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EMPLOI DES VÉGÉTAUX LIGNEUX

L'emploi des végétaux d'ornement peut être considéré sous deux rapports principaux : les plaiift/lioiis tmcieuiics et les plaiittitions xourcllcs.

Par plantations anciennes, nous entendons celles qui couvrent le sol, dans les situations où l'architecte-paysagiste est appelé à les conserver ou à les moditier, s'il est nécessaire; par plantations nouvelles, nous supposerons les cas assez fréquents où l'artiste devra créer de toutes pièces un parc ou un jardin sur un terrain entièrement nu. Le mélange de ces deux états se présente fréquemment dans la composition des jardins ; il est même difficile de traiter séparément chacune de ces divisions, que nous tiendrons réunies.

1. Oiioport/ii/ti Acanlhiu/ii. — t. Laj)j)ii major. — 3. Si/libii/n Mariaiiioa. — 4. Iimla Ilelenium, Curduus, Cirsium, etc. — 5. Verbasum Thcipstis. — 6. Hcmeleii/ii Spliondi/liain. — 7. Lylhriim Salicaria. — 8. Spirœa ulnmvia. — y. Cumjxmula (/lomerala^C. Traclieliiim, C. Raptinculus. — 10. Genliaiia Pneaiiionantite. — ll..]/«/r« Alcea. — 12. Epilobium liirsuhim. — 13. Eupalorium cannubinum. — 1i. Centaarca Jacea. — 15. Orcliis masciiktj 0. viaculataj 0. Mario, 0, conopsea; etc.

5/t2 L'ART DES JARDINS.

En cLudiant les plantations sous leurs divers aspects, nous renverserons l'ordre établi précédemment dans l'examen de leur distribution au sein de la nature, et, procédant du simple au composé, du végétal isolé aux groupes et aux massifs, nous passerons successivement en revue les masses forestières, les groupes détachés, les arbres isolés, les arbustes et les plantes diverses, d'abord dans les grands parcs, puis dans les propriétés moyennes et petites.

Massifs indigènes forestiers. — C'est une bonne fortune, pour un architecte-paysag'ste, d'avoir à tailler un grand parc au milieu d'une forêt. Nous avons vu, à plusieurs reprises, que le talent pouvait s'exercer amplement sur les masses des beaux arbres. L'office de la hache est plus commode pour obtenir des effets immédiats que celui de la bêche. Déjà, en traitant des vues et des percées (p. 321 et suiv.,) nous avons examiné les moyens de dégager l'habitation, d'ouvrir les horizons, de mettre en lumière les grandes lignes du paysage. Il reste maintenant à appliquer aux groupes forestiers les règles esthétiques précédemment exposées, de manière à faire valoir toutes les parties de ces ornements.

La première considération a trait à la variété des essences forestières. Nous savons que les espèces indigènes suffisent à la création des scènes les plus diverses. Dans les masses (jui doivent être vues à distance et imprimer au paysage son caractère dominant, on devra moins chercher la beauté individuelle des sujets que leur ensemble. De loin, des arbres médiocres, bien groupés, peuvent fournir de très-beaux effets. Dans les parties traversées par la promenade, au contraire, les qualités ornementales des individus reprendront le premier rang.

Les massifs compactes du milieu du bois ne sont guère susceptibles de modifications décoratives. Ils sont destinés à être vus de loin, et il suffit que les sommets des arbres soient variés de hauteur, de forme et de couleur. Ces bois peuvent recéler à l'intérieur de très-beaux exemplaires qui seraient perdus pour le promeneur, si on ne les mettait en lumière. Mais toutes les fois que des ouvertures intelligentes, nécessitées par les vues, les percées ou les allées, ou créées de toutes pièces en faisant naître un prétexte de promenade, permettront de révéler ces précieux éléments, l'intérêt du parc sera considérablement augmenté. Il en est de même du bord des bois, généralement rectiligne ou formé par. des courbes et des brisures peu variées, dans les exploitations forestières. Les nécessités de la culture le veulent ainsi. Cependant ces obligations doivent en partie céder le pas à l'ornement, et quelques sacrifices sont nécessaires si l'on veut créer de véritables effets paysagers.

Bord des percées ci des allées des bois. — En faisant au bord des bois ou des percées les suppressions d'arbres nécessaires, on devra prendre soin de varier leurs contours, d'éviter toute espèce de lignes, même sinueuses à l'excès. Une multitude d'avancements et de retraits de toutes dimensions,

PLANTATIONS

pénétrant clans le bois comme des golfes jirofonds, ou venant simplement denteler la bordure, varieront à l'infini la projection des arbres et des arbustes sur le sol, et créeront des oppositions vigoureuses de lumière et d'ombre. On obtiendra ainsi une augmentation apparente de l'étendue des plantations, puisqu'on étendra davantage leur périmètre. Savoir denteler à propos un bois épais et confus, c'est découvrir de nouvelles scènes, ouvrir des perspectives, créer des aspects imprévus et accroître le charme d'une résidence.

Le parc de Prye (Nièvre), propriété de M. le comte du Bourg, (fig. 310) peut servir de démonstration à ces procédés de création des parcs forestiers par éclaircies. La partie enclose de ce parc, mesurant plus de cent hectares de superficie, était couverte d'épaisses forêts sur tout son périmètre, et la |irofonde et charmante vallée parcourue par une petite rivière qui en occupait le milieu était masquée de tous les points de vue à prendre des hauteurs. Lorsque je fus appelé, en 1873, pour dessiner le parc et exécuter les percées nécessaires, je n'hésitai pas à porter vigoureusement la hache dans cette ceinture compacte, dont l'épaisseur variait entre 200 et 300 mètres, et qui renfermait des arbres séculaires de la plus grande beauté, totalement ignorés jusque-là. De vastes ouvertures, pratiquées en éventail, à partir des divers points élevés L M K, etc., révélèrent des perspectives étendues, mirent en lumière des arbres superbes au travers desquels serpenta une allée longue de 5 kilomètres et large de 6 mètres. Le développement des bords du bois fut porté de 2,000 mètres à 3,800 mètres, bien qu'une superficie de 10 hectares eût été exploitée par ces abatages calculés.

Une de ces vues, partant du premier kiosque M sur un point élevé, s'ouvrit sur un angle de 53% embrassant une vaste étendue de la vallée et de son cours d'eau, le pont 0, la chute V, la source et les rochers C, le sommet K de la colline opposée, à 900 mètres de distance, la pièce d'eau I et la façade du château A. Le tout fut encadré fortement par les premiers plans des bois conservés.

La figure 310 est un développement au double de cette percée du parc de Prye. Elle indique le traitement des bords du bois sur les côtés de l'angle et la position des arbres sur le gazon. La ligne sinueuse de ces bords n'existe pas en réalité; elle est indiquée sur le plan par la projection idéale des masses de feuillage sur le sol.

L'indication des espèces végétales conservées suffira pour faire saisir l'aspect de la scène. Les arbres représentés par le n° 1 sont des hêtres aux tiges élaiiQées, entre lesquelles la lumière joue et la vue passe librement sur les lointains? Le n" 2 s'applique à des groupes de trembles aux troncs blancs, également de haute stature et faisant d'agréables contrastes avec le fond sombre du taillis. Au n" 3 correspondent quelques chênes noirs, très-élevés, mais dont les branches encadrent le tableau par le haut. Les arbustes n" k sont des charmes, des noisetiers et des érables champêtres aux branches

Fig. :ilO. — Paie de l'iye (Nièvre). Exemple do grands massifs forestiers. Ed. André, architecte.

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