I. B. U. V., tome I, f. i38 r
'2. B. N. M., Cancionero de los Nocturnos, I, it\l\. Rcdoiulillus [de Tàrrcga] « las mulas de lus médicos.
384 l'art dramatique a valexcia.
\ ers lest, les boutiques des libraires et des imprimeurs annonçaient le voisinage de l'Université. L'art du livre, dans la cité oii la presse à imprimer avait fonctionné pour la première fois en Espagne, avait atteint à une importance et à une habileté merveilleuses. Il n'y avait pas, en 1600, moins de neuf imprimeries dans l'enceinte de la ville. Deux d'entre elles appartenaient à cette originale famille des Mey, famille flamande qui s'installa à A alencia vers i535 et qui a donné à la cilé adoptive, pendant près d'un siècle, non seulement d'admirables impressions, mais encore des écrivains capables d'écrire des livres avec, autant de goût que leurs proches de les imprimer. Us sont trois à porter ce nom de Mey dans la galerie des (( Ecrivains du Royaume de Valencia » qu'a formée l'érudit Ximeno : il y a d abord Felipe Mey, humaniste st professeur (-{- i6i3), puis Sébastian Mey, l'auteur de l'amusant et spirituel Fabulario de cuentos antlgtios y nuevos, et enfin Aurelio Mey, collecteur et commentateur des comedias valenciennes. Noble race en vérité, et qui établissait avec éclat à \alencia cette tradition, vaillamment soutenue au dix-neuvième siècle par les Ferrer de Orga et les Domenech, que le maître-imprimeur ne doit rien ignorer de la composition du livre, même pas le travail solitaire du cabinet.
Imprimeurs et libraires étaient sous la surveillance de l'Inquisition ; à des dates variables, sur un mot d'ordre venu de Madrid, le Saint-Olïice valencien procédait à une inspection qui n'était pas bien sévère, puisqu'elle ne donnait jamais lieu à des sanctions*. Il semble même que les juges valenciens aient mis quelque complaisance à se laisser berner. En i5C4, la Diana enamorada de Gaspar Gil Polo fut publiée à l'imprimerie qui gardait encore le nom de Juan Mey, quoique celui-ci fût mort depuis i555. Or, elle portait un permis d imprimer signé de Fr. Carranza au nom du Saint-Office; mais ce permis était un faux. Pedro de Huete, qui avait épousé la veuve de
I. A. H. N., inq. de Va. Libro octavo de Cartas del Conso, f. 78, 87, loi, 2(jo, 433, etc., etc...
Juan Mey, en iôôq, et qui depuis lors dirigeait limprimerie, avoua cyniquement qu'en se mariant il avait trouvé bien établie dans la maison Ibabitude de publier les livres sous le couvert de Fr. Carranza ou de quelque autre inquisiteur; il avait cru bon de continuer celte tradition, quoiqu il n'eût pas en mains d'autres pièces authentiques que des permis déjà périmés et s'appliquant à des livres différents. Le plus joli de l'aventure, c'est que l'Inquisition valencienne. quoique l'abus durât depuis longtemps, ne s était aperçue de rien : 1 alarme lui fut dormée de Madrid et le coupable s'en tira avec une semonce*.
La jeunesse universitaire montrait plus de turbulence. La noblesse ne semble pas avoir beaucoup fréquenté les salles de cours : elle se contentait d'une instruction rudimentaire, et un avo, ou gouverneur, enseignait à domicile au jeune noble les arts propres à son rang. De l'importance que le gouverneur avait dans la famille, on peut juger par le soin avec lequel on le choisissait, par les qualités qu'on exigeait de lui : Juan Francisco de Guevara, natif de la ville de Lope et résidant à A illanueva de Ariscol, obtint, le 17 janvier i6o3, l'approbation des Inquisiteurs valenciens pour un livre qu'il avait composé : « Avis et avertissements sur la diligence qu'un gentilhomme doit mettre dans l'éducation de ses fils et le choix d'un gouverneur et maître"- » ; il y traçait des règles de conduite jDOur les parents
1. A. H. N,, Inq. de Va. Lettre datée de Valencia 20 août i5G5 : « Otra carta de vs. ss. recibiaios y dentro della vna oja de vn principio de vn libro llaniado diana con vna licencia a tergo por fray carranza en nombre del s'o officio. Lo que en esto ay es que en este si» officie no se a dado tal licencia ni aqui habiamos visto el libro conio vs. ss. veran por los dichos y deposiciones del dicho carrança y del impresor que oriuinalniente enbianios a vs. ss. Ni tanipoco se a dado para vnas dntemas xpianas que se an impreso en esta ciudad. Ni aqui se nos a dado razon de tal cosa sino que dizen los dos quel vno ténia licencia del inquisidor y inquisidores pasados, y el impresor dize que quando se caso con esta muc;er con quien vbo la prinsa, lo allô en esta costumbre de imprimir por la licencia de fray carranza o de olro de los qualificadores y ansi a presentado las licencias originales del dicho carranza. Haseles mandado a los vnos y a los otros que sin expresa licencia de los inquisidores no se atrebenaponerel nombre de S'o officio en ninguna cosa que ayan de imprimir... »
2. A. H. N., Inq. de Va. Cartas del Consejo, libro 60, document original inséré entre le f. 2O7 et le f. 268 : a Yo el Doclor pcdro Juan Assensio... lie
d'une part, pour le gouverneur d'autre part, et il y tenait compte aussi bien des dons naturels que de la noblesse béréditaire du jeune élève. La masse des étudiants menait une vie moins compliquée. Tarrega a conté l'histoire de l'un d'eux* : « Juan Galapagar de Olmedo, après avoir appris de son curé le c/'cc/o selon le rite mozarabe, arriva d'aventure à A alencia sans crainte comme sans bagage. Sa situation ne tarda pas à s'améliorer : il s'installa dans un logis où privilège lui fut concédé de ne s occuper pas du maître de maison et d escorter la maîtresse. )) Entre temps, il étudia le syllogisme et la médecine; puis, plus riche d'expérience que de science, a avec la réputation de docteur, il retourna dans son pays sur un fringant coursier ». Quelques franches repues se mêlaient pour les étudiants aux aventures sentimentales; les boutiques de beignets leur servaient de rendez-vous; une branche de lauiier
suspendue au-dessus de la porte les signalait à leur attention, a probablement, assure un contemporain, parce que le laurier exerçait sur les estomacs d'étudiants une vertu attrac-
visto y atleutate leydo este libro cuio titulo es : Aaisos y adverfimientos de In diligencid que na senor deiie vsnr en criar sas hiios, y la que ha de hacer en hnscarles ayo y mro laies que sepan criarselos bien con las partes 1/ cdlidades que ;i sus personas conuienen, ansi en el seruicio de dios, traio q conversation como en el gouiei'no de sus personas, casa y rnsallns con olros aduerlimientos del modo y eslilo que ha de tener el Ayo y mro y algunos olros para el Ayo, de la diliyencia y modo que ha de obseraar en criar los hiios de dichos seriores, serjun sus par/es y calidades. Compuesto por juan Francisco de gueuara, nalural de la villa de lopey vezino de viilanueva de Ariscal. »
I, B. N. M. Cane. XocL, t. 1, f. iGr) v.-iyor. Redondillas de Miedo a la vida del esludiante :
« Juan Galapagar de Olmedo,
despues que aprendiù del cura
a lo moçarabe el credo,
a Valencia por ventura
Uegô siu ropa y sin miedo.
Luego sus daiïos mejora
vna casa donde mora
con licencia y con fauor
de dexar solo al senor
y acompafïar la senora », etc., etc.
LA COAIEDIA. 887
tive* )). Ils prenaient là des forces pour organiser des manifestations et combiner de joyeuses farces : le 1 1 décembre iBgS, les autorités durent intervenir pour venger les archers des jurais qui avaient été mis à mal, et comme le recteur était absent, les jurats chargèrent, le 2 janvier i5g6, un prévôt de le suppléer"^.
Empeclia-t-on cette bouillante jeunesse de fréquenter les maisons de jeu? Celles-ci pullulaient à Valencia. En vain Manuel Ledesma écrivit un « discours contre le jeu^ », où il prouve que par ce vice maudit nous n'enfreignons pas seulelement un ou deux des commandements de Dieu, mais tous les dix à la fois : la démonstration fut inefficace. Dans tous les mondes, à tous les âges, on jouait aux cartes avec fureur. Les (( dames », ou marelle, avaient aussi leurs partisans, mais c'était un jeu compliqué, et les auteurs en dissertaient doctement^. Le bruit courut un moment que certains fanfarons d'impiété, et notamment les Morisques, se servaient de cartes où les figures représentées étaient autant d'outrages à la religion chrétienne. Lope de Vega, dans sa comedia El exemplo de casadas y priieha de la paciencia'' , ne nous révèle-t-il pas que l'histoire de Grisélidis était représentée sur les jeux de cartes en France et en Castille? et dès le quinzième siècle, Fernando de la Torre ne nous parle-t-il pas d'enluminures analogues? Puisque la liberté des dessinateurs s'exerçait en tout sens, il fallait au moins les surveiller. L'Inquisition, à qui de Madrid on avait signalé la chose, fit une enquête et ne trouva rien. On continua après cette alerte à jouer en paix à la primera, qui se jouait à trois ou quatre; à la polla, où la moindre maladresse du partenaire suffisait à vous faiie perdre; aux cienlos, dont
1. B. N. M., Cane. Nocf., II, f. 207. Discurso de Industriel (Mtro. Greoorio Ferrer) alabando el laiirel : « Enliendo y sospecho deue de tener cl laurel virtud atractiva de estômagos de estudiantes, »