LES JARDINS ALLEMANDS
C'est dans la volumineuse compilation d'IIirschfeld qu'il faut chercher l'histoire des jardins en Allemagne jusqu'à la fin du xvnr siècle. Il ne paraît pas qu'ils aient présenté des caractères propres à ce pays jusqu'à l'introduction du style français, qui n'y pénétra qu'au xvn<= siècle.
Salomon de Caus, le célèbre ingénieur hydraulicien français, qui vivait sous Louis XIII et que l'électeur palatin avait pris à son service, fut chargé de la création des jardins d'Heidelberg, dans lesquels il apphqua des règles inspirées par les données géométriques. Il i)ublia une description de ces jardins \ tracés à la manière des terrasses de l'ancienne Rome. Un terre-plein de « 200 pieds carrés » fut établi à 100 mètres au-dessus de la ville et du cours pittoresque du Neckar, au moyen des travaux les plus coûteux et en faisant sauter d'énormes rochers. Les bordures des jardins étaient en pierre de taille; 430 orangers en files symétriques garnissaient les plates-bandes; un « parterre d'eau », orné de tritons et de naïades, formait l'un des principaux ornements. Le parterre, long de hQO pieds sur 200 de large, était divisé au milieu en quatre compartiments pour les quatre saisons de l'année, et à son extrémité était placé un grand pavillon (SommerhdHfi), que la guerre de Bohême empêcha de terminer. A un étage inférieur, des parterres de broderie rappelaient ceux de Fontainebleau. De nombreuses fontaines, une vaste grotte, longue de 70 pieds sur 32 de largeur, et dont la porte était ornée d'animaux sculptés, une galerie de pilastres rustiques, des rocailles variées, sont encore détaillés dans l'œuvre de Salomon de Caus.
En 1(596, les jardins de Schœnbrunn, en Autriche, furent dessinés par l'architecte Fischer, d'Erlach, dans le style français qui déjà était partout en faveur dans les pays allemands. Un hollandais nommé Steckhoven, les modifia considérablement de 1775 à 1780. Ils présentaient, comme on peut le voir encore, une immense plaine ou avenue découverte devant la longue façade du palais, d'où la vue s'étendait vers le sommet d'une colline surmontée depuis par « la Gloriette ». La plus grande partie des jardins était située sur un terrain plan. Les parterres étaient exclusivement réservés à la famille impériale. Des ruines romaines, un obélisque, une belle fontaine architecturale (d'où le nom de Schœnbrunn), rappelaient les villas de l'Italie ancienne.
1 . Hortm palalinus, Ileidelbergœ exslructus, Francfort, 1620.
LKS JARDINS CLASSIQUES. 55
Le Prater, grand i)ai'c public de Vienne, fut établi en 176(5 par l'empereur Joseph II. Il se composait de cinq avenues rayonnant d'une étoile centrale (Pniicr.s/cni), toutes rectilignes, bordées d'arbres, et dont les intervalles étaient occupés, soit par des prairies avec des arbres isolés, soit par quelques taillis.
Le beau parc de Laxenbourg, objet des préférences de l'empereur Joseph II, est beaucoup plus nouveau, conçu dans le genre paysager, et j'en ferai l'objet d'une description ultérieure.
En Prusse, l'histoire des jardins est i)resque négative jusqu'au temps dt Frédéric II, qui embellit Postdam et créa Sans-Souci, d'abord dans le style régulier, puis selon les préceptes venus d'Angleterre et ([ui ont prévalu depuis. Les premières lignes indiquaient l'influence française par leur régularité. Les avenues de celle époque s'y voient encore, ainsi que la série des terrasses curvilignes, plulôt étranges que belles, que surmonte le château. Hirschfeld disait en 1785 ' : « D'après les dernières nouvelles de Prusse, le goût des jardins n'a pas encore atteint la perfection dans ce pays. Un auteur vantait récemment le palais champêtre qui présente autant de fenêtres qu'il y a de jours dans l'année ; il loue les hautes pahssades, buttes de pervenches , grottes artificielles, jets d'eau et dessins tracés dans une plaine. »
Le Thier-Garten, parc public de Berlin, cou[)é d'avenues droites, planté d'arbres épais recouvrant (|uelques bassins irréguliers d'eaux noires et dormantes, est situé sur un terrain plat au bout de l'allée des Tilleuls [unicr dcii Liiiden) et sert de « bois de Boulogne » à la capitale de la Prusse.
Ce goût s'épura sans doute au moment où les jardins anglais firent sentir leur influence dans les arrangements de Cliarlottenbourg, commencés par Frédéric II, et exécutés principalement sous le règne de Guillaume II. Mais ce ne fut guère qu'avec le siècle où nous vivons qu'un véritable art des jardins s'implanta en Prusse, après que Skell et le prince Pûcklcr-Muskau en eurent donné l'idée. Il en résulta un certain nombre de parcs et de jardms où la recherche fut parfois alliée à la grandeur et au talent et <jui sei'ont examinés dans un autre chapitre.
Le goût des arts existe depuis des siècles en Bavière. Les jardins devaient y tenir une place importante. Dès le commencement du xvn' siècle, en \(M!i, Maximilien P' avait planté un parc à la française dans la ville de Munich. Les jardins du palais d'Anspach furent créés en 1713 avec les constructions du palais et embellis depuis 17(59 par les margraves de Baireuth. Ils étaient célèbres par le dessin régulier de leurs avenues et parterres, par leur orangerie immense et par la perfection de leur entretien.
Le style symétrique régna longtemps en Bavière, où l'amour de l'anti-