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L'art dit gregorien d'apres la notation neumatique

Comment en serait-il autrement, après tant d'essais infructueux, suite fatale de promesses trop hâtives, de déductions hypothétiques, de conclusions par analogie; et surtout, suites naturelles d'une ambition à peine dissimulée, d'arriver premier dans la découverte du nouveau monde musical, pour être gratifié par anticipation du titre glorieux de « Champollion des neumes antiques » !

En ce qui concerne la découverte, sujet de cette étude, rien de semblable ! Elle est complète.

6 L ART iiit GRltGORIEN

Instruit i)ar rcxpcrience malheureuse de mes devanciers, je ne viendrais pas, ù mon tour, j)our jM'cndre date, exposer ce que j'ai t espoir de découvrir \\\\ jour. C'est un fait accompli.

Grâce à un labeur incessant, qu'il serait peu modeste de ma part d'apprécier, le sens des neumes sera révélé', clairement je pense, sans réfutation scientifique possible, sans lacune à combler dans Tavenir.

11 est un facteur avec lequel il faut compter. Je veux parler de la restauration actuelle, qui, dans la question, iouit du prestige de premier occupant.

Il est juste de reconnaître impartialement, qu'elle n'en jouit que grâce à la stérilité des essais précédents. Sa seule force, en effet, réside autant dans l'impuissance scientifique de ses nombreux adversaires, que dans le soutien moral, et surtout matériel, de tous ceux qui, incapables par eux-mêmes de découvrir la vraie forme du chant primitif de l'Église, ne veulent pas admettre plus longtemps le plain -chant barbare que nous connaissons tous.

Faibles adversaires, faibles soutiens, nuls au point de vue scientifique.

Nous n'entrerons pas dans la controverse historique du chant attribué à Saint-Grégoire-le-Grand.

M. l'abbé Batiffol'^ d'un côté, M. Gevaërt^ de l'autre, l'ont exposée avec une netteté devant laquelle s'incliner est presque un devoir.

Seule la question musicale technique étant de mon domaine, c'est elle seule qui sera traitée dans ces quelques pages.

Au point de vue restauration actuelle^ la conclusion de mon travail heurtera de front tout un courant d'idées, disons même tout un système théorique admis sous une seule étiquette, «la théorie bénédictines- Théorie essentiellement vague, permettant à chacun des maîtres qui se sont voués à sa diffusion d'en proposer une application différente. C'est un premier signe de faiblesse, sinon d'incohérence.

Nul ne doit méconnaître la bonne foi de ces maîtres, trop pressés à leur tour d'arriver au but ; encore moins peut-on nier leur zèle d'apôtres du nouvel évangile musical religieux.

' Très succinctement dans cette étude.

- Histoire du bréviaire romain. Paris, Picard et fils.

3 Mélopée antique etc.. Paris, Picard et fils.

Ce zèle infatigable, digne d'une meilleure cause, d'une cause plus vraie scientifiquement, j'entends, commence à produire des résultats: bons, au regard de l'ordre bénédictin, peut-être; mauvais, au point de vue de l'Art primitif, parce qu'ils lui en substituent un autre, insoutenable musicalement.

Loin de combler par des données certaines l'abîme qui sépare la musique antique (grecque ou romaine) de celle du moyen âge (ancêtre de la nôtre) la restauration Bénédictine, seule en cause en ce moment, crée tout simplement un système musical ^sui generis» propre à elle-même, prétendument conforme à la tradition qu'elle reconnaît d'autre part totalement perdue ^

Je n'ignore pas quelle hardiesse est la mienne, de me poser ainsi résolument en adversaire déclaré de cette restauration, dont les partisans sont plus nombreux de jour en jour.

Je le fais néanmoins sans forfanterie, avec une calme assurance, parce que je me sens des armes ayant fait leurs preuves.

Voué à la composition exclusivement religieuse, n'écrivant que pour l'Eglise, je n'ai qu'un but : « rendre a t' Eglise ce qui lui appartient en propre. » Le lui rendre, non en dilettante proposant un nouveau S3'stème d'interprétation, possible à défaut du vrai, mais en musicien d'Eglise pratiquant son art, n'a3'ant qu'un culte, « celui de la Vérité».

^ Voir Dom Parisot : Tribune de Saint-Gerpais, i""*^ année, n° ii, page lo, 2« alinca.

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