ALLELUIA
Air : Chasseur diligent, chœur de Roblu-deg-Bol*.
Trï | ômphë, vïc | tôire!
Du Christ, roi de gloire,
Gardons la mémoire D’ün | joùr si | beau.
Là | mort, là sôuf | fronce Cède à sa puissance;
Vainqueur, Dieu s’élance Du fond du tombeau.
Brûlant de ses flammes.
Trésor de vos âmes ,
Venez, saintes femmes.
L'époux n’est plus là.
Allëlüi’, allëlül’, àllëlüi', âllëlüi | à!
Chàn | tons, chàu | tons àl | lëlüi | a.
Pour nous plus de peine,
Disait Madeleine;
Parole certaine,
Resurrexit.
O sainte allégresse!
Divine tendresse !
Dieu tient sa promesse Comme il l'avait dit.
Brillant de lumière,
Un ange en prière.
Assis sur la pierre,
Joyeux , vous dira :
Alleluï, alleluï, allelui’, alléluia !
Chantons , chantons alléluia.
A ces mots : Chœur de nobm-aes-Boi», je vois des nerfs se crisper , des poils se hérisser ; j’entends des cris d’indignation frapper d’anathême l’audacieux qui vient faire éclater dans nos temples un chœur déjà chanté mille fois sur les théâtres. Croyez-vous, gens de bien, que je me plaise à produire cet air, que vous dites profane, avec des paroles sacrées, afin d’exciter votre colère, aün d’accaparer vos critiques pour m’en faire honneur? Croyez-vous que je vienne tout exprès vous offrir une occasion nouvelle de répéter vos phrases faites, vos refrains, vos poncifs stéréotypés? Non sans doute. Ce n’est pas pour vous que je travaille, et me soucie infiniment peu du qu’en écrirat-on? Les opéras s’en vont à tire d’aile, ils s’évaporent, s’évanouissent comme la brume aux rayons du soleil, mais l’Église reste, Sacerdosin œtemum! Moïse s’empara des vases d’or bien profanes ! des Égyptiens, et les rendit sacrés en les posant sur l’autel du Tout-Puissant. Oserai-je vous dire que la statue de saint Pierre, dont les fidèles ont usé l’orteil à force de le baiser, était la statue, tout aussi profanel de Jupiter-Olympien, avant de figurer dans l’admirable et somptueuse basilique de Rome, dans la métropole de l’univers chrétien? Lisez les pères de l'Église, lisez surtout saint François de Sales... Non, je préfère vous retenir dans les sentiers mieux connus des critiques littéraires, en vous disant, avec le comte de Tuflère :
Monsieur le garde-note, oui , l'argent nous soutient;
Mais nous purifions la source dont il -vient.
Destouches, le Glorieux.
Dans vingt, trente ou quarante ans, RoMu-des-Boi» sera complètement oublié; les érudits seulement conserveront le précieux souvenir de ce chef-d’œuvre, et l’Église aura fait la conquête d’un chant joyeux pour les fêtes qu’elle doit célébrer avec une sainte et vive allégresse. Qui vous a dit que l’hymne O filii et filiœ, que la sublime préface de la messe n’étaient pas des chants empruntés aux tragédies d’Euripide et de Sophocle? Mettons sur table les nombreux recueils de cantiques de Saint-Sulpice, etc., etc., etc. Je les chanterai tous, et vous me signalerez à l’instant, si vous le pouvez, l’origine des airs, des timbres sur lesquels ils ont été rimés, disant à propos 1 — Chœur de i* B*ue Arsène, du Déserteur; trio de Félix, d’Œdipe A Colone ; quatuor de Luclle; duO des visiundines, entendez-vous? des vutaadina'. romance, de
Lodolska, de Paul et Virginie, de BloUe et Ballet, de Henaud d’ Vst, de Camille, d’Aiémia, de Gulnare, de la Rosière de Salencr, de l’Amant Jaloux, du Prisonnier, d Artudanf, de losepb, de l’Amant statue, de
Guiistan, du Barbier de séviiie, il y en a deux , celle de Beaumarchais et celle de Paisiello, deux cantiques, etc., etc. ; chanson d’ivrogne de maître Adam , chansons galantes d’Albanèse , de Monsigny, de Plantade, de Martini, de Berton, de d’Alvimare, de Catruffo, de Blangini, d’Amédée de Beauplan, de Romagnôsi, de Masini,. de Caslil-Biaze même, et cent autres, sans compter les airs patriotiques et les voix-de-ville. Tous ces airs, ou du moins presque tous , nous les trouverons estampés dans la Clé du Caveau , recueil peu religieux.
Ces chants, jadis profanes, aujourd'hui purifiés par des flots d’encens et de myrrhe, ces airs sont acquis à l’Église. Le chœur de Robin-dca-Beis, allègre et franchement cadencé, rhylhmé, doit avoir son tour; il l’a même déjà dans le midi de la France. Il y est exécuté d’une manière flambante, entraînante, à six voix : deux sopranes, deux ténors et deux basses, avec le secours fugitif d’un diapason ; il y est exécuté par un peuple de fidèles.
— Avec cet air on fonderait une religion. » Ce n’est pas moi qui parle, mais un ecclésiastique, membre de nos académies, l’abbé Arnaud, en citant un air d’ipmgénie en xniide.
Si je n’avais l’honneur de vous dire que Sainte cité, demeure permanente, l’un des cantiques les plus religieusement suaves de notre répertoire, n’est autre que u Suissesse au bord du uc, brunette de Goulé, musicien de Rouen, le sauriez-vous?
Tout n’est que vanité, fragilité, tout lasse, tout passe, tel est le sort des œuvres lyriques mondaines; elles acquièrent un brevet de longue vie, une espèce d’éternité lorsque l’Église les adopte. Les titres des chansons, des romances , des opéras, les noms mômes de leurs auteurs sont oubliés, diffugêre nives, les cantiques survivent; ils sont coulés en bronze dans la mémoire des nations. Tels ces vases étrusques sur lesquels on voit le dessin de tableaux dévorés par le temps, et dont il nous est impossible de connaître les auteurs.