ARROSAGE
un point du sol naturel convenablement élevé, il vaudra mieux, construit en maçonnerie, que tout récipient métallique. On lui donnera une faible hauteur, plutôt que de charger outre mesure ses parois verticales. Deux ou trois mètres sont une bonne hauteur moyenne. On appuie les côtés avec des contreforts, et s'il est possible de les chausser avec un talus de terre, le réservoir n'en sera que plus soUde.
Les réservoirs métalUques sont en tôle de fer; leur forme est rectangulaire ou cyhndrique. Ils peuvent être montés, soit dans les combles d'un bâtiment de service, soit sur une tour isolée, à la manière des réservoirs des chemins de fer. On les accompagne à l'extérieur par un ornement architectural, des plantes grimpantes, ou encore on les cache par quelques ruines
Fig. 273. — Arrosage à la lance, avec tuyaux à chariot.
factices. La figure 274 donne l'image d'une disposition de ce genre, utilisée en 1867, à Paris, pour dissimuler un réservoir de l'Exposition universelle.
Conduites et distribution. — La conduite qui amène les eaux dans le réservoir s'appelle conduite d'aspiration. Si l'espace à arroser ne dépasse pas 2 hectares, et si la capacité du réservoir n'est pas supérieure à 20 mètres cubes, un diamètre de 0'",06 à 0",080 intérieur suffira pour cette conduite. Les tuyaux qui du réservoir répandent l'eau dans les diverses parties du jardin se nomment conduites de distribution. On fera sagement de donner à la principale conduite un diamètre un peu supérieur à celui qui serait strictement nécessaire pour l'alimentation proposée. II peut arriver qu'on ait à étendre le réseau de la canahsation et l'on regretterait l'insufrisance du débit des tuyaux. Pour arroser une superficie d'un hectare, comprenant des pelouses et un jardin potager, la conduite principale devra mesurer 0'",080 de diamètre intérieur. Les conduites secondaires auront 0'",060, et celles qui portent l'eau aux bouches 0^,0/iO. Le diamètre des raccords en plomb, et par conséquent des robinets distributeurs et des boucnes d'arrosage, sera de
0'",027 pour le grand modèle adopté à Paris, et de 0"', 020 pour le petit modèle. Ces bouches, appareil assez compliqué, se composent d'un ajustement ingénieux de pièces de cuivre destinées à laisser passer l'eau dans les tuyaux, par la manœuvre d'une clef, en évitant les fuites et les coups de bélier. Elles sont raccordées à l'extrémité du tuyau de fonte par un bout en [)lomb de 0"',027 ou 0'",020 de diamètre, suivant le calibre. On les place, soit dans le milieu des pelouses, à des distances calculées, soit plutôt sur le bord des allées, à 0"',10 environ de la bordure de gazon, afin que l'eau perdue coule dans le caniveau.
A l'orifice de ces bouches on adapte, au moyen d'un collier à pas de vis, des tuyaux de cuir ou de toile, articulés et vissés par longueurs de 10 mètres, ou des tuyaux de tôle montés sur petit chariot, et terminés par un lube conique nommé hinrc. Au moyen de cette lance, qu'un homme dirige à volonté (tig. 275), on obtient un jet de S à 10 mètres de longueur, et pouvant être changé, suivant les ajutages, en pluie plus ou moins fine. On peut encore fixer les tuyaux à des appareils mobiles placés sur les pelouses, déversant l'eau en pluie uniforme, S\uvant un mouvement giratoire, el changés de place dès'qu'une portion de terrain est suffisamment arrosée.
Un système ingénieux, imaginé par M. Combaz, et dont la première application au bois de Boulogne a eu lieu en 1858, permet d'arroser en pluie;
en utilisant des tuyaux de tôle , percés de trous sur toute leur longueur et portés par de petits chariots à roulettes, en fonte pour les routes, et en bois pour les pelouses.
L'appareil fonctionne seul; on proportionne sa longueur à la force de Teau en elaireje. Il permet d'arroser les gazons sur des terrains sablonneux, très-secs; un ouvrier le change de place de temps en temps, en le tirant à lui d'un coup de gaffe (fig. 276).
Les distances entre les bouches d'eau et les robinets, sur lescpiels on peut visser les tuyaux d'arrosage, dépendent de plusieurs conditions. Nous verrons, en traitant des jardins potagers, quelle est cette distance pour un arrosage commode des légumes. Dans un jardin paysager, dont il suffit généralement d'arroser la partie immédiatement en vue autour de l'habitation, afin qu'une surface verte l'entoure, même dans les ardeurs de l'été, on doit considérer chacune de ces bouches comme le centre d'un cercle autour duquel l'arrosage pourra se répandre, dans la longueur du rayon. Exemple : la charge permettant de fixer à chaque bouche une longueur de 10 mètres de tuyaux, et la longueur du jet étant de S mètres, on projettera ainsi l'eau dans un cercle dont le rayon sera de 18 mètres, et la bouche prochaine pourra être placée à 36 mètres de la première. Cette appréciation (les (li-tanccs, pour l'effet utile des orifices de distribution, est le premier
Fig. 276. — Coupe d'un tuyau-arroseur, système Combaz.
élément du plan de canalisation. Elle peut varier si la pression permet d'employer à la fois plusieurs longueurs de tuyaux, si l'on utilise les tuyaux percés, si la hauteur de l'eau dans le réservoir fait varier le débit, si les orifices en distribution simultanée sont plus ou moins nombreux, enfin si l'aspiration renouvelle ou non la quantité d'eau plusieurs fois dans un jour. La question est donc complexe et demande tous les soins d'un homme d'étude et d'expérience.
Le plan 277 donnera l'idée de la canalisation souterraine d'une ])ortion
Fig. 277. — Plan de la canalisation souterraine d'une portion de parc.
de 2 hectares environ du parc du Bois-Renault. Le château est situé en A, les communs en B. Le potager D, les serres EFG, le parterre H, l'avenue L, doivent être alimentés d'eau en charge, provenant du réservoir a, situé dans la partie c des communs. La conduite principale, de O^jOSO, va du réservoir au potager et autour du château. Des conduites secondaires, de 0"',060, atteignent les points cl, c, f, suffisamment distants pour que la surface des pelouses en vue soit abondamment arrosée. La place des bouches d'eau sur les conduites de 0">,0/iO est indiquée par un trait en forme de T.
En examinant les trois devis de canalisation souterraine reproduits (pp. 292 et suiv.), on se famiharisera avec la terminologie et l'emploi des divers appareils et l'on pourra établir, sans secours étranger, la canalisation d'un parc ou d'un jardin, quelle que soit son étendue. De nombreux inventeurs recommandent des procédés particuliers qu'il faut se garder d'accepter sans contrôle, si l'on veut éviter des déceptions. Le plus sur est de confier ces travaux, qui demandent de la précision, à une maison de premier ordre.