JARDINS ÉGYPTIENS
Les Égyptiens, qui prétendaient remonter à l'origine des temps, avaient donné une place importante aux jardins dans leur civilisation. Le soin qu'ils ont pris de transmettre aux âges futurs les annales de leur histoire, leurs costumes et usages, gravés sur leurs monuments, nous révèle l'intérêt qu'ils attachaient aux jardins, et quelques historiens, comme Strabon et Hérodote, ajoutent leur témoignage à ceux que nous ont fournis les hiéroglyphes déchiffrés j)ar ChampoUion et ses successeurs.
Hérodote parle surtout des jardins sacrés, qui étaient pleins de magnificence, principalement ceux d'Osiris ou d'Ammon, situés dans une oasis du Sahara. Ils formaient, autour des temples affectés aux animaux divins et aux habitations des prêtres, de vastes enclos plantés de palmiers dattiers et de Doums (Ilyphœnc llichaica) dont les cimes, ou pennées, ou palmées, formaient de splendides masses végétales. Des sycomores (Ficus syconioriis) étaient plantés en avenues et produisaient d'épais ombrages jusqu'à ce que leur bois servît à fabriquer les cercueils. Les bassins de granit ou de porphyre contenaient de belles eaux où les crocodiles, les ichneumons, les ibis sacrés erraient entre les touffes de papyrus et de lotus. Les arbres étaient ceux que nous voyons encore dans le Midi : figuiers, oliviers, grenadiers, amandiers, jujubiers, myrtes, lauriers, etc. Les fleurs n'avaient pas seulement leurs parterres, mais aussi leurs a})partements; et Agésilas, en visitant l'Égypte, admira beaucoup les guirlandes
LES JARDINS DANS L'ANTIQUITÉ
de fleurs de papyrus qui lui furent offertes. Memphis, au dire de Strabon, possédait de riches cultures et de beaux jardins. Il fait l'éloge de ses vignes, de ses arbres à fruits et de ses légumes, en parlant des merveilles d'une cité opulente dont il reste à peine aujourd'hui quelques vestiges dans un désert de sable.
Au moyen des documents qui nous sont restés sur l'antique civiUsation égyptienne, on peut reconstruire assez facilement, par la pensée, un de ces jardins.
J'ai imaginé, comme spécimen, le dessin ci-contre, qui précisera mieux
Fig. I. — Jardin égyptien au temps des Pharaons.
que de simples descriptions ce que les Égyptiens entendaient par un jardin au temps des Pharaons.
Le terrain, de forme carrée, était entouré de palissades et bordé d'arbres. De la porte d'entrée, flanquée de deux pylônes, une avenue de sphinx, comme à Karnak, conduisait au palais, construction massive que précédaient deux obélisques. Les cours étaient vastes, les murs épais, les promenoirs intérieurs rafraîchis par des eaux abondantes qui se rendaient à une grande pièce d'eau après avoir traversé les piscines. Des barques et des oiseaux d'eau animaient ce lac bordé de pierres, et une cascade, dans l'axe de l'embarcadère, formait un fond de tableau architectural. Des
avenues de figuiers sycomores et de palmiers fournissaient d'épais ombrages; des kiosques et tonnelles, au dire de Champollion, occupaient le fond du jardin. Aux quatre coins de cette scène des dattiers formaient des oasis régulières. Quelques plates-bandes de fleurs rappelaient les ornements de l'architecture contemporaine, et la vigne, comme nous l'apprend Hérodote, suspendait aux arbres ses grappes et ses festons.