‹ L'art des jardinsChapitre 96 sur 341 · CHAPITRE YllI · texte numérisé non relu

CHAPITRE YllI

EXAMEN DU TERRAIN. — LEVER DU PLAN

Qu'il s'agisse du parc immense d'une résidence princière ou d'un jardinet (le ville, d'une vaste promenade publique ou d'un simple carrefour planté, les premières opérations, par ordre de date, sont l'examen du terrain et le lever du plan.

Je repousse, dès le début de cette étude, toute composition de jardins faite sans voir le site, toute conception basée sur des plans et documents communiqués de loin. Un jardin n'est pas un tableau ni une maison, que l'esprit puisse se représenter fidèlement par le dessin ou la gravure. Nulle abstraction ne pourra donner une idée exacte des caractères multiples d'un terrain, quelque soin qu'on apporte à le dépeindre par la parole ou par le dessin.

Supposons donc une propriété à créer ou à embellir et procédons aux opérations suivant leur ordre naturel.

Choix de rarchitecte. — Le propriétaire a fait choix, pour dessiner le projet et diriger les travaux, de l'un de ces artistes dont j'ai parlé précédemment, dominés par le côté élevé de leur profession et chez lesquels le jugement, motivé par le sentiment de l'art, réglé par l'étude et par l'expérience, s'exprime avec indépendance, en se plaçant au-dessus de toute considération d'intérêt personnel.

On peut dire que presque toujours la réputation d'un architecte-paysagiste est fondée sur le mérite. Elle doit s'appuyer sur les œuvres qu'il a déjà faites et signées. Les renommées de hasard, nées de la réclame ou du charlatanisme, ne durent pas longtemps. Il est toujours préférable de rechercher les conseils d'un artiste dont les travaux, connus et appréciés, sont le meilleur éloge. Je conseille donc aux propriétaires de s'assurer, avant de fixer leur choix, que l'homme auquel ils vont s'adresser se recommande de lui-même par ([uelque création digne d'être visitée.

Pour les petits jardins, où l'art proprement dit tient peu de place, il n'y a pas inconvénient majeur d'en confier la direction à un entrepreneur de

jardins qui dessine le projet et exécute les travaux sans intermédiaire, à forfait ou sur série de prix. Au contraire, pour les jardins d'une certaine importance et surtout pour les parcs, je ne saurais trop m'élever contre la pratique qui consiste à se passer d'architecte et à confier les travaux, plan et exécution, à un entrepreneur dont l'indépendance artistique se trouve fortement mise en échec par son intérêt pécuniaire.

J'ai d'ailleurs la conviction qu'avec le concours d'un architecte bien placé, les garanties d'économie, de bonne conduite des travaux, sans parler de l'art proprement dit, compenseront largement les honoraires qui lui seront acquis. Ces honoraires, comprenant le plan, le tracé, la surveillance personnelle des travaux et le règlement des mémoires, — mais non compris les déboursés de voyages, — sont généralement fixés de 5 à 10 pour 100 du montant des travaux et fournitures, suivant la proximité ou l'éloignement du domicile de l'architecte, et aussi suivant l'importance des travaux.

J'engage les propriétaires à renoncer à cette habitude de demander un plan à un architecte pour le faire ensuite exécuter eux-mêmes. En agissant ainsi, ils seraient certains de dénaturer la pensée de l'auteur, qui seul peut donner au terrain la forme et l'ornementation qu'il a conçues et au besoin modifier les détails de son idée première au cours des opérations. Quand on se résout à se passer ainsi de l'architecte, on confie d'ordinaire l'exécution du projet au jardinier de la maison. De deux choses l'une, ou celui-ci est intelHgent, ou il ne l'est pas. Dans le premier cas, il manquera bien rarement de critiquer le plan et voudra montrer son habileté en modifiant tout à sa guise et le dénaturant. Dans le second cas, le jardinier sera peut-être docile, plein de bonne volonté, mais il lui manquera le goût, le savoir, l'expérience, et tout cela ne saurait s'apprendre en quelques semaines ou quelques mois. Il faut décidément renoncer à faire des éducations de ce genre ; elles coûtent trop cher. Chargez donc l'architecte de donner comme il l'entend la forme matérielle à sa pensée, en le plaçant à la tête des travaux nécessités pour la mise en œuvre de son plan. Qu'il ait aussi le choix du conducteur de l'atelier, habitué par lui de longue date à sa manière de voir et à la pratique des travaux sur le terrain. Tout peintre doit choisir son graveur.

Visite du terrain. — L'artiste est trouvé; l'œuvre commence. Si le site n'est pas fixé, j'ai indiqué les considérations qui doivent en guider le choix (page 157 et suivantes). Nous n'aurons donc à considérer que l'hypothèse où cet emplacement est déjà déterminé, et à passer en revue les opérations diverses qui précéderont les travaux d'exécution. Le plan, soit qu'il existe déjà ou qu'on le dresse à neuf, les études détaillées du terrain, le dessin du projet, des profils, la rédaction des devis et contrats, sont autant d'objets compris dans ces travaux préparatoires.

EXAMEN DU TERRAIN. — LEVER DU PLAN

Page 1