‹ L'art des jardinsChapitre 194 sur 341 · G. VÉGÉTAUX LIGNEUX SANS TRONC ET SANS RAMIFICATIONS · texte numérisé non relu

G. VÉGÉTAUX LIGNEUX SANS TRONC ET SANS RAMIFICATIONS

30. Forme de Palmier nain. — Rosette de feuilles palmées {Chamœrops).

Cette classification, étendue par l'auteur jusqu'aux espèces grimpantes, herbacées, épiphytcs et j)arasites, aux graminées et aux cryptogames, est plutôt scientifique qu'artistique. Elle permet de rapporter les caractères antérieurs ^des végétaux à un nombre restreint de types dont les modèles sont connus des botanistes. Mais rarcliitecte-paysagisle, peu familier avec certaines de ces formes, n'aura pas toujours l'esprit frappé de leurs dittérences, limitées au feuillage. C'est plutôt dans la silhouette générale des arbres qu'il cherchera des signes distinctifs. Une classification plus élémen-

taire et en même temps plus pratique peut faire entrer la plupart tles arbres de nos pays clans les formes suivantes :

1° La forme conique, celle des sapins et d'un grand nombre de Conifères [Abics cxcelsa, Taxodùmi disticlmm, etc.);

2" La forme cylindrique, du Peuplier d'Italie cL du Cyprès pyramidal [Populus nigra fastigiala, Cupressus sempervirens fasfigiata) ;

La forme capiiée, présentée par le chêne dans les forêts, le pommier cultivé, le tilleul {Quercus pedunculula , Malus communis , Tilia platypliylla) ;

h" La forme parasol, dont le Pin pignon d'Italie nous fournit le modèle {Pinus Pinea) ;

5° La forme buissonneuse, dont tous les arbres à feuilles caduques et à branches retombant jusqu'au sol donnent l'nnage, depuis un hêtre isolé jusqu'à une touffe de noisetier [Fagus sylrulica, Corylm Avellana) ;

La forme dêfléc'de, dont le saule et le sophora pleureurs sont des exemples {Salix babylonica pendula, Slyphnolobinm japonicum pendulum) ;

1" La forme sarmenleuse et grimpante, depuis la ronce et la clématite qui rampent sur le sol ou s'appuient sur les arbres {lîubus fruticosus, Clcmatis FLnnniula, jusqu'aux espèces munies d'organes vraiment préhensiles comme le lierre et la vigne vierge {Hedera Hélix, Ampélopsis quinque folia).

C'est entre la forme buissonneuse et la forme capitée que les espèces hgneuses de nos climats montrent des intermédiaires si nombreux qu'il est à peu près impossible de les ramener à des types bien définis. Par exemple, un jeune arbre fruitier en liberté, poirier, pommier, cerisier, prendra facilement la forme globuleuse; d'autres, comme le tilleul, la forme ovoïde; le marronnier adulte revêtira la forme en ombelle, comme l'orme d'Amérique et de nombreuses espèces; le dôme du châtaignier sera un arc surbaissé, etc. Chaque arbre a sa physionomie propre et son mode particulier d'exprimer la beauté s'il est bien développé. Ses qualités esthétiques peuvent être d'ailleurs diversement appréciées. En France et sur le continent européen, l'habitude de voir les arbres des forêts former une large tète supportée par un tronc libre les fait placer au même rang, sous cette forme, que les beaux échantiUons isolés dont les branches traînent jusqu'à terre. En Angleterre, où les forêts et surtout les taillis ont presque entièrement disparu depuis longtemps, un arbre n'a de valeur ornementale que si le tronc est chargé jusqu'au sol d'une épaisse ramure. Aux États-Unis, le même sentiment existe; je me suis assuré que l'on n'y admet pas un arbre supporté par une tige visible. Mes confrères américains vont si loin dans cette voie ([u'ils n'hésitent pas, en arrivant dans une propriété ainsi plantée, à couper la tête de tous les gros arbres. Ceux-ci d'ailleurs supportent plus facilement cette opération dans l'Amérique du nord que chez nous , et repoussent de plus belle en prenant la forme buissonneuse désirée. La figure 308 est le modèle assez commun d'un chêne adulte, tel qu'il serait

conservé chez nous, tandis que les artistes américains ne manqueraient pas de l'étêter en AB pour obtenir la figure 309.

De tels procédés sont excessifs. La beauté a mille manières de se manifester. Nous l'avons dit, un être est toujours beau s'il occupe la position qui lui a été assignée par le Créateur dans la nature. 11 peut plaire plus ou moins à certaines organisations artistiques, auxquelles il est permis de choisir ce qui concorde le mieux avec leur manière de sentir. Mais tout travail humain modifiant la forme d'un être est préjudiciable à sa beauté individuelle. C'est la raison qui nous empêche d'admettre les arbres taillés.

de quelque nature qu'ils soient, en tant que spécimens isolés, tandis qu'ils peuvent être tolérés en masse, sous la forme d'avenues rectilignes, de charmilles, de berceaux, de haies, dont les lignes sont en accord avec le style des jardins géométriques. De même, un végétal qui prend spontanément une forme contraire à sa nature doit être exclu à l'égal des arbres artificiellement modifiés. Beaucoup de variétés horticoles sont dans ce cas, surtout dans les formes tordues et nanitiées, qui doivent inspirer un sentiment de répulsion, comme la vue d'un nain ou d'un avorton dans le règne animal '.

Quelles que soient son espèce et sa taille, l'élégance et la légèreté relative dans l'ensemble sont nécessaires à la beauté d'un arbre. Un feuillage compacte et une forme régulière, s'ils ne sont pas interrompus par la projection de quelques branches au dehors, rendront l'arbre d'autant plus disgracieux qu'il sera vu plus distinctement. Le marronnier blanc, trop

1. On peut citer, parmi ces déformations à exclure des jardins, les Broussonneiia papyrifera dissecla, Robinia pseudo-Acacia monslrosa, Uhnus pumila, Abies excelsa echintformiSj Abies excelsa denudala^ Cedrus Libani nana, etc., etc.

fi

Fig. 308. — Forme capitce.

Europe.

Fig. 309. — Forme buissonneuse.

Etats-Unis.

arrondi dans son jeune âge, s'embellit en vieillissant par ses branches inférieures retombantes ; le tilleul argenté, au contraire, au beau feuillage eordiforme, à la forme sphérique, manque d'élégance. Qui oserait comparer la noble stature du chêne, du hêtre de nos forêts, avec leurs branches inégales, à la raideur de l'érable plane et du chêne vert de la Provence, ou la légèreté du cyprès chauve de la Louisiane à l'inflexible cône du Wellingtonia dans sa jeunesse ?

Cette irrégularité dans le profd général des arbres, nécessaire pour atténuer la rigidité de la forme , ne doit point aller jusqu'à détruire l'équihbre de leurs diverses parties. L'ensemble des branches d'un arbre doit présenter un balancement harmonieux, où la grâce n'exclue pas l'idée de résistance et de stabilité. Cette pondération est une qualité essentielle; elle est aidée par l'action incessante des vents et la distribution régulière de la lumière autour de l'arbre, et assurée par le solide appui des racines. L'arbre tend de toute son énergie vitale à se dresser verticalement, et les forces de la nature concourent à le ramener à cette direction, si elle est momentanément perdue.

Il y a donc une juste mesure à chercher entre cette monotone compacité que nous rejetions tout à l'heure et la trop grande inégalité des diverses parties du végétal, bien que ce dernier défaut soit moins regrettable que le premier. On voit souvent, en effet, un arbre mal pondéré présenter un aspect pittoresque ; mais ce résultat est dû à la position qu'il occupe et non à sa forme individuelle. Un chêne rabougri, aux rameaux tordus et horizontaux, peut s'accrocher à la paroi d'un rocher, l'envelopper de ses racines, et devenir le motif d'une scène agréable. Dans le midi de la France, les rochers de la Méditerranée montrent à chaque instant leur j)arure capricieuse de caroubiers, d'ohviers aux branches tourmentées ; les montagnes sont également remplies d'exemples analogues.

Sur le bord des bois, on s'explique encore l'équilibre rompu par les branches extérieures cherchant la lumière et croissant aux dépens de celles qui sont couvertes par les arbres voisins. Mais cette disposition inéquilatérale ne serait pas supportable sur des spécimens isolés , soit en plaine , soit sur les montagnes. C'est un triste spectacle de voir les arbres de la côte ouest du Lancaslhre, depuis Liverpool jusqu'à Warrington, penchés tous du même côté par le terrible vent de l'ouest {seagale}, avec leur feuillage rongé, leurs branches brisées du côté de la mer et noircies par la fumée de la houille.

En résumé, on doit chercher, dans les modèles de beaux arbres fournis par la iialurc, la vigueur, la pureté de la forme caractéristique de l'espèce, l'équilibre entre les parties et la légèreté dans l'ensemble.

Les manifestations diverses de la beauté dans les arbres sont aussi nombreuses qu'il y a de types bien tranchés et que ces types réalisent les conditions qui viennent d'être signalées. C'est à leur caractère individuel

TPxAVAÎJX D'EXÉCUTION. — PL\NTATIONS.

qu'il faut attribuer cette impression sur notre esprit, qui produit ces actions réflexes dont nous avons donné l'explication (p. 05 et suiv.). Il suffit de considérer attentivement de beaux exemplaires des arbres de nos bois pour pouvoir analyser leurs caractères et apprécier le sentiment dominant qu'ils éveillent en nous.

Le chêne, ce roi des forêts, par la noblesse de sa stature, la hardiesse de son tronc rugueux et de ses branches, le développement de sa couronne de feuillage, le grand âge qu'il atteint, inspire le respect et l'admiration.

Après lui vient le hêtre, où l'élégance s'unit à la grandeur des formes. Son tronc lisse, la netteté de son écorce, son feuillage lustré, ses longues et fines branches, étalées jusque sur le sol comme en Angleterre, ou portées vers les airs dans les forêts du nord, le plaçent au premier rang et en font un synonyme de force élégante.

L'orme est plus plébéien, mais ses branches bien équilibrées, distantes, tl'abord dressées, puis retombantes à leurs extrémités, son feuillage sur lequel joue librement la lumière, sa forte verdure, son tronc rugueux et sombre dénotent la résistance, la ténacité.

Le charme, dont la feuille rappelle celle de l'orme sur de moindres proportions, est fin, brillant, capricieux dans sa forme, et présente une élégante gracilité.

Au contraire, le châtaignier devient l'ornement proéminent du paysage dans les sols primitifs, où son vaste branchage, sa forme arrondie, son feuillage robuste, luisant, denté, vert clair, porte au plus haut degré le caractère pittoresque d'une force un peu sauvage.

Le tronc argenté, les rameaux grêles et pendants, la nuance légère du feuillage du bouleau rappelle la pauvreté des terrains et la rigueur des hivers, quand cet arbre domine. Isolé çà et là, sa note gaie rachète l'aspect sévère des sapins dans les'^montagnes.

Nos vallées et nos prairies sont plus riantes lorsque les peupliers les accompagnent de leurs cimes élancées. En automne, à la chute des feuilles, ces arbres éveillent une douce mélancolie, bien différents en cela de la prosaïque végétation du tilleul, à la tête arrondie, gracieux seulement dans l'espèce à petites feuilles.

Sur le bord des eaux, le saule blanc prend des tons argentés, des rameaux fins, dressés, aux feuilles charmantes dans les lointains vaporeux, sur lesquels se détache la verdure brillante du frêne, au tronc clair et au feuillage penné. Ils apportent tous deux un élément poétique au paysage et les scènes qu'ils produisent ont toujours séduit les peintres.

Les arbres à feuilles persistantes, représentés dans nos climats par de rares conifères, donnent une impression de froideur et aussi de hardiesse dans les sapins de nos montagnes ; ils deviennent funèbres sous la forme des cyprès dans le midi, et ne s'égayent que si le mélèze contraste avec eux par sa fraîche verdure.

Ed. A.NDnÉ. 3i

Si nous passons aux arbres exotiques, devenus communs aujourd'hui dans nos parcs et que chacun de nous, depuis son enfance, s'est habitué avoir associés aux espèces indigènes, la nomenclature devient si riche que nous ne pourrions en continuer l'étude symbolique sans dépasser les limites de cet ouvrage. Nous citerons cependant le platane, qui dénote la vigueur et l'amour de la liberté; le marronnier, symbole de majesté, accompagnant de superbes avenues les palais des souverains ; le robinier faux-acacia, dont la ténacité dans les mauvais terrains s'unit à la grâce du feuillage ; les érables exotiques dont la raideur est souvent égale à celle de nos sycomores; le tulipier, qui inspire une admiration sans partage, et le magnolier aux grandes fleurs parfumées, aux larges feuilles vernies, arbre aristocratique par excellence.

Mais franchissons d'un bond les limites de nos régions septentrionales et transportons-nous sous les tropiques, où les princes du règne végétal, les palmiers, croissent « le pied dans l'eau et la tête dans le feu » , suivant une poétique et juste expression. J'ai tenté de donner l'idée des scènes produites par l'exubérante végétation de ces pays enchantés (page IhQ et suiv.); il faudrait maintenant décrire quelques-uns des types les plus caractéristiques de cette admirable nature, si nous avions le loisir de poursuivre cette séduisante étude. Ce seraient les cocotiers, aux feuilles pennées, amis des rivages maritimes : les Oreodoxa, les Syagrus, les Iriarica des vallées chaudes, le Ceroxylon andicola, que j'ai vu, dans les Andes, élevant son panache argenté à 60 mètres de hauteur, près des neiges éternelles du pic de Tolima; les BorassuH de l'Inde, les Pritcliardia océaniens, les Livistoiui de Chine, dressant noblement leurs vastes éventails. En Australie, nous trouverions les fougères en arbre (Balaniium) couronnées de leurs feuilles de dentelle, et dans les Cordillères les Cyathea^ les Alsophila qui forment de vastes forets. Le figuier des Banyans ou arbre-pagode, et ses congénères américains, jetant de longs câbles de leur sommet jusqu'au sol, les Pandanus des Moluques avec leurs solides arcs-boutans, les Casuarina australiens semblables à de gigantesques asperges feuillues, les Enc(dyptus de Tasmanie et les Wellingtonia de Californie, presque rivaux en hauteur des pyramides d'Egypte, exciteraient tour à tour notre enthousiasme en nous présentant des formes distinctes de nos arbres indigènes et en attestant une fois de plus la prodigieuse fécondité de la nature.

Couleur des arbres et des arbustes. — La forme des végétaux arborescents a été le premier point de vue sous lequel nous les avons considérés. Ils peuvent l'être aussi sous le rapport de la couleur et ils s'associent en quelque sorte avec la vie humaine, qu'ils symbolisent, par tous les sentiments qu'ils font naître en nous.

Le printemps, renouveau de l'année, qui porte la vie et la gaité à tous les êtres, emprunte son plus grand charme aux tons légers de la première verdure. Dans la forêt, la vie végétale présente un joyeux spectacle, par une matinée d'avril. Le vert tendre des bouleaux contraste vivement avec les

feuilles encore sèches des chênes, des hêtres, et les aiguilles roussâtres de la nouvelle pousse des pins; la feuille de l'aubépine est plus fortement teintée, tandis que l'épine noire, toute blanche de fleurs, n'a pas encore déroulé ses feuilles. Le sol se couvre de fleurs aux vives couleurs : étoiles d'or de la ficaire bouquets bleus et rouges des pulmonaires ^ tubes azurés de lierre terrestre ^ La ravissante stellaire holostée aux rayons blancs, aux feuilles en glaive S les violettes % le galéobdolon % la moschatelline ^ les bouquets pâles des primevères les petites pervenches aux yeux bleus font des tapis multicolores. Au-dessus des toufl'es d'une mousse d'émeraude pendent les grelots rosés de la myrtille ^\ et le fraisier sauvage " ouvre ses blanches corolles, espoir de la saison prochaine. Toutes ces fleurs s'épanouissent sans confusion, dans cette lumière douce et voilée du sous-bois, aux brises vivifiantes des premiers beaux jours, pendant que gazouille lu mésange et que le merle chante ses amours et célèbre le réveil de la nature.

En juin, ces nuances délicates ont fait place à une verdure intense, presque uniforme et cependant aimée de tous, parce qu'elle représente la jeunesse de l'année, dont le printemps était l'enfance. Des fleurs abondantes la constellent de toutes parts des touches les plus brillantes; les genêts dorés l^ véroniques spirées '', orchidées ancolies *^ asphodèles valérianes ombellifères composées et légumineuses " remplissent les prairies ; les salicaires , mauves ^^ labiées -\ caryophyllées forment comme une palette merveilleuse, à désespérer tous les peintres.

L'automne arrive bientôt, avec son cortège de beautés et de tristesses. C'est le soir de l'année, qui rappelle le déclin rapide de la vie. De grands changements se produisent dans la couleur des feuilles. La chlorophylle, matière colorante verte des tissus herbacés, disparaît ou est accompagnée d'un pigment rouge, W'ryihmjjhijlle, remplacé par Je jaune dans laplupartdes espèces. Au fond des vallées, les longues files depeuphers répandent, comme une pluie d'or, leurs feuilles à la moindre brise. Dans les bois, le vermillon, le rose et le jaune, se mêlent sur les feuilles des merisiers des ahsiers et des poiriers sauvages Les chênes et les hêtres se décolorent, sèchent et passent au jaune roussàtre ; les châtaigniers ^' prennent des tons dorés superbes, les taillis deviennent ocracés, les bouleaux ^- détachent déjà leurs troncs blancs et leurs balais dénudés sur le fond vert noir des sapins "

1 . Ficaria ranunculoides. — 2. Ptilmonaria o/pcitialis. — 3. Glcchoma hederacea. — 4. Slellaria Iloloslea. — 5. Viola canina, V. odorata. — 6. Galéobdolon luleum. — 7. Adoxa Moschalellina. — 8. Primula veris, P. elatiur, P. grandiflora. — 9. Vi?ica minor. — 10. VaccvUum MijrlMus. — 11. Fragaria vesca. — 12. Sarolhamnus scoparius. — 13. Veronica. — 14. Spirœa, — 15. OrcJiis, Ophrys, etc. — 16. Aquilegia. — 17. Asphodelus.

— 18. Valeriana. — 19. Vinbelliferœ. — 20. Synautlicrw. — 21. Papilionaceœ.

— 22 Lythrum. — 23, Malvacew. — 24. Labialœ. — 25. Caryophyllaceœ. — 26. Cerusus aviiim. — 27, Cralœgus TorminaUs. — 28. Pirus comnuids. — 29. Quei'cus pedunculata. — 30. Fagus sylvutica. —.31, Caslanea vesca. — 32. Belula alba. — 33. Abies excelsa, A. peclinata.

aux nuances ternes. La vie se retire à grands pas ; le grand linceul de l'hiver va s'étendre sur la (erre.

Aux États-Unis, où la flore arborescente est beaucoup plus riche qu'en Europe, la coloration polychrome de l'automne acquiert une beauté incomparable. Les chênes rouges et coccinés ^ y paraissent d'énormes buissons enflammés; le sassafras-, les tupélos^ se marbrent de toutes les couleurs depuis le jaune jusqu'au rouge cocciné et au violacé; le liquidambar * rivalise de tons rutilants avec de nombreux sumacs % le jaune d'or des érables à sucre ne le cède qu'à celui des tulipiers pendant que le sousbois se constelle de feuilles teintées de pourpre, de rose, d'écarlate et de jaune auprès de la verdure sombre et immuable des rhododendrons ^

Mais comment dépeindre la beauté des lianes, au milieu de cette végétation abondante, où les essences arborescentes présentent des formes analogues à celles de l'Europe, mais si différentes par la couleur? La vigne vierge" qui croît spontanément dans les forêts du nouveau monde, et les espèces de vignes sauvages" qui nourrissent le Phi/lloxera rasUitrix sur leurs racines, escaladent les plus grands arbres jusqu'à leur cime et retombent en les recouvrant magistralement de leur manteau de pourpre ou d'or. Le souvenir de ces paysages, que j'ai pu contempler dans les forêts de la Caroline et du Maryland, sur les bords de l'Ohio et du Potomac, à travers les monts Alléghanys, dans la vallée du Mississipi, autour des grands lacs du Nord et le long des fleuves du Canada, est de ceux dont le temps ne saurait effacer la magique impression.

L'hiver lui-même, au milieu de la désolation, garde encore un sourire, et il n'est pas rare de lui trouver des beautés de coloration. Tantôt les végétaux à feuilles persistantes, le houx'- et le fragon '■\ se couvrent de baies rouges et brillantes, tantôt les conifères" prennent une place prédominante que les plantes à feuilles caduques absorbaient auparavant. Ici les fougères persistent avec leurs frondes délicates, là les saules jaunes et rouges montrent leur bois ornemental", les dernières bruyères" ont encore leur ton rosé, la ronce" traîne ses guirlandes de feuilles vertes et violacées, les mousses et les lichens" semblent plus frais et plus vivaces sous l'influence du froid.

Pour peu que nous quittions l'Europe, les climats lointains, semblables

1. Qiiercas ruhra, coccinca. — 2. Laiirus Sassafras. — 3. N/jssu aqnalica. — 4. Liqiiidambar sli/raci/lau. — 5. lilius lijpliina, (jlabru, copallina. — 6. Acer sacchnrinum. — 1. Liriodcndron tulipifera. — Kulmia, Aiidromedaj VacciniHiii , Cletlira, /lea,elc.— 9. Rhododendron maximum. — 1 0. Ampélopsis quinqnefolia. — W. Vitis œstivalis, Labrusca, cordifoUa. — 12. Ilex Aquifolium. — 13. fUiscns ucidcalus. — 14. Abies excelsa, peclinala. Pians sjlveslris, Taxus baccata. — lo. Dlechnum, Poli/podium^ Celerach, Scolopendrium, Adianlum, olc. — 16. Salix vilellina, purpurea. — 17. Erica cinerea, Calluna vuli/aris. — 18. Itub is fruticosus. — 19. Ilijpnum, Mniam, Grimmia, Polijtrichum, Brijujn, i'uimria, Lsnca, PcUidca, Rainalina, Cladoiiia, etc.

PLANTATIONS

au nôtre, fourniront un précieux contingent à nos jardins. Les conifères d'abord. Des montagnes de l'Espagne S de là Grèce-, de l'Asie Mineure', de l'Himalaya S sortiront les plus beaux sujets. Le japon nous enverra le pin parasol^ les cryptoniérias'' et les espèces buissonneuses qui rougissent ^hiver^ le beau mélèze de KaMnpfer', et bien d'autres richesses; le Chili, ses fameux araucarias ^ L'Améri(iue du Nord, dans les gorges et sur les pics des Montagnes-Rocheuses, au uiiHeu de ce Far- West si longtemps resté mystérieux, nourrit les plus beaux résineux de la création, presque tous aujourd'hui introduits dans nos parcs

Les végétaux à feuilles persistantes non conifères sont peu nombreux chez nous en dehors des buis", des houx*-, desfragons", auxquels il faut ajouter pour le midi les alaternes hlarias lauriers tins '\ lauriers amande", myrtes*", etc., etc. Mais le Japon et la Chine ont doté nos jardins d'une infinité d'espèces rustiques du plus haut ornement, qui varient selon toutes les nuances du vert et présentent fréquemment d'élégantes panachures. Nous retrouverons, pour la plantation des jardins, ces précieuses ressources exotiques

A ces beautés intrinsèques, les arbres peuvent en ajouter d'accidentelles. De ce nombre est la couleur du tronc et des branches, jaune ou rouge dans les saules, comme on vient de le voir, blanche dans une autre espèce -\ ponceau dans plusieurs cornouillers-*, etc.

Dans les pays humides, surtout sur les terrains primitifs, le tronc et les branches des arbres se couvrent d'une quantité de végétaux cryptogames, dont les mousses, les hépatiques et les lichens sont les principaux. Nous avons énuméré tout à l'heure quelques-uns des genres auxquels ces plantes se rapportent; leurs espèces sont innombrables. Ces touches de délail du pinceau de la nature relèvent la monotonie des paysages de l'hiver ; parfois elles constituent une parure véritable. Sur les hautes colonnes des hêtres séculaires du Bosch, à La Haye (Hollande), le côté de l'ouest est couvert d'une épaisse couche de cryptogames du ton vert glauque le plus étrange. Souvent un de nos vieux chênes porte sur son tronc plusieurs douzaines d'espèces de lichens, de champignons, de mousses et d'hépatiques. En Californie, sur les AOies nobilis, le plus ornemental des lichens, X Ercrniu vulpina, couvre toutes les branches de ses admirables, guirlaudes, ([ui se balancent au moindre vent comme les franges d'une draperie d'or.

1. Abies Pin^tijjo. — 2. A. crpitalonica. — 3. A. Xord Dininiiaua. — 4. Ccdrus Deodara. — '6. Sciadnpi/tis vcrliciUnla. — Ç>. Cnjplomeria el c fjaiis. — 7. Relhiospora, spcc. div. — 8. Lnrix Kœiiipferi. — 9. Araucaria iiiihricala. — 10. Pinus pondercsa, iVelUngloiiia (jifjaiilcii^ Abies nobilis, A. Douylasii, A. Mcir:ic:ii Parryana,, clc. — ^^.Buxus seiiipcrvirens. — 12. Ilvx Aquifolium. — 13. Rase us aculeatus. — 14. Rhannus Alalcriias. — 15. Pliilli/rwa aïKjaslifolia. — 16. Viharniuii Tinas. — 17. Cerasus Lauro- CerasHS — 18. Mjjrlits (■oinimiiiis. — 19. Aucuba, Malionia, Evonij mus, Elœagnas , Garryu, Liguslrum, Pholinia, Vibaraum, Skiinmia, nia. —20. Ruhus leucoderinis. — 21. Cunius (tlba, sibirica.

Ornements accidentels. — Parmi les ornements accessoires des arbres, prend place le lierre, végétal pseudo-parasite qui prête au tronc des arbres une parure hivernale du plus riche aspect. Nous le verrons rendre les plus grands services pour la décoration des parcs et des jardins.

Les arbustes sarmenteux et grimpants, que nous avons indiqués à plusieurs reprises comme de précieuses essences ornementales, se rangent également parmi les plus utiles éléments de Tart des jardins.

Enfin il n'est pas sans intérêt de signaler l'effet hautement décoratif des arbres décrépits, vaincus par l'âge, frappés par la foudre, mutilés par divers accidents. Les vieux -châtaigniers creux du Limousin ou de l'Auvergne, les chênes rabougris du midi de la France, les ohviers dix fois séculaires de la corniche méditerranéenne, les vieux saules de nos prairies et jusqu'aux têtards d'ormes de la Normandie et du Berry, sont des motifs d'ornement faciles à mettre en œuvre et qui doivent être respectés. Ces vieux arbres sont fréquents en Angleterre , oti les ifs surtout atteignent des proportions extraordinaires. On trouverait en Europe peu de scènes aussi pittoresques que certain talus du parc de Cliveden, sur les bords de la Tamise. Des ifs énormes couvrent la pente abrupte, sur laquelle ils sont retenus par des chaînes pour les empêcher de rouler jusqu'au bas , tellement leurs racines ont été excavées par les renards. Leurs branches horizontales, leurs troncs creusés, d'un beau ton d'acajou, sont remarquables, mais cet effet est encore surpassé par celui des racines saillantes, se tordant fantastiquement au-dessus du sol.

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