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LES FLEURS ET LES FEUILLAGES D'ORNEMENT

lo LES FLEUBS.

Les végétaux herbacés, à belles ileurs ou à feuillage ornemental, sont le complément nécessaire, dans les parcs et les jardins, des arbres et des arbustes qui viennent d'être examinés. Il n'est pas de véritable jardin sans fleurs. Rassemblées dans un parterre spécial ou éparses dans les diverses parties du terrain, leur éclat, leur grâce, leur parfum sont des attraits recherchés de tous.

Mais il est un troisième rapport sous lequel on peut les considérer, celui de leur distribution spontanée dans la nature, déjà signalée à la page 531. Ces combinaisons infinies, qui font de nos prés, de nos bois, de nos champs, de véritables jardins sauvages à certains moments de l'année, chacun les a admirées en regrettant que nos jardins artificiels ne leur ressemblent pas davantage! Le mélange des bluets, des pieds-d'alouctte et des coquelicots avec les céréales, les digitales et les anémones dans les bois, les salicaires au bord des eaux, la grande marguerite, les campanules, les valérianes, les iris, ne peuvent guère être dépassés en beauté par les espèces exotiques, dont un grand nombre ne les valent pas et restent cependant au premier rang dans les cultures.

Cependant, une sorte de renouveau semble se faire dans le goût des plantes vivaces et annuelles, si appréciées de nos pères, ces jardiniers d'autrefois qu'on nommait des curieux. Ils aimaient les plantes pour leur beauté individuelle et non, comme aujourd'hui, pour leur effet décoratif en masses unicolores. Ces fleurs modestes, les écrivains et les poètes les ont chantées; elles ont fait les délices de plusieurs générations d'amateurs ; elles sont à nos côtés, prêtes à reprendre leur place dans ces jardins d'où on les a chassées, et qu'elles empliraient à notre gré d'un charme nouveau.

Une grande quantité de ces humbles richesses peuvent être introduites

dans les résidences de ville et de campagne, où elles tiendront une place distinguée. Je ne conseille pas d'exclure de nos parcs la flore exotique, mais si elle était restreinte aux abords de l'habitation, et si la flore indigène était appelée à orner les parties plus éloignées, l'eiTet général serait meilleur et des scènes pleines de charmants détails en seraient le résultat. Une belle plante croissant en liberté est rendue plus séduisante parle milieu qui l'entoure, s'il est bien choisi. Ce milieu sera plus attrayant encore s'il est formé du fond naturel de la végétation herbacée (arbustes, plantes grimpantes, graminées, fougères, mousses, etc.), et non des combinaisons artitîcielles de nos parterres. Un grand nombre des espèces indigènes, arrivées à leur plein développement, atteignent une beauté qui arrête invinciblement le regard. Leurs parties détruites par l'âge disparaissent graduellement sans laisser de traces disgracieuses ; la terre ne reste jamais nue et le cadre est parfait. Leurs harmonies et leurs contrastes sont inépuisables et toujours charmants.

Nous avons vu que la flore arborescente indigène peut être employée à la plantation des massifs et des groupes isolés dans les grands parcs; de même, la végétation herbacée ^de nos pays peut suffire à l'ornementation florale. Quelques exemples, choisis dans les principales familles végétales, suffiront pour montrer le parti à tirer de ces ressources naturelles.

Parmi les reinoisculacées, à côté des clématites grimpantes, le genre anémone est précieux pour tapisser le couvert des bois de fleurettes blanches {Anémone nenwrosa), ou les pelouses sèches, par les cloches violettes de la pulsatille {A . Pnhatilla) ; les renoncules {Ranunciilm) et les calthas {Cultha pahislris) émaillent nos prairies de leurs coupes dorées ou les montagnes de leurs fleurs blanches [lidnunculus dconilifolim); l'aconit {Aconituni ÎSapeUns) dresse dans les prés marécageux ses beaux épis bleus; le pied-d'alouette {Delpldniwn Consolida) orne les moissons.

Les NYMPHÉACÉES foumisseut aux eaux dormantes les beaux nénuphars à fleurs jaunes et le lis des étangs {i\y}nph(m alba) aux corolles blanches.

Le coquehcot écarlate des blés, de la famille des papavéracées, a fourni de nombreuses variétés cultivées ; dans les fumariacées, les Corydalis, (pii croissent sous bois, sont de charmantes plantes, précieuses pour les rochers ombragés.

La nombreuse et utile famille des crucifères est fertile en espèces ornementales. La julienne {/lesperis matronidis), les dentaires {Dentaria) et les lunaires [Lunaria) recherchent les lieux frais et ombragés; les thlaspis [Iberis (imara), la julienne de Malion ( Malcolmia mm'ilima) et autres plantes annuelles prospèrent au plein soleil ; la corbeille d'argent {Arabis (dpina), les corbeilles d'or {Alyssian .sa.iaiile), la giroflée des murailles (Cheiranthus Cheiri), amies des rochers, ne doivent manquer à aucun jardin.

Les violettes sont plus populaires encore, et la pensée {Viola iricolor),

TRAVAUX D'EXÉCUTlOiN. —

ORNEMENTATION FLORALE

de la même famille des violacées, est une des plantes d'ornement les plus répandues par ses nombreuses variétés.

Dans la famille des caryophyllées ^se trouve une infinité de charmantes fleurs, depuis les œillets sauvages des calcaires {Dianthus Caryop/ii/llus) et des bois (Z>. superbus), jusqu'aux céraistes [Cerastium) et aux slellaires, dont les étoiles blanches [Stellaria Iloloslea) sont si gracieuses au printemps sous les tailHs.

Quelques malvacées {Malva moschata) ont d'élégantes corolles roses, assez grandes ; les lins (linacées) à fleurs bleues ou roses orneront les rocailles ; les millepertuis [llypericum), dans les hypéricinées, se plaisent dans les prairies ou sur les rochers, suivant les espèces.

La grande tribu des papilionacées comprend une foule de jolies plantes à fleurs brillantes : Vicia, Lathyrus, Onobrychis, Astragalus, Orobits, ([ui se rencontrent dans les situations les plus variées.

Parmi les rosacées, qui fournissent tant d'arbres et d'arbustes fruitiers, les spirées des prés {Spirœa Ulmaria), des bois {S. Filipcndula) et des montagnes [S. Arunciis) sont de belles plantes d'ornement.

Les épilobes {Epilobium angustifolium), aux grands épis rouges, font partie des onagrariées et peuvent se joindre aux CEnothères à fleurs jaunes pour orner nos jardins. (OEnothcra biciinis.)

La salicaire {Lyihrwn Salicaria), dont les épis d'un rouge violacé sont si beaux dans les endroits humides, rentre dans les lythrariées.

Sur les rochers, la nombreuse tribu des orpins {Sedum), appartenant aux crassulacées, forme une décoration très variée.

Les OMRELLIFÈRES à grande végétation {/leracleum, Fœincnluin, Pcuccdanum) sont dignes de nos jardins par la beauté de leur feuillage.

Les scabieuses des prés et des bois, dans les dipsacées ; les valérianes à fleurs rouges et blanches {Ceniranthus), dans les valériakées ; les nombreux genres de la famille des composées, cultivés pour leurs johes fleurs {Ccnlaurea, AiUhetnis. Pyrcthrwn) , la grande marguerite [Leucanihemiun culguré), les chardons à beau feuillage (Onopordon Acanthium et Silybum Mari(inmn), sont autant de précieuses ressources décoratives.

Les nombreuses campanules bleues, presque toutes ornementales, les Phyicuma et les Jasione, de la famille des campanulacées, sont des plantes ornementales de premier ordre.

Les primevères, si variables dans la culture, se rangent dans les primulacées, où l'on trouve encore les beaux bouquets jaunes du Lysimachia vulf/aris, les charmants Cyclamen de nos bois et l'hottonie des ruisseaux {lloitonia pabistris) aux fleurs blanches et roses sur un feuillage de dentelle.

Les deux pervenches (Vitica major et V. minor) font partie des APOCYNÉES. Les ravissantes gentianes bleues des montagnes {Gentiana vcr/ia, G. acaulis), celles des prés {G. Pneunionanihe), le trèfle d'eau aux fleurs rosées, barbues {Menyanthes (rifoliala), sont des gentianées.

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Les POLÉMONiACÉES lîous présentent les jolis bouquets bleus et les feuilles découpées du Polemoniuni cœruleum.

Les myosotis des prés et des bois, les pulmonaires du premier printemps, les vipérines {Echiwn) et les buglosses {Anchiisa) sont de charmantes BORRAGiNÉES, de facile culture.

Dans les scrophulariacées viennent les digitales, les mufliers, leslinaires, toutes de très belles plantes d'ornement.

La famille des labiées est plus importante encore. Les sauges aux fleurs bleues {Salvîa jmitensis), les dracocépliales {Dracocepludwn), les épiaires {Stachys), les mélittes {Melillis) et les bugles [Ajuga) ne le cèdent guère aux espèces exotiques pour l'abondance et la beauté des fleurs.

Peu de plantes sont plus agréables dans les pièces d'eau que le plantain d'eau {Alisma Plantago) et le jonc fleuri {Bufomiis wnbellatus), faisant partie

des ALISMACÉES Ct dcS BUTOMÉES.

Les vastes groupes des liliacées et des amaryllidées sont représentés dans la flore française du Centre par une foule de jolies plantes, parmi lesquelles on peut citer au hasard : les lis [Liliurn Martagon et L. croceuvi). la fritillaire {FritUlaria Mcleagris) , les tulipes, les anthérics [PhaUnigium liliastnim et P. Liliago), les scilles [Scilla bifolia^ S. Lilio-IIyacinihus), etc., etc.

Les soulagées, sous l'ombrage des grands bois, comprennent le muguet [Coiivallaria maidlia) et le sceau de Salomon {Pohjgonadim vulgare) ; les iRiDÉES ornent les ruisseaux et les étangs par l'iris jaune {Irù pscudo-Acorus), et les murailles par l'iris flambe (/. gernumiai).

Dans les situations les plus variées, les orchidées dressent leurs épis brillants ou bizarres, soit dans les prés {Orchis Morio, O. masciila), soit dans les bois {Orchis bifolùi, Cypripediuni Calceolus, etc.), où ils se mêlent aux Arum maculatum et A. italicum, de la famille des aroidées.

Les plébéiennes graminées constituent le fond de la végétation herbacée et leur feuillage léger fait valoir agréal^lement les fleurs, qui sont parfois très ornementales.

Enfui les fougères, peu nombreuses en espèces indigènes, mais les plus gracieuses des plantes par leur feuillage, développent leurs frondes délicates dans les bois {Athyrium, Lastrea, Pteris), sur les murailles desséchées {Ccieroch, Polypodiian, Asplcinum) et jusque sur les parois intérieures des puits [Scolopendrium). Partout elles sont très appréciées pour leurs formes élégantes.

Avec de tels éléments autour de nous, faciles à mettre en œuvre, on peut former de délicieux coins de nature ornée, dans les grands parcs el même dans les parties éloignées des jardins de moyenne étendue. Un écrivain anglais qui partage mes sentiments sur la manière d'utiliser les plantes indigènes pour l'ornementation des jardins, M. W. Robinson, a publié un petit livre où il plaide chaleureusement la cause de ces aimables délais-

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sées ^ Il va plus loin : il prêche rintrocluclion, la iialuialisalion dans nos bois, dans les massifs des parcs, d'un grand nombre d'espèces exotiques dont une partie seulement pourrait résister, sans protection, à l'envahissement delà végétation spontanée.

La figure 382, reproduite d'après ce livre, indique une des combinaisons à recommander. Sur le fond d'un massif d'arbres et d'arbustes, une

Fig. 382. — Emploi pittoresque des plantes iiulisèiios.

profusion de fleurs s'épanouissent dans un luxuriant désordre. Ce sont les iris, les fumeterres, les campanules, les anthéries, le sceau de Salomon, les arabettes, les giroflées, des graminées diverses. Cette floraison printanière fait bientôt place à la floraison estivale ; les fleurs passées sont remplacées chaque jour par des fleurs nouvelles, et le rôle du jardinier se réduit à enlever une fois par mois les tiges flétries et à réprimer l'exubérance des espèces trop envahissantes.

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