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Colum., loc. cil., iv

LES JARDINS DANS L'ANTIQUITÉ

n'est-t-il pas tout simple qu'avec les magnifiques paysages qu'ils avaient partout sous les yeux, ils aient accordé aux œuvres des hommes une supériorité momentanée sur celles de la nature? D'ailleurs nous savons comment leurs écrivains ontchanté Pau et ses merveilles, etnous venons de voir qu'ils avaient un sens assez net des jardins naturels, puisque les résidences de Néron en offraient un exemple bien des siècles avant que les populations d'Occident dussent songer à les imiter. Mais ce sentiment n'alla pas jusqu'à faire naître chez ces maîtres du monde l'idée de reproduire simplement les grâces de la nature. Galatée ne leur semblait johe que sous les saules des églogues de Virgile, et point sous ceux qui bordaient les véritables eaux du Tibre.

Tout obéit donc alors à la ligne droite, à l'architecture, à la décoration sculpturale. Un monde de terrasses, de colonnades, de portiques, de fontaines, envahit la péninsule italienne. Les arbres indigènes et très-peu d'exotiques, dont on ne se souciait guère, taillés, tourmentés, torturés sous le ciseau, firent les frais de l'ornementation végétale. D'abord formés en avenues et charmilles couvertes, ils ne tardèrent pas à prendre la figure d'animaux et de personnages et à subir à leur tour les effets de la décadence artistique et littéraire des derniers temps de l'empire. J'ai vu moimême en Toscane, dans ces dernières années, des copies d'anciens jardins romains de ce temps qui décèlent un aussi mauvais goût que les pires de nos productions modernes.

Ce n'est donc pas dans cette période qu'il faut chercher de bons modèles des jardins de l'ancienne Itahe, mais aux jours où Rome était dans sa gloire, dans cette seconde moitié du siècle d'Auguste où régnait la paix et où florissaient les arts et la poésie, c'est-à-dire à la veille du jour où le Christ allait naître dans une bourgade obscure de la Galilée.

On se figure volontiers la vie d'un riche patricien de Rome à cette brillante époque. Sa vie se partageait entre les affaires de l'État, le culte des ettres et la vie à la campagne, soit aux environs de la grande cité, à Tibur, à Veïes, à Préneste, soit à Naples, Baies, Pœstum, Terracine. On tailait en plein drap; plusieurs de ces villas contenaient 100 ou 200 hectares. Le heu choisi était d'ordinaire la pente d'une colline pour les terrasses, et la plaine pour les jardins d'utilité. On entourait le terrain de murs. De longues avenues ombragées conduisaient le plus souvent à une petite place { arca) plantée en quincoilce, d'où l'on pénétrait dans les jardins par une grille de bronze flanquée de pilastres massifs. Un vaste péristyle servait d'avantcorps à l'habitation, et les visiteurs attendaient là qu'on les introduisît. Du côté intérieur, les terrasses donnaient directement sur le parterre encadré d'avenues de platanes et de hautes palissades de lauriers (Launis nobîlisj. Sur ce fond opaque et sombre, se détachaient en clair les fleurs, les vases et les statues. Des bassins de marbre blanc et des eaux jaillissantes faisaient aussi contraste avec les parties obscures de ces jardins, généralement

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Fig. 4. —

Plan de la villa de Pline le Jeune en Toscane.

LES JARDINS DANS L'ANTIQUITÉ

situés dans une dépression du sol. On voit encore de nos jours un exemple de cette disposition dans la villa Bernardini près de Lucques ; l'idée en vient assurément des jardins de la Rome antique. L'hippodrome, pour la course à pied ou en char, les bains monumentaux, les orgues hydrauliques, le l'osarîum planté des roses de Préneste et de la Campanie, les massifs d'acanthes, les inscriptions aux grands hommes et les dessins de chasses d'animaux découpés en buis nain sur des talus de gazon, les pergoles couvertes de vignes (jugatio compluviala), les pavillons de pierre et d'ifs taillés, les portiques de verdure, constituaient les traits principaux de ces résidences, variées non dans le style, mais dans les détails et la relation des diverses parties.

Le dessin de la villa et des jardins de Pline en Toscane, figuré ci-contre d'après le plan imaginé en 1728 par Castell, sur les documents anciens et reproduit par Meyer', est celui d'une résidence luxueuse. On ne doit pas plus le considérer comme un spécimen de la moyenne des jardins de l'ancienne Rome qu'on ne doit prendre de nos jours le parc princier du duc de Devonshire pour le modèle des jardins de l'Angleterre. Mais il donne une idée fidèle de la manière dont les Romains entendaient la vie opulente à la campagne. Une légende explicative fera saisir d'un coup d'œil l'aspect et la distribution des parties principales de la villa :

A. Péristjle ou colonnade d'entrée.

B. Cour.

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