PREMIER
LES JARDINS DANS L'ANTIQUITÉ
L'art des jardins, si l'on suit sa marche à travers les âges et les peuples, a éprouvé, comme tout ce (jui remonte à une haute antiquité, des alternatives de lumière et d'obscurité, de barbarie et de progrès. Toujours il a été en honneur aux époques de civihsation avancée. Sa bonne ou sa mauvaise fortune ont constamment suivi l'état de la société où il se développait, à peine apprécié d'un petit nombre et réservé aux seuls souverains dans les temps d'oppression et de misère, florissant au contraire sous l'émancipation intellectuelle, avec le culte des beaux-arts et le bienêtre général.
Cette aimable manifestation de l'esprit humain a donc son histoire, qu'il importe de rappeler à grands traits, avant d'examiner l'état des jardins dans notre société actuelle.
Aussi bien le temps est propice à cette étude. Jamais faveur plus grande n'accueilht les jardins que de nos jours. Ils sont devenus, gr.àce au temps et au milieu où nous vivons, non plus seulement des lieux d'utilité pour les petits et de luxe pour les puissants et les heureux d'ici-bas; dans leur expression artistique, ils se sont adaptés aux plus humbles fortunes. Durant les époques marquantes de son histoire, l'art des jardins était plutôt représenté par de grandes conceptions dues à la magnificence des princes que par un goût dominant parmi le peuple. Il n'en est plus de môme aujourd'hui que la vie humaine est plus respectée, la liberté individuelle plus grande, la sécurité croissante, l'instruction plus répanilue, l'esprit plus généralement ouvert aux belles choses, et aussi l'aisance générale considérablement augmentée.
De plus, les moyens d'ornementation des jardins étaient autrefois restreints à des éléments très-hmités. Mais depuis que les voyageurs nous ont apporté d'innombrables végétaux de toutes les parties du monde, que l'art décoratif a varié de mille manières l'emploi de ces matéi'iaux ;
depuis que l'iudustrie leur prête un concours si fécond, que des hommes de progrès ont créé des sociétés d'horticulture, des échanges d'idées et de travaux par les organes périodiques et imaginé ces réunions internationales où viennent se discuter les théories horticoles ; depuis enfin qu'un entraînement universel dirige les bons esprits vers la contemplation de la nature et le délassement salutaire de la vie à la campagne, l'art et la science des jardins sont entrés dans une voie toute nouvelle, comme on le verra au cours des études qui vont suivre.