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JARDINS RÉGULIERS A L'ÉTRANGER

(' C'est en Italie, dit Stendhal dans Rome, Naples et Florence, que les architectes de Louis XIV prirent le goût des jardins comme Versailles et les Tuileries, où l'architecture est mêlée aux arbres. » Sous sa forme absolue, cette affirmation ne laisse pas d'être injuste ; en étudiant les parcs italiens, Le Nôtre y retrouvait l'antiquité, que son esprit latin était préparé à comprendre, et, en appliquant en F'rance leur dessin général, il tirait d'elle la moelle, dont se sont nourris les artistes comme les écrivains classiques. L'antiquité est le fonds commun et séculaire des races latines ; on ne saurait parler ici d'imitation. La meilleure preuve est que Le Nôtre vint en Italie, non pas comme un élève curieux de compléter son instruction à l'école de l'étranger, mais comme* un maître reconnu et déjà célèbre, au génie duquel on eut recours, et qui contribua pour sa part à l'embellissement de Rome. Peut-être serait-il plus juste, au rebours, d'admettre que l'art de Versailles influa sur l'horticulture italienne, aux dépens de cette dernière d'ailleurs, puisque le site romain se prêtait davantage à un pittoresque interdit au parc de Louis XIV ; il est sûr qu'au xvni« siècle, en Italie, selon

la remarque de Burckhardt, l"architecture et la sculpture tendent de plus en plus à prédominer, et à restreindre la part de la nature.

Le jardin Corsini, sur la pente du Janicule, a cepen-

IIG. 102. l'I (jI.I .

VILIA DOKIA.

dant de grandes beautés, comme la vigna Barberini, la villa Spada, le jardin des Passionnistes sur le Cœlius, les villas Mâssimi, Altieri, Wolkousky. Mais il convient d'accorder une mention spéciale au jardin du priorato di Malta, sur TAventin, dessiné sans doute par Piranesi, et à la villa Albani, dont le parc a été tracé par Carlo Marchionne, sous la direction du cardinal Alessandro Albani.

Les grandes villes d'Italie imitèrent Rome; Naples eut ses villas Patrizzi, Ricciardi, ses parcs de Caserte, Portici,

iARDIN'S REGULIERS A L ETRANGER

Capo di Monte ; Gènes, où la force des vents empêche toute arboriculture, s'enorgueillit des palais Durazzo, Pollavicini, Doria ; et, au pied des Alpes, dans cette Lombardie heureuse, patrie de Léonard de Vinci et de Bernar-

dino Luini, parmi cette nature où le voisinage des glaciers tempère les chaleurs méridionales, sur les bords du lac de Côme, au milieu du lac Majeur, se mirèrent au soleil les terrasses de la villa Melzi et Sommariva, et les jardins des îles Borromées (fig. 103, 104).

Que sont devenues toutes ces merveilles? La plupart sans doute s'effritent et se consument comme cette villa Borghèse que les Concourt ont visitée en 1856, et décrite dans l'Italie d'hier : c Des cyprès centenaires avec les mille fusées de leurs branchettes montant en l'air, couchées

Tune contre l'autre, sur le vieux cœur de l'arbre, doù jaillissent des lézards, qui filent comme les éclairs verts d'un'e lumière électrique ; des leccio de chênes verts, à la lumière grésillante sur leur feuillage grêle et serré, et comme

IIG. 104. I.AC MAJLUK.

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