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LE RYTHME POÉTIQUE LE VERS ENTRE LA MUSIQUE ET LA PROSE

Avant de vous enseigner les règles précises et en quelque sorte mécaniques de la versification, je voudrais pourtant encore vous l'aire comprendre qu'elles ne sont point une créai ion arl)ilraire des niétriciens, ou, comme on disait autrefois, des « législateurs du Parnasse », nuiis (jue c'est sur des lois profondes, sur des besoins essentiels de l'esprit que noire art fonde sa certitude et sa dignité. Après, vous supporterez moins impatiemment, je l'espère, ce que l'étude de ces règles pourra présenter d'un peu aride, et, surtout, vous serez pour jamais en garde contre l'insanité de certaines réibrmes que quekiues-uns voudraient introduire dans notre prosodie traditionnelle et qui ne tendraient à rien moins qu'à la déti'uire.

Si j'essaye de définir ce qu'est la versification, ce qu'est le vers, je ne trouve rien de mieux que d'emprunter les termes de ma définition aux deux

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OU trois loriiiultîs, assez proches l'une de l'autre, que SuUy Pruclhomme nous en a données dans les diverses pages qui composent son Testament Poétique, et je dirai : La versification est l'art de l'aire bénéficier le plus possible le langage des qualités de la musique, c'est-à-dire dans toute la mesure compatible avec la claire intelligence du sens: le vers est donc un verbe musical qui soulève et soutient la pensée sur les ailes du rythme, mais en excluant la note pour ne pas s'identifier au chant, où l'expression intellectuelle est détrônée par Texpression émotionnelle.

On voit assez, par là, ce qui distingue les vers de la musique. On voit moins bien, peut-être, ce qui les distingue de la prose; car, enfin, la prose aussi peut être soulevée et soutenue par un rythme, c'est-à-dire par une succession de cadences flatteuses à l'oreille et qui ajoutent un plaisii- musical au plaisir de l'entendement. iPlus un écrivain véritable a de choses émues ou élevées à nous dire, plus sa phrase tend à .se rythmer, à se dérouler avec harmonie. Soit, mais elle se déroule — et cela en est le caractère essentiel, — en rythmes inégaux et perpétuellement variables, qui procurent à l'oreille un seul plaisir: celui d'une surprise incessamment renouvelée.

Certes, ce plaisii' musical, dans sa parfaite con cordance avec le développement de la pensée, est déjà considérable; il n'est pourtant pas cette jouissance, la plus musicale possible que puisse donner le langage, celle que vous annonçait la défini-

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lion de tout à l'heure comme étant le privilège de la seule forme versifiée. La versification seule, en effet, dans tous les pays du monde, et depuis qu'il y a des poètes, peut donner, à l'esprit et à l'oreille, cette double jouissance: la surprise dans la sécurité, jouissance causée elle-même par la réalisation de la variété dans l'unité, de la liberté dans la discipline. Et comment cela? En soumettant le langage, ainsi que fait la musique, non plus à des ryl limes incessamment variables, mais à des rythmes égaux. En musique, l'élément de sécurité sera fourni par le battement régulier de la mesure, à la(iuelle l'esprit et l'ouïe s'abandonneront, se confieront avec délices pour jouir d'autant mieux des surprises de la mélodie. En versification, la sécurité viendra du nombre régulier des syllanes du <M's, du retour régulier de la rime, tandis que la variété des rimes au bout du vers et les souples modulations des syllabes accentuées, demi-accentuées ou at^Dnes dans l'intérieur du vers, apporteront au lecteur, joint. à celte sécurité délicieuse, l'enchantement d'une perpétuelle surprise.

Est-ce un besoin puéril et artificiel, ce désir de sécurité, satisfait par le rythme des vers, qui s'ajoute au désir de surprise si complètement satisfait déjà par la prose? Des prosateurs orgueilleux et peu sensibles à la poésie voudraient bien nous le faire croire. Ils traiteraient volontiers d'enfantillage cette attente de la mesure égale et de l'écho de la rime... Elle est, au contraire, comme je le laissais prévoir en commençant, la manifestation d'une des tendances les plus essentielles de l'es-

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