CONCLUSION
L'Art que nous appelons primitif, et que l'Église a véritablement, mais inconsciemment créé pour son usage, est une forme musicale, qui est à la musique moderne rythmée mesurée, ce que la prose est à la poésie.
C'est de la prose musicale dans la plus large comme dans la plus belle acception du mot.
Elle est dans la musique, ce qu'est la prose poétique de Chateaubriand dans la littérature.
Essentiellement déclamatoire, elle est la seule forme musicale qui pouvait convenir au nouveau culte, la seule qui devait naître nécessairement, à cause du texte-prose intangible à traduire.
Primitivement le texte prose est déclamé largement ; plutôt parlé que chanté, la musique le souligne, puis l'orne, l'encadre, le rend plus saisissable dans son sens « au-delà » ; enfin, à force de progresser, l'art musical brise le moule du syllabisme pour se développer plus librement, pour être plus lui-même, et aboutir à son émancipation complète dans les «Jubilus» ou vocalises des graduels et Alléluias.
Telle est, sommairement, la marche suivie par la forme musicale « prose » du IIP au VIII/IX^ siècle.
L'Eglise a le droit d'en être fière, sinon comme découverte, puisque son origine est bien modeste, — c'est le syllabisme des psaumes, — du moins, comme forme musicale perfectionnée et portée à son «Summum» d'expression.
Elle a le devoir de la défendre contre des mains profanes, quelles qu'elles soient.
C'est un de ses plus beaux monuments artistiques, en même temps qu'une des plus curieuses manifestations du génie humain, parce que dans sa forme spéciale, il contient en germe tout Tart vocal palestrinien * comme l'art vocal italien des siècles suivants.
Mais cet art n'a rien de commun avec ce chant mesuré à la moderne, restitué d'après une méthode prétendument naturelle et que la notation neumatique contredit à chaque syllabe; de même qu'il s'éloigne très sensiblement du chant Bénédictin, qui, lui, n'a conservé ni le rythme, de par sa théorie que toutes notes sont égales (voy. Dom Mocquereau =^), ni la nuance^ qu'elle supprime graphiquement par principe, et qu'elle altère par sa théorie d'exécution arbitraire (arsis et thésis de chaque groupe*^), ni souvent la note, puisque ses livres sont la réimpression des livres du moyen âge, trop souvent fautifs.
C'est entre les deux systèmes qu'est la vérité, et pour la découvrir, il fallait uniquement étudier les neumes^ trouver la clé de la notation et se contenter de la conclusion qui s'imposait, sans vouloir trouver ce que l'on y cherchait, mais simplement ce qu'il y a réellement.
C'est ce que j'ai fait.
A vous, lecteurs, de juger l'œuvre.
^ Palestrina n'a pas fait autre chose qu'écrire du chant grégorien à plusieurs parties vocales. 2 Conférence du 14 mars 1896. Institut catholique de Paris. ^ Méthode du R. P. Lhoumeau.
* V. Langue mystérieuse ''•i dit Fétis, uobjet d'effroi pour tous ceux qui ont essayé de se livrer à son étude. »