‹ L'art des jardinsChapitre 155 sur 341 · ED ANDRÉ DEL · texte numérisé non relu

ED ANDRÉ DEL

l«P. BECQUET PARIS

— TRACÉ SUR LE TERRAIN

ques hautes balises simulant Je grands arbres. Ce sera le moyen de se rendre compte de l'effet futur du reflet des arbres dans l'eau, d'après la loi des angles d'incidence et de reflexion que j'ai rappelée page 128. C'est surtout pour placer et dessiner les îles que ce procédé rend des services.

Pour toutes les autres opérations du tracé des eaux, il suffit de renvoyer à l'article lever des plans (page 206 et suiv.). Il sera aussi facile de reproduire un plan sur le terrain que de le figurer sur le papier d'après les méthodes que j'ai indiquées.

3° Construclions et objets pittoresques. — Il est dans l'usage, au moment du tracé d'un parc ou d'un jardin, de marquer par un simple piquet le centre des constructions secondaires, d'utilité ou d'ornement. Il vaut mieux tracer d'abord les contours du plan de la structure à élever et indiquer sommairement ses proportions aériennes. On évitera ainsi les fautes de goût, de proportion, et les fausses manœuvres. Autre chose est, par exemple, de voir un kiosque représenté par un dessin isolé ou construit dans l'atelier, et de le voir en place, à 500 mètres de distance. C'est pour avoir méconnu cette précaution que tant d'ornements de parcs sont hors d'échelle et d'un aspect déplorable. On peut citer cet effet des cadrans d'horloge placés au sommet d'un monument, et trompant presque tout le monde en moins sur leurs dimensions réelles. Je recommande donc déplanter quelques poteaux simulant l'ossature principale de la construction,'et si la distance est grande, de la couvrir dans ses contours de bandes de calicot blanc qui en accusent franchement la silhouette. On sera surpris d'avoir à imposer souvent des corrections à une composition qui paraissait d'abord satisfaisante.

Il en est de même des ponts, maisons de gardes, chaumières diverses, embarcadères, cabanes des oiseaux d'eau, clôtures, grilles, etc. Il serait plus difficile d'employer ce moyen pour les rochers et les cascades, mais on peut y suppléer en faisant sur place des remarques et relevant des cotes qui rappellent de loin l'échelle exacte des objets.

4" Allées. — Après avoir déterminé les hgnesde vues, délimité les bords des eaux et arrêté l'emplacement des constructions et des principaux objets pittoresques, il faut prévoir des chemins pour l'utilité et pour la promenade. Rien n'est plus important que le tracé des allées. De leur bonne disposition et de leur proportion dans l'ensemble dépend l'un des principaux charmes de la propriété. Je traiterai plus loin de leurs nombreuses variétés et applications ; actuellement nous ne les considérerons qu'au point de vue de l'opération matérielle du tracé.

Personnel. — Avant de commencer, il est bon de s'assurer que le personnel et le matériel nécessaires pour cette opération sont au complet. Vouloir tracer les contours d'un parc avec un seul homme et quelques poignées de baguettes, comme je l'ai vu faire souvent, est un mauvais procédé, qui est loin de produire l'économie attendue.

Ed ÂNDnÉ. JIQ

Tout architecte-paysagiste soucieux de son art doit tracer lui-même les principales lignes du parc ou du jardin qu'il a conçu. Au cours de l'exécution, il doit seul juger des modifications que la pratique doit apporter à son avant-projet. Toute délégation donnée à ce sujet à un conducteur de travaux même très-intelligent ne saurait suppléer à la présence de l'auteur. C'est là surtout que le traducteur est un traître : tradultore, iraditore.

Trois aides sont nécessaires. Le premier transportera les paquets de piquets sur divers points du parc ou relais, dont l'éloignement est calculé d'après le nombre de piquets qu'il peut transporter soit à bras, soit dans une brouette; c'est le porteur. Il sera chargé, après avoir effectué ces dépôts divers, d'approvisionner de piquets celui qui fournit le planteur, de manière à ce qu'il n'y ait aucune interruption dans l'opération commencée.

Le second aide, le donneur, tiendra sur son bras gauche la botte de piquets que le porteur lui aura fournie, et de la main droite il les tendra, un par un, à celui qui doit les piquer en terre.

Celui-ci, le troisième aide, le plus important, se nomme le planteur. Il doit être libre de ses mouvements, ne tenir qu'un seul piquet à la fois dans ses mains, et avoir sans cesse l'œil fixé sur Yopêrateur.

II est parfois utile d'ajouter un quatrième aide, si l'on trace sur des terrains pierreux où les piquets n'entreraient pas. Cet homme portera un maillet, un bâton ferré pour faire des avant-trous ou une jjince en fer de terrassier, ou mieux encore un pic ordinaire, s'il faut planter les piquets sur une route macadamisée. Si l'on trace sur des rochers, il consohdera chaque piquet en l'appuyant au pied par quelques grosses pierres.

Matériel du tracé, grands piquets. — Quelques grands piquets, bariolés de rouge et de blanc, seront utiles pour indiquer çà et là des points de repère qui empêcheront les tâtonnements dans le tracé. Ils ne sont pas indispensables, cependant, et l'on peut les remplacer par des piquets longs ordinaires auxquels on ajoute une marque particulière, papier rouge, branches feuillues, etc., pour les distinguer des piquets destinés aux vues et aux eaux.

Piquets longs. — Les piquets les plus usités sont longs de 1 mètre à l'"50. Leur type le plus commun et le meilleur est l'échalas ordinaire des vignobles. Si ces piquets manquent, on en peut fabriquer avec n'importe quel bois, en évitant autant que possible les bois blancs, peuplier, saule, sapin, qui sont trop légers, se plantent mal et se brisent. Cependant on les emploie assez fréquemment à défaut d'autres. Naturellement, ces piquets doivent être aiguisés à l'une de leurs extrémités.

Dans la plupart des cas, même pour de grandes propriétés, deux cents grands piquets doivent suffire. Lorsqu'ils sont épuisés, on les remplace par de petits piquets ; et ils servent ensuite à tracer une autre partie du parc, où leur hauteur permet de les apercevoir sur de longues lignes.

Petits piquets. — Us auront de 0'"ZîO à 0'"50 de largeur. On en fait trois

avec un échalas de longueur ordinaire. Ces piquets sont destinés à remplacer les grands, à dessiner les courbes dans tous leurs détails et cà rester en place pendant tout le cours des travaux et même après. Comme ils doivent être plantés à des intervalles rapprochés, on ne saurait trop recommander d'en faire j^réparer un grand nombre à l'avance.

Opérations du tracé. — On ne doit pas agir indifféremment pour planter les piquets. La métiiode, l'ordre, sont ici indispensables. S'il ne s'agissait que de mettre en place quelques échalas à de faibles distances, la parole suffirait à indiquer les mouvements nécessaires. Mais quand l'éloignement devient trop considérable pour que la voix porte utilement et qu'il y a intérêt à tracer les lignes en embrassant leur ensemble sur un long parcours, on doit avoir recours à des signes convenus entre l'opérateur et le planteur.

Ces signes, transmis par l'opérateur, sont au nombre de huit : 1° Le bras droit levé indique que le planteur doit s'arrêter et faire attention ;

2° Le bras porté brusquement à droite, qu'il doit avancer son piquet à droite ;

3° Porté à gauche, qu'il doit avancer à gauche;

/i° La paume de la main projetée horizontalement en avant, qu'il faut reculer le piquet ;

5° La paume de la main ramenée horizontalement vers la poitrine, qu'il faut rapprocher le piquet;

6° La tète inclinée à droite, qu'il faut pencher la tête du piquet à droite, sans changer le pied de place ;

7" La tête inclinée à gauche, qu'il faut pencher la tête du piquet à gauche ;

8° La main ramenée rapidement et verticalement de haut en bas, qu'il faut planter le piquet.

Ces huit signes suffisent pour tracer de longues lignes sans interruption, et permettent d'aller vite. On pourrait en adopter d'autres indiquant les bifurcations, les changements de largeur des allées, les évasements à l'approche des carrefours, mais trop d'abréviations conduisent à la confusion, et il vaut mieux, dans ces cas, avoir recours aux explications verbales.

Lorsqu'on est bien d'accord sur ces points, on doit, avant de commencer à piqueter, compléter l'éducation première du planteur en lui faisant les recommandations suivantes :

1° Se placer toujours de profil par rapport à l'opérateur, c'est-à-dire parallèlement à la ligne que l'on trace et non dedans, afin de n'en pas masquer le développement ;

2° Tenir le piquet par le sommet, entre le pouce et l'index, le laisser porter légèrement sur le sol et l'avancer ou le reculer lentement,- à chaque geste de l'opérateur, dans la direction indiquée, jusqu'au signe : plantez;

3° Regarder toujours l'opérateur et non le piquet (ce qu'il est très-difficile d'obtenir des planteurs peu habitués) ;

h" Avancer d'un uniiorme mouvement d'un piquet à l'autre, en comptant ses pas, de manière à faire le mHre ou a à peu près, conformément aux distances adoptées pour l'écartement initial entre les piquets : cinq, dix, quinze, vingt mètres, etc.

On conviendra aussi des moyens à employer pour suppléer à l'insuffisance de la vue à de grandes distances, par un temps de brouillard, ou à l'impossibilité momentanée de s'apercevoir mutuellement dans l'épaisseur d'un taillis, dans une brusque dépression du sol ou derrière un obstacle.

Dans le premier cas, le chapeau au bout du bras, un rouleau de papier blanc, un mouchoir suffiront pour faire les gestes.

Dans les autres, on peut ajouter une longue perche surmontée d'un chiffon blanc, que le planteur place au bout du piquet présenté.

S'il est trop éloigné et que la voix de l'opérateur ne lui parvienne pas, on doit diviser la distance en deux ou plusieurs parties, et espacer des hommes qui transmettent successivement les ordres de l'opérateur, sans (}ue le planteur ait à quitter son poste. Ce sont des sortes de relais téléphoniques dont j'ai trouvé l'usage très-commode.

Ces dispositions prises, on peut procéder au tracé.

Les points de repère principaux ont été préalablement fixés, soit d'après le plan, soit d'après les modifications que l'étude attentive du lieu aura motivées. On devra tenir toujours en vue ceux qui sont compris dans le même angle visuel et qui correspondent à des points d'attache des allées, de manière à ce que la direction de ces voies soit peinte dans l'esprit de l'opérateur avant de commencer. En un mot, il faut savoir nettement ce qu'on veut; l'exécution est ensuite facile.

Le tracé d'une allée droite ou avenue, des chemins de parterres, jardins fruitiers et potagers, etc., est élémentaire. Je n'insisterai pas sur le moyen de planter des piquets en ligne droite. Je recommande seulement de les bien aligner en clignant l'œil, après s'être mis à un mètre en arrière du premier piquet, de les placer à des distances égales, verticalement, et de se rappeler que de longues lignes se tracent plus correctement en partant de l'extrémité pour venir vers l'opérateur que vice versa.

Les lignes courbes offrent plus de difficulté. S'il s'agissait de courbes géométriques, dont le rayon est exactement calculé, comme dans les travaux de chemins de fer, il suffirait d'un rapport exact des mesures du plan, opération longue, mais relativement facile à cause de sa précision invariable. Mais nous avons affaire à des sections d'arcs dont les centres varient à chaque instant, et que la nomenclature serait impuissante à classer. J'appellerais volontiers les tracés curvilignes des jardins des courbes de goût. Elles demandent plus d'art que de science, et il faut une longue expérience [)0ur les développer harmonieusement et sans hésitation.

Si la courbe est uniforme ou à un seul centre, il sera facile de la tracer exactement, avec un peu d'habitude. On peut employer pour cela deux méthodes différentes, la méthode de stationnement ou celle du cheminement.

Dans la première, l'opérateur reste au point de départ et voit se développer devant soi tout l'espace qu'occupera la courbe. Les piquets étant placés à des distances égales, la distance apparente entre eux croîtra avec leur éloignement de l'œil de l'observateur. On en trouvera l'explication graphique dans la figure 64.

La ligne courbe A B, à centre unique, étant divisée en huit parties égales, l'écartement apparent entre les piquets vus du même point A sera respectivement comme les longueurs cd pour ce, ef pour eg, g h

Fig. 64. — Trace des courbes par stationnement.

pour gi, etc., c'est-à-dire que la distance visible entre ces piquets sera

égale à la longueur des perpendi- U»

culaires de, fe, hg élevées sur les droites ke, kg, ki, etc. Le rapport entre ces diverses parties est constant. C'est par l'habitude de se rendre compte de ce rapport qu'on arrive à tracer, avec assez de fidélité, des courbes de ce genre, par à peu près, sans quitter le point initial. Du point A, situé sur une éininence, on pourra voir tous les points de la courbe, dont une partie serait invisible si on était dans la dépression du terrain.

La méthode par cheminement est basée sur ce principe que, dans tous les arcs de la circonférence d'un cercle divisé en parties égales, les flèches sont égales entre elles. Par exemple, étant donnée la courbe de la figure 65, avec ses divisions égales acegi, les flèches des cordes Ac,ae,eg, etc., seront toutes égales à la première flèche ba, puisque les arcs de cercle sont tous égaux entre eux.

On conçoit dès lors la marche à suivre, en s'inspirant de cette loi, pour

tracer, à l'œil, une courbe de ce genre avec une assez grande précision. L'opérateur étant au point A (fig. 65) fait planter les piquets rt et c en remarquant la longueur de la flèche ba. Cette longueur étant retenue dans sa mémoire ou mesurée par un fil tendu au bout de ses deux bras, il se transporte alors en a et fait planter le piquet e en reproduisant en d c la longueur apparente de la première flèche b a, et ainsi de suite.

On pourrait encore déterminer ces points par le système des tangentes égales, pour lequel il existe plusieurs moyens graphiques, mais une exactitude mathématique n'étant pas nécessaire pour le tracé des courbes des jar-

rig. 65. — Tracé des courbes par clieminement.

(lins, et d'ailleurs le but à chercher étant une certaine liabiJeté pratique, consistant à se passer d'instruments de précision , je passerai sous silence ces procédés, utiles à employer seulement dans le dessin des parterres réguliers et jardins symétriques.

Les courbes inégales ou à plusieurs centres sont de beaucoup les plus fréquentes dans le tracé des jardins. Elles demandent une longue pratique pour être piquetées sans tâtonnements. On pourrait également les construire géométriquement en cherchant les diverses paral)oles que ces courbes engendrent, mais je dois répéter que le tracé des jardins prendrait ainsi un temps considérable, sans produire de résultats plus satisfaisants. Il faut donc s'habituer à établir ces lignes au jugé, sans instruments. En appUquant le système du cheminement et de l'écartement croissant ou décroissant entre les flèches des arcs, comme le montre la figure 60, on trace facilement des courbes de ce genre. Soit AB une courbe parabolique divisée en parties égales. En cheminant graduellement de c' en d', e\ /', on remarquera que

les flèches ee\ f f , gg', croissent graduellement, et que si plus loin la courbe s'ajjlatit, les flèches diminuent de longueur. Donc, en avançant d'un piquet, à mesure que le planteur progresse de son côté, l'opérateur aura toujours cette proportion présente devant lui. Aussi, les courbes à flèches proportionnelles, qui ne sont ni le cercle ni la parabole, sont-elles extrêmement fréquentes dans le tracé des jardins.

Les contre-courbes, que l'on nomme raccordements inverses dans le tracé des routes, peuvent aussi se déterminer rigoureusement, et nous en verrons quelques applications ultérieures. Dans le tracé des allées, elles peuvent également se faire par évaluation. Lorsqu'une courbe doit se contourner en S, le point de changement de direction doit être préalablement fixé. Je l'appellerai le pivot. Avant d'arriver à ce point, l'opérateur doit graduellement diminuer la largeur de la flèche entre chaque section d'arc. Dès qu'il arrive à dépasser le pivot 0 (fig. 67), le piquet suivant P doit présenter le même écartement que l'avant-dernier, mais dans le sens contraire. On évitera ainsi une

cassure à ce point impor- p-^cziL±Z:

tant de raccordement. Fig. 67. — Trace des contre-courbes.

Telles sont les principales formes de courbes usitées dans le tracé des parcs et jardins paysagers. Elles se compléteront plus loin par l'indication des courbes de raccordement aux carrefours des allées. '

Tracé des axes. — Je conseille de commencer par tracer l'axe ou ligne

Fig. GG. — Tracé simplifie des courbes paraboliques.

TRACÉ SUR LE TERRAIN

médiane de l'allée. Quelques praticiens ont l'habitude de piqueter d'abord un des côtés de l'allée, puis l'autre. Il vaut mieux renoncer à ce procédé, qui a l'inconvénient de causer une grande perte de temps quand il faut rectifier des erreurs.

Il est préférable de piqueter d'abord à de grandes distances, 20 mètres par exemple, et de revenir ensuite faire des retouches qui n'entraînent pas le déplacement d'un grand nombre de piquets.

Suit-on la méthode du cheminement ou celle du stationnement, il faut toujours recommander au planteur de se tenir en dehors de la courbe, c'està-dire du côté de la convexité, afin qu'il n'en cache pas le développement à l'opérateur. Arrivé à un pivot ou changement de courbe, le planteur fait volte-face ; s'il n'exécute pas spontanément ce mouvement, l'opérateur le lui indique en faisant brusquement le geste de se retourner lui-même.

En déterminant rigoureusement l'axe des allées, on se donne un guide utile pour le tracé des bifurcations, carrefours, etc., où les bords cessent d'être parallèles et deviennent plus ou moins évasés. On ne doit pas craindre de faire croiser ces ligues; elles formeront d'excellents points de. repère.

C'est alors seulement qu'on peut piqueter les deux bords des allées. A cet effet, on sème deux piquets sur le sol en face de chacun de ceux de l'axe, et à peu près à la place qu'ils occuperont étant debout. Deux hommes prennent alors un décamètre, ou plutôt une perche dont la longueur est égale à la largeur de l'allée et dont le milieu est indiqué par un cran. Ils s'arrêtent à chaque piquet de l'axe, se placent en ligne normale sur la courbe, pendant qu'un troisième tient le cran de la perche en face de l'axe, et ils plantent les piquets des deux bords de l'allée. Ce mot ligne normale signifie que la ligne AB faite par la perche doit être perpendiculaire à une droite reliant entre eux le piquet précédent C et le piquet B (fig. 68). Si cette ligne était oblique, l'écartement normal entre les deux bords de l'allée deviendrait moindre, et le tracé serait mauvais, tandis que les écartements G H, IJ, KL, le rendent correct. J'insiste sur cette précaution, qu'un peu a d'habitude fera bientôt prendre, sans obliger à aucun tracé géométrique.

En doublant le tracé des ~ ^"^"^^

allées (l'opération de planter les deux lignes latérales de piquets s'appelle doubler), il est utile de continuer le parallélisme provisoire jusqu'aux bifurcations et croisements divers. Les raccordements se font ensuite presque d'eux-mêmes. Les deux figures suivantes donneront l'exemple d'un bon et d'un mauvais tracé de ce genre.

Si Ton trace les deux côtés l'un après l'autre, de prime-abord, sans les avoir préparés par un axe, il arrive souvent que dans un croisement les

allées s,' emmanchent mal , suivant une expression vulgaire et caractéristique. On obtient alors des effets analogues à ceux que représente la figure 69, où le carrefour est du plus désagréable aspect et les allées sans union, faute d'avoir tracé préalablement les lignes mères ou axes ABCDE qui viennent s'intersecter au point 0.

Dans la figure 70, au contraire, le tracé préalable des axes a permis de doubler les lignes sans er-

reur possible , et les trois allées s'embranchent harmonieusement par un simple arrondissement des angles.

Les diverses manières de traiter les carrefours et bifurcations d'allées seront exposées plus loin. Mais leur tracé doit être soumis partout à des procédés identiques pour arriver à de bons résultats.

Après avoir ainsi complété sur le terrain le dessin des voies de communication et marqué leurs points de raccordement, il convient de reprendre chaque courbe en particulier, d'épurer tous les contours et de multiplier le nombre des piquets qui devront rester jusqu'à la fin des travaux. Les grands piquets, placés à d'assez longues distances, seront remplacés par ceux de ZiO à 50 centimètres, qui devront être plantés de 10 en 10 mètres pour les parcs et de 5 en 5 mètres pour les jardins de médiocre étendue. Dans les brusques tournants des carrefours et bifurcations, ils pourront être rapprochés bien tlavantage afin de dessiner les moindres sinuosités.

Une e.vcellente méthode, dans les terrains couverts d'herbe, consiste à ouvrir, d'un piquet à l'autre, une rigole au moyen de la bêche oude latranche plate, et à rejeter les mottes de gazon sur le côté. On voit se dessiner ainsi avec une grande netteté tous les contours des allées, et si les piquets viennent à disparaître, le tracé se retrouve aisément.

On doit enfoncer les piquets le plus profondément possible. Si les trevaux ne sont pas immédiatement commencés ou s'ils traînent en longueur, ces piquets disparaissent en peu de temps, enlevés par les pâtres, par les passants, abattus par le vent ou les bestiaux, dérobés ou brisés.

Fig. 70. — Tracé des axe?. Bon.

TRAVAUX D'EXÉGUTIOiN. — TRACÉ SUR LE TERRAIN. 313 Tout dessinateur de jardins qui s'est vu obligé de recommencer une ou plusieurs fois son tracé faute de retrouver, à son retour, celui qu'il avait eu tant de peine à établir, comprendra mon insistance sur ces précautions. Le mieux est de conserver les grands piquets aussi longtemps que possible, en doublant chacun d'eux par un plus petit enfoncé au ras du sol, et qu'il est toujours facile de retrouver.

Enfin je conseille, le choix étant donné, de faire couper, pour les petits piquets, des tiges d'acacia (Robinia pseudo-acacia}^ bois presque incorruptible, dont la durée dans le sol est très-longue si on a le soin de lui faire subir, avant l'emploi, un commencement de carbonisation ou une injection de sulfate de cuivre. En J86Zi, un de mes clients eut l'idée de convertir en parc plusieurs centaines d'hectares de sables infertiles, abandonnés à la vaine pâture, sur les grèves de la Loire. Il me demanda un projet, sous la condition que le tracé serait fait au moyen des piquets dont je viens de parler, que les massifs seraient semés en essences forestières, que le reste serait conservé en pâturages, et qu'on laisserait le tout croître à la grâce de Dieu pendant une quinzaine d'années. Cette époque atteinte, on devait rechercher les vestiges des piquets, ouvrir les allées d'après le tracé adopté en principe et donner la propriété en dot à une jeune fille qui n'avait que trois ou quatre ans au moment où l'on semait le premier gland de chêne dans le parc. On opéra ainsi sans beaucoup de frais et avec des résultats qui prouvèrent plus tard que l'idée était juste et pratique.

Le tracé des parterres, jardins symétriques, vergers, potagers, etc., qui rentre plus spécialement dans les figures géométriques, sera traité un peu plus loin, les allées proprement dites ne formant qu'une partie de la pratique du piquetage dans ces sortes de compositions.

5° Massifs. — Pour éviter de confondre les piquets destinés à figurer les massifs avec ceux des allées, il est bon d'adopter un signe distinctif, soit en les peignant d'une couleur quelconque, soit plus simplement en les plantant d'une manière particulière. Je me suis toujours servi, pour indiquer les bords des massifs paysagers, de petits piquets ordinaires que l'on incline en dehors.

Dans la figure 71, les piquets AAA sont dressés verticalement et forment le bord des allées, les autres, BBB, sont tous penchés et indiquent le périmètre du massif C.

Quand les mas ifs bordent les allées, leur première ligne doit être

parallèle à ce bord, à la seule excep- •

tion des grands parcs forestiers. Mais, ^'s- " '^'^'^ ^""^

dès qu'ils échappent aux chemins et se confondent avec les pelouses, nulle ligne, même sinueuse, ne doit se faire sentir dans la plantation. Tout au plus faut-il en indiquer une pour le défoncement du terrain, (jui formera un cer-

tain nombre de dents. La position des piquets, au tracé, sera alors dans les angles saillants et rentrants, en évitant toute espèce de symétrie (fig. 72.)

Ainsi les piquets AAA seront forcément parallèles aux allées, mais B en BBB ils n'offriront plus aucune régularité.

Les massifs d'arbres et d'arbustes sont encore l'objet d'un tracé trèsimportant qui fixe la place de cha- Fig. 7-2. - Tracé des bordures de massifs. cun des sujets à planter. Des piquets de différentes hauteurs remplissent cet office. Cette distribution sera indiquée au chapitre des plantations.

6" Arbres isolés el groupes. — L'emplacement des arbres épars sur les pelouses, conifères et espèces à feuilles persistantes ou caduques, doit être l'objet d'une étude attentive. Nous- verrons le rôle capital de ces vedettes des massifs dans l'ornementation et les règles qui doivent présider à leur distribution. Leur place étant déterminée, on doit, tout de suite, les marquer d'une manière apparente par de grands piquets accompagnés d'un signe particulier : le meilleur est une poignée de branches attachées au sommet. Chacun des arbres isolés et ceux des groupes de trois auront leur place individuellement marquée. Au-dessus de cinq, il suffit d'indiquer les arbres qui se trouvent sur les contours du groupe, sans s'occuper du milieu, mais toujours en garnissant les piquets de branches qui se fanent bientôt et deviennent alors plus apparentes.

Le plus souvent, la place des groupes et arbres isolés est motivée par

Fig. 73. — Tracé des arbres isoles ét groupes.

les lignes de \i\e; c'est pour cette raison que je conseille de commencer toujours le tracé par les percées.

Ainsi, dans la figure 73, les points A et C sont deux tètes de lignes de

vue, le premier occupé par un kiosque, le second par un banc de repos adossé à un boisl. Les angles ABD, CEF ont des côtés qui se coupent en G H, et qui indiquent les percées qu'il ne faut pas obstruer. En plantant les arbres résineux en groupe KL, l'artiste songera au développement que prendront ces végétaux, et veillera à ce qu'ils n'empiètent jamais sur la vue. Il est donc nécessaire de bien connaître les espèces plantées et la qualité du sol. Il en est de même du groupe M et de l'arbre isolé N, tous deux à feuilles caduques. Mais sur le bord de l'allée, on peut planter sans se préoccuper de l'accroissement des branches, car la vue pourra facilement glisser entre les troncs des arbres, et un épais ombrage sera assuré au banc G.

1° Jardins réguliers, parterres, potagers, etc. — Nous arrivons à l'une des parties les plus intéressantes et les plus compliquées du tracé des jardins. Le règne du jardin symétrique est passé en laissant des souvenirs vivaces ; une sorte de renaissance commence à se produire. Si les parterres de broderie, à la mode au xvii® siècle, n'ont plus à nous occuper de leurs entrelacements fantaisistes, les jardins fleuristes à la manière française, anglaise, flamande et allemande, inspirent encore des goûts d'imitation dignes d'encouragement. Enfin le tracé des jardins d'utilité, potagers, jardins fruitiers, jardins-écoles, etc., rentre dans celui des figures géométriques, dont nous devons nous occuper seulement au point de vue graphique.

Les moyens pratiques de transporter sur le terrain des dessins symétriques avec l'aide d'instruments de précision ne sont pas rares. J'ai déjà énuméré cette partie du matériel delaformation des jardins, dont l'usage est familier à la grande majorité de mes lecteurs. Nulle difficulté n'existe pour reproduire sur le sol une figure quelconque au moyen d'un goniomètre, d'une boussole ou d'un décamètre.

Il en est autrement pour ceux à qui le maniement de ces instruments est incomui, ou qui ne peuvent pas se les procurer. G'est le cas d'un grand nombre de jardiniers en place, auxquels j'adresse plus spécialement ces observations. Ils y trouveront, à leur usage quotidien, une petite collection de recettes élémentaires pour construire les figures indispensables au tracé des jardins symétriques, dont ils sont journellement chargés. On trouvera des applications de ces procédés dans les chapitres suivants.

Je suppose le cas où le jardinier ne dispose que de ses outils ordinaires, bêche, râteau, traçoir, serpette, etc. Avec une pelotte de ficelle {cordeau des jardiniers) et quelques piquets, il doit se tirer aisément d'affaire dans les circonstances suivantes :

1° Tracer au cordeau une ligne droite d'équerre / \ \

ou perpendiculaire sur une autre ligne droite 7 h). J ' \^

— Soit AB la ligne sur laquelle on cherche à élever ^ ^ b une perpendiculaire D du point G. Plantez deux pi- ^'s- Pi-

quets EF à égale distance du point G, passez dans chacun la boucle d'extré-

mité d'un cordeau au milieu duquel vous aurez fait un nœud. En reculant et tendant le cordeau jusqu'en D vous aurez la ligne CD perpendiculaire à AB.

On obtiendra le même résultat en décrivant avec un cordeau, de chaque extrémité de la ligne AB, deux arcs de cercle qui se couperaient en D, point d'où l'on abaissera une perpendiculaire sur C. On peut employer ce second moyen sur une surface unie, sable ou terre ; le premier vaut mieux sur un pré ou sur une surface inégale.

2° Tracer avec le cordeau ?me perpendiculaire à l'exlrémité d'une ligne droite{iig. 75). — Placez sur lalignc AB le piquctCàune distance quelconque

^ et passez dans les piquets B C les deux boucles /I d'un cordeau que vous tendez jusqu'à ce que y ; le nœud fait au milieu donne le point D, sur 1 lequel vous plantez un autre piquet. Betirez / \^ 1 alors la boucle du piquet B et en l'alignant

^/ \] avec DC l'extrémité du cordeau donne le

c B point E perpendiculaire à AB.

Il est évident qu'avec une équerre d'arpenteur le moyen est plus simple, plus juste et plus expéditif.

3" Rapnorter avec le cordeau un angle ou un triangle sur le terrain (fîg. 76). — Tracez sur le papier, à 10 mètres de distance du point A, l'arc de cercle qui coupe l'angle A en BC et dont la corde est de 5 mètres. Mesurez sur le terrain une longueur de 10 mètres A'B'; prenez deux cordeaux, l'un de 10 mètres,

que vous attacherez en A', l'autre de 5 mètres, qui sera fixé en B'; rejoignez leurs extrémités libres et vous aurez le point C par lequel on obtient l'angle A' égal à A.

Le même procédé sert à construire le triangle A'B'C^ égal à ABC. Si le triangle est équilatéral, c'est-à-dire si ses trois côtés sont égaux, on peut le reproduire par le procédé n" 1, employé pour élever une perpendiculaire, mais en ayant soin de mesurer l'un des côtés et de donner aux deux autres une longueur égale.

h" Tracer avec le cordeau un rectangle ou carré long (fig. 77). — Sur la ligne AB, longue de 10 mètres, par exemple, élevez la perpendiculaire BC, longue de li mètres. Fixez un cordeau de 10 mètres au piquet BC, un autre de Il mètres au piquet D et rejoignez leurs extrémités ^^'s- en D. Le rectangle sera construit et les quatre côtés

formeront quatre angles droits. Le même moyen sert à tracer des parallèles à toutes les lignes droites.

5" Tracer avec le cordeau un polygone régulier (fig. 78). — Soit le pentagone ABECD à reproduire sur le terrain. Mesurez la base AB et la ligne AC,

égale à BC. Avec ces mesures tracez sur le sol le triangle ACB par le procédé n" 1. Prenez ensuite deux cordeaux égaux à AB et attachez l'une de leurs extrémités en A et en C. En joignant leurs deux autres extrémités libres vous aurez le point E et, par une opération semblable, le point D.

Tout autre polygone régulier sera tracé de même, en

le réduisant en triangles qu'on reproduira sur le terrain l'un r

après l'autre dans l'ordre qu'ils accusent sur le plan. F's-

Si l'on opérait avec un instrument à mesurer les angles, l'opération serait des plus simples, l'ouverture de chaque angle correspondant à chacune des divisions du polygone. Je crois utile de donner, dans un tableau, l'ouverture en degrés de chacun des angles du centre ou de la circonférence d'un polygone régulier déterminé. Ce petit calcul fera gagner du temps aux opérateurs.

DÉSIGNATION

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