SERRES ET JARDINS D'HIVER
à désirer. La culture des plantes a dominé depuis longtemps toute autre considération, en Angleterre et sur le continent, et l'art de les grouper suivant leur effet ornemental a réalisé peu de progrès. Il serait facile, cependant, avec un peu de goût, de varier la disposition des plantes dans les serres, de i^emplacer la plantation en lignes régulières par des arrangements pittoresques et de créer, sur une petite échelle, de véritables paysages tropicaux. On en trouve çà et là des exemples, mais ils sont rares, et l'on ignore généralement (pi'ils peuvent être imités même sur des proportions très réduites. La tigure lil9, page 739, se rapporte à une serre de dimensions moyennes où cette méthode a été employée avec succès. En 1872, j'ai essayé, daus une suite d'articles détaillés , d'appeler l'attention sur les moyens de planter les jardins d'hiver suivant le style naturel'. J'ai proposé des exemples à appliquer soit aux serres chaudes, soit aux serres tempérées froides, et j'espère revenir sur cette intéressante question.
Le plan de la serre sera commode s'il représente un rectangle sans
Fig. il'L — Plan d'un jardin d'hivor planto dans le style naturel.
séparation. La hauteur devra être suffisante pour permettre à quelques palmiers d'élever leurs troncs élégants jusqu'à un âge assez avancé. Dans le plan ci-joint (fig. 472) la largeur étant de 19'", 50, on devra porter la hauteur à 15 mètres environ. Le sol sera vallonné de toutes parts, jusqu'au point bas occupé par le bassin A. Un rocher formant grotte et dont le sommet sera occupé par une plate-forme B dominant la serre sera orné des plantes de rocailles les plus variées. En C D F seront plantés des troncs d'arbres que l'on couvrira de plantes grimpantes et épiphytes. Une volière
I. Ill'istr ilio'i hoi-iirolp. 1X72. <\ 20. 101. 130. If,.-;. ISI. ;r or fi-n-o^.
d'oiseaux des tropiques sera construite en E. On placera en G quelques bancs de repos et en H une corbeille de fleurs. Si l'on a un mur de fond, il sera rocaillé et percé de poches pleines de terre, où pourront être cultivées un grand nombre de plantes. Pour varier les aspects, il faut pouvoir planter autant d'espèces au-dessus du sol que dedans.
Les tuyaux de chauffage doivent être placés dans des caniveaux sous les allées, et leur chaleur se répandra à travers les grilles. S'ils sont insuffisants, on en installera d'autres près des murs, eu protégeant les plantes, par un léger treillage, contre l'irradiation directe du calorique. Le mieux serait de placer ces tuyaux le long des murs, au-dessous du sol, avec des grilles pour le passage de la chaleur (fig. 306, p. 520).
Le sol, bien drainé par un fond de plâtras, défoncé à un mètre de profondeur, sera composé d'abord de débris de bois, racines de bruyères, etc. , bien tassés, sur 50 centimètres d'épaisseur. Puis on recouvrira par le compost suivant : un tiers de terre de bruyère, un tiers de terreau de feuilles, un tiers de bonne terre d'alluvion déjà travaillée. On ajoutera 10 litres de poudrette par mètre cube. La terre de bruyère doit être grossièrement concassée et le terreau non criblé. Les allées seront ensuite vidées et remplies de détritus végétaux grossiers, de manière à former drainage et à permettre aux racines voraces de s'étendre sous toute la serre sans détruire les espèces délicates.
Le sol des pelouses sera planté en lycopodes {Selaginella denticulata, Link.). Le long des colonnes, sur les roches élevées et les troncs d'arbres dispersés, on placera les végétaux grimpants qui suivent (voir le plan) :
N"' 1. Aristolochia cordiflora. — 3. Thimbcrgia Harrisii. — 5. Argyreia argentea. — 7. Ipomœa HorsfalliiE.
— 9. Tecoma stans. — 12. Plumbago scandcns. — 17. Hoya carnosa. — 19. Sniilax raarmorea.
— 21. S. macroi)hylla. — 23, 25. S. marmorea. — 27. Hoya imperialis. — 28. Stephanotis floribunda. — 30. Passiflora Decaisneana. — 31. Quisqualis indica. — 33. Passiflora raccmosa.
— 30. Ai'istolochia Icuconeura. — 38. Hexacenlris mysorensis. — 41. Ccntrostema niultiflorum. — 44. Passiflora kermcsina. — 45. Aristolochia clypeata. — 49. Tacsonia mollissima. — 53. Quisqualis pubescens. — 54. Passiflora trifasciata. — 58. Meyenia erecta. — 00. Thunbergia laurifolia. — 02. Euphorbia Jacquiniaeflora. — 63. Passiflora marmorea. — 03. Bougaliivillea latcritia. — 08. Aristolochia lablosa. — 71. Bigiionia incarnata. — 72. Tropœolum Lobbianura spH fire. — 74. Allamanda nobilis. — 77. Clcrodcndron Thomsonœ. — 80. Cissus discolor.
La suite des numéros du plan comprend les espèces suivantes :
N"' 2. Musa paradisiaca. — 4. Oreopanax dactylifolium. — G. Alsophila australis. — 10. Stadmannia australis. — 15. Anthurium acaule. — 10. Rhopala organensis. — 20. Saurauja sarapiquensis. — 22. Dracoena arborca. — 24. Rhopala Jonghei. — 20. Clavija macrophylla. — 32. Musa sapientum. — 34. Fledychium Gardnerianum. — 35. Cyathca medullaris. — 37. Cliamœrops excelsa. — 39. Artocarpus incisa. — 40. Musa violacea. — 42. Hedychium coccineum. — 43. Carludovica palmata. — 40. Cibotium regale. — 47. Ficus elastica. — 48. Anthurium cordatum. — 50. Dracîena fragrans. — 51. Calathea Lindeni. — 55. Musa paradisiaca. — 50. Chamaerops stauracantha. — 59. Ficus bengalensis. — Cl. Oreopanax platanifolium. — 04. Sciadophyllum pulchrum. — 00. Astrapaja A\'allichii. — 07. Anthurium rogalc. — 70. Cercus mexicanus. — 73. Theophrasta (?) imperialis. — Cyathea dcalbata. — 70. Cocos flcxuosa. — 78. Ficus macrophylla. — 79. Areca lutescens.
SERRES ET JARDINS DMilVliR.
La corbeille 9li sera composée de fleurs aux couleurs vives, Primevères de la Chine {Primula sinemis, Lindl.), etc. Les deux groupes de chaque côté de la petite pelouse comprendront les numéros suivants :
100. Balantium antaiclicum. — lOi. Areca Verschaflfelti. — 95. Coccoloba pubescens. — 97. Caryota sobolifcra. — 105. Ficus elastica. — 109. Franciscea eximia. — 101. Pteris argyrea. — 102. Medinilla magiiifica. — 103. Asplenium macrophylluni. — 105. Cyeas circinalis. — 108. Dracœna termiiialis. — 107. Clivia miniata. — iOO. Anthurium Icuconeurum. — 98. Attaccia cristata. — 97. Crinum amabile. — 99. Acalypba Wilkcsiaiia. — 81. Cyathea Beyrichiana. —
Fig-. 473. — Serre-galerie, à Somerlcyton (Angleterre).
84. Oreodoxa regia. — 85. Chamœdorea mcxicana. — 87. Clavija macrophylla. — 90. Rhopala corcovadensis. — 92. Seaforthia elegans. — 93. Amorphophallus nivosus. — 82. Cordyline aiistralis. — 89. Codi»uni undulatuni. — 91. Colocasia macrorhiza. — 88. Asplenium Nidus.
— 93. Draca>na cannœfolia. — 80. Anthurium magnificum.
Dans la grande pelouse, on pourra placer les numéros :
110 Syagrus botryophora. — 112. Pandanus ornatus. — 115. Latania rubra. — 114. Hedychiuni coronarium. — 116. Chamoedorea Martiana. — 111. Anthurium Scherzerianum. — 110. Blechnum brasiliensc. — 113. Globba nutans. — 117. Codioeum undulatum. — 118. Dracaena gloriosa.
— 119. Cibotium princeps. — 120. Pteris argyrea. — 121. Pleroma elegans. — 122. Bambusa Thouarsii. — 12 i. Philodendron pinnatifidum. — 128. Phajus Wallichii. — 129. Phœnicophorium
L'ART DKS JARDINS.
scychellarum. — 130. Ciirciilisu rorurvala. — 121. Pandanus elegantissimus. — 135. Codia-um maximum. — 134. Lomai-ia gil)ba. — 133. Carludovica imperialis. — 144. Hoya bella, Carludovica palmata. — 142. Glivia miniata. — 140. Glusia rosea. — 130. Ficus Gooperi. — 139. Musa paradisiaca. — 143. Pteris cretica var. — 138. Adiantum concinnum. — 137. Vriesca gigantea. — •132. Thalia dealbata. — 147. Philodendron pcrtusum. — 127. Pontederia coidata. — 12G. Xymphœa gigantea. — 125. N. Oï lgiesiana rul)i'a. — 163. N. cœrulea. — 102. Philodendron Lindeni.
— 101. Cyperus Papyrus. — 100. Nymphaja dentata. — 150. Musa Ensete. — 157. Grcscentia regalis. — 159. Tillandsia sp. — 158. Dracœna Youngii. — 154. Garludovica plicata. — 155. Balantium Culcita. — 153. Bleclmum corcovadense. — 152. Billbergia zebrina. — 151. Gcspedesia Bonplandi. — 141. Musa sinonsis. — li8. Cocos coronata. — 140. Adiantum trapeziforme.
— 145. Platycerium grande. — 100. Gocos VVeddelliana. — 105. Arundinaria falcata. — 104. Golocasia nymphaîfolia. — 108. Gypripedium barbatum. — 109. Seaforthia elegans. — 170. Dioon edule. — 171. Cyanophylkim magnificum. — 172. Dracsena Baptisti. — 173. Sciadocalyx digitaliflora. — 174. Godiaîum Andreanum. — 175. Dracœna amabilis.
Des orchidées et des broméliacées fixées sur les branches des arbres, appliquées aux rochers ou suspendues à des lianes sur des plaques de liège garnies de Sphtigmim, de nombreuses fougères et lycopodiacées, des plantes à fleurs brillantes, tulipes, primevères, bruyères, cinéraires, calcéolaires, renouvelées de temps en temps, un peu de goût et d'imagination,
il n'en faut pas davantage pour faire de ce jardin d liiver un endroit enchanteur, en maintenant la chaleur hivernale entre + 15 et 18 degrés centigrades.
Si la température descend à + 10 degrés, on a le jardin d'hiver tempéré-froid. Les plantes changent, et l'on a recours alors aux camellias, palmiers des régions froides, fougères australiennes, mimosées, agaves, myrtacées, éricacées nombreuses, cactées, solanées, etc., qui ne le cèdent guère en beauté et en variété aux espèces des listes précédentes. Dans l'un et dans l'autre cas, l'arrangement pittoresque peut devenir, pour l'amateur des belles plantes, une source de plaisirs toujours renaissants.
ArmngoïK'iiis dirrrs. — L'emploi des plantes de serre, dans les galeries, vestibules et vérandas des résidences luxueuses, peut également
PARCS 8c JARDINS
EXEMPLES DE PARCS ET JARDINS
apporter un élément décoratif de premier ordre. Les plantes sont partout à leur place. Les magnifiques serres-corridors de Somerleyton (Angleterre) en offrent un remarquable exemple. Le mélange de l'architecture, des statues, des objets d'art, y est relevé par des guirlandes de feuillage et de fleurs d'un aspect saisissant et charmant (fig. Zi73).
L'Angleterre et l'Amérique du Nord ont le monopole des idées excentriques, mais souvent heureuses. On voit, dans quelques grands hôtels de Chicago, la toiture de la maison convertie en jardin d'hiver. Un ascenseur conduit les clients de l'hôtel à ce parterre planté au sixième étage, nouvelle édition de jardins suspendus auxquels l'antiquité n'avait pas songé (fig. !i7li). Ces jardins sur les toits, chauffés en partie par la chaleur des cheminées, qui est généralement perdue, seraient un lieu de repos, de récréation et d'hygiène, et l'on ne saurait trop en recommander l'adoption aux habitants aisés des cités populeuses.
Vergers et Jardins fruitiers. — L'arboriculture fruitière, objet de la prédilection bien justifiée des horticulteurs de tous les pays, mais spécialement de la France et de la Belgique, a été l'objet de nombreux traités dus à des auteurs de mérite, parmi lesquels les Dalbret, les Hardy, les du Breuil sont restés populaires. Nous n'avons pas à considérer les jardins destinés aux arbres à fruits sous le rapport de leur plantation et de leur culture; mais l'architecte-paysagiste, dont le savoir peut être aidé par l'expérience des spécialistes, a le devoir d'analyser les vergers et les jardins fruitiers au point de vue de leur situation et de leur tracé.
Vergers. — L'emplacement des Vergers doit, avant toutes choses, être favorable à la croissance et à la fructification des arbres; la connaissance des plantations analogues, dans le pays, sera le meilleur critérium. On choisit généralement une bonne terre de pré, riche et profonde. Il faut avoir soin de dissimuler la tige des arbres, au moyen de massifs de 2 ou 3 mètres de hauteur. Je puis citer, dans cet ordre d'idées, le verger de Mariemont (Belgi(iue), chez M. A. Warocqué, où l'architecte-paysagiste a très-habilement masqué la trace des arbres d'un verger par des massifs qui ne le laissent pas soupçonner, bien qu'il soit placé assez près du château.
Le tracé des vergers se fait en carré ou en quinconce. On préfère généralement ce dernier modèle, ([ui ne laisse aucun espace perdu. Les distances entre les arbres sont de 10 à 15 mètres. On doit conseiller, pour tracer les lignes, de commencer par la plantation des piquets autour du champ en mesurant les distances à la chaîne, de couper la première base à angle droit par la seconde, et de terminer par l'intérieur, non en mesurant, mais en jalonnant les lignes. On obtient ainsi la position des arbres par des intersections dans les ahgnements.
Un troisième mode de tracé très-recommandable est la plantation hexagonale, que nous avons vu préconiser il y a quelques années en Angleterre. Son aspect est plus pittoresque et s'accorde mieux avec le voisinage des
El). André. 52
^onn.
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Fig. 47.J. — Plan d'un jardin fruitier avec murs de refend.
i70. — A, bassins d'arrosage; B, mur du Sud avec pêchers en éventail, palmette et candélabre; C, poiriers en palmette; D, cordons horizontaux de pommiers en bordure; E, poiriers en colonne à 3 mètres de distance ; F, mur au Nord, avec espaliers de cerisiers; G, pommiers en buisson, à 2 mètres; H, mur à l'Est avec poiriers Doyenné d'hiver, Crassane et Saint-Germain; I, mur au Sud, pêchers en pal mette-Verrier, à 2'", 60; J, mur au Nord avec cerisiers en palmette, à 5 mètres; K, mur à l'Ouest pour poiriers d'été et d'automne; L, murs intérieurs du jardin; M, poiriers pyramides à 6'",50 ; N, mura l'Est, avec abricotiers espalier; O, mur à l'Est, avec pruniers espalier; P, groseilliers épineux; Q, groseilliers à grappes; R, framboisiers; S, treillage de clôture couvert de vignes.
EXEMPLES DE PARCS ET JARDINS
plantations irrégulières des parcs, et les arbres sont plus également distribués sur le terrain*. Chaque sujet est au milieu d'un cercle (fig. il75) et entouré par six autres à distances égales. Pour le tracé, on divise d'abord un
Fig. 47G. — Plantation hexagonale des vergers.
côté du champ en parties semblables ABC DE représentant l'écartement entre chaque arbre. Il s'agit de trouver les distances AF C. Le triangle B A F étant rectangle, le carré de B A (10 mètres), soustrait du carré de BF (qui a 20 mètres), donnera le carré de A F, dont la racine carrée fournira les distances de AF, F G, soit 17"', '^b. On mesurera d'un côté, par exemple, des distances de 10 mètres, de l'autre de 17"", 35, on les jalonnera obliquement comme l'indique la figure, et les intersections des lignes donneront la position des arbres. Pour d'autres écartements, le mode de procéder sera proportionnellement le même.
Jardins fruitiers. — Le jardin fruitier, que nous avons également appelé verger ini.vte, n'est pas aussi répandu qu'il mériterait de l'être. Il y aurait un grand avantage à séparer la culture des arbres à fruits de celle des légumes; mais, malgré toutes les recommandations, on restera longtemps encore fidèle à la vieille méthode du mélange, en dépit de tous les inconvénients.
Examinons toutefois le tracé d'un jardin spécialement consacré à la culture des arbres à fruits, d'après le modèle employé par l'ancien établissement Jamin et Durand, à Bourg-la-Beine, près Paris. Ce jardin, de 1,200 mètres de superficie, est entouré de murs de 3 mètres"^ de haut (fig. Zi76). La légende ci-contre donne l'exphcation des diverses parties du plan .