce but. En reliant entre eux ces points rectifiés, de manière à donner au terrain des ondulations agréables, on obtiendra le profil rectificatif représenté par la hgne B C. Les déblais seront indiqués par des hachures, et les remblais par un pointillé. Nous savons que sur les plans coloriés les déblais sont teintés en jaune, et les remblais en rose. Je dirai, au chapitre « terrassements », les fonctions remplies par ces profils dans la pratique.

Avant de s'occuper de la rédaction du devis, il reste une opération préliminaire à terminer. C'est le plan d'exécution. Nous en possédons tous les éléments, grâce aux précautions qui ont été prises dans les travaux pré-

2hk L'ART DES JARDINS.

paratoircs que je viens de décrire. Ce plan est un simple calque sur toile sur lequel on trace en noir les lignes de l'état des lieux avant le travail, et en rouge les lignes rectificatives. La légende explicative de ce plan doit être aussi complète que possible; elle doit se rapporter à des notes inscrites sur un carnet spécial, qui sera remis au conducteur des travaux et dont l'architecte conservera un double. Les massifs n'y seront dessinés que par la ligne moyenne de la courbe festonnée qui les circonscrit de manière à former le périmètre de la surface k défoncer \ Enfin les signes conventionnels que j'ai indiqués serviront de clé à l'opérateur, sans surcharger le plan et en fournissant les éclaircissements nécessaires. On trouvera un plan élaboré sur ces bases dans le chapitre consacré au tracé sur le terrain (pl. I).

LE DEVIS

Les plans et les profils sont adoptés, les bases des embellissements arrêtées, les moyens d'exécution entrevus. Le propriétaire est d'accord avec l'architecte sur le principe, mais il veut savoir où on le mène. C'est le moment de songer au devis.

La question peut être envisagée sous deux aspects, selon qu'on exécute les travaux « en régie » ou « à l'entreprise ».

Travaux en régie. — On nomme travaux en régie les opérations conduites à la journée, sous la direction de l'architecte; le propriétaire solde directement les feuilles de paye des ouvriers et les mémoires de dépenses et fournitures. Ce mode d'opérer est très-usité; il a ses avantages et ses inconvénients. Ses principaux avantages permettent d'entreprendre les travaux à volonté, de les suspendre, d'occuper les bras du pays sans augmenter les salaires, de modifier autant qu'on le veut les premières dispositions du plan si l'expérience les fait trouver défectueuses ou si des difficultés imprévues surviennent, enfin d'éviter les mal-façons dans les travaux qui échappent à un contrôle incessant, comme les défoncements de massifs, les constructions exigeant une excessive solidité (travaux d'étangs, de soutènement), l'amendement des terres, le curage des pièces d'eau, l'extraction des pierres, etc. On est ainsi maître absolu de son œuvre à chaque moment.

Les inconvénients de ce système sont nombreux. On ne peut évaluer avec certitude les travaux en régie, où l'imprévu occupe une si large place. Les journaliers, n'étant pas à leurs pièces, travaillent peu; le propriétaire est plus à leur merci que ne le serait un entrepreneur expérimenté surveillant de plus près ses intérêts et s'ingéniant à trouver les moyens économiques d'une exécution rapide; le surveillant peut s'éterniser sur les travaux, s'il s'y trouve bien, sans qu'on puisse l'accuser de lenteur, n'ayant pas de

1. On nomme defoncemenl le l;ibour profond du sol, dostiné à remuer assez profondément la couche végétale pour ([u'elle puisse recevoir les plantations arborescentes.

LES DEVIS

points de comparaison. Enfin l'expérience a souvent démontré qu'un propriétaire, avec l'intention arrêtée de dépenser une faible somme, se laisse entraîner plus facilement dans les travaux en régie que dans une entreprise où tout est prévu d'avance.

Travaux à l'entreprise. — Les travaux à l'entreprise seraient donc les plus avantageux, si l'on avait la bonne fortune de trouver des entrepreneurs toujours consciencieux, experts dans les travaux de création des jardins, surveillant les opérations avec intelligence et assiduité, et déterminés à bien gagner leur argent, d'une manière loyale et modérée. L'espèce n'en est pas introuvable , mais un tel contractant est toujours un oiseau rare, et il n'y a qu'un moyen d'obtenir une entière tranquillité d'esprit à cet égard, c'est de préparer les devis et les cahiers des charges avec le plus grand soin.

Les travaux des parcs et jardins se divisent en trois sections principales : les terrassements, les constructions et les plantations.

Bien que ces trois divisions paraissent très- distinctes les unes des autres, il y aurait cependant intérêt à les réunir dans la même main, si un entrepreneur inspirait assez de confiance et possédait une expérience suffisante pour qu'on lui confiât le tout. Si cet homme présente assez de garantie pour se charger des opérations multiples que ces divers travaux comportent, on obtiendra une meilleure direction totale et partant un résultat plus complet. L'habitude de rassembler sous le môme contrôle tout ce qui concerne une spécialité donne à la longue , à un entrepreneur sérieux, la connaissance des moyens d'action perfectionnés, des adresses de fournisseurs, des procédés économiques d'exécution, des ressources qui sont offertes par les diverses localités, de l'opportunité d'utiliser les ouvriers locaux ou de constituer des ateliers d'étrangers, en un mot un savoir qui ne se retrouve jamais chez les entrepreneurs de détail. Ce qui empoche le plus souvent d'utiliser les services de ces hommes précieux à plusieurs égards, c'est une soif de gain exagérée. D'ailleurs un plus grand obstacle, que présentent ceux qui sont parvenus à une certaine réputation, c'est leur prétention de s'intituler architectes-paysagistes, sans avoir rien qui la justifie.

Ce qui constitue l'architecte-paysagiste, indépendamment de son savoir professionnel, c'est la profession libérale et indépendante qu'il exerce, c'est qu'il ne reçoit pour rétribution que ses honoraires et qu'il refuse d'accepter les risques et aussi les profits qui constituent la situation spéciale de l'entrepreneur.

Considéré dans ses applications aux travaux publics de l'État, en France, un projet complet à soumettre à l'entreprise ou à l'adjudication se compose des documents suivants :

1" Les plans et profils, dont nous venons de parler;

2° Le devis ou cahier des charges, énumérant les conditions de l'exécu-

L'ART DES JAHDINS.

tion des travaux, comprenant la nature, la provenance et la qualité des matériaux, l'évaluation des travaux, et les conditions spéciales ;

3° Vava>it-7?i('tr(', estimation des travaux par anticipation pour établir la dépense probable, et calculs à l'appui ;

4° Le bordereau des prix, qui servira de base aux calculs d'application, et comprendra le sous-détail de chaque article, afin de permettre une grande exactitude dans la rédaction et la vérification des mémoires ;

5° Le détail estimatif, formé des quantités de travaux évalués à l'avance, avec l'application des prix adoptés et les calculs faits de manière à obtenir le total de la dépense future ;

6° Enfin le mémoire à Vappui, document consacré à la rédaction de toutes les considérations spéciales au travail à entreprendre.

Aucun de ces détails n'est superflu dans une grande administration, et lorsqu'il s'agit d'une comptabilité nécessairement compliquée. Dans les entreprises privées, cette méthode peut être considérablement simplifiée. Généralement, le mot devis comprend tout ce dont il vient d'être parlé, et même d'autres articles encore ; mais sa rédaction est variable et ne peut être encadrée dans une formule uniforme. Nous en verrons tout à l'heure plusieurs modèles.

Toutefois, il est certains usages inscrits en tête de tous les contrats de travaux donnés par l'État et qu'il est bon de signaler afin qu'on les impose à l'occasion aux entrepreneurs. Ce livre n'est pas seulement destiné aux propriétaires ruraux. Les administrations étrangères et celles de France peuvent avoir un intérêt à consulter les rédactions des devis et cahiers des charges de travaux importants, dont les dispositions sont communes à tous.

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