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LES PLANTATIONS DANS LE MIDL

La région méditerranéenne est située sous un climat moins variable que celui du nord, où la culture des végétaux ligneux est soumise à d'au-

très règles que dans les contrées de l'Europe moyenne. Il ne peut entrer dans mon projet d'envisager la création des jardins suivant les exigences spéciales des divers climats du glol)e ; la culture est exclue de ce traité, dont l'objet spécial est la formation des parcs et des jardins considérés au ])oint de vue artistique.

Cependant nous avons, à plusieurs reprises, parlé des jardins des contrées méridionales, soit pour les irrigations, soit pour la formation des allées, et nous les retrouverons encore pour examiner les conditions spéciales de leur dessin et de leur établissement.

Les plantations, dans cette région tempérée-cliaude, dont le littoral méditerranéen entre Ilyères et Nice peut fournir le type, sont cependant dignes d'occuper quelques moments notre attention. L'amateur des jardins qui parcourt ces régions ensoleillées, si merveilleusement abritées des vents du nord, sorte d'espalier de serre chaude adossé aux Alpes-Maritimes, se trouve transporté dans un climat nouveau dont la douceur et l'égalité relatives produisent de surprenants résultats. La température moyenne annuelle de la Provence et du Languedoc est de lA" 8, mais ce chiffre est modifié profondément sur l'étroit httoral qui s'étend d'Hyères à Menton, en passant par Cannes, Antibes, Nice, Monaco, Bordighera, où la végétation subtropicale donne Tidée d'un printemps perpétuel. C'est la région de l'oranger. La moyenne annuelle y atteint -\- 15° 6, et, ce qui est plus remarquable, celle de l'hiver égale -f 9" 3. A Alger, ces chiffres montent respectivement h -{-17° pour l'été, et à -|- 10° pour l'hiver.

Les bois et les jardins, dans ce coin de la Provence, ne sont plus composés des espèces que nous avons signalées dans le nord et dans le centre de la France et qui conviennent à l'Europe moyenne. Une végétation particulière caractérise la région. Nous avons vu, en donnant précédemment les listes des espèces ligneuses du Midi (p. 5(30), que le chêne pédonculé y est remplacé par le chêne yeuse, le ohône-liège et le chêne vélani à glands doux; le pistachier, le caroubier, l'olivier, le laurier, le jujubier y constituent la végétation de deuxième grandeur ; les taillis sont formés de grenadiers, de myrtes, de lauriers-tins, de cistes, et de bien d'autres espèces inconnues aux flores septentrionales.

Parfois ces arbres atteignent des proportions grandioses et revêtent un port particulier, dont les climats du nord ne possèdent point d'exemples. Le pin pignon (Pituis Pinça) développe ses admirables parasols à 50 mètres de hauteur, comme l'attestent les arbres séculaires de la villa Pamphili à Rome (fig. 358). Le platane d'Orient, le chêne yeuse, le cyprès pyramidal et quelques autres espèces arborescentes acquièrent également de nobles dimensions. Cependant ces essences de haute stature sont l'exception, et la généralité des espèces y sont inférieures en taiUe à celles des forêts de l'Europe moyenne.

L'introduction d'une foule d'espèces exotiques a imprimé un aspect

particulier à la flore cultivée. Parmi les grands arbres, dominent les eucalyptes {Eucalyptus Globulus, E. /n/njgdalind, E. ri))niialis et autres espèces), précieux par leur rapide croissance et pour l'assainissement de l'atmosphère ; les araucarias des contrées australes et tropicales {Araitatria e.irelsa, A. Bidirilli, A. britsilicnsis), les grands pins du Mexique (Piinis filifolin,

Fig. 358. — I.c pin pignon d'ilalie (l'iitus l'inea, L.).

P. Hartivcgii, P. leiopl/ylla], le P. aiisirulis de la Caroline et autres conifères : DtiiiiiiNini, Podonirpiis, etc., cultivées dans les serres à Paris.

Les arbres et les arbustes du cap de Bonne-Espérance, de la Nouvelle- Hollande, de l'Amérique australe, y croissent comme dans leur patrie ; on les trouve, avec d'autres végétaux empruntés à toutes les latitudes, sur les places publi(iues de Nice, de Cannes, d'Hyères. Le faux poivrier d'Amérique {Schinus Molle), le Délia sombra ou phytolacca en arbre {Pircunia dioica), les dattiers {Phanix dactylifera), l'azédarach {Mclia Azedaruch), le sterculier à

feuilles de platane {Sterculia platanifoUa), l'oranger et le citronnier sont les végétaux dominants. Le ricin {Ricinus commnnis) devient ligneux et résiste aux hivers. Mêlés aux dattiers, les agaves d'Amérique {Agave (micriaiim, improprement appelés aloès) dressent leurs grandes girandoles de fleurs jaunes et vertes, qui chaque année se multiplient dans les beaux jardins ou terrasses de Monte Carlo, à Monaco (fig. 359).

Des propriétés privées déjà célèbres, la villa Vigier, à Nice, la villa Vallombrosa et le jardin Mazel, à Cannes, le magnifique parc d'études botaniques, créé par M. Thuret, à Antibes, et légué libéralement à l'État, sont

Fig. 3.59. — Vue des jardins de Monte Cai-lo, à Monaco.

autant d'oasis charmantes, où le botaniste, l'horticulteur et l'architectepaysagiste trouveront les éléments des plus intéressantes études.

Sur d'autres parties du httoral, près de la côte d'Espagne, à Collioure, M. C. Naudin, de l'Institut de France, avait planté un intéressant jardin d'expérimentation avant d'être nommé directeur de la villa Thuret à Antibes; plusieurs étabhssements d'horticulture existent à Hyères et à Nice; à Gênes, la villa Pallavicini montre des arbres superbes. Partout les mêmes faits de végétation se reproduisent et identifient les conditions cHmatériques de cette région, située entre 43° et lili" de latitude N., avec celles en apparence plus favorisées de Naples et de la Sicile, placées entre 37° et

Il est plus étrange encore de trouver, au centre même des Alpes, au pied des neiges éternelles du mont Rose et au Simplon, près du c'est-

à-dire sous une latitude presque semblable à celle de Lyon, un climat à peu près égal à celui des côtes méditerranéennes. Les bords du lac Majeur en fournissent la preuve, et les villas Franzozini et Troubetzkoï à Intra,le jardin Rovelli à Pallanza, l'Isola Bella et l'Isola Madré, couchées comme deux nids de verdure au milieu des eaux, sont pour les visiteurs de ce charmant pays un perpétuel enchantement. Au lac de Cômc, la villa Serbelloni étage ses

Fig. 300. — Une vue dans le parc de la villa Melzi (lac de Corne).

terrasses, avec des vues admirables, à la pointe des deux bras de Lecco et de Como, la villa Melzi déroule des perspectives où le mélange des espèces indigènes et des espèces exotiques a produit des effets paysagers de premier ordre (fig. 369).

Une simple énumération des végétaux d'ornement qui peuplent ces résidences remplirait les colonnes d'un long catalogue. La richesse des collections qui peuvent vivre sous ce climat est inépuisable. Un choix restreint des plus remarquables espèces qui prospèrent dans la région, sans parler des végétaux ligneux spontanés, précédemment énumérés (p. 5(M)), suffira pour aider aux plantations ordinaires des jardins paysagers de ces contrées. Quekiues-uncs de ces espèces ne sont pas encore très-répandues, mais elles mériteraient de l'être, et je n'ai pas voulu les omettre. La plupart se rencontrent dans les jardins depuis Ilyères jusqu'à Gênes et, plus au sud, autour des lacs italiens, etc., et souvent elles sont représentées par d'admirables exemplaires.

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