Al. Lo Blond, Dezallier d'Argenville, etc
LES JARDINS CLASSIQUES
treillages de l'hôtel de Condé, par exemple, avaient coûté vingt mille écus, ce qui ne les empêcha pas de pourrir en quelques années.
Les berceaux, cabinets ou portiques se divisaient en artificiels et naturels. Les artificiels étaient construits en treilles.
Les bcrrenu.r étaient formés d'une longue voûte en forme de galerie.
Les cabinets prenaient une forme carrée, circulaire ou à pans, et le plus souvent formaient deux salons aux extrémités d'un berceau.
Les portiques étaient dessinés sur la face extérieure des cabinets, ou à l'extrémité d'une allée, l'entrée d'un bois, une perspective. Ils comportaient une architecture plus étudiée que les ornements précédents et l'on recon-
Fig. 13. — Grand portique de treillage, sous Louis XIV.
naissait l'ordre ionique comme le plus agréable et le plus facile à exécuter en treillage. On vantait à cette époque les colonnes ioniques de Clagny,j)rès Versailles (fig. 13).
Les treillagcurs de ce tem[)s étaient fort lia])iles, et plusieurs de leurs compositions, dont nous avons les dessins, montrent ([ue l'architecture en était très-étudiée. Ils reproduisaient, en baguettes de bois et dessins à jour, des portiques, galeries, cabinets, salons, niches et coquilles, ([u'ils ornaient de colonnes, pilastres, corniches, frontons, montants, j)aniieaux, vases, consoles, couronnements, dômes, lanternes, etc. Tout était relié solidement ])ar du fer, puis peint en vert et orné de plantes grimpantes.
Les berceaux naturels ou de verdure, (\uon a])pelait aussi berceaux ehampêlres, étaient formés de branches d'arbres entrelacées et palissées sur de gros treillages, cerceaux et fils de fer. On leur donnait l'aspect des treillages avec moins de variété, et sans laisser voir autre chose que des feuillages. C'est à Marly que l'on voyait les plus beaux exemples de cette architecture de verdure, notamment une colonnade qui est restée longtemps célèbre.
Parmi les autres ornements des jardins, se plaçaient au premier rang les
eaux. Dès qu'un jardin était en pente, on y construisait des cascades et ce qu'on appelait des « buflets d'eau », à plusieurs nappes avec bouillons et jets.
On les disposait dans les endroits le plus en vue, et parfois aussi au fond des cabinets de verdure où elles répandaient une agréable fraîcheur.
Quand on pouvait créer des pièces d'eau, on les ornait de gondoles dorées ou peintes de diverses couleurs, on les animait par des cygnes et des canards et on y entretenait du poisson en abondance.
Les chutes d'eau à l'entrée des bassins et les i)ords étaient ornés de sculptures dites maritimes, rocailles, dauphins, tritons, etc. Elles n'étaient pas toujours traitées comme à Versailles, à Saint-Germain, à Vaux, où le luxe de ces ornements avait été porté au suprême degré, mais cependant avec
Fig. 14. — Palissade d'arbres taillés à Chantilly (vvii" siècle}.
toutes les ressources que les propriétaires d'alors pouvaient emprunter à leur fortune particulière.
Les terrasses étaient d'un usage très-général, toutes les fois (|ue les niveaux du sol les motivaient. On sait quelle réputation avaient celles de Meudon, de Versailles et de Saint-Germain. Elles étaient entourées de balustrades de pierre, surmontées çà et là de vases ou de statues, et le dessous était le plus souvent occupé par des orangeries où l'on rentrait l'hiver les arbres en caisses, orangers, myrtes, lauriers, etc. On y pratiquait parfois aussi des voûtes, des grottes et des cascades, avec force statues ; le tout traité suivant l'architecture classique.
Les vases étaient de marbre, de pierre, de fonte, de plomb, de terre cuite et de stuc. On les plaçait dans les [)ans coupés des parterres et parfois au milieu, sur des piédestaux ornés, ainsi que sur les tablettes des balustrades. Dans les encoignures des bosquets, les statues étaient généralement des tenues, tigures à mi-corps posées sur des piédestaux , gaines, piédouches ou socles.
Les groupes composés étaient surtout destinés aux bassins et cascades.
LES JARDINS CLASSIQUES. hl
Toutes ces statues représentaient des divinités païennes, naïades, fleuves, tritons, près des eaux; sylvains, faunes, dryades, dans les bosquets. On les logeait aussi dans les enfoncements des palissades, à l'extrémité
Fig. 13. — Parterre, avec caisses et vases d'orangerie, sous Louis XIV.
des allées, au milieu des parterres sous bois, dans les berceaux en treillage, dans les carrefours, etc.
Les belvédères ou pavillons points de vue (de l'italien bel rederc) servaient de repos après la promenade et se plaçaient sur les points élevés d'où l'on avait une belle perspective.
Les grottes tombaient déjà en désuétude. Les perspectives formaient l'extrémité des allées et représentaient des paysages peints en trompe-l'œil. On citait celle de Rueil, si naturelle que les oiseaux venaient, — dit-on, — se
briser la tête sur la muraille où l'on avait peint un ciel d'une étonnante vérité.
Les grottes, mises à la mode par Bernard Palissy, offraient l'inconvénient de trop d'humidité, d'une fraîcheur malsaine; on y renonça assez vite.
Nous avons dit que les grilles étaient réservées à l'extrémité des allées pour laisser la vue dépasser la limite du jardj^n. Elles servaient aussi d'entrée et étaient l'objet de fins travaux de serrurerie.
A cette époque on avait déjà imaginé le ha-lui, (\n\ est devenu plus lard le smit dc-loup, et qui a joui d'une si grande faveur en Angleterre.
On distribuait de nombreux bancs dans les jardins, pour l'ornement autant que pour le repos. Ils avaient des places judicieusement indiquées : enfoncements symétriques dans les cabinets de verdure, niches dans les palissades, extrémité des avenues ou enfilades, colonnades, etc. Dans les parties les plus en vue, on les faisait fixes, en pierre ou en marbre ; ailleurs ils étaient mobiles, en bois, avec ou sans dossier, et on les rentrait l'hiver pour les préserver des intempéries.
Les caisses d'orangers, myrtes, lauriers, grenadiers, jasmins, étaient placées l'été symétriquement dans les parterres dits d orangerie^ le long des terrasses ou des parterres de broderie, etc. Des plantes semblables, mais plus petites, étaient cultivées dans des vases de faïence, que l'on intercalait entre les orangers, et qui venaient orner le dessus des balustrades et les descentes des escaliers.
DES PLANTATIONS
Nous avons vu quels étaient les principaux végétaux employés dans la période précédente de l'art des jardins, caractérisée par l'influence de C. Mollet et de ses fils. Sous Louis XIV, la liste s'augmente lentement. On est surpris de voir combien les voyageurs de ce temps introduisaient peu d'espèces nouvelles dans un pays où le luxe des jardins avait déjà pris une telle faveur.
Parmi les arbres d'ornement et d'avenue, on comptait les suivants :
Marronnier (Œsculm Hippocastunum).
Tilleul (tillot) (Tilia Europsea).
Orme (hommcau) (l'imus campestris).
Hêtre (fouteau) (Fagiis sylvatica) Châtaignier (Castanea vesca).
Charme (Carpinus Bclulus).
Chêne (Quercus rohur).
Les arbustes comprenaient les :
Romarin (Romarinus officinalis), Baguenaudier (Colutea arhorescms).
Sycomore (Acer psmdo-platanus) .
Érable plane (Acer platanoïdes), YïùnQ (Fraxinus cxcelsior).
Bouleau (Betula alba).
Épicéa (Ahies Picea).
Sapin (Abics pectinata).
Pin (Pinus sylvestris).
Trifolium (Cytisus trifolium).
Troesne (Liguslrum vuUjare).
LES JARDINS CL\SS10UES
Chèvrefeuille (Lonicera caprifi)l'uim).
Seringat (seringa!) (Philadclplmscoronarii(s).
Altliéa (guimauve roïale) (Hibiscus Sijriacus).
Genêt d'Espagne (Spartium junccum).
Lilas (Syringa vnlgaris).
Rosiers (Rosa Gullica, Damascena, moschata, etc.)
Boule de neige (rose de Gucldres) (Viburnum opulus).
Arbre de Judée (Ccrcis siliqiiasintm).
Coronille émérus (Coronilla emerus).
Buisson nvdentfCratxgus pyracantha) .
Laurier-cerise (Prunus lauro-cerasus).
Laurier d'Alexandrie (Ruscus racemosus).
Laurier-tin (Viburnum Tinus).
Jasmin jonquille ( Jnsminum fruticnns).
Cytise (Cyiisus sessilifolius).
Laurier franc (Laurus nobilis).
Lilas de Perse (Syringa persica).
Jasmin de Virginie (Tecomascandens).
Les calalof,^ues des plantes herbacées cultivées à cette époque, et qui s'appliquent plutôt à l'ornementation qu'à la création proprement dite des jardins, ne s'étaient pas beaucoup plus augmentes que ceux des plantes ligneuses, mais on cultivait déjà mieux. On semait sur couche au printemps, pour être transplantées dans les parterres, les espèces suivantes :
Giroflée double (Cheiranthus incanus).
Rose d'Inde (Tagetes erecta).
OEillet d'Inde (Tageles patula).
Belle-de-nuit ou merveille du Pérou (Mirabilis Jalapa).
Amarantlie (Cclosia cristata).
Chrysanthème grande pâquerette ( Chrysanlliemum coronarium ).
Volubilis ou liseron (Ipomœa purpurca).
Passe-velours ou queue-de-renard
(Amaranlhus caudalus).
Étaient semés en place les :
Pied-d'alouette (Ddphinium Ajacis).
Pavot double (Papaver somniferum).
Thlaspi (talaspic) annuel (Iberis amara).
Souci double (Calendula offîcinalis).
Sainfoin d'Espagne (Hedysarum coro narium).
Balsamine (Impatiens Balsamina).
Stramoinc ou pomme épineuse (Datura Stramoni\im).
Ricin ou Palma-Ghristi (Ricinus conimunis).
Basilic (Ocymum Basilicum).
Ambrette ou chardon bénit ( Centaurea moschata).
Capucine ou cresson d'Inde (Tropœoluni majus).
Muscipula ou allrapc-mouche (Silène Armeria).
Co(jueIicot double (Papaver Rhœas).
Immortelle (Helichrysum — ?)
Dans les parterres, on plantait à demeure les plantes dont les noms suivent :
Gueulc-dc-loup ou mu fie -de -lion
Anlirrhinum majus).
Giroflée jaune (Cheiranthus Chcirii).
Ed. André.
Thlaspi (talaspic) vivace (Iberis sempervirens).
Oculus christi (Aster Amcllus).
Rose trémière (Alcea roscn).
Muguet (Conrallarid. nutialis).
Camomille (Anihonis nobilis).
Campanelles ou clochettes (Cumpanida yariés) .
Violette de mars (Viola odorata).
Pensée (Viola tricolor).
Oreille-d'ours (Primula auricula).
Pois des Indes (pliaséole) (Lathynts latifuliiis).
Grenadille (fleur de la Passion) (Passiflora cœnilea).
Marguerites ou })laquettes (Bellis pcreunis).
Soleil ou héliotrope (Hclianthus multiflonis).
Croix de Jérusalem ou de Malte
( Lych n is CIi alcedon ica ).
Géranium couronné (Géranium pratense).
Julienne (Hcspcris malronalis).
OEil-de-bœuf ou Buphthalmon (Anthémis tinetoria).
OEillet d'Espagne (Diantlms Hispanicns).
Mignardise iDianihus plumarius).
OEillet ou jacinthe des poètes ('Z^/suiJius harbalus).
OEillet simple ou double (D. coronafius).
Staticé (Statice Armeria).
Sainfoin d'Espagne (Hedysarum coronariiiin ).
Hépatique (Anémone Hepatica).
Primevère (Primula elatior, etc.).
Ancolie (Aquilegia vulgaris).
Matricaire (Matricaria parthenioïdes).
Véronique (Veronica spicaia).
Valériane (valérienne) (Centranthus ruber).
Les phintes bulbeuses étaient en grande faveur. Morin avait déjà consacré un traité sj^écial aux tulipes.
Les amateurs de bulbes (non curieux, c'est-à-dire non excessifs) cultivaient surtout les espèces suivantes et leurs variétés :
Tulipes printanières ( Tulipa Oculus salis, T. prsecox, T. suaveolens).
Tulipe tardive (T. Gesneriana).
Narcisses (Narcissus poeticus, N.pseu-
do-nareissus, N. bieolor,N.Tazeita, etc.). Jonquille ( Narcissus jonqiiilla).
Lis flamme (Lilium croceum). Lis blanc (Lilium candidum).
LES JARDhNS
Ilémérocalles (HemerocaUis fluva et H. fuira).
Anémones (Anémone hortensis , A.
coronaria, A. sleUata, etc.).
Renoncule de Tripoli ( Ranunculus Asiaiicus).
Iris bulbeux (Irh xyphion, I. xyphioïdcs).
Couronne impériale (Friiillaria imperialis).