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décoration, tous les temps et tous les lieux ». 11 n'est pas partisan de représenter ■■ la vie purement champêtre », car les
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habitants de la campagne ne ressemblent nullement « aux bergers de FAstrée, à ceux de Fontenelle, de Boucher et de l'Opéra ». Le véritable art est de perpétuer dans un jardin « le charme qu'on doit éprouver en y entrant, le renouveler de toutes les manières, afin de faire naître dans làmele désir de le revoir et de le posséder... L'agrément d"un jardin naturel est d"y trouver à chaque pas des tableaux ; et chaque objet doit être disposé de manière à en produire beaucoup, selon les différents effets de lumière ». Et telle est la différence essentielle entre les deux méthodes : " Le plan d'un jardin ordinaire fait voir tout ce qu'il contient ; et quand on l'a vu, on peut se passer d'après cela de parcourir le jardin, parce qu'on sait ce que sont les charmilles taillées, les allées, les bassins, les bosquets, etc. 11 ne reste donc que les bassins à voir, quand il y en a; car on devine aisément les effets des treillages, et ceux des chutes d'eau, qui sont régulières. Mais dans un jardin naturel, le plan n'est qu'un itinéraire, qui ne fait pas prévoir un seul tableau ; d'ailleurs, l'irrégularité ne se retient pas, et l'on ne prévoit pas les différents objets qui s'offrent successivement, surtout lorsque les arbres sont parés de toutes leurs feuilles, seul temps où l'on doit voir, même tous les jardins, quand on voudra les juger. »
Carmontelle avait bien raisonné son art ; le malheur est que la pratique chez lui ne répondait pas à la théorie. Laborde, un contemporain pourtant, a fait de Monceau une juste critique : « Ce jardin est un des premiers essais de jardin anglais en France. Il est aisé de s'en apercevoir à la profusion de fabriques dont il est rempli, et qui sont aussi peu proportionnées en elles-mêmes qu'avec l'éten-
due du terrain. On y voit un fort dans lequel un soldat auroit peine à tenir, des obélisques cachés dans les arbres. On diroit que ces premiers jardins étoient moins
]IG. 142. .MLKL\!LI.l. . I.L lU.MliLAU DL COOK.
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des essais que des modèles faits pour être exécutés en grand. Celui-ci, à part ce défaut, est agréablement dessiné. »
En outre du fort et des obélisques, on y remarquait un moulin hollandais, le pont des saules, le chemin creux
JARDINS ANGLAIS EN FRANCE
encadré de vignes de Judée et de peupliers d'Italie, un château gothique ruiné, la ferme et son pâtre écossais, les ruines du temple de Mars, une cabane, la statue de Persée,
KIG. 145. MliRUVILLH. COLONXH KOSIRALE.
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un minaret sur une colline plantée de vignes, la naumachie avec ses colonnes en ruines autour de Tétang (fig. 141), la tente tartare, les tentes turques, le temple de marbre blanc. Il y avait aussi un singulier jeu de bague: «parasol chinois, soutenu par trois chinois pagodes, qui tien-
nent aussi une barre horizontale, sur lesquelles s'appuient ceux qui font tourner la bague, et qui n'ont d'autre mouvement à faire que celui de marcher sur le plancher, qui est sous leurs pieds. Des bords de ce plancher partent quatre branches de fer, dont deux soutiennent des dragons, sur lesquels on monte à cheval. Sur les deux autres branches sont couchés des Chinois, soutenant d'un bras un coussin sur lequel on s'assied, et tenant dans la main un parasol garni de grelots ; de l'autre main ils tiennent un coussin sur lequel on pose les pieds. Les femmes sont assises sur ces deux branches. Le bord du grand parasol est garni d'oeufs d'autruche et de sonnettes. Les quatre lanternes que l'on voit, renferment des bagues, qui ne se présentent à ceux qui les courent, qu'au bout des glands qui sont sous les lanternes. » Pour faire contraste à ces grelots, sonnettes, bagues, on avait planté le bois des tombeaux, composé de peupliers d'Italie, sycomores, cyprès, platanes, tuyas de la Chine. Devant la pyramide d'Egypte, huit colonnes intérieures soutiennent un entablement de marbre blanc, de granit, et de bronze ; « vis-à-vis la porte, il y a une niche dans laquelle est une cuvette de marbre vert antique ; dans cette cuvette est une figure de femme assise sur ses talons, qui se presse les mamelles, d'où il sort de l'eau qui tombe dans la cuvette. Cette figure est égyptienne, du plus beau noir et sa coëffure consiste en un bandeau et des bandelettes d'argent ». Une urne de bronze, des cassolettes, des cariatides, encadraient « ce tombeau d'une jeune fille ».
Le malheur est qu'il n'y eut jamais de morts sous ces tombeaux ; et Laborde s'égaie fort de la manie qu'on avait alors d'ensevelir dans les jardins; il parait qu'on jalousait
le vicomte d'Ermenonville, assez heureux pour posséder la dépouille de Jean-Jacques Rousseau. Mais à Méréville, sur la Juine, notre bon Laborde eut aussi son sarcophage, celui de Cook, avec des bas-reliefs (fig. 142), des figures de sauvages, colonnes tronquées, urnes de douleur, bustes, etc. Ne chicanons pas cependant notre excellent guide. Ce monument était un touchant hommage à la mémoire de ses deux fils, officiers de marine, morts dans la catastrophe de La Pérouse. comme le rappelle une colonne rostrale (fig. 143), « au milieu d"une ile, de marbre bleu turquin avec des rostres de navire en bronze ; au milieu d'arbres étrangers, et en particulier de l'épine de mer». Pourquoi cependant Cook, et non pas La Pérouse > Pourquoi aussi cette citation prétentieuse du livre des Rois : « Saiil et Jonathan, amabiles et decori in vita sua. in morte quoque non sunt divisi? »
Laborde eut le bon goût de ne pas détruire le vieux parc : « Parmi les constructions d'usage dans les anciens jardins, les terrasses passoient pour les plus nécessaires, et étoient regardées avec assez de raison comme l'intermédiaire entre le bâtiment et la campagne. En effet, elles sont d'un agrément réel, dans plusieurs heures du jour, lorsqu'on veut jouir de la veûe des sites environnans et de la promenade, sans pourtant s'écarter du château. Il me paroît donc avantageux de les conserver, et facile de leur donner une forme agréable ; il suffit d'adoucir leurs bords, d'enlever la maçonnerie qui les soutient, et d'en revêtir la pente et le sommet de gazon, de fleurs et d'arbustes ; telle est celle de Méréville (fig. 144). ■■
On remarque aussi, en ce lieu, l'ile Nathalie, avec des ponts, deg futaies et des saules, un temple de la Sibylle
(fig. i2i), la laiterie décorée de colonnes ioniques et d'une grotte où sourd la rivière, un pont de roches, le moulin, <• genre de fabrique le plus naturel et presque toujours le plus pittoresque, soit dans les jardins, soit même en plaine campagne » ; et une vraie cascade (fig. 145), formée par la Juine même, et qui fait « éprouver l'illusion des plus beaux sites de la Suisse ou des Pyrénées... La vue de cette cascade et le bruit qu'elle fait entendre de loin ont une sorte de prestige qui réveille le souvenir de ces sites extraordinaires que l'on se fatigue à rechercher dans les montagnes, et qui laissent toujours, avec l'admiration qu'ils causent, le regret d'en acheter un instant la vue par des vo^'^ages longs et pénibles. Tel est surtout l'avantage des jardins pittoresques. Ils réunissent autour de vous les plus grands tableaux de la nature, et vous en font jouir sans cesse et sans peine. »
A côté de ces jardins hors de pair, nombre d'autres présentaient de l'intérêt et de la beauté. Certains avaient été déjà dessinés dans le goût français, comme celui de Prulay, près Mortagnc ; le propriétaire se borna « à éclaircir une futaie, qui entoure le château, à y créer des espaces libres ornés de beaux gazons et d'arbres étrangers, à retrouver les pentes anciennes du terrain, qui avoient été défigurées par d'inutiles terrasses, et enfin à rendre aux eaux leurs cours naturels, qu'elles n'auroient jamais dû perdre ». Tel aussi celui de Grillon, sur un affluent de l'Oise Ifig. 145^; il restait « seulement unepièccd'eaudetrois cents toises de long sur cinquante de large, d'une forme symétrique ; elle avoit été dessinée par Le Nôtre, ainsi que le parc, et étoit destinée à servir de point de vue à un superbe château que le maréchal de P>oufflers se proposoit de faire
bâtir. Cette pièce d'eau, négligée, étoit devenue un marais; M . de Grillon Ta fait recreuser, et y a fait élever deux chaussées dans toute la longueur; elles sont, ainsi que les bords, plantées de grands arbres et forment trois longs canaux. >»
A Paris même, il convient de citer encore, parmi les parcs nouveaux, Bagatelle, au comte d'Artois, dessiné vers 1780 par Thomas Blaikie, et orné, outre l'ordinaire, du tombeau du Pharaon, et de la tour des paladins; et la Muette, du comte de Provence, où Louis XV reçut la dauphine, Marie-Antoinette, à son arrivée en France. Dans les environs, est La Malmaison, auprès de l'étang de Saint- Cucufa, non loin de Saint-Germain. Morel et Bertheaux y avaient construit un hameau suisse ; un temple de quatre colonnes de marbre brun y rappelait « par sa forme et sa structure le joli temple de Clitumnus, au pied duquel sortent les eaux du fleuve qui baigne les belles campagnes de rOmbrie. » Le parc du Raincy avait été composé « à l'imitation des vallons de la Suisse », et il en offrait '( l'image par le repos, la fraîcheur et la variété qui y régnent ». Les ducs de Gondé possédaient celui de Saint- Leu, sur un plateau, à l'orée de la forêt de Montmorency, d'où l'on a une vue splendide sur la plaine jusqu'à Paris. Monville, près de Marly, était décoré d'un pavillon chinois, " exemple du mauvais goût qui régnoit à cette époque, et de la dépense que l'on faisoit pour ce détestable genre de magnificence. L'architecture chinoise ne donne l'idée, ni de l'élégance, ni de la solidité. » On y voyait aussi un hameau, copié « de quelque tableau de Ruisdacl ou de Gaspre Poussin ». G'est enfin Guiscard, près Compiègne; Maupertuis, au marquis de Montesquieu (fig. 113); Le
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Plessis-Chamant, sur les bords de la forêt de Senlis, avec un pavillon imitant le monuînent choragique de Lysicrate (fig. 114) ; Betz, orné de ruines et d'un temple à l'Amitié (fig. 115) ; Brunehaut, près d'Etampes, où une colonne dcrique de douze mètres a été élevée à la Concorde civile ; et enfin cet extraordinaire ermitage du Mont-d'Or, près de Dijon, véritable jardin théologique, qui contient les statues des apôtres, l'ermitage du silence, la chaumière de saint Jérôme, Job sur son fumier, et un temple à l'Eternel !
Tels sont les principaux exemples du jardin anglais en France. Certes il a ses inconséquences et ses défauts; le respect de la nature n'y est qu'en théorie, et on la force souvent, comme à Versailles, mais on n'en convient pas. Une sentimentalité, poussée à l'excès, l'encombre de tombeaux et monuments funéraires, qui enlaidissent le paysage, comme des préoccupations archéologiques imposent aux arbres, aux sources et aux fleurs le voisinage de fabriques, bien dépaysées parmi nous. Les contemporains n"ontpas encore l'idée que la nature se suffit à elle-même, et que les spectacles qu'elle offre sans effort sont l'occasion de merveilleuses jouissances esthétiques. Ces réserves faites, il y aurait mauvaise grâce à nier que ces gens du xv!!!"^ siècle, si affinés, si spirituels, si aimables, ont créé de vrais bijoux, comme Trianon, Ermenonville, Méréville ou Morfontaine, des jardins où l'on peut, aux heures de rêverie poétique, entrer en communion avec l'âme même des choses.