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odyssée, chant v

LES JARDINS DANS L'ANTIQUITÉ

Le jardin des Hespérides, théâtre de l'un des douze travaux d'Hercule, était planté, au dire du géographe Hylax, d'orangers dont les fruits d'or étaient gardés par le dragon légendaire, et aussi de grenadiers, d'oliviers, d'amandiers et de nombreux arbrisseaux. Cet écrivain le plaçait au pied du mont Atlas, en Afrique, ou dans la Cyrénaïque, terrains fertiles et verdoyants alors, secs et dénudés aujourd'hui.

Les jardins d'Alcinous, le roi philosophe, également décrits parle grand rhapsode grec, étaient célèbres chez les anciens; mais les fruits et les légumes y semblent occuper une place prépondérante comme dans le jardin que Laerte, roi d'Ithaque, père d'Ulysse, bêchait de ses mains vénérables.

Dans la riante peinture qu'Ovide nous a laissée de l'âge d'or, au temps où Saturne régnait sur le monde, le bonheur sans mélange des premiers hommes avait pour théâtre « un jardin où ils jouissaient d'un repos continuel, où la terre produisait tout sans culture, où les fraises des montagnes, les cornouilles, les mûres des buissons, les glands doux du chêne constituaient leurs repas frugaux ; où de molles brises caressaient les fleurs nées sans semence et les moissons grandies sans labeur, oùlesfleuves roulaientdes ondes de lait et de nectar et le chêne distillait un miel doré et savoureux. »

Les Champs-Élysées, où Virgile fait descendre le pieux Énée, rappellent cette peinture. Les sages s'y promènent dans des bosquets de myrtes et de lauriers, s'y livrent à des jeux variés et aux douces causeries, sans demeure fixe, ou plutôt trouvant partout une charmante retraite sous ces frais ombrages.

Dans l'extrême Orient, les plus anciennes traditions religieuses relatent la création d'un paradis créé par la divinité pour servir de séjour aux justes après leur mort ; les théogonies des Hindous et des Chinois en font foi.

Plus près de nous, Mahomet n'a-t-il pas dû séduire les adeptes de sa religion nouvelle en leur promettant la jouissance future d'un jardùi planté d'arbres ombreux, au milieu desquels est le tûha (arbre du bonheur), aux fruits énormes et délicieux, orné de rivières et de fontaines coulant sur un sable de pierreries, peuplé enfin de houris aux grands yeux noirs, destinées aux croyants arrivés à la suprême félicité !

Enfin, du nouveau monde, du Mexique, des traditions analogues sont parvenues jusqu'à nous. L'historien Torquémada appelle Osiris, le prophète mexicain, « un jardinier divin » qui avait créé sur la montagne de Tzatzitépec un véritable Éden, où les plus beaux fruits se mêlaient aux plus admirables fleurs. Mais Osiris aurait cherché à obtenir l'immortalité au moyen d'un breuvage offert par un mauvais esprit, et il fut chassé de son paradis, qu'il ne revit jamais.

On reste frappé, devant cette conformité dans les traditions des diverses nations, non-seulement de voir la croyance unanime à un premier jardin où l'homme jouissait du bonheur enviable par excellence, mais encore de la similitude de ces descriptions imaginaires. C'est que l'amour instinctif des

beautés naturelles est puissant sur l'esprit humain et que la genèse poétique chez les hommes prend les mêmes formes à ses débuts, comme la fabrication des silex taillés est l'indice premier et uniforme de la civilisation chez les diverses races du globe.

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