DES BOIS ET BOSQUETS
On les considérait comme la partie essentielle d'un jardin, et avec raison, car les ombrages sont une des nécessités de la vie à la campagne.
Fig. 10. — Bois de 11103611116 futaie, avec étoile et cabinets, sous Louis XIV.
Les bois et les bosquets étaient le « relief » des jardins et servaient à faire valoir les pièces plates, parterres et boulingrins.
La principale règle était de percer le plus d'allées possible dans les bois.
Les figures formées par ces allées et leurs dessins étaient l'étoile, la croix de Saint-André, la patte d'oie. On y ajoutait les cloîtres, labyrinthes, quinconces, boulingrins, cabinets, chapelets, guillochis, salles de comédie, salles couvertes, berceaux, fontaines, îles, cascades, galeries d'eau et de verdure.
On distinguait six espèces de bois : les bois de haute futaie, les bois taiUis, les bosquets (de l'italien boschcfto) h hautes palissades, les bosquets découverts à compartiments, les bosquets en quinconce et les bois toujours verts.
Les bois de Jumlc fidaic étaient propres seulement aux très -grands
LES JARDINS CLASSIQUES. h?>
parcs; ils étaient laissés dans leur état naturel, et seulement percés d'allées;
Les bois taillis étaient aménagés en coupes de neuf ans et les ordonnances du temps obligeaient à laisser à chaque coupe 16 baliveaux par arpent (environ 50 ares) ;
Les bois de ynoyame futaie, appelés aussi les bois inannantcaux ou de touche, avaient leurs allées bordées de 'palissades de verdure et étaient ornés de salles, cabinets, galeries, fontaines, etc. (fig. 10) ;
Les bosquets étaient découverts et parfois à compartiments appelés bosquets parés. On ne plantait pas le milieu des carrés, mais seulement les bords des nombreuses allées, avec une haie d'un mètre de haut dans les lignes
Fig. 11. — Boulingiin avec palissade à arcades, sous Louis XI\'.
d'arbres, de manière à laisser la vue libre au-dessus. Dans les carrés se trouvaient des salles de verdure et des bassins. Les bosquets couverts étaient les plus recherchés. Les labyrinthes, très à la mode pendant un certain temps, tombèrent en désuétude. Ils étaient plantés de charmilles taillées et formaient des dessins inextricables, ingénieusement compliqués (fig. 7).
Les bosquets en quinconce étaient formés de rangées d'arbres disposés comme le cinq de cartes à Jouer. Le dessous était gazonné et coupé d'allées sablées. Ils différaient du quinconce des anciens, décrit i)ar Vitruve, en ce qu'on supprimait le cinquième arbre, que les Romains plaçaient au milieu des quatre.
Les bois toujours verts étaient fort appréciés, mais la croissance lente des arbres à feuilles persistantes les faisait rarement employer.
DES BOULINGBINS.
Nom formé de deux mots anglais {bowling grcen, pelouse pour jeu de boules). C'est l'origine du croquet ground, si répandu en Angleterre, et qui ne date pas d'hier, comme l'on voit.
lih L'ART DES JARDINS.
En France, on donna au mot boulingrin une autre acception, en le réservant aux pièces de gazon enfoncées avec glacis, qui se plaçaient au milieu des parterres ou dans les salles vertes des bosquets.
On en distinguait deux espèces : les boulingrins simples, tout de gazon, sans aucun ornement, et les boulingrins composes, découpés en compartiments, quelquefois mêlés de broderie, avec des sentiers et des plates-bandes ornés d'ifs et d'arbrisseaux à fleurs, de bassins et vases, « pour réveiller leur grande verdure » (fig. 12).
Certaines règles étaient suivies pour leur construction.
Ils ne devaient pas être enfoncés de plus de 0'",50 pour les j)etits, et de O^jGo pour les grands. Les talus devaient mesurer 2 mètres à 2'", 30
Fig. 12. — Boulingi'iii simple, de gazon, sous Louis XIV.
de large dans le premier cas et 2'", 60 à 3 mètres dans le second; les grands avaient un sentier sablé au bas du talus.
Le talus était plus « roide » que le glacis qui « devait être très-doux et imperceptible à la vue » .
On semait les parties planes et on })laquait celles en pente. Les soins recommandés pour ces deux opérations par les auteurs contemporains ^ sont si parfaits qu'on ne fait guère mieux aujourd'hui, sinon de cultiver des graines plus pures.