‹ L'art des vers lyriquesChapitre 10 sur 72 · FORMES ASSIGNÉES PAR LA MUSIQUE AUX VERS QU ELLE DOIT CHANTER · texte numérisé non relu

FORMES ASSIGNÉES PAR LA MUSIQUE AUX VERS QU ELLE DOIT CHANTER

Ce qui constitue le vers lyrique, c’est l’accent. Tout premier vers est bon ; mais si l’on veut que ceux qui le suivent le soient pareillement, si l'on veut que l’oreille ne soit pas mise au supplice par les ressauts de la prose consonnante, il faut absolument que l’accent se trouve casé dans les places indiquées, marquées par ce premier vers, par ce type que vous choisissez avec soin ou que le hasard de l’inspiration vous amène. Une fois adopté, ce patron doit servir de règle invariable pour les couplets d’une chanson, pour les huit vers que vous destinez à Yandante d’un air à deux mouvements. Vous changerez de rhythme pour les douze ou seize vers de Yallegro. Les accents ainsi distribués sont des serre-file qui forcent les syllabes intermédiaires à marcher au pas, en déterminent la quantité, bien sentie parce qu’elle est bien frappée, et les iambes, les trokées, les anapestes et les dactyles arrivent sous votre plume comme par enchantement. Régularité, symétrie parfaite, voilà ce qu’il nous faut. J’emprunte aux anciens quelques-uns de leurs pieds métriques, sans avoir égard à la manière dont ils les combinaient. En laissant aux Français leurs rhythmes accoutumés, dictés, prescrits par la Musique, je les invite à les suivre avec une fidélité parfaite. La moindre licence, le moindre écart les jetterait dans le langage vulgaire, dans le bégaiement de la prose; toute énergie poétique s’évanouirait, ils continueraient

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L’ART DES VERS LYRIQUES, de ramper, de boiter, de patauger comme leurs prétendus lyriques Malherbe, Racine, Quinault, J. -B. Rousseau, La Motte, Pompignan et leurs successeurs.

Ma doctrine est bien simple, vous le voyez. En ayant soin de caser symétriquement les accents, c’est-à-dire les temps forts et demi-forts de la mesure, vous obtenez sans difficulté des résultats infiniment préférables à ceux que Mousset, Jodelie, Passerat, Nicolas Denisoit, Jean-Antoine de Baïf, Pasquier, Desportes, Nicolas Rapin , Raoul Callier, Jean Godard, Marc- Claude Butet, Ronsard, Claude de Taillemont, Scévoie de Sainte- Marthe, Th. Agrippa d’Àubigné, Turgot, Fabre d’Olivet, S. M. Louis-Napoléon , roi de Hollande, ont cherché vainement dans les vers métriques ajustés à la manière des Grecs et des Latins. Tous ces novateurs en poésie croyaient observer les lois de la quantité, mais cette quantité bien réelle dans le français, leur échappait malicieusement parce qu’ils ne l'établissaient point sur la solide base des accents.

Modelés sur les vers lyriques d’Euripide et de Sophocle, d’Horace et de Sénèque, les vers de Mousset, de Jodelie et de leurs disciples, valaient un peu mieux pour nos musiciens que la prose rimèe, il fauten convenir ; mais ils ne remplissaient encore que d’une manière bien imparfaite les conditions exigées par notre musique. Elle veut une symétrie complète dans les temps et dans la distribution des temps, c’est ce que je lui donne. Point d’équivalents, toujours des sosies; toujours trois sous, et jamais deux fois six liards. La mélodie n’admet pas les appoints; elle veut une suite de petites sommes rondes, carrées, ovales ou triangulaires, pourvu qu’elles figurent symétriquement sur la page. La musique d’une strophe ainsi combinée se dessine à l’œil du compositeur. Aussi Boëce, qui vivait sous le règne de Théodoric, roi des Austrogoths, et quand les théâtres étaient encore ouverts à Rome, disait-il, en parlant d’un musicien qui compose uu chant sur des vers ; — Que ces vers ont déjà leur musique en vertu de leur figure. Ut si quando melon aliquod musicus voluisset ascribere suprà tersum rhythmicd compositions distentum. » »« Mu»i«e, liber iv, capitulais 3.

Les anciens, qui, dans l’épopée et les vers élégiaques, se permettaient de remplacer le dactyle par un spondée, et le spondée par un dactyle, se gardaient bien d’autoriser de pareilles substitutions dans leur poésie lyrique. Symétrie complète dans les temps et dans la distribution des temps.

Que de compositions italiennes dont la mélodie n’a rien de précisément remarquable, dont l’harmonie est d’une grande simplicité, n’ont dû leur succès immense et prolongé qu’à l’admirable structure des vers.au charmedélicieux qu’ils impriment à la cantilène.auxondulationsqui bercent mollementl’auditoire, à celte régularité de temps que l’oreille chérit et goûte avec une parfaite béatitude! Le petit chœur final de Tancredi. Piùdolci e placide, est un chef-d’œuvre de ce genre.

Trois vers fémininssuivisd’un vers à rime dure, et trois autres vers féminins suivis d'un vers à rime dure, forment un couplet de huit vers de mesure égale que l’on peut employer comme début d’un air, d’un duo, d’un chœur. Multipliez ce couplet, il deviendra chanson, romance, cantique. Cette association devers, que l’on peut faire longs ou courts, dont la mesure et le rhythme seront choisis, réglés par le poète, celte coupe çst la plus favorable pour la musique et la plus généralement adoptée.

| A. ce | nom lai | mSblé i | vrêssë Qui m’agite, qui me presse,

Me rappelle l’allégresse

Des beaux jours de mon bonheur.

Qu’elle vienne et sa présence Va me rendre l’espérance !

Souvenirs de ma souffrance Vont quitter ce triste cœur.

Anne de Boulen.

| Dieu qüe j'à | doré.

Cœur qui t’implore Est digne encore De ta faveur.

Que ta lumière Brille et m’éclaire.

Br

En toi j'espère.

Divin Sauveur.

Dans la justice Sois-nous propice!

Que tout s'unisse Pour t’exalter.

La lyre est prête ;

En cette fêle Le roi prophète Va te chanter.

Belr.ébutli ou les leux Su roi Ksné

| Séchez vôs | larmes, (1 )

Loin des alarmes Goûtez les charmes D'un sort plus doux.

Comptez sans cesse Sur la promesse,

Sur la tendresse De votre époux.

Comme il vous aime D’amour extrême.

Bonheur suprême Vous unira.

Et trop sévère * Dans sa colère.

Un tendre père Pardonnera.

Castil-Blazk, oteiio.

néciTATiF (prose rimée).

Je me sens beaucoup mieux ; Mianc est prévoyante;

Un gaillard tel que moi ne peut vivre de l’air.

Oh! la collation a passé mon attente.

Des vins exquis! j’avais une soif dévorante.

Trois services! j’avais un appétit d’enfer.

(1) Les trois longues que je marque ici, comme autre part, désignent les trois noires formant la mesure à trois temps.

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