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DIVISION DU DEVIS

Le devis peut être divisé en plusieurs chapitres, qui rentrent à peu près tous dans les titres suivants :

1" Les terrassements ; 2° Le drainage ; 3" La canalisation ; li° Les plantations ; 5° Les constructions d'ornement.

1° TERRASSEMENTS

Le devis des terrassements est d'ordinaire la partie principale. Il est bien rare que dans un parc ou dans un jardin la surface entière du sol ne doive être remuée à une plus ou moins grande profondeur. Tantôt de gros cubes de terre devront être enlevés, s'il s'agit d'une butte à aplanir, d'une habitation à dégager, d'un saut de loup à creuser, de vallonnements à ouvrir pour dégager des vues, d'un lac à créer, d'un belvédère à surélever; tantôt le relief des massifs et les ondulations des pelouses modifieront toute la superficie sans nécessiter de longs transports; tantôt enfin il suffira d'un labour léger pour dresser le sol d'une prairie et la mettre en état de recevoir des gazons.

Avant de procéder à la rédaction du devis estimatif des travaux et fournitures, il faut savoir clairement où l'on va. En supposant que, dans l'esprit de l'arc— ■ e, es modifications principales du sol soient bien arrêtées et qu'il ait dressé ses profils conformément à une étude approfondie du terrain sur leur emplacement, comment traitera-t-il les points intermédiaires? Une variété sans cesse renouvelée est la loi des jardins paysagers. A moins d'avoir affaire au sol plat d'une prairie d'alluvion, à de vastes plateaux ou terrasses symétriques, les surfaces de jardins changent de relief à chaque instant. L'opération du calcul des terrassements serait donc extrêmement difficile pour un artiste sans expérience. Aucune science ne peut suppléer sous ce rapport à une longue pratique, et l'on peut dire qu'un devis de terrassement ne sera bien fait que par celui qui a déjà exécuté des travaux de ce genre, et fait plusieurs trolcs à ses dépens ou plutôt, hélas! à ceux du propriétaire.

L'expérience seule donne cette sûreté grâce à laquelle, après avoir relevé quelques cotes, un véritable architecte-paysagiste calculera assez exactement les cubes de terre à remuer pour obtenir le résultat qu'il

cherche et placera rapidement sur le terrain les points des hauteurs rectifiées qu'il serait fastidieux de demander à de trop nombreux profils.

Donc, une estimation sommaire d'après les profils principaux, et les raccordements évalués selon l'expérience et le goût, tels sont les deux éléments sur lesquels on basera la rédaction des premiers articles du devis des terrassements.

La considération qui domine tout dans la direction judicieuse d'un terrassement, c'est le calcul des coynjjensaiions. Lorsqu'il s'agit d'établir une levée près d'un fleuve, une chaussée de chemin de fer, de creuser un canal, d'effectuer enfin un travail public dont le niveau fixé est immuable, nul sacrifice de cotes n'est possible. La seule économie à faire est dans la bonne organisation du travail.

Il n'en est pas de même dans les travaux de jardins, où le goût seul est souverain, où le devoir de l'architecte est de sacrifier tout ce qu'une sage économie ne rend pas incompatible avec l'art paysager. Une butte énorme couvre-t-elle l'habitation? Au lieu de l'emporter au loin, on peut en faire un remblai et une terrasse d'un bon effet, que ce surcroit de matériaux aura cependant seul motivé. Tel vallonnement, creusé à 2 mètres, serait en situation, mais il faudrait transporter aiUeurs les terres à grands frais ou s'établir sur un mauvais sous-sol; sans renoncer à l'effet, diminuons la profondeur. Un mètre de fouille et 1 mètre d'exhaussement produiront une saillie totale de 2 mètres, suffisante dans bien des cas pour obtenir un agréable modelage du terrain. Ainsi, des combinaisons économiques du déblai et du remblai peuvent naître des effets dont le succès dépend entièrement du goût de l'artiste et de son expérience des travaux.

Ces prémisses établies, nous pouvons procéder à l'évaluation sommaire des terrassements et à leur libellé.

On commencera par réunir les travaux similaires. Les gros cubes attireront tout de suite l'attention. Avant de les attaquer, on devra être exactement renseigné sur la nature du sol, car, suivant la facilité ou la difficulté du travail, la dépense d'extraction et de transport du mètre cube peut varier de 1 à Zi francs.

Le terrain à fouiller peut être :

Un sol sablonneux, d'alluvions ou de dunes, le plus maniable de tous; Une terre arable ordinaire, plus ou moins profonde; Une argile compacte, difficile à travailler; Un sol variable suivant la profondeur ; Une suite de bancs rocheux calcaires ;

Des silex, des schistes ou des granités, roches qui nécessitent le travail le plus coûteux et le plus long ;

Et enfin toutes les variétés que les diverses formations géologiques peuvent présenter.

LES DEVIS

Le transport peut se faire :

1° Par la brouette, avec relais variant de 15 à 30 mètres;

2" Par les tombereaux, lorsque le sol est solide, les pentes modérées, que les calculs ont prouvé l'économie de ce mode de transport, surtout quand la charge se fait par éboulis de gros cubes et que les distances à parcourir sont relativement considérables ;

30 Par la hotte, lorsqu'il s'agit de pentes très-abruptes, d'endroits peu accessibles, ou de jardins de ville ;

li° Par les wagonnets Decauville, petits véhicules en fer placés sur un chemin de fer étroit et dont l'emploi, encore peu répandu, est à conseiller dès que les travaux ont une certaine importance ;

5° Par des locomotives ou des chevaux menant des trains de wagons, quand il s'agit de très-grands travaux.

En étudiant avec soin les avantages et les inconvénients de chacun de ces moyens dans ses applications à une situation donnée, et en connaissant leur prix de revient, l'architecte doit trouver celui qui est le mieux approprié, le plus rapide, le plus sûr et le plus économique.

La fouille et le transport des terres s'augmentent du répandage, du règalage sur place, sorte de règlement grossier fait après qu'un certain nombre de brouettées ou de tomberées de terre ont été déposées suivant les profils marqués sur le terrain par les points de hauteur.

Viennent ensuite d'autres opérations, dont les principales sont :

Le défrichement des bois, taillis, haies, etc.;

Le défoncement du sous-sol des massifs ;

Le creusement des pièces d'eau, fossés et cours d'eau;

L'empierrement des terres-pleins et des allées ;

L'apport des terres végétales pour les pelouses et les plantations ;

Le dressement et le vallonnement définitif;

La préparation du sol pour les arbres isolés ;

Le cylindrage et le sablage des allées;

Les hersages, ratelages, ratissages et labours d'entretien.

Les fournitures de terre, cailloux, sable, terreau, fumier, paillis, terre de bruyère, ouvriers en régie, les transports de toute nature, rentrent d'ordinaire dans l'entreprise des terrassements. On y ajoute souvent même les constructions, mais je pense qu'il ne faut entrer dans cette voie que si l'entrepreneur présente des aptitudes spéciales.

On comprend sans peine que, si les quantités calculées sont les mêmes dans tous les pays, il n'en est pas de même des prix de base. Ils varient considérablement suivant les temps et la région. Chacun sait qu'il est impossible de baser aujourd'hui les salaires sur ceux d'il y a vingt ou trente ans. D'ailleurs on manciue absolument de documents en ce qui concerne les prix des travaux de jardinage. Il y a une vingtaine d'années M. Lecoq, inspecteur des plantations de la ville de Paris, publia une série de

prix ' qu'on a employée depuis faute de mieux, et qui est maintenant tout à fait insuffisante.

La meilleure base, pour les travaux de terrassement faits dans la région parisienne, est celle que fournit la nouvelle Série publiée par la ville de Paris et dont je reproduis ici le chapitre Terrasse. En comparant le prix de la journée à Paris et celui de quelques transports et matériaux dans diverses localités de la province et de l'étranger, on arrivera assez aisément à faire la proportion nécessaire pour établir partout un devis avec ce secours. Il faut aussi tenir compte de ce que, sur les prix de cette série, les entrepreneurs parisiens consentent parfois des rabais qui varient, suivant l'importance et la facilité des travaux, entre 5 et 20 pour 100.

Cette série de prix, établie par la direction des travaux publics de Paris, principalement pour le règlement des travaux de construction, est connue de tous les architectes et entrepreneurs, adoptée par les tribunaux, et les mémoires en litige sont réglés d'après les bases qu'elle indique. Mais elle est peu familière aux propriétaires et aux entrepreneurs de province, bien qu'elle mérite d'être plus répandue. Le chapitre « Terrasse » y est plutôt rédigé en vue de l'extraction et du transport des terres provenant des fouilles de bâtiments à ériger, que pour les. grands mouvements de terre des parcs et jardins. Aussi la plupart de ces prix sont trop élevés. Mais le système employé pour la rédaction est clair, méthodique, rationnel. Avec un peu d'habitude, il est facile de l'adapter à d'autres travaux que ceux de Paris. En voici un exemple :

A Paris, la journée de trois terrassiers (un piochcur et deux chargeurs) est

comptée ensemble 13 fr. 90

Celle d'un charretier, d'un cheval et d'un tombereau 15 fr. 45

Tolul 31 fr. 35

Avec CCS éléments, la quantité de travail obtenue est telle que la série donne les prix suivants :

Numéros d'ordre

des prix. fr.

Soit le mètre cube 1.80

pour fouille, chargement, régalage et transport à 100 mètres.

Or, dans plusieurs provinces, les prix des ouvriers et des attelages baissant de moitié et plus, le prix du mètre sera de 0^' , 90, et descendra même plus bas, tout en conservant la même méthode de groupement des éléments qui fournissent le calcul final.

1. Prix de règlement ou Tarif des travaux de jardinage, plantations, etc., par Lecoq. — Prix 3 francs, chez Barbré, libraire, 17, boulevard de Sébastopol, Paris.

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