DE LA NOTE SOUS-ENTENDUE DANS LES NEUMES
Sujet épineux s'il en fût, plus insoluble que le rythme vrai objectera-t-on !
La note à chanter existe-t-elle sous-entendue dans les neumes?
Oui ! elle doit s'3^ trouver. Je ne prétends pas que sa découverte soit aisée; il suffît de dire qu'elle est possible, parce qu'il m'est arrivé souvent, d'écrire sous les neumes la mélodie pure.
Elle doit s'y trouver, dis-je; raisonnons la question en compositeur, habitué à travailler journellement la pâte musicale.
Deux raisons militent en faveur de cette obligation:
i"^ Il est inadmissible que plusieurs siècles durant, la notation neumatique ayant été seule en usage, ses praticiens n'aient pas cherché à la rendre intelligible à première vue, ou tout au moins en peu de temps, avec une instruction élémentaire.
Notre notation moderne est de même hiéroglyphique pour qui n'a pas cette instruction élémentaire que nous nommons le «solfège».
2° Elle doit s'y trouver, parce que toute musique humaine obéissant à des lois tonales ou modales définies, et germant inconsciemment dans l'obéissance à ces lois, le début, la fin, les repos successifs se font naturellement sur certains intervalles de la tonalité de l'œuvre.
J'affirme donc que: connaître ces lois tonales et modales, connaître et respecter le sens rythmique des neumes, doit nous amener infailliblement au but cherché, « la note sous-entendue dans les neumes ».
Si, d'autre part, nous gardons toujours présent à la pensée :
1° que les signes neumatiques indiquent une ondulation vocale définie, formée de notes qui ne peuvent être arbitrairement quelconques, mais au contraire, assujetties à certaines règles de successions mélodiques ;
2" que l'emploi du degré conjoint, autant que possible, est constant;
3° qu'en cas de mouvement disjoint, l'intervalle n'excède jamais la quinte (je ne connais qu'un saut de sixte; est-il authentique? ?);
4° qu'il y a obligation pour la mélodie de se mouvoir, plus spécialement dans un tétracorde que dans l'autre, selon le mode employé ;
5"^ qu'il y a obligation en quelque sorte, de tourner autour de la dominante du mode adopté; et que, de plus, la nuance indiquée par les signes, guide souvent pour deviner si la mélodie se meut, plutôt audessus qu'au-dessous de la dominante ;
6^ qu'il y a non-emploi d'une formule de conclusion sur la note finale du mode, dans le cours de la pièce ;
7'' qu'il y a inconsciemment emploi plus général des notes modales, finale y médiante, dominante , que des autres degrés de la gamme employée ;
8" que la présence des virga et punctum intercalés entre les groupes, indique déjà par elle-même, des mouvements mélodiques ascendants ou descendants, succédant à la dernière note du groupe qui les précède;
9° enfin qu'il y a certaines formules-types sous-entendant dans chaque mode un dessin mélodique formé de degrés certains, mais qu'il nous faut retrouver d'après les lois modales;
On verra :
1° que les notes constituant la mélodie sont forcément restreintes;
11° qu'il y a des points de repère certains dans chaque mode (je vais les fixer) et que les vides, entre ces points de repère, aisément comblés
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:i,utrefois par la iiiL-moirc de la mclodie, doivent pouvoir être reconstitués logiquement par la science de l'écriture neumatique et des lois tonales antiques. Nous avons, de plus, les notations du moyen âge qui, toutes défectueuses qu'elles soient dans leurs détails, constituent un guide précieux pour l'ensemble des ondulations vocales, mais suspect pour la note primitive réelle.
La connaissance de l'écriture neumatique et des lois modales nous fera en somme corriger les versions fautives de rythme et de notes. Ce sera un grand point d'acquis, quand bien même nous n'arriverions pas un jour à lire les neumes à livre ouvert. Est-ce utile ? Évidemment non, puisque c'est une transcription en notation moderne qu'il nous faut, et non la diffusion de la science neumatique.
La traduction complète du manuscrit de vSaint-Gall que j'ai entreprise remplira ce but.
Les principaux points de repère du chant neumé sont les suivants, dont l'explication nous entraînerait trop loin;
1° Virga et punctum isolés sous-entendent en principe les notes de la triade modale, souvent la sous-dominante et le second degré, presque jamais la sus-dominante.
2° Le quilisma (ry. 4^) sous-entend généralement la note demi-ton diatonique inférieure de la note qui la suit. La connaissance du mode, indique si c'est mi-fa, la-sil?, sih-do. Il sous-entend quelquefois, une note à distance de ton, c'est par le sens mélodique et les repos de la voix qu'on le découvre.
3° Les apostrophes répétées et les virgas répétées isolées en groupes simples (tableau P, ry. 5° et 8°), ou préposées à des signes groupes (tous tableaux, ry. 7'' et 8°), indiquent très généralement la dominante du mode de l'œuvre.
4° Le pressus (tableau VIP, ry. 10^) final d'un membre de phrase ou d'une phrase est notre terminaison féminine moderne faisant repos momentané ou définitif sur une des notes de la triade modale, selon la place qu'il occupe dans la pièce.
5° Enfin le groupe Trigon *, Torculus spécial ayant un but souvent chromatique. (Sa définition complète tient trente pages du manuscrit de
1 Tableau VI de la planche des neumes. '
notre ouvrage complet; nous devons nous borner à le signaler simplement ici.)
Il faut savoir se borner, en effet, et peut-être aurait-il été nécessaire d'abréger encore cet aperçu trop succinct. Tel qu'il est cependant, aucun point n'est resté dans l'ombre. Les grandes lignes de l'Art antique conservé dans les manuscrits sont fixées. On trouvera la définition rig^oureuse de chacun de ses éléments dans l'ouvrage annoncé plusieurs fois dans le cours de cette étude et dont le titre :
« LE RYTHME DU CHANT GRÉGORIEN, D'APRÈS LA NOTATION NEUMATIQUE •' dit assez par lui-même, ce qu'il contient techniquement.