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EAUX; DIGUES

Fig. 247. — Construction dos berges d'une pièce d'eau. — Profil.

avec des brandies d'osier. Si l'on craint que les eaux battues par le vent ne rompent les bords, on les garnira (fig. 247) de pierres grossières A ou de rondins de bois superposés selon la pente, et recouverts de gazon C, dans la partie du sol supérieure au niveau de l'eau. Une couche de glaise B tapissera le radier de la pièce d'eau. Parfois, un simple placage de gazon suffira pour affermir les berges.

Déversoir. — A l'extrémité des pièces d'eau, le déversoir sera l'objet de l'attention toute spéciale de l'architectepaysagiste et du propriétaire. Si l'étang a une certaine étendue, il sera nécessaire, avant de commencer les travaux, de faire une demande à la préfecture du département, la loi prohibant toute modification 73---=-^ ^-.i^^^^^^ dans le régime des eaux d'une contrée, sans une enquête préalable faite par les agents de l'État et la permission administrative accordée. Les principales ol)!igations résultant de la circulaire ministérielle du "23 octobre 1851, sur les usines hydrauliques, peuvent être résumées ainsi :

Demande à la préfecture, indiquant la nature des travaux à exécuter, leur motif et l'usage auquel on les destine, avec production des titres de propriété, nouveaux et anciens;

Visite de l'ingénieur ordinaire, qui convoque sur place le maire de la commune et les intéressés, recueille les renseignements, dresse procèsverbal de l'état des lieux, prépare les plans, profils et rapports nécessaires, enregistre les oppositions et donne son avis ;

Après approbation du rapport, détermination du niveau légal de la retenue d'eau, de manière à protéger les terrains riverains contre les inondations, et placement d'un repère définitif dont le zéro indiquera ce niveau;

Fixation de l'emplacement d'un déversoir, suffisant pour l'écoulement des eaux en temps de crue, et dcrasc au niveau légal de la retenue au moment des eaux moyennes, bidication des vannes de décharge, étabhes d'après les calculs de jaujage nécessaires quant au niveau de leur arête supérieure et à la hauteur des seuils, fixée d'aj)rès la pente moyenne au radier.

La première enquête, de vingt jours de durée, est suivie d'une seconde, réduite à quinze jours ; toutes deux sont publiques, à la mairie du lieu, et tous les habitants sont invités à faire connaître leur opinion sur la question. C'est seulement après raccomplissement de ces formalités que l'autorisation est donnée ou refusée.

Dignes. — La construction d'une digue d'étang nécessite une grande solidité. Les terres, placées en travers de la vallée à barrer, devront être disposées suivant un talus de 1 et demi à 3 de base pour 1 de hauteur. Elles

Ed. André. 30

seront, autant que ])Ossiljle, argileuses; on les déposera en couches foulées successivement, et on les superposera en laissant un canal d'écoulement pour les pluies d'orage, pendant les travaux. Le sommet de la chaussée devra mesurer 5 ou 6 mètres d'épaisseur, dimension qui peut varier suivant la nature des terres et la masse d'eau à contenir. On tient le niveau de la digue à l'",50 au-dessus du niveau de la retenue, pour éviter les dégradations causées par les vagues qui la franchiraient. Pour obtenir des effets paysagers, on arrondira les extrémités du barrage, de manière à donner à l'étang une forme circulaire de ce côté. Les bords seront plantés d'herbes ou d'arbustes, mais non d'arbres, dont les racines, ébranlées par les vents, donneraient naissance à des fissures et provoqueraient la rupture de la levée. Des blocs de roches pourront être semés çà et là sur les talus, principalement près du déversoir et des vannes, dissimulés sous des touffes vertes. Les roches placées près de ces décharges simuleront une formation résistante, que les eaux auraient rompue pour se livrer passage.

La construction de ces digues d'étangs est encore meilleure lorsqu'elle

Fis. 2i8. — Vanne d'élans, avec vanncllc latérale.

se complète par un perré ou mur de pierres sèches incliné, qui double la force du remblai en protégeant les terres contre les dégradations, les trous de rats d'eau et de loutres, etc. Près du déversoir, les murs seront évasés en plan suivant la forme d'un entonnoir ouvert du côté de la nappe d'eau. L'épaisseur et le fruit seront calculés d'après ce que nous avons indiqué (fig. 176) pour les murs de soutènement, mais on prendra soin de baisser les fondations pour éviter les inhltrations souterraines. Indépendamment du déversoir ou déchargeoir, échancrure pavée ou cimentée qui dégage le trop plein des eaux, on pratique dans la chaussée des bondes où canaux voûtés, dont le sommet est à la hauteur du fond de l'étang, et qui servent à le vider en entier.

Vannes. — A|)rès avoir satisfait à ces diverses obligations, on peut construire en toute sécurité les vannes, dont les modèles employés diffèrent beaucoup suivant les pays. L'usage est, actuellement, d'adopter de

préférence les systèmes à vis et à engrenages, dont je noyau moteur est placé dans une boîte en fonte fixée au sommet de la traverse supérieure de la vanne. Assez généralement on renonce aux anciens empellements en bois, difficiles à mouvoir et rapidement détruits. Cependant on peut utiliser le modèle ci-joint (fig. 2Zi8), construit en planches 0 glissant dans un retrait au moyen d'un treuil S, sur lequel s'enroulent deux chaînes de traction. La vanne 0 est appuyée par la maçonnerie m, et repose sur un seuil sohde B. La petite vanne S, vue de profil, se rapporte au barrage d'un petit ruisseau perpendiculaire à la rivière (jui alimente l'étang.

Ditoimage. — Jusqu'ici nous avons supposé que le sol naturel, aidé d'un peu d'argile ou corroi, suffisait à l'étanchement des pièces d'eau. Il est d'autres cas, et ce sont les plus fréquents, où le terrain trop perméable ne saurait se passer d'un revêtement artificiel. On emploie à cet effet la maçonnerie, l'asphalte ou le béton. Avant de recevoir ce revêtement, la surface devra être parfaitement battue, pilonnée et lissée. On donnera aux berges une inclinaison de 1 à 1 1/2, sans trop diminuer cette pente, pour éviter de laisser les parois apparentes. La profondeur sera calculée de sorte que les accidents ne soient pas à craindre, mî.is elle ne saurait être inférieure à Q"'70, si l'on tient à cacher le fond du bassin ou de la rivière et à empêcher la corruption de l'eau. Si l'on emploie la maçonnerie de moellons, il suffit de remplacer la chaux ordinaire par la chaux hydraulique, et de revêtir le parement d'un enduit de ciment.

L'asphalte peut être employé à la formation du fond et des berges des pièces d'eau. Mais la qualité de cette matière varie beaucoup; elle craque souvent, s'amollit au soleil et sa couleur est sombre et triste ; aussi est-elle peu usitée pour ce genre de travail.

On adopte plus communément le béton pour la formation des pièces d'eau et ruisseaux, dans les jardins à sous-sol perméable. L'opération se fait ainsi : on prépare un béton gras formé de trois parties do pierres cassées menu et mélangées avec deux parties de mortier de chaux hydraulique et sable. Ce mortier est composé lui-même de deux parties de sable et d'une partie de chaux hydraulique. Sur la surface à couvrir, bien battue et polie, on répand une couche de ce béton, qui ne doit pas être inférieure à J5 centimètres d'épaisseur sur les côtés, et peut dépasser cette dimension si le sol est peu solide. Le radier, sur des terrains très-résistants, peut être couvert de 10 centimètres seulement. Si ce fond repose sur la roche, il suffira de boucher les fissures par un mortier de ciment et de cailloux, appliqué avec le plus grand soin. Le béton est alors tùané fortement et également, puis uni avec le dos de la pelle. On devra veiller à son homogénéité parfaite. Quand toute la surface du ht de la rivière, du ruisseau ou du bassin est ainsi couverte, on la laisse sécher pendant quelques jours avant de la revêtir de la chape. On nomme ainsi un enduit de ciment ou de chaux hydraulique de 1 centimètre et demi à 3 centimètres d'épaisseur, que fou fixe avec la truelle à la

superlicie du béton et dont on polit parfaitement la surface. La chaux hydraulique suffit si la gelée n'est pas à craindre, mais il vaut mieux employer le ciment de Portland, sous le climat de Paris, dans les parties où l'eau peut être prise l'hiver jusqu'à une certaine profondeur. On se trouve également bien d'un mélange de ciment et de chaux hydraulique, dans les régions où le froid n'est pas très-rigoureux. A l'endroit où la maçonnerie latérale rejoint le radier, il est bon d'arrondir l'angle, dans ce point faible, pour empêcher les fissures.

La partie supérieure des bords bétonnés ou maçonnés est rarement bien comprise. On voit, à la moindre diminution notable du niveau de l'eau , apparaître le ton blanc du ciment. Il est facile d'obvier à cet inconvénient en ménageant, à la partie supérieure du béton A, un cran dans lequel l'eau est retenue en B(fig. 2/i9).La motte de gazon C recouvre cette rainure qui reste toujours cachée, et l'herbe plonge constamment dans l'eau.

Nous verrons, au chapitre des plantations, les diverses dispositions à donner aux végétaux aquatiques ; mais il est un point sur lequel nous devons insister ici. Lorsque les bassins sont peu profonds, le poisson ne pourrait s'abriter contre les ardeurs du soleil si l'on ne ménageait de place en place, et surtout dans les petits golfes, des roches rugueuses (fig. 250) formant des

70 PC 9c 4-0 tfO

Fig.

Cran de retenue des eaux.

Fig. 250. — Coupe d'un bassin bétonné. Poche pour plantes d'eau et abri pour le poisson.

tables ou sortes de dolmens reposant sur d'autres pierres debout. Ces roches sont concaves, forment cuvette, et contiennent des plantes d'eau dont les racines viennent chercher, dans la couche végétale D placée sur le béton B, une nourriture suffisante.

Barrages. — Les barrages nécessaires pour former les cascades sont

l'objet de travaux qui peuvent être considérables si la masse d'eau est importante et la rivière sujette à de grandes crues. Après avoir satisfait aux prescriptions de la loi pour ces retenues d'eau, fixé les niveaux d'amont et d'aval et construit les batardeaux de dérivation momentanée, on établit le barrage par l'un des moyens généralement en usage, le mur vertical ou le

Fig. 251. — Bcarrago à mur droit. Fig. 2")2. Barrage à glacis.

glacis incliné. Le l)arrage à mur droit (fig. 251) oflVe le danger des affouillements graves dans les inondations et par conséquent d'une rupture de l'ouvrage. La chute A fait en B un retour qui se précipite avec force sur le mur D. On atténue cet effet en plaçant, au bas, en C, des bloLS de roches qui amortissent le choc, mais cette précaution n'est pas toujours suffisante. II vaut

Fig. 253. — Profil d'un barrage de ruisseau artificiel.

mieux adopter la forme des rapides (fig. 252) en déversant les eaux sur un plan incliné en maçonnerie B, maintenu par des pilotis CGC, qui sont euxmêmes consolidés par des traverses moisées D et des intervalles garnis de pierres grossières. Un talus formé de ces pierres E rompt l'effort des eaux à la partie inférieure du bief d'amont. Sur ces constructions on place alors

les blocs de rochers devant constituer la scène pittoresque ; ils re|)oseront ainsi sur une base offrant toute garantie de solidité.

Les barrages des ruisseaux (fig. 253) se construisent au moyen d'un petit mur vertical d'une épaisseur variant suivant la hauteur et la force de l'eau ; il ne sera pas moindre de 50 centimètres au sommet. Ce mur reçoit les roches BB; entre leurs intervalles A A s'échappent les castatelles, cjui tombent dans le bief C. On doit veiller à ce que le point de jonction de ces rochers soit bien cimenté; c'est parla ordinairement que les ruisseaux fuient.

Il arrive, sur les terrains peu résistants, que le poids des eaux fait craquer l'enduit et même le béton. Il faut alors vider le bassin, le laisser un peu sécher, chercher les fissures en balayant avec soin la surface et les boucher avec du ciment. Après un certain temps, ces gerçures s'étanchent souvent d'elles-mêmes par l'infiltration lente des matières solides en suspension dans l'eau.

Bassins réguliers. — La construction des bassins et réservoirs des jardins géométriques se fait le plus souvent (fig. 25/i) en maçonnerie de moel-

Fig. 254. — Coupe d'une porliou de bassin régulier.

Ions b avec enduit de ciment a et radier en béton c. Cette maçonnerie est modifiée un peu avant d'arriver au sol, et on la recouvre alors d'une pierre taillée suivant le contour du bassin et servant de bordure. Le profil de cette pierre peut varier considérablement, mais il devra toujours être étudié dans le style de l'habitation voisine, avec laquelle le jardin symétrique d'ornement doit s'accorder. L'expérience a démontré que tous les profils, cependant, ne conviennent pas aux bordures de bassins et qu'une trop grande complication dans les moulures produit un mauvais effet. La figure 254 présente, dans les profils de B à G, plusieurs modèles choisis parmi ceux qui produisent le meilleur effet.

On doit prévoir, dans tous ces bassins, un tuyau d'arrivée de l'eau, généralement placé en G au-dessous de la pierre de bordure A (fig. 255), un trop plein E qui traverse le radier B et va porter par F les eaux au dehors, et une conduite de vidaage D, que l'on peut ouvrir ou fermer à volonté par la vannellc métallique C glissant entre deux rainures. Les autres détails

TRAVAUX D'EXÉCUTION. — lURlGATlONS.

Fig. 255. — Trop-plein et luyau de vidange avec fermeture métallique.

<le constructioi) indiqués pour les bassins des jardins paysagers peuvent, d'ailleurs être appliqués pour la confection de ces récipients.

JeU demi. — Les jets d'eau et gerbes jaillissantes trouvent naturellement leur place dans les bassins réguliers. On sait que pour obtenir des jets verticaux d'un bon effet, la compression ou force tic l'eau doit être combinée avec le diamètre des orifices. Il ne faut pas multiplier ces ornements, mais les placer avec discernement, et, s'il se ^ peut, les détacher sur des fonds de verdure sombre. Le plus gros jet d'eau de l'Europe, situé dans le parc de Wilhclmsliohe, près Cassel, n'est pas seulement remarquable par la colonne d'eau qu'il lance à 62 mètres de hauteur, mais aussi parce qu'il se détache en clair sur le fond vert-noir des grands arbres qui l'entourent.

Dans l'arrangement des ajuKigcs, que les lois de l'hydrodynamique, découvertes par Torricelh, doivent diriger, on se rappellera que les orifices à mince paroi donnent au jet une direction rcguhère et une grande transparence, que les orifices coniques diminuent la hauteur du jet, que les ajutages cylindriques produisent des jets troubles. Les variétés innombrables d'ajutages produisent des gerbes de pluie, de mousse, des cloches, tulipes, moulinets, volutes, girandoles, roues variées, que des spécialistes construisent et qui peuvent s'adapter à un même orifice, si elles sont préparées dans ce but. Mais ces ornements deviennent facilement puérils, et il importe de ne pas les multiplier. [Une gerbe et quelques jets verticaux suffisent à orner un parterre.

Irrigations. — Les eaux peuvent être employées dans un but d'utilité sans cesser d'être ornementales. La pratique des irrigations, si répandue dans les pays où les pluies sont rares, comme dans le Midi de la France, connue anciennement en Chine, développée par les Maures en Espagne, rentre dans les travaux du ressort de l'architecte-paysagiste et demande des études auxquelles il ne peut rester étranger.

On sait que le sol absorbe les matières fertilisantes tenues en suspension dans l'eau et les restitue aux végétaux qui le couvrent. L'arrosage des prairies est donc de toute nécessité dans les pays privés d'eau et différents de la Normandie ou de l'Angleterre ; l'eau apporte sur les plantes deux éléments principaux, l'hydrogène et l'oxygène, les autres gaz et sels qu'elle tient en dissolution et des substances organiques qui se décomposent et servent d'engrais. Elle élève la température du sol pendant la gelée blanche, rafraîchit les sols desséchés, et régularise la pousse de l'herbe.

Pour se servir des eaux d'irrigation de la contrée, le propriétaire devra

se soumettre aux prescriptions de la loi du 29 avril 18/15, et prendre les instructions de l'administration avant de commencer les travaux.

Si l'on se propose d'irriguer par submersion, il suffit de conduire dans un canal à niveau établi à la cote la plus élevée de la prairie les eaux

Fig. 250. — Plan d'arrosage par infillratioii.

de dérivation provenant de la retenue d'une rivière, amenées artificiellement dans des réservoirs et lâchées en temps utile.

Ces réservoirs peuvent être remplis par divers moteurs, examinés au

Fig. 257. — Coupe sur A B du plan précédent.

chapitre des devis (p. 290). On recommande de donner à ces récipients une capacité suffisante pour jeter d'un seul coup une masse d'eau considé-

Fig. 2.^)8. — Coupe d'un canal d'irrigation.

rable sur les prés. L'effet utile de deux arrosages abondants par mois est supérieur de beaucoup à celui d'une maigre irrigation quotidienne.

L'arrosage par infiltration se pratique différemment. On commence par prendre le nivellement du terrain, suivant les préceptes que nous avons indiqués (p. 216 et suiv.), et l'on détermine à la fois la ligne de la plus grande pente et autant de courbes de niveau qu'on se proposera de créer

de rigoles d'arrosage. La figure 250 donne le plan d'une de ees prairies. Entre AB est la ligne de plus grande pente, où sera établi le canal qui amènera les eaux d'irrigation. Les lignes numérotées de J à 7 seront les courbes de niveau, situées chacune à 1 mètre plus bas que la précédente, en commençant en A. La coupe AB (fig. 257) indique leurs positions respectives et montre la section du canal affluent. Les petits canaux d'irrigation aurontl'ouverture évasée suivant /?.s7> (fig. 258) ou carrée suivant « /.s;, comme on le pratique dans les terrains lourbeux du Limousin. De petites pelles ou

vannelles mobiles en bois et tôle (fig. 259) fixées tranversalement dans les rigoles, serviront à arrêter les eaux dans une direction et pendant un temps donnés. Si un canal ou une digue traverse les rigoles, des conduits ou buses en pierre ou en bois (fig. 200) empêcheront toute interruption dans le trajet des eaux d'infiltration.

Ce mode d'irrigation est usité dans les jardins maraîchers des pays

chauds, avec cette différence qu'on emploie simultanément l'inlillration et la submersion. Des rigoles en pente légère avec ramifications nombreuses et vannelles mobiles à chaque changement de niveau permettent de distribuer à volonté les eaux d'arrosage, agent principal de la végétation dans les pays du soleil. La ligure 201 fournit un exemple, pris en 1808 dans un jardin moderne du Caire (Egypte). Le périmètre entier" des carrés CC est entouré de canaux qui déversent les eaux, nuit et jour, sur les massifs de plantes tropicales, d'un tracé un peu bizarre, qui constituent la plantation de ce jardin, entre le château A et l'allée B.

Mais les eaux d'irrigation sont le plus souvent la propriété commune

lilh L'ART DES JARDINS.

des habitants d'une région. Aucun d'eux ne doit porter préjudice aux intérêts de son voisin. De là se sont formées des sociétés de riverains qui ont fini par constituer la base des associations syndicales réglementées par la loi du 21 juin 1865. Cette loi comprend une série de travaux dont il est utile de donner au moins la liste aux propriétaires non accoutumés à en tirer parti :

1° Défense contre la mer, les fleuves, les torrents et les rivières navigables et non navigables ;

T Curage, approfondissement, redressement et régularisation des

Fig. 201. — Jardin moderne, au Caire, submersible par des canaux d'irrigation.

canaux et cours d'eau non navigables ni flottables, et des canaux de dessèchement et d'irrigation;

3" Dessèchement des marais ;

h" Étiers et ouvrages nécessaires à l'exploitation des marais salants; 5° Assainissement des terres humides et insalubres ; 6° Irrigation et colmatage ; 7" Drainage ;

8" Chemins d'exploitation et toute autre amélioration agricole ayant un caractère d'intérêt collectif.

Les associations syndicales peuvent être libres ou autorisées et être investies de droits étendus.

Il suffit d'une demande à la préfecture du département pour être mis en possession de tous les renseignements qui se [rapportent à cette utile institution.

Dessèchement. — L'excès d'humidité, dans un sol destiné à l'établissement d'un parc ou d'un jardin, est aussi nuisible que dans les travaux agri-

TRAVAUX D'EXÉCUTION, — DESSECHEMENT.

coles. Il est nécessaire de recourir alors aux méthodes de dessèchement. Nous avons déjà signalé, en rédigeant un projet de drainage (p. 282), les conditions principales de l'établissement du devis. Quelques renseignements complémentaires suffiront pour éclairer les situations que rencontre ordinairement l'architeete-paysagiste. Les autres sont du ressort de la grande pratique agricole, et de nombreux ouvrages traitent in extenso de cette importante matière.

Le dessèchement des terrains inondés, ou simplement humides, s'exécute, soit par des puits absorbants ou par perforation] soit par des canaux onrerts] soit ])ar le drainage ou conduits souterrains.

1° Puits absorbants. — Lorsque des eaux restent stagnantes à la surface du sol, ou à une faible distance de cette surface, et qu'elles nuisent à la végétation, il convient de s'assurer delà nature du sous-sol en étudiant la rig. -262.— Coupe d'un puits .absorbanl.

formation géologique du lieu. Si l'on acquiert

la certitude que des couches perméables, sables, roches poreuses, alluvions anciennes, pierres désagrégées, roches sédimentaires fissurées, existent à une profondeur facile à atteindre à peu de frais, on ne doit pas hésiter à creuser un ou plusieurs puits absorbants ou canaux verticaux, franchissant la couche imperméable pour perdre les eaux plus bas. Un bon modèle de ces puits se trouve indiqué par la figure 262. Les coupes longitudinales GG et transversale A se rapportent aux fossés de dessèchement qui suivent la ligne de plus grande pente ou thalweg du terrain. Ces fossés débouchent dans une excavation de 5 à 6 mètres de profondeur sur une largeur presque égale. A partir de 6 mètres, on creuse, avec la sonde employée pour les puits artésiens de faible diamètre, jusqu'à ce qu'on ait rencontré la couche

absorbante. La sonde retirée est remplacée par un tuyau en bois C dont i'orifice est garni de fascines, de branchages, puis recouvert d'une table de pierre D reposant sur deux montants verticaux. Le reste de l'excavation est rempU de grosses pierres poreuses ou de branches d'arbres, qui empêchent l'obstruction du tuyau. En peu de temps, l'absorption des eaux est complète et le dessèchement effectué.

2° Canaux ouverts ou fosses. — Si l'on doit recourir au dessèchement à ciel ouvert, c'est-à-dire au moyen de fossés, le travail est ordinairement d'une grande simplicité. C'est l'un des plus fréquents à la campagne, bien qu'il ne soit pas toujours suffisamment compris.

Fig. 263. — Coupe d'un fossé de dessèchement.

LWUT DES JARDINS.

Si une couclie luimidc bb (fig. 263) est intermétliaire entre le sol labourable (Kl et une couche argileuse ce, le fossé devra reposer sur l'argile ou lit imperméable. Plus les berges seront inclinées, plus les fossés seront solides. La pente des talus, nous l'avons vu en parlant des routes (p. 397, lig. 175), doit être au minimum de 1 pour 1. Si la profondeur augmente, l'espace occupé par les fossés enlèvera une part notable à la culture; la circulation sera gênée et le curage constituera une 0})ération périodique coûteuse. Il vaut donc mieux renoncer aux fossés comme moyen d'assainissement, sans méconnaître leur utilité incontestable comme bordures de chemins et dans les cas où les terres produites par leur fouille servent au colmatage.

3° Driiintigc. — Le drainage ou dessèchement souterrain, dont les devis ont été signalés plus haut (p. 282), est une opération de plus en plus répandue et qui reçoit chaque jour de nouveaux perfectionnements. Nous examinerons sommairement les conditions dans lesquelles il s'effectue.

Tout projet de drainage, comme ceux de dérivation et d'irrigation, doit être soumis à la sanction de l'autorité préfectorale, s'il apporte des modifications sensibles au régime des eaux de la contrée.

Plusieurs systèmes sont employés, mais le principe ne change pas. 11 consiste invariablement à creuser des tranchées en pente, au fond desquelles les eaux couleront dans un canal commun ou drain collecteur, chargé de les évacuer au dehors du terrain à drainer. Suivant que le bois, les fascines, les pierres, les tuiles, les tuyaux sont plus ou moins faciles à trouver dans la région, on utihse les formes de drains suivantes, dont les effets sont assez variables :

Fig. 20Zi. — Drain composé de branches d'arbres en croix, recouvertes de broussailles et de mottes de gazon.

Fig. 2Ci. — Drain avec branches on croix. Fig. 2G.">. — Drain on fascines ou bourrées.

Fi"'. 205. — Drain en fascines ou bourrées de bois avec traverses en rondins supportant les terres de remblai.

Ces deux drains, si l'on emploie du bois d'aulne ou de saule, durent assez longtemps, mais finissent par s'obstruer.

Fig. 266. — Drain formé de pierres trouvées dans les champs voisins et

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