PARCS &JARDINS
ED. ANDRÉ OEL. ^ \° ^ \'Tnéfrvr («P.BECQUET i>ARlB
descendant jusqu'à terre, mais placés sur les côtés de la percée sans l'obstruer.
Si l'ouverture des percées et l'arrangement judicieux des plantations naturelles sont importants dans la création des parcs sur des terrains boisés, dans un pays montueux, à plus forte raison de pareils travaux seront nécessaires en plaine, autour d'une habitation placée au milieu des bois. Je puis citer, parmi les propriétés créées dans ces conditions, le parc d'Armainvilliers (Seine-et-Marne), dessiné par M. Barillet-Deschamps. Le château, construit au milieu de la forêt, dans un pays absolument plat, devint le point de départ d'un certain nombre de vastes percées, dans lesquelles furent maintenus quelques grands chênes isolés. Malheureusement, le peu
Fig. 311. — Plaiitiition du baid des bois. — Parc de Prye (Nièvre).
de variété des essences forestières ne permit pas d'obtenir des contrastes que la monotonie du lieu rendait si désirables. Le talent ne suffit pas à créer lorsque les éléments naturels font défaut.
Les bords des allées sont de véritables percées ; ils seront soumis aux mêmes règles, avec quelques variantes. Rien n'est plus monotone que de longues voies de promenade uniformément taillées entre deux murailles de verdure. On aura donc soin de changer autant que possible la décoration de la bordure boisée, à mesure que le promeneur avancera. Dans aucun cas les grands arbres ne devront être abattus. Il vaudra même mieux, pour les conserver, dévier légèrement du tracé régulier des courbes. Ce respect des arbres a été porté assez loin dans les embellissements du bois de Boulogne et du parc de Vincennes, à Paris ; on y rencontre fréquemment, sur le parcours même de l'allée, des arbres que l'on conserve en attendant que leurs voisins aient grandi et les remplacent. On doit agir ainsi dans les parcs privés, lorsque l'arbre ne vient pas au milieu de l'allée destinée aux promenades
F, II. André. .33
à pied. Sur les voies carrossables, le maintien de tels obstacles occasionnerait des accidents.
On pourra donc diversifier avec goût le bord des allées sous bois. Tantôt les cépées du taillis seront réservées jusqu'à la ligne même de la bordure, et l'on se contentera de couper les rameaux (jui dépassent, laissant le sol garni de sa végétation spontanée, fût-ce de ronces et d'épines ; tantôt ces cépées seront curées, réduites aux plus beaux brins et suffisamment espacées pour que la lumière joue entre leurs branches. Ici, la futaie seule sera conservée et s'élèvera sur un sol nu ou couvert de mousse ; là le sol se couvrira de lierre ou d'une abondante végétation herbacée au milieu des tapis de pervenches et de primevères, dont on aidera l'effet printanier par l'addition de quelques scilles, narcisses et muguets. Pas de plantations exotiques ; les seuls végétaux indigènes, bien distribués, suffiront à produire de charmantes scènes. De temps en temps, une percée soudaine apportera un rayon lumineux sur le parcours de l'allée, un banc placé à propos invitera à regarder de jolis lointains, etc., etc.
Nous ne sortons pas, dans ces indications, des procédés de plantation employés par la nature et que je comparais plus haut à une poignée de sable jetée sur le sol. C'est, en effet, une observation basée sur l'expérience. La figure 312 est la reproduction exacte des diverses positions occupées par des
Fi^. 31'.'. — l'iantations naturelles. — La poignée de sable.
grains de sable projetés ainsi sur une feuille de papier. Les lettres A A indiquent les groupes du sable rassemblé en tas moyens, plus petits en C et D; le reste représente les grains épars, avec leurs dimensions et leurs places exactes. Je me suis assuré, par plusieurs expériences, que la projection des arbres, arbustes et plantes vivaces, sur quelques sommets boisés de la Bourgogne et ailleurs, reproduisait fidèlement cette disposition. Elle peut servir de modèle pour les grandes plantations de bois auxquelles on voudrait •dès le début imprimer des aspects pittoresques. Il suffirait, pour cela, de
grandir l'échelle de ce plan. Les surfaces A A peuvent réprésenter un are ou un hectare; les proportions des diverses parties entre elles resteront toujours les mêmes.
L'effet de pareilles plantations varie considérablement suivant qu'elles occupent un terrain plat ou un terrain accidenté. Dans le premier cas, les masses de feuillage se recouvrent l'une l'autre, aux yeux du spectateur, et la distance entre les groupes reste sans résultat. Au contraire, si le bois couvre un mamelon dont le sommet serait placé en F, par exemple (fig. 312), la scène sera modifiée. Les têtes des arbres et des arbustes s'étageront en amphithéâtre, et rien ne sera perdu de leurs beautés respectives, depuis les groupes épais du centre jusqu'aux sujets isolés sur les bords. Cette observation peut présenter les plus grands avantages pour les boisements artificiels des parcs ; elle donnera l'idée de planter les plus vigoureuses essences au sommet du terrain pour en augmenter la hauteur apparente; elle montrera de quelles ressources sont les plantations pour rompre l'uniformité des lignes d'un terrain peu accidenté. Quelques groupes de très-grands arbres, intercalés dans le massif, détacheront vigoureusement leurs silhouettes, et si l'on a pris soin de les choisir d'une couleur différente de l'essence dominante, on obtiendra de grands effets avec des moyens simples. C'est ainsi que dans le parc des Pressoirs du Roy (Seine-et-Marne) propriété de M. de Clermont, le coteau abrupt qui s'élève à 100 mètres au-dessus de la Seine, planté des essences indigènes de la forêt de Fontainebleau, a été varié sur deux points principaux par de forts groupes de pins qui suffisent à en relever l'uniformité. On peut encore produire des oppositions en laissant des espaces entièrement nus ou couverts d'un taillis bas, dans l'épaisseur du bois; la discontinuité créera d'heureux effets de lumière. Si l'on veut planter une butte d'après ces règles, perfectionner un point de vue par des suppressions d'arbres raisonnées, on devra se souvenir que des plantations clair-semées, étagées sur le penchant de la colline, augmentent fictivement la hauteur, surtout si le bas est planté en arbustes et le reste en essences de plus en plus élevées, dont les supérieures dominent l'ensemble avec une force qui n'exclue pas la grâce. Au contraire, on ajoute à la largeur de la scène par des plantations en zones horizontales. La forme du sol peut donc être modifiée, dans l'un ou l'autre sens, par de simples plantations bien entendues.
Si, par des suppressions calculées, on veut compléter ces effets en faisant intervenir la forme et la couleur des feuillages, on veillera à ne point se perdre dans les détails et à procéder largement. C'est à la fin de l'automne (pie l'artiste étudiera les effets divers des groupes et les contrastes de leurs feuillages , pour les renforcer ou les (hminuer par des abatages judicieux. Les nuances foncées dans les verts doivent dominer pour servir de fonds, sur lesquels les diverses variétés de vert clair et les couleurs automnales jaune et rouge produiront d'agréables oppositions. La progression
pourra èlredu vert clair au vert foncé avec quelques touches intermédiaires, par exemple des arbres à feuilles caduques formant les seconds plans et des massifs de pins et de sapins dans les lointains; mais jamais on ne laissera, dans un voisinage immédiat, un bois uniforme de pins sylvestres ou d'épicéas et une zone de chênes, de bouleaux et de charmes. Des coupures habilement pratiquées devront mélanger graduellement un groupe avec un autre.
La variété est plus nécessaire dans les bois de médiocre étendue, qui doivent exprimer la gaieté, que dans les forêts continues où l'impression de grandeur est due à l'unité. Cette rupture des lignes et des nuances, si agréable dans les scènes riantes ou pittoresques, cette diversité produite par un changement incessant dans la force et l'âge des arbres, les sous-bois gazonnés, moussus, couverts de fougères et de ronces, les rochers, les ravins, les eaux, les chemins creux, s'effacent devant la majesté sévère lies grandes plantations, qui revêtent un genre de beauté tout différent, surtout lorsque le chêne et le hêtre sont les essences dominantes. On devra donc, dans les abatages qui auront pour objet de pareils contrastes, se pénétrer préalablement de l'aspect naturel des scènes qu'il faut compléter et non détruire. Une profonde coupure dans un fond sombre fera mieux ressortir un arbre isolé, au ton clair, et réciproquement. On se préoccupera également de la perspective aérienne, qui affaiblit graduellement les objets. C'est ainsi qu'un feuillage clair et léger, comme celui des saules, reculera la distance, tandis que les feuilles sombres des épicéas et des lauriers formeront de robustes premiers plans.
Les forêts de conifères, qui atteignent au sublime dans les grands paysages des hautes montagnes, et dont les silhouettes, naturellement trop régulières, sont variées par les différents niveaux et les inégalités incessantes du terrain, impriment un profond caractère de tristesse aux pays l)lats et sablonneux, comme la Sologne et les Landes. Il est possible, cependant, de créer de beaux effets paysagers dans ces contrées. Si le bois est spontané , les essences seront suffisamment variées pour que des éclaircies dégagent les beaux exemplaires, ouvrent de larges entailles, créant de fortes sailhes et formant de jolies scènes avec quelques espèces d'arbres seulement : sapins argentés, épicéas et chênes dans les fonds, bouleaux, trembles et touffes de saule marceau sur les bords. Si des sapinières ont été créées de main d'homme, la tâche est un peu plus compliquée. Les deux essences presque exclusivement plantées pour l'exploitation dansées régions sont le pin maritime [Pinus Pinnster) et le pin sylvestre {P. sylvestris). Il faut alors procéder par de grandes éclaircies, peu nombreuses, mais profondément entaillées, sur lesquelles les troncs blancs de quelques bouleaux ou trembles ont à former des op[)ositions assez accentuées pour produire d'agréables perspectives. Je puis citer le parc de Chérupeau (Lx)iret), où une .superficie de 300 hectares, traitée d'après ces données, a permis de découvi ir des perspectives grandioses et très-variées, que le propriétaire, M. le
baron du HouUey, et moi, nous ne pouvions deviner avant d'avoir exécuté de vastes percées dans la forêt primitive.
Nous l'avons vu, les bordures des percées, comme celles qui unissent les bois à la prairie, ne doivent présenter aucune apparence de lignes, et, sous le prétexte de varier ces bords, il serait [maladroit de remplacer les courbes et les lignes brisées par un feston ininterrompu. Le modèle à suivre est celui que nous avons rendu sensible par l'image de la poignée de sable. Nous sommes donc conduits, par une transition naturelle, à examiner les groupes et les arbres isolés, non plus théoriquement, mais au point de vue des moyens à employer pour obtenir sur le terrain les meilleurs effets paysagers.
Éclaircies sur les pentes. — Un défaut qui se présente le plus fréquemment est celui des plantations naturelles ou artificielles mal étagées sur les pentes. Les lignes disgracieuses des troncs uniformes et des tètes également arrondies se dessinent mal sur le penchant d'une colline dont le sommet est, d'ailleurs, agréablement couronné, et dont les côtés seuls sont défectueux. Cette disposition vicieuse (fig. 313) sera facilement modifiée.
Fig. 313. — Plantations sur les pentes. Avant les éclaircies.
Le groupe du milieu doit peu changer. 11 présente les contours arrondis de quelques arbres, au-dessus desquels s'élèvent les colonnes de grands peuphers d'Italie. Les deux ou trois plus hautes flèches seront maintenues etparaîtront plus grandes encore par opposition avec les ormes qu'elles dominent. Les abatages des arbres, sur les deux collines, seront faits en laissant la vue passer librement entre leurs groupes jusqu'à la bordure des bois supérieurs ; leurs 'formes trop arrondies seront modifiées par des élagages appropriés, et quelques années suffiront pour changer leurs contours et projeter des branches dans diverses directions, vers le sol ou dans les airs. Les ombres portées varieront la crudité de la lumière sur le gazon à chaque heure du jour, et grâce à un travail exigeant plus de soin que de dépense, on aura modifié avantageusement l'aspect de cette scène, suivant la figure 314.
Ces suppressions ont leurs difficultés. Changer et embellir sont deux choses très-distinctes. Un véritable architecte-paysagiste ne doit pas proposer une seule modification qui ne soit suivie manifestement d'une amélioration dans l'effet paysager ; mais il est désirable aussi que la tâche lui soit facilitée
et que l'on s'en rapporte à son goût et à sa science justement appréciés.
Pour bien ordonner les opérations, il sera nécessaire d'examiner la scène à diverses heures du jour. On se rappellera nos observations sur la lumière du matin comparée h celle du soir (p. 120), et l'on fixera, d'après l'orientation des diverses masses de verdure, les directions diverses dans lesquelles les percées devront être faites. On n'oubliera pas que le bois.
Fig. 3 H. — Plantations sur les pentes. — Après les échiircies.
c'est l'ombre, et que l'eau, les gazons et les bâtiments jouent dans le paysage le rôle de points lumineux.
Par l'application de ces règles, on créera des repoussoirs par des massifs pleins, et des lointains en élaguant les arbres. La figure 06 (p. 340) montre un écran de feuillage] sombre sur lequel se détache un pont peint en blanc et une ouverture à gauche oii la vue s'étend sur une longue perspective. D'autres exemples d'abatages suivis d'un résultat immédiat ont été donnés déjà au chapitre des percées (p. 321 et suiv.).
Échiircies dam les prairies plantées. — Les éclaircies à travers les
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Fig. 315. — Éclaircies dans les plantations rectilignes des prairies.
lignes de peupliers plantés pour le produit, dans les prairies de la France, masquent souvent de belles perspectives, et demandent des soins particuliers. Lorsque l'on pourra pratiquer de larges percées, elles seront faite dansle genre de celle que reproduit la figure 315, prise dans la vallée du Cher»
vue du château de la Bourdaisière (Indre-et-Loire), propriété de M. le baron Anji^ellier. La percée est comprise entre l'ouverture BACD d'un angle dont le sommet est situé sur la terrasse du château. Les points a a a représentent la place des arbres plantés en lignes, soit comme limites de parcelles de prés, soit le long des ruisseaux, et qui ont été abattus. Les arbres conservés, en hbb, sont groupés de manière à faire oublier leur plantation primitive en lignes. On a' supprimé tout élagage depuis l'ouverture de la
Fig. 31G. — Vue sur des prairies, après les éclaircics. à Sei-quigny (Eure.)
percée. La figure 316, dessinée à Serquigny (Eure), représente également une vue de ce genre, après l'ablation des lignes de peupliers.
Groupes spontanés ou plantés. — Des bordures de forêts et de massifs compactes oii les groupes détachés offrent une régularité facile à modifier, si l'on passe aux groupes plantés de main d'homme et dont la silhouette est défectueuse, la difficulté sera souvent très grande et le remède difficile à apporter. Au siècle dernier, une méthode déplorable, venue d'Angleterre,, mit à la mode les plantations de groupes isolés en massifs arrondis. Les jardiniers anglais les nommaient clnmps (voy. p. 75.) Ils se fondaient sur la nécessité d'enclore ces massifs pour les garantir de la dent du bétail, et ils trouvaient pour cette raison la forme circulaire plus avantageuse. On voit ainsi dans les parcs anglais, au beau milieu des prairies, des groupes arrondis, semblables à des forteresses, généralement plantés de conifères.
d'une seule espèce. Ce système a malheureusement passé le détroit, et des artistes français l'ont appliqué avec ardeur, il y a trente ou quarante ans, M. Joly, en particulier, dans un certain nombre de parcs du département de la Nièvre. J'en ai vu plusieurs exemples, dont la figure 317 donne l'image, notamment dans le parc dePrye (voy. plan fig. 311). Les arbres y étaient
Fig. 317. — Groupes ou massifs détachés arrondis. — Mauvais.
plantés par lignes concentriques : épicéas, peupliers, bouleaux, etc., et trop pressés, de sorte que les troncs dénudés semblaient autant de quilles. Lorsque l'on rencontre de pareilles plantations, leur dénudation empêche de conserver un seul de ces arbres, et le sacrifice du tout est nécessaire. Ces sortes de groupes sont les verrues de l'art des jardins ; il faut les extirper sans pitié.
Il est préférable de distancer les sujets en provoquant leur développe-
Fig. 318. — Groupes ou massifs détachés. — Bons.
ment normal, leurs branches inférieures couvrant le sol, comme les admirables conifères de Dropmore et de tant de beaux parcs anglais,- on rapproche ou l'on éloigne leurs groupes, au travers desquels glissera la lumière, et l'on crée ainsi des scènes dont la nature aura véritablement fourni les
modèles (fig. 318). Le bétail doit être éloigné de ces plantations, et des parties spéciales du parc, plantées d'arbres à feuilles caduques protégés dans leur jeune âge, seront réservées pour le recevoir.
En parlant des groupes au point de vue esthétique, nous avons dit que les nombres trois, quatre, cinq et six, fréquemment employés dans l'arrangement des groupes détachés, ne doivent pas être disposés arbitrairement. On évitera, autant que possible, ce que l'on a nommé des « groupes fermés », à moins qu'ils ne soient composés d'arbres à tiges et d'arbustes en touffes. Quelques exemples (fig. 319), donnant la projection dégroupes depuis 3 jus-
qu'à 6, feront mieux comprendre leur disposition en plan que de longues descriptions. Des formes ABCD, la première A et la dernière D sont mauvaises ; leur régularité est trop marquée. Les formes B et C peuvent être employées, mais on remarquera l'égalité de force des arbres qui les composent et qui accusent davantage encore cette uniformité. Dans les formes A'B'G'D', la variété est plus accentuée. Les arbres de première grandeur sont indiqués en aa, ceux de deuxième grandeur en hh, le reste se rapporte à des baliveaux et à des touffes variées, dont les branches descendent jusqu'au sol. Les oppositions de taille, de forme, de feuillage, suffisent à donner la diversité désirable. Lorsque ces groupes sont composés de plus de six arbres, il est bon de les considérer comme des agglomérations de plusieurs groupes, et de n'en jamais faire des masses compactes.
Des groupes de deux arbres peuvent également être essayés avec de bons résultats, pourvu que l'un soit touffu et l'autre élevé à tige. Bepton disait qu'on ne devait jamais planter un arbre sans lui donner un compagnon, exagération évidente, qui produirait une monotonie d'un autre genre, tout aussi regrettable.
Enfin, on devra toujours se rappeler qu'un arbre isolé est supérieur en beauté à tous les groupes, quand il a atteint la plénitude de son développement.
Fig. 319. — Positions; des arbres dans les groupes isolés.
Quelques observations complémentaires termineront cette dissertation sur les groupes, l'un des sujets les plus délicats dans l'art de planter :
La diversité dans les dimensions des arbres d'un groupe est nécessaire autant que l'équilibre de toutes ses parties, comme nous l'avons dit précédemment. On obtiendra cet effet en ajoutant quelques flèches détachées audessus de l'ensemble, par exemple deux ou trois peupliers d'Italie inégaux. Un seul paraîtrait grêle, excepté dans un petit massif.
La réunion des conifères aux arbres à feuilles caduques doit être évitée
Fig. 320. — Peupliers d'Italie appuyés pai- une toufl'e de saule.
dans les groupes ; elle n'est possible que dans les masses boisées, où quelques flèches coniques peuvent faire saillie de distance en distance. 11 vaut mieux les grouper isolément, et laisser leurs branches inférieures se développer jusqu'à terre. On devra éviter de les planter trop près des allées, que les branches obstrueraient en peu de temps. Les conifères sont d'un excellent effet sur les pelouses en pente et près des rochers.
Si des arbustes sont plantés, soit au pied des arbres, soit autour des groupes, ce ne sera jamais suivant une ligne circulaire, mais aussi irréguhèrement que possible; les arbustes seront tous de la môme essence; les arbres seuls seront d'espèces variées. Des branches d'arbres, projetées horizontalement ou pendantes, feront bon effet sur les bords de ces groupes. Les formes pyramidales seront maintenues au milieu, et ne mon-
PLANTATIONS
treront pas leurs pieds dénudés, mais seulement leurs flèches. Un des plus remarquables exemples de ce genre se trouve à Eaton Hall , près de Chester (Angleterre), dans la propriété du marquis de Westminster. De la terrasse gothique située au pied du palais, les pelouses incUnées qui descendent au lac sont ornées de groupes et d'arbres isolés oîi le contraste des formes et des couleurs dans les feuillages produit un très-grand effet. Les chênes verts, les araucarias, les séquoias toujours verts, les touffes de lauriers de Portugal, au milieu desquels se détachent les silhouettes blanches du poirier à feuilles de saule, encadrent admirablement la vue qui s'étend jusqu'au lac, profondément encaissé entre des plantations fermant l'horizon et cachant un paysage plat et sans charme.
Le peuplier d'Italie {Popitbis nigra fastigiata), que l'on emploie avec avantage, mais en petite quantité, isolé sur le bord des eaux, peut se passer d'accompagnement, mais son aspect sera encore meilleur si une touffe de saule vient l'appuyer, comme le montre la figure 320, prise au parc des Buttes-Chaumont. C'est une grande erreur d'élaguer les branches de cet arbre, qui défigure les prairies de la France par ses mâts dénudés chaque année pour la récolte du feuillage, fourrage d'hiver pour les moutons. En ayant soin de le laisser se développer en toute liberté, ses rameaux inférieurs cachent entièrement le tronc et l'effet dans le paysage de ces grands « points d'exclamation » est saisissant. Le peuplier d'Italie atteint des proportions considérables. On a pu voir longtemps, dans le parc de Beauvais (Indre-et-Loire), un exemplaire dont le tronc mesurait à la base Ih mètres de circonférence, y compris la saillie de ses nervures en arcs-boutans. Cet arbre gigantesque, presque déraciné par le terrible ouragan qui dévasta l'ouest de la France du 7 au 13 novembre 1875 , tomba au printemps de l'année suivante. Dans ces dernières années, l'emploi du peupher d'Italie, sous cette forme rameuse depuis le pied, s'est beaucoup répandu dans les parcs et dans les jardins; l'exemple donné par les jarcHns publics de Paris aura certainement contribué à ce résultat.
Les règles du groupement des arbustes détachés, accompagnant le pied des grands arbres, ne sont guère applicables dans les prairies. Le caractère naturel des scènes exige que les arbres seuls soient plantés en groupes : peuphers, aulnes, frênes, saules, etc. Ces groupes pourront être homogènes de distance en distance ; ils seront composés d'un plus grand nombre de sujets, et une sorte de régularité dans les dimensions des tiges ne sera pas choquante. A l'exception de quelques parties de berges abruptes, il sera même préférable de supprimer les buissons bas, les touffes d'arbustes, qui présenteraient le défaut de cacher une partie des lointains du paysage.
Pour résumer ce qui vient d'être dit sur le groupement des arbres, je me propose de montrer les différences présentées par une même scène», traitée ou non suivant les règles précédentes :
Dans la %. 321, les troncs sont droits, trop réguliers, entourés de tuteurs ; le feuillage, brouté par les bestiaux à une hauteur uniforme, présentant ce (jue les paysagistes anglais ont appelé la browsing line, est sans oppositions, sans grâce et sans diversité. C'est un paysage artificiel et vulgaire.
Dans la figure 322, la scène a pris un caractère de naturel totalement distinct. A gauche, un groupe d'arbres détache le ton sombre de ses tiges sur un lointain éclairé ; auprès, un autre groupe, par opposition, montre ses troncs blancs sur le fond opaque et noir du taillis ; les rameaux ont poussé librement pour amener jusqu'au sol les touffes basses; de nouvelles branches ont irrégularisé la silhouette des arbres isolés et pondéré leurs formes en les rendant plus légères; les clôtures ont disparu. La main de l'homme, qui a tout fait ici, ne se découvre nulle part.
Fig. 321. — Scène paysagère artificielle.