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Collection des Guides — Joanne, — Paris illustré

2. On confond généralement cette espèce avec le véritable Plalunus occidenlaliSj L., tpa diffère surtout du P. orienlalis par son fi uit solitaire, plus petit, ses feuilles moins profondément lobées, sa pubescence moins caduciue, ses pétioles souvent rouges, etc.

— PLANTATIONS

périté du platane dans le sol de Paris. Cependant les sujets y sont trop rapprochés dans la longueur des lignes. La distance n'est que de 5 mètres entre deux arbres, tandis qu'il faudrait un niiiiimum de 8 à 10 mètres pour obtenir un développement convenable. Le désir de créer rapidement de l'ombre a fait adopter ce système, mais il serait bon de dédoubler aujourd'hui la plupart des plantations des boulevards de Paris.

Le marronnier {.EschIhs llipporasiannui), dont on admire, aux jardins des Tuileries et du Luxembourg, les exemplaires majestueux, réussit également bien dans le terrain parisien. Sa croissance est plus lente que celle du platane, mais les lignes plantées sur le Cours-la-Reine sont une preuve de la belle végétation que cet arbre peut acquérir après quinze ou vingt ans de plantation. Le marronnier à fleurs rouges (yEsailxs rubicunda) est aussi très beau, mais de moins haute stature.

L'orme [Ulmus campesiris et U. montaïui) était autrefois employé presque exclusivement à la plantation des routes et des voies urbaines, suivant l'ordre spécial donné par Colbert. Deux insectes, le cossus [Cossus Ugniperda), qui troue le bois, et le scolyte [Srolyd/s destriirtor), qui se glisse sous l'écorce et ronge l'aubier, ont détruit des plantations entières; malgré tous les remèdes , ils exercent encore de terribles ravages. On a donc réduit de beaucoup, à Paris, le nombre des boulevards plantés en ormes. Cependant le fléau tond à diminuer, si l'on en juge par l'état florissant où se trouvent ce^ arjres sur quelques grandes voies, les boulevards de Sébastopol et Saint-Michel, par exemple. On choisit, avec raison, les variétés à larges feuilles de l'orme commun et de Forme des montagnes.

Lorsque les orn)es ont atteint leur entier développement, ils égalent en noblesse les plus beaux arbres. On peut citer la grande avenue des Caséine^ à Florence, plantée en ormes commun?, {Ul un ts nfi/iprsfris), et les splendides ormes d'Amérique [Ulnins amcriranti), qui bordent la rivière Hudson, près des palisadcs, entre New-York et Albany.

En Belgique, les ormes sont superbes, principalement ceux du parc, à Bruxelles ; ils appartiennent à une variété particulière, nommée orme gras^ sans doute sortie deVUbmts pediiiicnhffa, Foug., espèce originaire de l'Europe orientale. La propagation de cette remarquable forme est très désirable.

Dans le Nord, en Belgique, en Hollande, on plante le hêtre {Fagns sylnitiio) sur le bord des routes et en avenues. Il y prend une forme plus élancée que dans le centre de la France et il constitue de superbes plantations, précieuses pour leur ombrage et le produit du bois de construction qu'elles fournissent. On trouve aussi, parfois, des avenues de la variété à feuilles pourpres [F. s. pm-purca).

On a recommandé avec raison le planera du Caucase [ZcJkoiva crenatn), espèce respectée par les insectes ; mais ce bel arbre est rare dans les pépinières, difficile à multiplier autrement que par greffe sur l'orme, et sa croissance est d'ailleurs assez lente.

L'érable plane {Acer phttunoîdes) fait des avenues régulières, mais de deuxième grandeur. L'érable sycomore {A . pseiido-Plataitiis) pousse plus rapidement, mais irrégulièrement. Sa variété à feuilles pourpres est fort belle ; une avenue, dans la ville de Luxembourg, a été plantée avec cette variété. Le bois de l'érable négundo {JScgundo fraxinifoUiuiî) est trop cassant et son ombre est faible. L'érable de Montpellier [Acer mompessnlamim) est très beau, mais on doit attendre longtemps son ombrage. On pourrait sans doute recommander l'érable à sucre {A. st/cchariiium), dont j'ai vu de magnifiques exemplaires aux États-Unis.

Les chênes de France et d'Amérique (voir la description des espèces) feraient de belles avenues, de croissance un peu lente, mais leur transplantation est rarement couronnée de succès, comme l'ont prouvé ceux que l'on avait apportés à grands frais, il y a quelques années, du bois de Boulogne sur le quai des Tuileries.

Les tilleuls forment en peu d'années des avenues très régulières. Ils ont le défaut de perdre leurs feuilles de bonne heure. On a essayé le tilleul argenté (7V/?V/ argenlcd), qui présente l'inconvénient de fournir des sujets de forces inégales et déformés par des bourrelets désagréables au droit de la greffe, en raison de sa vigueur plus grande que celle du sujet. Une autre espèce, le tilleul à petites feuilles {Tilia sylrexiris), devrait être plus répandue. Son feuillage est brillant et plus résistant que les autres; son port est gracieux et sa croissance rapide.

Les routes de France, dans le Centre, sont souvent plantées de noyers iJiiglaits rcfjid) et, dans le Midi, de mûriers {Monis tdbti). On considère ces arbres plutôt pour le produit que pour l'ornement.

Cependant le noyer noir d'Amérique {JugUins tiigra) est un très bel arbre d'alignement, pour les terrains frais et profonds. On admire, h Angers, l'avenue des Ponts-de-Cé, plantée en noyers noirs offerts à la ville d'Angers par le célèbre pépiniériste André Leroy, et (jui sont maintenant dans toute leur beauté.

Le frêne {Frii.iùuis c.ircUiar), le sophora (Slgphnulobinm japoniatm), et l'acacia [Robinui pseudo-Acacia) sont des arbres de belle taille et de port gracieux, à feuillage penné, parfois employés pour avenues. Ils restent souvent inégaux dans leur croissance. Le bois de l'acacia est cassant et son ombre est mince ; c'est le principal obstacle à l'adoption du type et des variétés choisies de ce bel arbre, comme l'acacia Decaisne (/?. p. A. Decaisnvtiiid) et l'acacia monophylle (/?. A. monophylla), variété excellente à feuillage épais, vert foncé et de longue durée.

L'acacia parasol [R. p. A. umbracrdifera), en raison peut être de sa régularité, est un arbre ([ui paraît taillé en boule et qui reste toujours rabougri. Je ne saurais le recommander, malgré les forts exemplaires que l'on peut voir sur plusieurs points, notamment sur le Cours Napoléon, à Toulouse.

Quelques frênes d'Amérique {Fra.n'/u(s amcricaïui, ciiicrca, Juglandi-

folia, etc.) pourraient être plantés en avenues, mais aucun essai en grand ne permet, jusqu'à présent, de prononcer sur leur valeur.

Dans les terrains frais et profonds, le plaqueminier de Virginie [Diospyros virginiana) est un bel arbre à feuilles luisantes, à fruits mangeables, surtout dans le Midi. On peut en recommander la plantation. Lorsque les kakis {D. Kaki et ses variétés rustiques) seront plus répandus, on les plantera également en avenues de deuxième grandeur, et ils seront recherchés pour leurs fruits et pour leur beau feuillage.

Tous les peupliers [Populm nigra fastigiata, inonilifcra^ angulata, etc., forment rapidement des avenues, belles et régulières, dont le principal défaut est de durer peu d'années. La première de ces espèces et variétés est la forme pyramidale connue sous le nom de peuplier d'ItaUe ; la seconde, répandue partout, est appelée à tort peuplier suisse, bien qu'elle soit originaire des États-Unis; la troisième est le peupUer de la Caroline. Les avenues de peupliers blancs de Hollande (P. alba) et blanc de Russie (P. a. nivea) doivent être exclues ; elles poussent inégalement et couvrent le sol environnant d'une multitude de rejets.

Le paulonia {Pauloivin<i impcrialis) croît très vite, mais son grand feuillage se couvre de poussière, tombe trop tôt, et l'arbre forme une tête surbaissée, irrégulière. Il en est de même du mûrier du Japon [Broiissonctia popyri fera), qui saht le sol par ses fleurs mâles; on voit, dans le Midi, son feuillage toujours poudreux sur le bord des chemins.

Le vernis du Japon [Ailantus glandulosa) serait un arbre superbe s'il croissait régulièrement en avenue, mais sa végétation, très rapide, est peu ordonnée, et d'ailleurs il répand une odeur fade et désagréable au moment de la floraison des pieds mâles. Les boulevards de Paris, de la Madeleine à la Bastille, portent de nombreux allantes, qui éloignent les promeneurs en juin-juillet.

D'autres arbres, l'aulne à feuilles en cœur (Alims eordifolia), le liquidambar {f.iquidambar sii/raci/liia) et le tulipier [Liriodcndron tulipifera) ont un large et brillant feuillage. Ils conviennent pour les sols riches, profonds et frais. Le tulipier supporte difficilement la taille des branches ; je n'ai vu d'avenues de cet arbre que dans l'Amérique du Nord; mais les sujets sont encore trop jeunes pour qu'on puisse juger de leur valeur comme arbres d'alignement. Lesmagno'xrs à feuilles cdià\u\UQ?> {Magnolia acumimia^ cordata, etc.) sont dans le m me cas.

La tribu des Pomacées fournirait, parmi les arbres d'ornement de deuxième grandeur, des plantations d'alignement précieuses par leurs qualités ornementales. A l'exception de quelques allées de sorbiers des oiseleurs {Sorbiis Auaiparia), on rencontre rarement des plantations en ligne de ce genre. Les sorbiers hybride et aria {Sorbus hybrida et S. Aria) et les formes voisines, à port régulier, d'un certain nombre d'aliziers d'ornement {Craiœgus nigra, Bosria)ia, pniirtafa, roccinea, cordata, odoratissiaia), constitue-

raient de jolies avenues dans les jardins de moyenne étendue, oii leurs fleurs et leurs fruits ajouteraient à la beauté du feuillage.

Dans l'ouest de la France, notamment à Angers et à Nantes, des avenues et des boulevards sont plantés en magnoliers à grandes fleurs (Magnolia grandiflora), actuellement en pleine prospérité. Ces arbres joignent l'éclat et le parfum des fleurs à la beauté de leurs feuilles lustrées et persistantes; leur seul défaut est une croissance un peu lente.

Les palmiers, dans la région du Midi, fourniraient quelques espèces capables de former des plantations d'alignement. Le dattier [Phœnix dactij-

Fig. 344. — Forme adulte do Cycas ou u.. atiier dans le Midi.

lifcra) est déjà représenté à Nice, et surtout à Ilyères, par de beaux exemplaires adultes. On en a planté plusieurs boulevards, qui seront d'une rare beauté avant peu d'années. Les chamérops de Chine (C hatnœrops Fortunei),\Q corypha d'Australie [Conjpha anstralis) et peut-être d'autres espèces prospéreraient également.

Dans la même région, où les platanes restent encore les plus beaux arbres

d'avenue, malgré les essais de plantations de micocouliers [Celtis tmstnilis et Tourneforlii), dont l'ombre est médiocre et le port irrégulier, on utilise parfois une Eupliorbiacée à beau feuillage, le Pirmnid dioica, fort usité en Espagne sous le nom de Bcllu souibni. C'est une espèce très supérieure à un autre arbre, également planté en ligne, le faux poivrier {Schinus inolle), et aux Eucalyptes {Eucdbjptus Globulus), plus précieux jusqu'ici pour assainir les sols marécageux que comme arbres d'alignement.

Les arbres conifères sont rarement employés en avenues. Toutefois on peut citer, en France, en Angleterre, en Allemagne, de majestueuses allées d'épicéas [Abies r.irclsa), de \Vms(Pinus sylvestris et P. Laricio) et de mélèzes (Larix eiiropœa). Le principal inconvénient des plantations rccliligncs de conifères est la difficulté de leur consacrer assez d'espace si l'on tient à conserver leurs branches inférieures, ou la nécessité de les élaguer et de détruire la beauté de leurs formes. On doit môme renoncer à certaines espèces. J'ai cité l'allée des cèdres de Tllimalaya (Ccdnis Deodara), de Dropmore (Angleterre), et signalé leur végétation inégale. Il en est de môme des cèdres plantés à Kew, et de quelques plantations d'Antnatrùi imbricata en lignes.

Il vaut mieux, si l'on tient à essayer les conifères en avenues, les dispo-

Fig. 3't5. — Avenue plantée en groupes irréguliors.

ser suivant la méthode des groupes irréguliers, déjà recommandée (p. 354). En les faisant alterner avec des groupes à feuilles caduques et leur laissant un vaste espace pour se développer librement sur les pelouses, on obtiendra, au bout de quelques années, de superbes effets. Dans la figure 345, l'avenue située en face du château A est ainsi plantée. Les groupes à feuilles caduques sont marqués CC, et les arbres conifères isolés sont indiqués en DD. Près de l'entrée B, deux groupes d'ormes à grandes feuilles [Ulmus pcdunndata) sont laissés à eux-mêmes, sans recevoir aucune taille. En avançant à droite, on trouvera un pin noir (Piniis uustriaca), puis trois peupliers neige (Populus nicca), un sapin de Douglas {Abics Douglasii), quatre aca-

cias monophylles {Uobinia pseudo-Acacia monophylla) et cinq marronniers blancs {/Esndus JJtppocas/anxi//). A gauche, en partant également de B, apparaîtront, après le massif d'ormes, un sapin pinsapo {Abics Piusapo), un fort groupe d'érables et de hêtres, un cèdre de Vïl'imsLhya {Ccdnts Dcodara), et, près du château, un deuxième groupe de marronniers. En prolongeant et variant de pareilles plantations, on créera des beautés de premier ordre dans les grands parcs.

L'unité d'essence dans les plantations rectihgnes est une garantie d'harmonie et de bonne végétation. Les plus belles avenues sont composées d'une seule espèce d'arbres. Ainsi, les masses homogènes des marronniers des Tuileries font un cadre magnifique à l'allée du milieu, tandis que les essences variées de l'avenue et les arbres inégaux des Champs-Elysées détruisent toute idée de grandeur.

Nous avons vu (p. 350) que le nombre des lignes d'arbres sur les avenues ne devait pas dépasser quatre sur le même point. Il en est de même pour les boulevards. A Paris, l'emplacement des anciens boulevards extérieurs a été fort judicieusement planté de quatre lignes d'arbres, généralement des platanes, dont la plupart ont bien réussi. Ils sont disposés sur un terre-plein central consacré à la promenade, et une chaussée pour les voitures les accompagne de chaque côté.

L'avenue du Trocadéro a reçu une contre-allée cavalière de 10 mètres au miheu, bordée de deux lignes d'arbres (platanes et marronniers), de deux chaussées latérales de 9 mètres, et de deux trottoirs bitumés de (i mètres, le long des propriétés. La largeur totale de cette voie est donc de hO mètres.

Dans quelques villes des États- Unis, on a donné à ces sortes de plantations de très vastes dimensions. A Buffalo, le boulevard de Ilumboldt est planté, par sections alternatives, de tilleuls à larges feuilles (7V/u/ ghibm) et de tulipiers (Liriododcndrou luUpifera).

Sa largeur est de 62 mètres. Le dessin varie dans la disposition des lignes d'arbres et des voies de circulation. Dans la première section (fig. 3/i6) la chaussée A est au miheu, le gazon B est planté de deux lignes de tilleuls, les allées C sont réservées aux piétons, et chaque bande de gazon D a reçu une autre ligne de tilleuls. La seconde (fig. 3/i7) offre un terre-plein central A orné de quatre lignes de tulipiers, deux chaussées latérales B, et deux bandes de gazon C plantées des mômes arbres. Ces tulipiers, quand je les ai vus, en 187(5, faisaient

Fig. 34G. — Première section du boulevard de Ilumboldt, à Buffalo (États-Unis).

Fi

Deuxième section du boulevard de Humboldt, à Buffalo (États-Unis).

triste figure dans un terrain sableux et peu profond ; ils devront certainement faire place à une essence plus rustique. Ces avenues et plusieurs autres, dans les populeuses cités de l'Amérique du Nord, témoignent du soin apporté à ces plantations. Je dois dij'e , cependant , que dans un grand nombre de villes, à Philadelphie surtout, on a permis aux habitants de planter, chacun devant sa porte, les arbres qui lui plaisent ; il en résulte le plus grotesque mélange, et les boulevards ainsi garnis offrent un aspect des plus disgracieux.

La plupart de ces boulevards sont plans. En quelques endroits cependant, à Saratoga, par exemple, j'ai trouvé une disposition accidentée du terrain, qu'il serait bon de recommander en Europe. La chaussée A (fig. 348) est légèrement encaissée, et les lignes d'arbres sont placées sur deux talus de gazon BB, terminés par un sentier CC pour les

piétons et une bande de gazon D en bordure des villas. La largeur totale est de 33 mètres.

C'est une variante, avec application aux voies publiques, du principe qui a motivé l'allée de Beau-

Fig. 3iS. —Profil d'un boulevard à Saratoga (États-Unis). ^^^^ ^P"

Nous venons de voir des boulevards et avenues plantés de plusieurs Ugnes d'arbres. A Paris, la règle adoptée pour ces plantations dépend de la largeur des voies. De 20 à 36 mètres, chaque contre-allée reçoit une rangée d'arbres; de 36 à 40 mètres, deux rangées, et au-dessus de àO mètres on plante le plateau central, comme à l'avenue du Trocadéro, de la Grande-Armée et sur les boulevards extérieurs.

Les boulevards bordés de deux rangées sont les plus ordinaires, et cette disposition permet un plus beau développement des arbres, si l'on plante moins serré qu'à Paris, où la distance de 5 mètres entre les arbres devrait être doublée. Un très bon modèle de ce genre est fourni par l'avenue Louise, qui conduit au bois de la Cambre, à Bruxelles. Cette belle voie, large de 55 mètres, est divisée en deux sections; l'une, à partir de la ville, mesure 1,690 mètres de longueur, avec une chaussée centrale de 15 mètres, deux allées de piétons et de cavaHers larges de 8 mètres, deux chaussées latérales de service de 6 mètres, et des trottoirs. L'autre est ornée au centre d'im vaste terre-plein planté de jardins

LAKï dl:s jardins.

(fig. 3/i9). Je ne connais de disposition analogue à celle-ci que sur les nouveaux boulevards de Chicago et de Boston, aux États-Unis, et au-dessus du

0 s 10 SO 30 -

Fig. 340. — Une section do l'avenue Louise, à Bruxelles.

rig. 3r)0. — Profil du quai de la Tamise, à Londres.

canal Saint-Martin, à Pari^. Les no ivea ix quais de la Tamise (fig. 350), plantés récemment en platanes, offrent un exemple de proportions bien entendues. La chaussée A mesure 19 mètres de largeur, les trottoirs B 5 mètres, et de l'autre côté de la grille C des jardins sont placés entre

cette voie et les propriétés riveraines. Ces jardins ont été créés sur les terrains remblayés et conquis sur le fleuve, au bord duquel d'affreux entrepôts attristaient jadis les regards des visiteurs de la grande cité britannique.

Ces lignes simples peuvent être l'objet de nombreuses combinaisons, et quand les arbres ont acquis tout leur développement, elles sont plus majestueuses que toutes les autres. L'avenue d'entrée du parc de Druid-IIill, à Baltimore (États-Unis) est large de 20 mètres entre les deux lignes de marronniers qui la bordent (fig. 351). Cette dimension serait trop considérable si la chaussée pour les voitures l'occupait tout entière. On a donc réduit cette chaussée centrale A à 9 mètres. Une bande gazonnée B, ornée de vases de distance en distance, l'allée de piétons C et une seconde bande de ga-

Fia

35L — Avenue d'entrée du parc de Di uid llil à Baltimore (Etats-Unis).

zon D, sur laquelle sont plantés les arbres, varient l'aspect de cette belle voie, terminée par un arc de triomphe un peu lourd pour l'entrée d'un parc pubhc.

Lorsque les arbres employés ainsi sur les boulevards ou les avenues publiques sont arrivés à l'état adulte, ils ont été progressivement élagués de manière à présenter une tige élancée et droite et une tète vaste et régu-

lière. La figure 352 donne à peu près la forme des grands ormes du parc royal, à Bruxelles. Sous leur ombre épaisse circulent abondamment l'air et la lumière, et un taillis d'arbustes se développe en liberté. Parfois on leur donne une forme plus surbaissée, mais on a plutôt avantage à élever leur cime sans diminuer son ampleur et sans rien sacrifier de l'ombrage désiré.

Fig. 352. — Développement complet d'uu Orme d'avenue {Ulinus peJanculala'^.

La plantation des boulevards, avenues, allées droites, canaux, faite au moyen d'espèces diverses dans les mêmes lignes, est quelquefois usitée. Le plus souvent on mélange une essence à croissance lente avec une autre à croissance rapide, afin que, celle-ci ayant été exploitée après avoir grandi et donné de l'ombrage, la première reste seule maîtresse du terrain. Quelquefois aussi le but proposé est simplement ornemental. Je pourrais citer de nombreux exemples de ces dispositions, moins usitées en France que dans d'autres parties de l'Europe. A Leipzig, sur la route qui conduit au parc du

Rosenllial, des peupliers alternent avec des sovhievs {Sorbiis Aiicupana). Le chemin de Jemelle à Rochefort (Belgique) est planté d'ormes parmi lesquels on a intercalé des mélèzes. Près de Gand se trouve une avenue de hêtres pourpres entre des peupliers noirs. Sur quel([ues points de la Hollande, on rencontre des plantations de ce genre, dans lesquelles on a eu pour but de rompre r uniformité des lignes par une série d cchancrures ou de palmettes formées par la différence de hauteur des arbres : hêtres, tilleuls, sorbiers, etc., qui se succèdent.

L' « Océan Park-way, » une des grandes voies du Prospect Park de Brooklyn, est planté des essences suivantes, qui alternent réguhèrement : Ulmus amcricana, U. campestris, Gymnodadus cnnndcnsis, Acer platanoides, A. pseudo-Platamts, A. nibriim, A. sacduiruntin. La route qui prolonge le faubourg Saint-Sulpice, à Bourges (Cher), a été plantée alternativement en épicéas, peupliers blancs et marronniers rouges. Mais le plus curieux exemple de ces sortes de plantations d'ahgnement hétérogènes se trouve à Florence. Le vialc dei colli serpente à travers les quartiers Gaggio et Ricorboli, sur les collines de la rive gauche de l'Arno, entre la porte Romaine et la barrière San-Niccolo. Cette voie prend successivement les noms de boulevard

Machiavel, Galilée et Michel-Ange; elle a l'aspect d'une allée de parc, et des vues magnifiques se succèdent entre les villas élégantes. Par les soins de M. Pucci, on y a planté des essences d'arbres très-variées. Le profil (fig. 353) se compose d'une chaussée centrale de 10 mètres, d'un caniveau de 0'n,70 près duquel est plantée la première hgne d'arbres (disposition défectueuse à cause des voitures) et d'une contre-allée de 7 mètres, qui a reçu une autre ligne d'arbres variés. Dans le tronçon représenté par le plan (même fig.) la ligne intérieure est en platanes A. Sur la ligne extérieure, enB, sont des ormes à larges Fig. 353. — Mail et profil du Viaie dei coiv, feuilles {Uln/Hs pcdiiiin/htfa), en C des

alaternes {Wurniims Alaicrmis), et en D des acacias parasols. Plus loin , ces espèces sont remplacées par des marronniers rouges alternant avec des pins sylvestres, par des ormes et des sorbiers des oiseleurs, des peupliers d'Italie avec des cyprès de Lambert (Cupreasus rnacrocarpo). On trouve, sur d'autres points, des lilas des Indes {Melia Azcd/inirh), des gingkos du Japon (Gingko biloba), des tilleuls, chênes verts, etc. Çà et là des haies d'arbustes et des massifs fleuris s'ajoutent à cette décoration. Cette disposition ne vise ni à l'art ni au

THAVAUX D'EXÉCUTION. — PLANTATIONS.

style ; elle est une agréable fantaisie, très-explicable dans Florence {la città dei fiori), mais il est à craindre que ces plantations, en vieillissant, ne donnent pas les résultats qu'on est en droit de demander à des plantations d'alignement, dont la durée doit être la principale qualité.

Les lignes d'arbres taillés des anciens jardins géométriques doivent être signalées. Le respect du passé doit porter à conserver ces restes d'une époque marquante dans l'art des jardins. Ainsi les vieilles charmilles, encore belles, en France, à Versailles et ailleurs, les palissades vertes de l'Italie, comme celles de la villa Médicis, du Quiriual, de la villa Ludovisi à Rome, des jardins Boboli à Florence, où les lauriers, les chênes verts, les cyprès forment de belles murailles feuillues, seront respectées. Mais je ne saurais conseiller de reproduire ces exemples. Les tentatives de ce genre sont restées stériles jusqu'ici, témoin ces jardins du Lœwenburgh, près Cassel, où les palissades d'épicéas, les boules et les colonnes taillées, hautes de 6 mètres, les berceaux de tilleuls, etc., n'ont réussi qu'à produire un effet puéril et ridicule.

Pour terminer ces indications sur les plantations d'alignement, il reste à citer les arbres fruitiers en ligne, sur les routes ou dans les champs , dont j'ai donné, p. 587, des listes suffisamment étendues.

Les avenues « en jardin », comme celles du bois de Boulogne à Paris,

Fig. 354. — Proiil de VAlameda de los descaizos, à Lima (Pérou).

rentrent dans la composition ordinaire des parcs et jardins paysagers. Toutefois je dois citer une de ces promenades, située à Lima (Pérou) et célèbre, sous le nom « iVAh/ineda de los dcscahos, » par la beauté de ses plantations et sa vue sur la montagne des Amancaës. J'en ai relevé le profil en 1876 (fig. 35Zi). La chaussée de promenade A, sablée, est large de 13 mètres, et bordée de deux plates-bandes d'arbres et de fleurs des tropiques ce, irrigués par un petit canal {aceqida) en E. Des vases BB, alternant avec des bancs et des lampadaires, sont placés devant la plate-bande. La promenade, longue de plus de 400 mètres, est entourée d'une grille D, et

devant l'entrée sont deux hemx Araitcaria crcclsa, de 15 mètres de haulcur. Les plates-bandes sont plantées de :

Cette promenade est l'mie des plus belles de l'Amérique du Sud.

Les mails, ou plantations en ligne destinées à couvrir les places publiques, à l'accompagnement des habitations somptueuses comme au temps du style géométrique, à fournir d'épais ombrages dans les jardins des hôpitaux, des écoles, des gares, etc., doivent invariablement être formés d'une essence unique. Les plantations de ce genre sont les meilleures pour les places et les jardins publics de petite dimension. Elles permettent de livrer aux jeux des enfants de vastes espaces sablés et ombragés, où le terrain n'est pas disputé par des massifs d'arbustes et de fleurs. On choisit ordinairement des arbres d'espèces sociales, c'est-à-dire croissant régulièrement côte h côte : marronniers, tilleuls, platanes, etc. La disposition en quinconce, facultative lorsqu'il s'agit d'avenues, est obligatoire dans les mails, où l'espace doit être couvert d'ombre aussi complètement que possible. Les arbres sont ainsi disposés en triangles équilatéraux (fig. d07, n» 2) et occupent mieux l'espace que le n" 1 de la même figure. Une autre forme, le quinconce hexagonal, que nous examinerons en parlant des vergers, peut encore être employée avec avantage pour les arbres à grand développement; elle est plus pittoresque et plus économique, elle permet de réduire le nombre des arbres, et le terrain est facile à cultiver dans toutes les directions.

On peut citer, parmi les plus belles places plantées en mails, les jardins des Tuileries et du Luxendîourg à Paris, l'esplanade de Metz, la Pépinière à Nancy, les promenades de Tourny à Bordeaux, celles du quai de la Saône, à Màcon, et un grand nombre de villes de France et de l'étranger.

La principale recommandation à faire pour l'établissement des mails ou places rectilignes plantées est de prévoir des dépressions légères entre les lignes d'arbres, afin de pouvoir y conduire les eaux d'arrosement.

Plantation des talus de chemin de fer. — Cette question a souvent • préoccupé les ingénieurs, et le problème n'est pas encore résolu. Le point de vue utile a généralement dominé. Les plantations d'arbres fruitiers, de vignes, d'arbustes pour le produit, ont été recommandées, mais les soins d'entretien, la difficulté de la surveillance et de la récolte ont été jusqu'à pré-

Abutilon insigne.

— striatum.

Inga pulciierrima.

Iresine Lindeni.

Magnolia grandidora.

Nerium Oieander.

Pancratium caribcTeum.

Poinsettia pulciierrima. Rosiers variés.

Russelia juncca.

Sanchezia nobilis.

Tamarindus indica.

Aphelandra sqiiarrosa.

Calla a}tluopica.

Codia?um pictum.

Cordyline australis.

Datura arborea.

Fuchsia varies.

Globba nutans.

Hibiscus Rosa sincnsis

PLANTATIONS

sent des obstacles à l'adoption de cette exploitation par les compagnies de chemins de fer. On s'est généralement contenté de planter de l'acacia {lîobinia pseudo-Acacia) dans les terrains maigres, des peupliers ou des oseraies dans les sols humides et de semer les talus en luzerne, dans tous les endroits où ce fourrage pouvait donner des produits rémunérateurs.

Cependant quelques essais de plantations d'ornement ont été faits çà et là sur plusieurs lignes. Sur le chemin de fer de Tours au Mans, les talus sont ornés de genêt d'Espagne [Spartium jumrinn), dont les fleurs jaunes embaument l'atmosphère au mois de juillet. Sur les voies de Bretagne, la nature seule a fait les frais de cette ornementation en semant des touffes de genêt [Sarothamnus scopariiis), semblables à une pluie d'or quand toutes leurs fleurs sont épanouies. Près de la gare de Blois, de grandes campanules [Canipamda Médium) et des \d\év\iiXie's> [Ceiitrunthus j-uber) se sont naturahsées sur les pentes arides. Dans le Midi, près d'Agen, les talus sont parfois plantés de redoul {Coriaria myrtifoUa) et du grand roseau de Provence {Arundo Donax). Enfin le seul essai d'ornementation bien comprise que j'aie vu sur une hgne de chemin de fer est auprès de Litchfield (Angleterre), sur la ligne du London and North Western railway. Au lieu d'enfermer les voyageurs dans une épaisse muraille verte qui cache le paysage, la Compagnie a planté les talus, à des intervalles irréguliers, en groupes d'arbres variés, surtout en conifères, qui laissent des éclaircies sur les belles cam pagnes traversées par la voie ferrée.

Parmi les végétaux ligneux pouvant soutenir les terres des talus et convenables pour garnir les talus de chemins de fer, où ils croîtront sans aucun soin, on peut recommander :

Amorpha fruticosa.

Atriplex Ilalinms.

Berberis vulgaiis.

Cerasus Malialeb.

Colutea ai'borescens.

Coriaria myrtifolia.

Cytisus Laburnum.

Hippophae riiamnoides.

Lycium europaîum.

Malionia Aiiuifolium.

Paliurus aculratus.

Rhiis (variés).

Salix caprapa.

Sambucus nigra.

Spartium junceum.

Sarothamnus scoparius.

Transplantation des gros arbres. — Dans les grandes villes, si les grands arbres manquent, on cherche à créer des ombrages improvisés, soit dans les jardins publics, soit dans les résidences privées, et il faut recourir à des appareils spéciaux, pour transporter d'un point à un autre des arbres dans tout leur développement. En aucun endroit ce système n'a été pratiqué sur une aussi grande échelle qu'à Paris depuis vingt ans. Malgré les critiques dont il a été l'objet, on a continué à l'employer avec le plus grand succès, et la reprise des neuf dixièmes des arbres plantés au chariot est aujourd'hui assurée.

L'historique de la transplantation des gros arbres nous montrerait que

Ed. André. 41

cette opération était pratiquée parles anciens Égyptiens. Théophraste, Pline, Sénèque et d'autres écrivains ont raconté ces opérations compliquées et coûteuses. Au temps de Louis XIV, on en fit un emploi considérable dans les parcs royaux, à Versailles, à Marly; à Vaux, chez le surintendant Fouquet, etc. En Angleterre on a aussi transplanté souvent de gros arbres. Brown, Stewart, qui a écrit un livre sur ce sujet s Fitzharding, Mac Glashen imaginèrent plusieurs sortes d'appareils qu'il serait trop long de décrire. Il nous suffira de citer les instruments adoptés actuellement par la ville de Paris et la méthode usitée pour déplanter, transporter et replanter les arbres des promenades publiques.

Prenons, par exemple, un arbre de trente ans, haut de 10 à 12 mètres, et dont le tronc mesure 1 mètre à l'",20 de circonférence à 1 mètre du sol. On commence à creuser autour de la tige, de manière à laisser une motte de l'",50 ou plus de diamètre, suivant la grosseur de l'arbre à enlever. Une tranchée circulaire est alors ouverte autour de cette motte, jus([u'à la profondeur de 1 mètre ou 1"',30, en coupant les grosses racines. Les chevelus délicats sont relevés et conservés avec soin. On mine alors la motte en dessous pour empêcher les racines d'adhérer au sous-sol et l'on glisse deux madriers larges de O'",30, un peu plus longs que le diamètre de la motte et parallèlement à la largeur du chariot, de manière à soutenir la base quand l'arbre est enlevé. On place alors des fascines de troëne ou de genêt debout autour de la motte et on les lie avec des cordes, autant pour empêcher la terre de tomber que pour protéger les radicelles contre les intempéries.

L'enlèvement de l'arbre se pratique ainsi : sur deux forts et larges madriers placés de chaque côté de la motte, on fait reculer le chariot, composé d'un cadre de bois ou de fonte reposant sur quatre roues et dont la traverse postérieure est mobile. Quand l'arbre est bien au milieu, on remet la barre enlevée, cylindre autour duquel s'enroulent des chaînes passées sous la motte et fixées, vers l'autre extrémité, à un second cylindre fixe. Avec une manivelle ou des leviers on fait alors tourner ces cylindres, et l'on soulève doucement l'arbre jusqu'à 0'",30 au-dessus du sol ; enlevé à cette hauteur, on passe sous la motte, dans le sens opposé aux chaînes, deux cordages garnis d'autres fascines ou emballages, pour soutenir la terre du fond. On attache alors l'arbre aux quatre extrémités du chariot par quatre cordes ou haubans passées autour du tronc à 4 ou 5 mètres de hauteur et on transporte ainsi, fixé solidement, jusqu'à sa destination. Arrivé au-dessus du trou qu'on aura creusé à l'avance, on descend doucement la motte, on enlève les fascines de troëne, les madriers et les chaînes du dessous, on re.npiil la tranchée de bonne terre bien affermie, et l'on assure l'arbre par de^ haubans de fil de fer fichés dans le sol, si sa tête donne trop de prise au vent.

Tlic pJanler's guide. — Londres, 18/|8.

PLANTATIONS

L'opération terminée, on donne un arrosage copieux, même en hiver, pour bien tasser la terre.

Si l'on craint les effets de la sécheresse sur le tronc de l'arbre, on le garnit jusqu'aux premières branches, du haut en bas, de glaise et de bouse de vache entourée d'une toile d'emballage et ficelée. Cette opération est utile surtout du côté de l'écorce qui regarde le soleil de midi à quatre heures du soir. Il est inutile d'orienter exactement l'arbre comme il était auparavant, bien que cette pratique ait été recommandée.

On peut transporter les gros arbres avec succès en toute saison, môme en plein été, si la plantation est faite avec soin, et si les arrosements sont donnés fréquemment sur la motte et sur les feuilles ; on gagne ainsi un temps considérable. On ne doit pas transplanter des arbres trop vieux, déjà entrés dans la période de décrépitude.

Les nouveaux chariots construits à Paris ont permis de réduire la dépense, autrefois très-élevée, de ces transplantations. Le prix de revient varie aujourd'hui entre 25 à 120 francs ; il ne dépasse jamais ce dernier chiffre, même pour des arbres de 15 mètres de hauteur.

Les expériences faites sur de nombreuses espèces ont donné les résultats suivants :

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