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Théorie des jardins (tiaduct. franc.), t- V, p. 36G

quilé prévaut encore clans les arts, et il ne fallut pas moins que le talent du. paysagiste Louis Skell (né en 1750, mort en 1823) pour réformer ces tendances et donner à la })0stérité les beaux parcs de Nymphenbourg et de Bogenhausen et le jardin public {EiigliscJier garlen) de Munich, qui eurent une si grande influence sur les modernes jardins bavarois.

Dans le Wurtemberg, Ludwigsbourg, fondé par le duc Éverard-Louis au commencement du xvni'^ siècle et embelli par le duc Charles, possédait aussi son parc à grands dessins réguliers, couvrant plus de 100 hectares et qui est devenu un vaste et beau paysage d'aspect anglais.

Une autre résidence de ce pays offre l'exemple de la plus grande extravagance; c'est Solitude, près de Stuttgart, fantaisie de l'archiduc Charles, qui bâtit le palais et créa les jardins de 1763 à 1767, avec des dépenses si considérables qu'il dut s'arrêter avant de mener l'œuvre à bout. On retrouve à peine la trace aujourd'hui de ces constructions de mauvais goût, des avenues droites et des taillis morcelés qui surmontaient ce vaste plateau, des parterres découpés à l'excès, des eaux tourmentées, des nombreux petits jardins « dans ce grand jardin », qui font de Solitude un synonyme d'ennui.

L'un des parcs symétriques de l'Allemagne qui doit un instant arrêter notre attention, est celui de Schwetzingen, près de Heidelberg. Dessinés vers le milieu du xvni^ siècle par l'électeur palatin Charles-Théodore (né en 172Zi, mort en 1799), ces jardins ont été conservés jusqu'ici prescjue dans leur intégrité et montrent jusqu'à quel point ce style mal compris peut faire naître une fatigante monotonie, malgré tous les éloges que Kraft leur a décernés.

La surface est de 120 hectares et le sol est entièrement plat. Quelques accidents artificiels de terrain n'ont pu réussir à en varier l'aspect général. Le château, vu du côté du parc, le seul dont j'aie à m'occuper, est d'un style simple et nu, sans ornements. Dès qu'on a dépassé le porche, un grand parterre circulaire, découpé en compartiments, est occupé au centre par une fontaine a, à laquelle quatre rectangles de gazon, avec des bassins plus petits h, et des statues, font un accompagnement symétrique. En c quatre urnes entourent la fontaine. Des plates-bandes et bordures de fleurs et de buis et des caisses d'orangers alignées complètent le dessin de ce parterre, dont le diamètre se prolonge en une longue pelouse encadrée par des avenues d'arbres et allant jusqu'au lac du fond.

En A sont deux vastes bosquets taillés et percés en étoile. B est la salle à manger et le salon de jeu, et C l'orangerie. Ces deux bâtiments font deux ailes courbes flanquant le palais. En D est le théâtre. E est la pépinière; en F sont les serres. Dans l'un des bosquets, le temple d'Apollon G, est accompagné d'un bizarre tracé de jardin avec terrasses de gazon et de terre. I est la salle des bains, H la perspective, et K le temple de la botanique, auprès d'un bassin. Des ruines romaines se trouvent en L J, et en M

LES JARDINS CLASSIQUES

la machine liydiauliquc. Le bâtiment N était autrefois une caserne. Dans un petit bosquet à allées sinueuses, on rencontre le temple de Mercure 0, en P une mosquée, en Q le temple de Minerve et Pan sur un rocher R. Les serres de culture sont situées en S ; l'école des ai-brcs fruitiers en T ; en U, V, W, les écoles dendrologiqucs. Une quantité de statues, de vases, de pierres sculptées, sont répandus dans ce parc, que j'ai visité

il y a quelques années et oîi j'ai trouvé que l'ennui et le mauvais goût régnaient souverainement. C'est là qu'est mort le célèbre voyageur-botaniste Ilartweg.

Garlsruhe est un autre exemple de l'exagération dans les meilleures choses. .Ici, ce n'est pas seulement le parc, c'est aussi le palais et la ville entière qui sont tracés sur un modèle d'une uniformité désespérante. D'un point central occu[)é par une haute tour d'où la vue s'étend sur la forêt Noire et jusqu'en Alsace, tout rayonne avec régularité vers une circonfé-

rence qui forme un grand boulevard de ceinture. CeLlc gigantesque étoile est cause que les ailes du palais sont obliques, que les angles sont aigus, et que le promeneur erre dans ces voies qui se ressemblent toutes comme s'il était perdu dans un labyrinthe. Cette conception fatigante est due à un architecte français, Berceau, qui l'exécuta en 1715.

Dans le voisinage de Cassel, se trouve le parc de Wilhemshœhe, l'un des plus beaux, sinon le plus beau de l'Allemagne du Nord. Il est situé sur le flanc d'une colline abrupte que domine un énorme château d'eau surmonté d'un Hercule colossal. Les effets d'eau y sont remarquables, notamment le reisenschloss (grande cascade) et le grand jet d'eau de 63 mètres de haut. La végétation est splendide, notamment dans la foret de hêtres du sommet. C'est au landgrave Charles de liesse, mort en 1730, <[ue l'on doit les plantations, qui furent reprises trois quarts de siècle plus tard par l'électeur Guillaume I". J'ai visité, en 1869, ce parc célèbre, que ses aménagements derniers font rentrer dans les parcs paysagers proprement dits.

A Wœrlitz, dans l'ancien duché d'Anhalt, les jardins avaient une grande réputation, et le prince de Ligne les considérait comme les plus beaux de l'Allemagne. Établis par le prince Léopold d'Anhalt (1740-1817), ces jardins étaient remphs des scènes les plus variées, ((ui ne témoignaient pas toujours du goût le plus pur. La maison gothique en formait le plus curieux ornement. On y trouvait des grottes artificielles, un labyrinthe à devises allégoriques, plusieurs châteaux, tombeaux, temples, grottes, le panthéon, la caverne égyptienne, l'île des pierres et le « volcan ». Cette seule énumération fait jugor du goût qui avait présidé à ces jardins trop vantés.

La résidence des margraves de Culmbach, dans le Wurtcnberg, les jardins du duc de Nassau et bien d'autres propriétés royales ou princières en Allemagne, pourraient être cités comme appartenant à cette époque, sans que leur style présente de caractère original et paraisse affranchi du goût français qui régissait alors l'Europe. Ce n'est que dans le xix° siècle qu'il faut chercher une émancipation (}ui suivit l'importation des jardins paysagers venus d'Angleterre et de France.

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