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COUP D'ŒIL SUR LES JARDINS ACTUELS

En résumant, au commencement de cet ouvrage, l'histoire de l'art des jardins, j'ai rapidement examiné les conditions dans lesquelles s'est développé le style actuellement prédominant en France, en passant sous silence les pays étrangers. Cette omission n'est qu'apparente; de nombreuses citations, dans le cours de ce livre, témoignent de l'importance que j'ai attachée à tous les travaux intéressants, de quelque nationahté qu'ils fussent. Mais il était naturel que, dans un traité destiné à faire connaître les moyens employés dans mon pays pour la création de ces jardins dont la réputation s'est étendue au loin depuis vingt-cinq ans, je fisse la part plus large aux descriptions de ce que je connaissais le mieux.

COUP D'Œll. sua LES JARDINS ACTUELS.

Ce sentiment ne doit pas rendre exclusif. D'autres noms que ceux des architectes -paysagistes français ont été justement populaires, d'autres œuvres que les leurs ont attiré l'attention des contemporains. Sans prétendre juger dans son ensemljlc l'œuvre d'artistes encore vivants, ou dont le souvenir est récent parmi nous, il est permis, avant de citer les noms de plusieurs d'entre eux et de signaler quelques-uns des plus beaux jardins de ce temps-ci, d'ajouter à ce que nous avons dit précédemment quelques notes complémentaires.

Le plus célèbre parmi les dessinateurs modernes de jardins fut Paxton, l'architecte du Palais de cristal, qui, de simple apprenti jardinier à Chatsworth (chez le duc de Devonshire), mérita d'être anobU par la reine d'Angleterre, et devint sir Joseph Paxton. Il fit de Chatsworth un parc admirable, créa les jardins de Sydenham, les parcs publics de Birkcnhcad, de Glasgow, d'Édimbourg, etc., fut appelé en France par M. de Rothschild, à Ferrières et à Boulogne, et occupa sans conteste la première place parmi les architectes-paysagistes de son temps. Après lui, M. R. Marnock ac((uit à juste titre la faveur du public en Angleterre, et ses créations sont justement appréciées, particulièrement le jardin botanique de Regent's Park , à Londres. M. Nesfîeld, qui paraît s'être adonné, jusqu'à sa mort, avec une prédilection marquée, au style géométrique, est surtout connu par sa création du jardin de South-Kensington, appartenant à la Société royale d'horticulture de Londres.

En Allemagne, le nom de Lenné, qui vient après celui du prince Piickler- Muskau, est encore vivant dans toutes les mémoires, comme celui d'un grand artiste en jardins. Il débuta dans le beau parc de Laxenl)urg, près de Vienne, puis exerça sa profession à Bonn, sa ville natale, jusqu'à ce qu'il fût appelé à diriger les travaux de Sans-Souci, à Potsdam. Parmi ses principales œuvres on cite les parcs royaux de Potsdam, une partie de Glienicke, les jardins zoologiques de Carlsruhe, Cologne, Dresde, Berlin, le parc de Magdebourg, les résidences de Babelsberg, Bornstedt, le jardin touchant l'église de la Paix à Potsdam, les bains de Hambourg, les jardins pubhcs de Leipzig, de Lubeck, de Breslau, etc. Lenné mourut à soixante-dix-sept ans, en 1866, comblé d'honneurs, après avoir exercé une heureuse influence sur les jardins allemands de son époque. Parmi ceux qui lui ont succédé, nous avons plusieurs fois cité le nom de M. G. Meyer, un de ses élèves, auteur d'un bon livre que nous avons signalé à plusieurs reprises {Lehrbnch der sch'onen Gurtenkunst).

Les jardins publics de l'Italie sont en progrès, et l'influence française s'est fait sentir dans les nouveaux parcs de Milan, de Turin, à la promenade des Cascinc et des CoUi à Florence, dans les nouveaux arrangements du Pincio à Rome, dans les squares de Naples, etc. Quelques propriétés privées, dans la haute Italie, sur le bord des grands lacs, sont également dignes d'éloges, notamment les villas Franzozini, Melzi, Serbelloni, l'isola

L AKT DES JAHUINS.

Madi'L', sans uuhlier la belle et extravagante villa l*allaviciai, près Gènes.

En Suisse, de nombreuses résidences ont été remaniées , ou créées récemment, mais il en est peu qui soient remarquables pour leurs effets paysagers, si ce n'est à Prégny, Arenemberg, Oucliy, Zurich, et aux environs de Bàle et de Berne.

Les nouveaux jardins de la Russie, à l'exception de ceux de Livadia et du prince Woronzoff, à Aloupka, en Crimée, ne révèlent rien qui soit comparable aux créations de Peterhoff et de Tzarskoé-Sélo, au siècle dernier. L'influence des paysagistes allemands se fait sentir dans la plupart des parcs modernes de la Russie.

Sur d'autres points de l'Europe, de nombreuses créations se sont lait heureusement apprécier, notamment les nouveaux embeUissements des parcs publics de Vienne, où des artistes français ont été aj)pelés; puis les parcs de Munich, de Dresile, de Leipzig, de Brème, de Hambourg, de Francfort et d'autres villes de l'Allemagne et de l'Autriche-Hongrie. La ville de Luxemboui'g a transformé en i)arc |)ublic son ancienne forteresse.

En Hollande, le défaut d'espace empêche l'extension des grands parcs; cependant La Haye, Amslerdain, Rotterdam, ont reçu de récents embeUissements.

La Belgique, depuis longtemps à la tète de l'horticulture tie luxe sur le conlinenl, a développé considérablement, sous la direction d'habiles architectes-paysagistes, ses |)r()menades pul)lif[ues, à commencer par le bois de la Cambre, à Bruxelles, j)Our linii- |)ar les récents parcs d'Anvers. Les propriétés privées, bien dessinées et remplies de beaux arbres, n'y sont pas rares.

Si nous franchissons l'Atlantique, sans nous attarder aux jardins des pays chauds, plus remai'quables par la beauté des végétaux que par l'art de leurs dessins, nous trouverons aux Etats-Unis, après avoir cité feu Downing, le véritable créateur de l'art des jardins j)aysagers en Amérique, un nom populaire souvent cité dans cet ouvrage, M. Law-Olmsted. Ses créations de parcs publics, seul ou en collaboration avec M. C. Vaux, dans les villes de New-York, Brooklyn, Chicago, Buflalo, Montréal, ont porté sa réputation jusqu'en Europe. Un autre artiste, M. Strauch, est en rapport plus direct avec la formation de ces cimetières paysagers, dont le Spring Grove Cemetery, qu'il dirige à Cincinnati, est le type le plus parfait dans le monde entier. Les noms de M. Weidenmann et de M. Scott peuvent encore être ajoutés Hvec honneur à ceux qui précèdent.

Après ce cou]) d'œil rapide et volontairement incomplet, il ne sera pas sans intérêt de donner les noms de quelques parcs et jardins actuels des |)lus remarquables, soit anciennement plantés, mais entretenus avec soin et richesse, soit de formation récente.

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