‹ L'art des vers lyriquesChapitre 16 sur 72 · M1ANE · texte numérisé non relu

M1ANE

Comme il bavarde, cependant,

Et tout ce monde qui l'attend.

[Us mots suivants, privés de rhythme, sont jetés sur un trait <f orchestre.)

SÉBOUN.

— Hé ! hoé! Séroun ! par ici !

Danse, amuse-nous ! — Me voici !

— Du vin, des galeaux ! — Gramaci, (grand merci).

Non, non, jamais je ne refuse.

— Tiens, des barquettes!

— Gramaci.

— Des gimbelettes !

— Gramaci.

— Des côtelettes !

— Gramaci, gramaci, gramaci.

Jamais, jamais je ne refuse.

MIANE.

1 11 më râs | sûre fi | m'ënhftr | dit Et sa gaité me réjouit.

SÉROUN.

| Vous dë | véa m'ën | croire,

Sûrs de la victoire,

Partageons sa gloire Comme son bonheur.

HUNE

Oui, j'aime à le croire.

Sûrs de la victoire.

Partageons sa gloire Comme son bonheur.

■elzébuili on le* ieu «In rot >««4.

Tous nos paroliers ont profité de mes leçons, il est vrai, mais d’une manière incomplète au point de montrer que, ne sentant pas, ne comprenant pas l’accent, ils sont insensibles à la cadence intérieure du vers. Depuis vingt-cinq ans au moins, ils

L'ART DES VERS LYRIQUES, terminent leurs airs par une rime forte et concluante; ils assemblent curieusement les trois rimes féminines suivies d’une chute dure, ainsi que je l’ai prescrit : voilà tout. Vus à distance, leurs quatrains se présentent d’une manière fort agréable à l’œil, ils ont une apparence de régularité. S’il vous plaît de les lire, de les scander, cette illusion va disparaître à l’instant ; vous y rencontrerez toutes les infirmités, les saletés de la prose rimée, absence totale de rhylhme, un désordre effroyable. Ces quatrains fallacieux ressemblent à des cartouches pleines de sable et couvertes d’un papier doré : ni poudre ni plomb.

Nos paroliers diront que l’observation rigoureuse de la mesure dans les vers s’oppose quelquefois à-l’émission libre, au développement de la pensée. Cela peut être vrai pour eux, fabricants routiniers de prose consonnante; mais comme la pensée brille seulement par son absence dans leurs versicules, on ne saurait gêner l’émission d’une chose qui n’existe point. Mettez sous la presse hydraulique tout ce qui se chante dans nos opéras, serrez fort, il n’en sortira que des mots dénués d’esprit, mais non pas de sens, des banalités mille fois ressassées, des

Que devenir? ô ciel! que faire?

0 trouble! ô peine extrême!

Je sens mon cœur qui palpite.

Quel est donc ce mystère?

Je vais revoir celui que j’aime.

0 douleur! ô mortel effroi !

Page 1