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CHAPITRE PREMIER

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES

Il est peut-être disproportionné d'attribuer un chapitre spécial à l'art des jardins au xix*^ siècle; on ne peut dire en effet que notre âge a inventé un genre nouveau d'horticulture. Sa véritable originalité consiste sans doute dans les découvertes scientifiques ; en art et en littérature, il n'a fait que continuer, et parfois perfectionner. Les architectes combinent les éléments fournis par les maîtres d'œuvres anciens et modernes ; la peinture et la sculpture, toutefois plus soucieuses de réalisme et de psychologie, s'inspirent encore du passé; la poésie, le drame, la comédie ne diffèrent pas en essence de ce qui les a précédés, et l'art des jardins n'a répudié ni le système français ni le système anglais. La science seule

s'est renouvelée; cest que les replis de la nature sont autrement vastes que ceux de l'esprit, et moins que ceuxci ont été fouillés.

Les jardiniers de mérite n'ont cependant pas manqué ; au premier rang sont les Thouin. André Thouin, né à L'Isle-Adam en 1747, mort en 1823, dirigea, à partir de 1764, l'école de botanique ou Jardin du roi; il publia un Essai sur l'économie rurale, une Monographie des greffes, et nombre d'articles dans VEncydopédie méthodique. Son fils. Gabriel Thouin, fit paraître, en 1819, le plan raisonné des Jardins. Ces œuvres sont capitales.

En Angleterre, Repton, dans ses Observations on the theory and practic of the landscape Gardening ; Loudon, ^.Ytc son Encyclopedia of gardening et son Treaîise on for yning, improving and managi)ig country résidences : enfin Joseph Paxton, jardinier du duc de Devonshire, architecte du palais de Cristal, à Londres, et du jardin de Ferrières, au baron de Rothschild, en France, ont prouvé que l'horticulture n'avait pas dégénéré de l'autre côté du détroit.

A ces noms, il convient d'ajouter celui de Ai.Alphand, qui fut à Paris, avec une compétence hors de pair, un goût sans défaut, une puissance de travail considérable, un véritable ministre des Jardins de la capitale. Paris lui doit ses promenades, ses squares, ses parcs et cette multitude d'arbres, qui, vus d'un ballon, lui donnent l'aspect dune immense forêt. Alphand a publié un magnifique ouvrage,' les Promenades de Paris, précédé d'une excellente histoire des Jardins; il a trouvé en M. Bouvard un élève digne de lui.

De tous ces ouvrages peut-on tirer une théorie générale des jardins au xi.v siècle > Notre époque est surtout uti-

CONSIDERATIONS GENKRALF.S

litaire. Les jardins désormais, au lieu d'être prétexte à étalage de luxe et de richesse, auront un but pratique : dans les villes, ils offrirorit à la fatigue un repos de quelques instants, aux poumons, qui s'épuisaient, un air moins

riG. 148. KIOSQUK DU BOIS DH BOUI.OGN'H.

vicié que dans la rue; à la campagne, ils seront un refuge contre les importuns, et un délassement après le tumulte des affaires.

Là, on recourra principalement au style paysager, moins cher à établir, et plaisant mieux à Tâme sentimentale, que nous a faite l'âge précédent. Ici, surtout en Angleterre et dans les grands domaines, on adopte un genre mixte, où le pleasiire gntnd, qui entoure la maison est régulier.

comme se prêtant mieux à l'usage journalier, et planté d'arbres verts, qui donnent l'illusion d'un éternel printernps, tandis que le parc, séparé du premier par des barrières, est dessiné à l'anglaise, avec des allées courbes qui se raccordent aux premières par des demi-cercles classiques.

Surtout le jardin se démocratise ; sous l'ancien régime,

riG". 149. — MtLUX. TOMBEAU DANS LE JARDIN DK M. LACROIX.

Construit par l'architecte Labbé.

il n'avait guère été qu'à l'usage des riches : rois et nobles. Les plus favorisés d'entre les bourgeois jouissaient de rares et étroits jardins, où quelques arbres, quelques plates-bandes de fleurs faisaient assez piètre figure dans des cours. Les communautés religieuses possédaient, pour ainsi dire, par état, des jardins où se promenaient leurs méditations et leurs loisirs ; elles en ouvraient parfois la porte, à titre gracieux, à des amis de leur entourage laïque. Aujourd'hui, presque tous les gens aisés ont leur jardin; quant aux pauvres, ils trouvent dans les promenades publiques, dans les parcs, jadis royaux, des jardins

comme n'en ont certes pas les plus gros capitalistes. Que valent les parcs de Ferrières, de Saint-Gratien ou d'Armainvilliers, en comparaison de Versailles, de Trianon,

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lie. 150. AKMAINVILLIl-RS. PAVILLON TLRC DANS LE JARDIN

DL- DLC DE PFNTHiÉVRE. D'après uii dessin de Kraff:.

des Tuileries, du Bois de Boulogne > Le plaisir de roi est devenu plaisir de peuple.

En vertu des mêmes tendances intéressées, on développe le nombre des jardins scientifiques, qui sont de véritables champs d'expérience pour les savants, et offrent, par surcroît, aux passants l'utile et l'agréable. C'est ainsi qu'en France le Jardin des Plantes s'est augmenté de tout ce qui pouvait répondre à ces deux utilités, imité dans tout notre pays par les architectes des jardins d'acclimatation et de jardins botaniques. A l'étranger, les magnifiques parcs de

Kew, aux environs de Londres, de Regents-Park, d'Anvers, d'Amsterdam, Berlin, Vienne, Florence, Rio-de-Janeiro, etc., témoignent combien les contemporains ont de goût et d'inclination pour les connaissances des sciences naturelles.

On ne voit plus guère de ces fabriques étranges, comme

FIG. 1)1. PARIS. BALANÇOIRU DANS LE JARDIN" Di; SAINT-JAMES.

Dessinée par l'architecte Bellanger.

il y en avait tant auparavant, plus guère de tente tartare. de tombeaux sous des saules qui s'égouttent en larmes, de châteaux gothiques, de vieux donjons garnis de lierres, plus de ces décors, qui émigrent dans les accessoires du drame romantique. Si on tolère encore le petit temple de la sibylle de Tivoli, dont les proportions gracieuses font sur un monticule charmant effet, on substitue partout des fabriques utiles : pavillons de chasse, serres, escarpolettes, réduits

CONSIDERATIONS GENERALES }')'

de jardinage, postes de gardiens, boutiques foraines, tiiéâtres mêmes et cafés, etc. (fig. 148, 149, 150, 151).

Le jardin devient aussi une véritable exposition de fleurs ; leur place était assez maigre dans les parcs français, plus maigre encore dans les jardins anglais. Elles sont maintenant les reines des plates-bandes et des pelouses. Dans leur disposition, on n"a pas su toujours éviter Tuniformité, chaque saison ramenant les mêmes dessins de corbeilles jusqu'à la monotonie. Les jardiniers font d'ailleurs les plus louables efforts pour présenter la plus grande variété de plantes,, non seulement indigènes, mais encore exotiques comme l'eucalyptus, l'araucaria, les camélia, dracaena, yucca, strelitzia et caladium, sans compter le ginerium argenteum dont les houppes argentées éclairent, à l'automne, les parterres.

Il ne faudrait pas croire pourtant que le mauvais goût fut absent de toutes ces compositions ; si les jardins publics présentent le plus souvent un plan raisonné, il n'en est pas toujours ainsi des particuliers. Pour s'en convaincre, il suffit de parcourir la banlieue des grandes villes, qu'ils déshonorent. On est confondu de voir comme des gens intelligents, des commerçants qui, dans les affaires, font preuve d'ingéniosité et de bon sens, se mettent, à la campagne, l'esprit à la torture pour aboutir à des inventions burlesques, où tous les styles se heurtent en d'étranges assemblages. Une ligue se fonde, dit-on, pour la défense des paysages naturels; elle aura fort à faire contre ceux qui les défigurent de leurs bizarres imaginations.

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