‹ L'art dramatique à ValenciaChapitre 158 sur 343 · Il a écrit dans El prado de Valencia · texte numérisé non relu

Il a écrit dans El prado de Valencia

« Quien de mùsica no sfusta No tiene parte en el cielo. »

et dans Et cei-co de Rodas, il a ainsi représenté l'union de deux amants : D. GoNz. — « Templados a un punto estân, y callan con un intento que hasta morir callarân.

DuQUE. — Pues toca el un instrumente, y los dos responderân. »

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mie des Nocturnes le corrompaient par contagion. Il n'y a pas grand mal à ce qu'il ait écrit quelques quatrains « A la louange de la puce ». Mais son (( Eloge de la fève », sa poésie « A un vieillard qui avait des ardeurs de jeune homme » sont d'une obscénité décidée. Toutes les calembredaines lui étaient bonnes du moment qu'il les jugeait plaisantes. D'ailleurs, cette poésie de concours et d'Académie à laquelle il s'est appliqué, était exactement à sa mesure. Son unique sauvegarde ce fut de conserver toujours une verve narquoise, allègre, inépuisable, qui désarmait d'une boutade les grognons prêts à se fâcher, qui a réjoui, amusé et finalement charmé tous les contemporains.

Il a donc été à la fois théologien et poète, administrateur et dramaturge. Or, il n'a pas seulement concilié ces contraires, il a encore réussi à n'être ni suspect à ses contemporains, ni inférieur à sa tâche. Il fallait la libre atmosphère de \alencia pour autoriser un cumul aussi déconcertant. 11 fallait aussi que l'intéressé y montrât un tact exempt d'erreurs. Sûr de ses intentions, confiant dans sa dextérité, il a réussi ce tour de force d'admettre parmi ses intimes Carlos Boyl qui était un mauvais drôle*, sans que l'archevêque, le fameux cardinal de Ribera, quoiqu'il se chauffât d'un autre bois, cessât de lui être complaisant. Qui douterait après cela qu'à ses autres talents Târrega n'ait joint celui de réussir les équilibres les plus scabreux?

Mieux que cela : il a eu l'art de lier l'un à l'autre ces aspects contradictoires de sa personnalité. Le chanoine chez lui a aidé à la réputation du poète, et le poète a rehaussé le prestige du chanoine. Presque toutes les occasions que son talent a trouvées de se produire, il les a dues à sa situation de prébende. Si on lui a ménagé une place à la tête de l'Académie des Nocturnes, c'était afin qu'il y représentât l'Eglise, de même que le président D. Bernardo Catalan de Valeriola y représen-

I. « Carolus Boyl, miles » Cbt l'un des témoins qui assistent Târrega dans l'acte notarial déjà cité du ler janvier 1699.

tait la noblesse. Lorsqu'il était appelé à juger des concours littéraires, on le choisissait autant pour l'autorité attachée à sa fonction que pour la sûreté de son goût. Sa collaboration fut recherchée, non pas quoiqu'il fut d'Eglise, mais parce qu'il était d'Eglise. Les vers grivois du Cancionero de los Nocturnos, les saillies et les malices de ses sentences poétiques, il a été provoqué à les écrire pour répondre à la confiance que sa dignité canonique, inspirait à ses contemporains. Plaisant paradoxe, et bien digne de cette folle cité, que d'employer l'onction à accréditer le badinage!

Seules entre toutes ses œuvres, ses comedias ne lui ont été ni demandées ni commandées. Il les a composées par un acte de libre initiative. Leur a-t-il pour cela concédé plus de prix.^* Il est notable que pas une seule d'entre elles n'a été imprimée du vivant de leur auteur. Mettez à part la (( Chronique des fêtes de saint Vincent Ferrier )), où son rôle avait été de compiler autant que de composer : tout le reste de sa production est demeuré à l'état manuscrit. Or, sans aucune contestation possible, ses pièces ont été représentées. L'indifférence qu'il a montrée à leur égard tient sans doute au détachement qu'il professait pour des entreprises futiles. La poésie, spécialement la poésie dramatique, fut pour lui un passe-temps. Il a récréé son esprit en même temps que celui des autres ; il n'a point poursuivi de propos délibéré la gloire littéraire. Chaque fois qu'il a pris la plume, il y a toujours eu en lui de l'amateur. Son application au théâtre, pour n'être point systématique, n'en fut pas moins soutenue. Il est évident que la faveur du public l'a encouragé, et tant est doux à commettre le péché d'habitude que le bon chanoine récidiva sans aucune modération. Au total, il composa une quinzaine de pièces, parmi lesquelles il faut avant tout mettre un peu d'ordre.

Un ecclésiastique en mal de théâtre n'avait, pour choisir un sujet, que l'embarras de l'extrême richesse. L'Ecriture, la vie des saints, les légendes locales lui fournissaient une matière inépuisable et variée. Târrega s'en est probablement aperçu,

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mais il n'en a point profité. De même que Palmyreno dans ses comédies universitaires n'avait point dépeint le monde de l'Université, il va chercher en dehors de sa profession ses intrigues et ses personnages. A peine a-t-il fait une fois exception . La fandaciôii de la Ordeii de Nuestra Seilora de la Merced por el rey D. Jainie est une comedia de sanfos, qui présente pour nous ce grand intérêt d être un douhle d une comedia de Cervantes, El riifiàn dichoso. Qu'il s'agisse de Pedro Armengol chez Tarrega ou de Cristôbal de Lugo chez Cervantes, de part et d'autre un bandit ravage d'abord la région de l'Espagne oiî il s'est fixé, puis, touché de la grâce, il met à se sanctifier et à servir ses semblables la même frénésie qu'il déployait naguère contre eux. Dans le détail, il y a bien des différences entre les deux pièces, dont la principale, parce qu'elle affecte la moralité de l'œuvre, c'est qu'Armengol n'attend pas jusqu'après la mort la récompense de sa conversion, mais qu'il la reçoit dès son vivant par un miracle opportun qui sauve sa vie en danger.

Pedro Armengol était un fils de famille qui avait mal tourné'. Sur les routes de Baicelone, il rançonnait des voyageurs de marque, tels que saint Pierre Nolasque et saint Raymond de Penafort. Mais son père, qui était chef des Almogavars, reçut du roi D. Jaime, après la prise de Sagonte, la mission de purger le pays des malfaiteurs, et il advint que ce fils égaré tomba aux mains de son père. Du coup, ce détrous-

I. Cf. Vida (tel inclito martyr S. Pedro Armengol, del sagrado, y real orden de N. Senora de la Merced... Escrila por el padre maestro fray Joseph de Arroniz, Diffinidor de la Relit;iosissima Provincia de Castilla, de el niismo Orden, y Predicador de su Mag'estad... En Madrid. Por Bernardo de Villa- Diego. Aùo de 1688. 4°» i38 pp., plus 2 p. de tables. (B. N. M. — 2. 71228.) — On notera surtout les chapitres suivants, qui concordent absolument avec la comedia de Tàrrega : « Cap. m. De como passa Armengol a ser bandido, y la causa que le reduxo a este estado. — Cap. iv. De la prision de Armengol, y su emmienda. — Cap. v. De la conversion de Armengol. — Cap. viii. De très Redenciones que hizo Armengol, siendo Redentor principal, y de como se ordenô por obediencia. — Cap. .\i. De la buelta que hizo Fr. Guillermo Florent ino con el rescate, y la milagrosa conservacion de la vida de Armengol, suspenso oclio dias en la horca.

scur de saints devient lui-même un saint. En Afrique, il rachète des captifs, et, comme il est écrit que les réunions de famille se feront pour lui dans des circonstances imprévues, il retrouve parmi les esclaves du roi musulman sa propre sœur Flora que des pirates avaient ravie. La ramènera-t-il en Espagne.^ Hélas! l'argent qu'il s'est engagé à verser n'arrive pas à l'échéance fixée. Il est condamné à mort, il est pendu haut et court. Le scapulaire que porte le patient le sauvera de la corde. La \ierge, les anges viennent à son secours. Dûment rachetés, Flora et lui retournent en Catalogne, ils y arrivent juste à temps pour assister à la procession qui se dirige vers la tombe de l'almogavar Lamberto, et fonder sous la protection du roi D. Jaime l'ordre des Mercenaires.

Miséricorde infinie du Juge Omnipotent, efficacité des j)ra tique? religieuses, ce sont des idées auxquelles le catholicisme dans la péninsule s'est toujours rigoureusement attaché. La pièce de Tarrega est donc très espagnole. Elle est en môme temps très valencienne. La scène se passe au premier acte entre Barcelone et Valencia. Des personnages s'y meuvent, par exemple, saint Raymond de Penafort, qui était considéré comme un des protecteurs de la cité, et qui allait être en 1602 honoré sur les rives du Turia par des fêtes magnifiques. D'autre part, le rachat des captifs, les tractations et les vicissitudes qui accompagnaient chaque opération, offraient un intérêt particulier pour un public qui voyait à bien des reprises débarquer au port du Grao le lamentable convoi des chrétiens arrachés aux bagnes barbaresques. Enfin, dans la pièce entière, et jusque dans son titre, se montrait l'ombre du roi D. Jaime, qui était le héros indigène des Valenciens, le seul héros laïque qu'ils aient unanimement chéri et auquel aujourd'hui encore ils se rattachent avec complaisance. Plus encore que d'intérêt religieux, la pièce était d'intérêt locale

De l'hagiographie à Ihistoire, il n'y a pas d'autre distance

I. Cf. Zurita, Anales de la Coro/ia de Aragon, libro II, chap. lxxi. (Dans

l'édition de 1610, le chapitre est au f. 108) : « En este ano [12 18] tuuo

principio la orJen de N. S. de la Merced. Y affirmau auer dado favor el

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que celle qui sépare le naturel du surnaturel, et on sait de reste avec quelle facilité les hommes la franchissent. La fundaciôji de la Orden de Nuestra Senora de la Merced voisine donc sans disparate dans l'œuvre de Târrega avec des œuvres telles que El cerco de Pavia, El cerco de Rodas, La sangre leal de los montaneses de Navarra, qui toutes trois, à des degrés différents, relèvent de l histoire.

Il était naturel que l'on s'intéi'essât à \ alencia à la captivité du roi de France, François l". Dans son triste chemin vers Madiid, le prisonnier avait traversé la région ; il y avait fait plusieurs haltes, notamment à Bunol : la curiosité et peut-être la compassion s'étaient émues en sa faveur*. La pièce que Târrega lui a consacrée ne représente pas seulement la défaite du monarque, elle le montre, au troisième acte, dans sa prison, en Italie d abord, puis à Madrid. Le titre, El cerco de Pavia y prisiôn del Rey de Frauda, indique exactement Içs deux parties de l'a'uvre. Il n'y a point de comedia sans amour, point de guerre sans complications sentimentales. Târrega n'a pas osé nous montrer un François I" amoureux. Il s'est contenté de prêter de tendres sentiments à l'alférez espagnol Cisneros, qui est dans le camp de l'armée impériale accourue au secours de Pavie, et qui reçoit mission de pénétrer dans la place, porteur de 3. ooo ducats, au travers de larmée assiégeante des Français.

Rey a vna tan santa obra como esta por la deuocion e industria de va notable varon natural de Francia, llamado Pedro de Nolasco, al quai se dio el habito que boy traen los desla ordeo, por IVay Rainon de Penafort, que fue reliçioso

del conuento de los frayles predicadores de Barcelona ». V^oir aussi le

ehap. LXii : De la union y hermandad que hizieron entre si las ciudades tj villas del Reyno para jierseguir y castigar los mulliecJiores. — Garibay, dans son Compendio hisiorial de las Chronicas y universal historia rf" lodos fos reynos d'Espana, Anvers, lâyi (B. N. M. — R. 821-824), raconte la fondation de l'Ordre de la Merci au t. II, livre XII, chap. li. De cette fondation, il fait honneur, s'appuyanl sur le témoignage de Beuter, au roi D. Jaime « Estando en poder d'el Conde [le comte de Montlort], y siendo de edad de solos ocho anos, [el infante Don layme] hizo voto a la Virgen Maria nuestra Senora, de instituyr y fundar una nueua religion de redempcion de captiuos, si Dios le sacaua de aquella prision, aunque no todos los au. ores aragoneses sienien esto. »

I. Sur François 1er à Valencia, cf. El cortesano, de Louis Milan, édit. citée, 1 17.

LV COMEDIA. /jO-y

Or, celle que Cisneros aime, Casandra, se trouve auprès de lui dans le camp, et il tue en la personne d'un neveu du viceroi Lenoy un rival possible. Il fuit le châtiment qu'il a encouru de ce chef, il se réfugie jusque dans le camp français, mais Casandra l'y rejoint sous un déguisement avec les S.ooo ducats. Ils échappent aux Français, pénètrent dans la place, accomplissent la mission confiée à Cisneros, et ils en seront récompensés plus tard par le pardon qu'on accordera à Cisneros et par un mariage en due forme. A coup sûr, l'imagination de Târrega s est ici donnée carrière; les amours de Cisneros et de Casandra, le nom même de Casandra nous mettent en défiance sur la véracité de l'épisode. Regardons-y de plus près cependant. Les historiens* racontent que des paysans portèrent aux assiégés, en les cachant dans la doublure des vêtements, les 3.000 ducats que l'armée de secours leur envoyait. Ainsi, même en inventant, le poète s'est inspiré de la réalité la plus authentique, et, au surplus, il s'est interdit toute autre invention que celle-là. Manœuvres des armées hors des remparts; à l'intérieur des remparts, murmures des assiégés qui s'impatientent, reddition de François I", disputes entre ceux qui revendiquent la gloire de l'avoir pris, signature de la paix entie le roi et 1 empereur, aucun épisode ne manque dans cette chronique mise à la scène. Un détail montrera mieux qu'une dissertation l'exactitude de Târrega : il donne aux deux soldats qui ont reçu l'épée du roi vaincu les noms de Joanes et de Avila. Or, une déclaration signée de François I" luimême en i525 atteste que Joanes de Urbieta se présenta à lui un des premiers au moment décisif. Le siège de Pavie représentait pour les Espagnols, à une distance de plus de cinquante années, un si beau patrimoine de gloire que Târrega lui-même n'osait point en modifier à sa guise les circonstances.

Les mêmes scrupules ne 1 arrêtaient pas sur d'autres sujets. (( Le siège de Rhodes » (^El cerco de Rodas) se rattache aux

I. Cf. Lafueule qui, dans son Historia de Espana, a ci(é en notes et en appendice des documents contemporains de la bataille de Pavie qui concordent avec le récit de Tàrresca.

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luttes que les chevaliers de Saint-Jean ont soutenues au seizième siècle, d'abord pour défendre contre les Turcs leur ancienne résidence de Rhodes, puis pour se maintenir dans leur nouvelle résidence de Malte que Charles-Quint leur avait donnée. A Valencia, oii ils avaient un établissement, on connaissait bien les chevahers de Saint-Jean, on s'intéressait à leur sort et déjà Louis Milan avait fait d'eux les protagonistes dune comédie-ballet. La sympatliie à leur égard était générale dans la péninsule à la fin du seizième siècle. Lope de Vega leur consacra une comedia, El valor de Malla, qui est restée près de trois siècles inédite; il y mettait à la scène la résistance que les chevaliers, sous les ordres de leur grand maître Jean de la ^alette, opposèrent à une armée turque qui perdit environ trente mille hommes et qui dut abandonner la lutte lorsque le vice-roi de Sicile, D. Garcia de Toledo, vint au secours de l'île. Lope s'était inspiré, pour écrire sa pièce, des nombreuses relations liisloriques, manuscrites ou imprimées, immnablement favorables aux chevaliers et qui étaient fort répandues dans le royaume. Deux poètes en mal d éjjopées ne laissèrent point passer une si belle occasion : Hipolito Sans (n"élait-il point ^alencien?) publia, en i582, une Malien et Diego de Santisteban Osoiio renchérit, en 1099, par une Primera y Segunda Parte de las guerras de Malta y toma de Rodas. Târrega savait donc où se documenter. A la librairie de Timoneda, vers Tannée i583, il avait pu acheter, au prix de cinq sous, de deux sous et de trois sous, diverses Crônicas de Rodas qu'il n'est pas facile de reconnaître d'après le signalement succint de linventaire*. La comedia se rapporte non à

I. Cf. Serrano Morales, 55o. L'une de ces Crônicas était sans doute La mai/ lamentable conqiiista y cruenla b dalla de Rhodas : nuena mente sacada delà lengiia latlna en nuestro inilgar Castellano y pues fa por mej'or modo q enel latin estaua : por el bachiller Christoiial de arcos clerigo cnra delà sancta yglesia de Seuil la... [A la Hn :] Acabosse de /rasiinfar a dose dias del mes de Octubre M. D. XXVJ aTws. Y de imprimir a XV dias de Xouiembre del dicho aTio : en casa de Juan varela de Sulamanca rezino delà dicha cibdad de Seuilta. (B. N, M. — R. 8873; exemplaire ayant appartenu à Salvâ). De cet ouvrage, dont l'auteur semble avoir été un certain Jaconio

la prise de Rhodes par les Turcs, mais, au contraire, à l'établissement des chevaliers dans l'île au commencement du quatorzième siècle. L'appareil guerrier tient peu de place dans la pièce et se réduit au\ banalités d'usage : la citadelle de Rhodes, que les Turcs défendent, est assiégée par les chevaliers; l'assaut est donné et (( l'étendard du grand Baptiste », el pendôn del gran Baptista, est arboré à la tour la plus élevée. Les Turcs, qui ont reçu des renforts, reprennent l'offensive, mais non la citadelle. Il n'y a rien d'original dans les alternatives de ce combat. Tout au plus rcmarque-t-on la ruse des chevaliers qui pénètrent dans la citadelle parmi un troupeau et revêtus de peaux de mouton, sous lesquelles on les prend pour des animaux*. Les vicissitudes guerrières servent surtout à Târrega pour rythmer une intrigue sentimentale, et à celle-ci il a donné tous ses soins. Deux frères, Gonzalo et Diego, étant également amoureux d une esclave turque, Lidora, lequel l'emportera dans le cœur ardent de cette Orientale? D'autre

Fontano, deux autres éditions turent puijiiées au seizième siècle, l'une à Valladolid en i549, l'autre à Médina del Cainpo en iByi. Il y a un bel exemplaire de la dernière à la B. N. M (R. 8853, avec un ex-libris : Bihiiol. de /os Caros, V(ileiicia). Cf. Salvà, H, nos 3243-32/|4, et Gallardo, I, n»^ 239-2/(1. Cette Datalla de Rhodas raconte la prise de Rhodes par les Turcs, Soliman en tète, sur les chevaliers de Saint-Jean. Le récit s'inspire des procédés de l'histoire ancienne; il y a des lettres, des discours, des délibérations. La seule ressemblance avec la comedia de Tàrrega se trouve au chapitre xvi du livre II : De In gran (risteza que el Tiirco tenta... La Balaila et Târrega s'accordent pour représenter le Grand Turc comme un neurasthénique. D'ailleurs, le sujet et les époques diffèrent profondément.

I. Les événements dont Tàrreti^a s'est inspiré, et notamment le sul)terfuc;e des assaillants pour s'introduire dans la place, sont racontés dans la Coronica df la i/vsfrissima milicia, ij sagrada religion de san Ivan Bavtista de Jérusalem. Par Fray don Ivan Avgvstin de Funes Cauallero de la dicha Religion en la Castellnnia de Amposta, del Rei/no de Aragon. Ano 1626. En Valencia. Por Miguel Sorolla,junlo a la Universidad (B. N. M. — R. i6i34). Il y a une seconde partie : Çoronira de la ilvtrissima milicia g sagrada religion de San Ivan Bavtista de lerusulem... Segunda parle. Por Fray don Ivan Agvstin de Fvnes, Cauallero de la misma Religion, Comendador de Malien y Recibidor por su Comun Tesoro, en la Caslellania de Amposta. Aho iO:iQ. En Çaragoça : Por Pedro Verges (B. N. M. — R. i6i35). On lira surtout, pour une comparaison avec la comedia de Târrega, au tome I, livre II, i34 sq., le chapitre m : De la presa de Rodas por los Caualleros de S. luan, y del primer cerco que la Religion tuuo en ella.

4/0 LAUT DRAMATIQUE A VALENCIA.

part, le (nand Turc, qui possédait Lidora avant qu'elle n'eût été capturée par les chrétiens, est atrocement mélancolique depuis qu'il a été privé d'elle. Son acharnement contre les chrétiens qui assiègent Rhodes a surtout pour ohjet de la reprendre. Qui donc triomphera en fin de compte du Turc à la passion exaspérée ou des chrétiens jaloux de leur prise .^^ Voilà sous quel angle notre chanoine considère le siège de Rhodes. Ce n'est pas de l'histoire, ce n'est même pas du roman, c'est tout au plus une énigme d'amour.

Il a montré des amhilions plus hautes dans « La loyauté héréditaire des montagnards de Navarre » La sangre leal de los Monlaneses de Navarra. Touchante histoire que celle de ce vieux gentilhomme navarrais Bermudo qui, par un caprice du roi, est hrusquement transporté avec ses deux enfants, Lambra et Fruela, de la solitude où ils vivaient tous trois, à la cour même de D. Garcia. Les faveurs que les personnages royaux leur accordent, vont loin : D. Garcia tombe amoureux de Lambra et l'infante Margarita, sœur du roi Garcia, s'offre à Fruela dans un élan de passion. En vain, les courtisans auxquels ce manège n'a pas échappé, murmurent : Lambra et Fruela ne profitent pas de la bonne fortune qui s'offre. Ces jeunes montagnards se croiraient coupables s'ils laissaient leur pensée s élever jusqu'au trône; leur loyauté, la noblesse chevaleresque de leur cœur les oblige à repousser, quelle que soit leur inclination propre, les amants royaux qui viennent vers eux. Ce sacriflce qu'ils font à l'idéal héréditaire de leur patrie anime la pièce d'un souffle héroïque : conflit entre l'amour et l'honneur, lutte d'autant plus belle que le devoir est moins impératif, soumission à une loi surhumaine acceptée d'autant plus volontiers qu'elle est plus contestable. Le caractère de la race navarraise, docile à son devoir plutôt qu'à ses intérêts, est dépeint dans ce beau raccourci d'histoire. Mais qu'a donc fourni l'histoire* à ce tableau historique?

1. Je n'ai pas su trouver, quoique je l'aie longtemps cherchée, la source de Târrega dans cette comedia. Je n'ai même pas réussi à identifier le roi D. Garcia que Tàrrega a mis en scène. Garcia V (ii34-ii5o) eut de son premier

Habile à dégager du passé le trait caractéristique d une époque ou d'une race, Târrega devait montrer la même perspicacité dans létude du présent. Il a écrit une pièce de mœurs, une comedia de capa y espada. qui est charmante dans ses grâces un peu compliquées et ses incidents un peu laborieux. Surtout elle a ce mérite si rare, presque unique, d être par le sujet profondément valencienne. Elle s'est attachée au coin le plus valencien de la ^ alencia de ce temps, ce fameux prado, ou promenade, qui a donné son nom à la pièce, El prado de Valeneia. L'amour, cela va sans dire, occupe la pièce entière : c était une condition indispensable pour 1 exactitude du tableau. Juan et Laura s'aiment et se boudent. Juan s'imagine que Laura est sensible aux assiduités d'un comte italien, et il met toute son application à se détacher d elle. Margarita, qui aime Juan sans oser le lui avouer, attise les soupçons qu'il éprouve. Cette force qui agit sur Juan pour l'éloigner de Laura, restera-t-elle sans contrepoids."^ Târrega a eu soin d y pourvoir. Un frère de Laura, qui est capitaine, intervient à point pour déclarer que le mariage de Juan et de Laura doit être conclu rondement, militairement. Et que Margarita n y fasse point obstacle î Lui, il se charge d'elle puisqu'il l'aime ! Il n'y a donc rien de 23lus symétrique que la situation des personnages. Au centre, Juan. A sa droite et à sa gauche, ses deux amoureuses, Laura et Margarita, et chacune de celles-ci est flanquée à son tour d un amoureux, le comte pour Laura, le capitaine pour Margarita : c'est un chef-d'œuvre d'équilibre. Au dénouement, l'amour-propre national reçoit cette satisfaction que le comte italien reste seul avec sa honte, Laura se marie avec Juan, et Margarita avec le capitaine. N'était-il point logique que 1 étianger fût maltraité dans une comedia que le patriotisme local domine d un bout à 1 autre ? Tout ici est valencien, passionnément valencien, le cadre d abord qui est tantôt un

mariage avec Margarita, nièce du comte d'AIperche, trois enfants dont le dernier était une fille nommée Margarita, mariée avec le roi de Sicile Guillaume. Ce sont les mêmes noms, Garcia et Margarita, que dans la comedia, mais les rapports de parenté et les circonstances ne concordent pas.

/i'y2 L ART DRAMATIQUE A AALENCIA.

intérieur de gens aisés, tantôt la rive fleurie du Turia, — puis l'atmosphère dans laquelle les personnages se meuvent, traversée sans cesse par un bruit de fête et comme imprégnée d'un parfum d'allégresse, — les recours dramatiques enfin qui sont, soit une aventure nocturne sous le balcon de la belle, soit un défi entre chevaliers à la mode du pays, soit auprès d'Almenara, en vue des ruines de Sagonte, une attaque de la côte par des Barbarcsques d'emprunt, soudoyés pour tenir le rôle de dei ex machina. Il n'est pas un de ces incidents, pas un de ces tableaux qui ne fussent famihers aux Valenciens de ce temps ; et si la pièce dans son ensemble pèche par invraisemblance, la faute en est moins au choix des détails qu'à la façon, quelque peu incohérente, dont ils sont accumulés.

Les autres comedias que Târrega fit représenter offraient à ses compatriotes un intérêt moins immédiat. Elles sont au nombre de cinq : « Amalthée poursuivie » {La perseguida Amaltea), a Le faux mari » [El esposo fingido), « Les destinées échangées et l'heureux tournoi » {Las suertes trocadas y el torneo ventaroso) , « La fidélité de la duchesse » {La daquesa constante), « La bienveillance d'une ennemie » {La enemiga favorable). Elles présentent toutes ce trait commun de n'avoir été inspirées ni par l'histoire, ni par l'observation des mœurs contemporaines, ni par les livres saints. L'une d'elles, La perseguida Amaltea, doit être classée, au moins par la qualité de la plupart de ses protagonistes, parmi les comedias pastorales. Les autres rentreraient plutôt dans la catégorie des comedias qu'on a quelquefois appelées « romantiques » : on entend par là que l'intérêt y réside principalement dans les complications de l'intrigue et qu'au surplus, sans doute pour dissimuler l'invraisemblance de ces imbroglios, l'action se déroule, en général, hors d'Espagne. En fait, Tàrrega a rempli largement les conditions du genre. La daquesa constante et La enemiga favorable, qui sont les plus acceptables parmi ses comedias romantiques, ont pour cadre lltalie. 11 n'y a pas lieu de recommencer ici des analyses qui ont été déjà fai-

tes*. Il suffit d'indiquer que La duquesa constante traite le sujet, souvent repris, de l'épouse qui, en l'absence de son mari, est en proie aux sollicitations d'un amoureux. Castro a imaginé une intrigue analogue dans Donde no esté su diieiio esta, su duelo, mais Târrega a représenté des péripélies plus tragiques. Apprenant le prochain retour de son mari, 1 amoureux, pour éviter que ses sollicitations ne lui soient révélées, décide d'empoisonner celle dont il est épris; le poison est un simple narcotique, et la Duchesse se réveille au dénouement dans les bras de celui à qui elle est restée fidèle. Cet expédient était peut-être tolérable dans une pièce où les invraisemblances abondent, oii Ion voit, par exemple, comme si c'était une précaution usuelle, un mari, avant de partir pour un lointain voyage, laisser sous enveloppe scellée l'ordre d'assassiner sa femme. Dans La enerniga favorable, les mœurs sont moins barbares'^ : elles obéissent strictement au code

1. Piir exemple, La enemiga favorable est long'uement analysée par Schack, III, 2l5.

2. La enemiga favorable a été inspirée à Tàrrega par un conle (|u'il avait pu lire dans les Historias fragi'cas Eremplares, sacadas del Bandello Verones. Cette traduction de Bandello a été faite non sur l'original, mais sur la paraphrase franraise de Bouistau, Tesserant et Belleforest. La première édition parut à Médina en i586, mais je me sers de l'édition de Valladolid, i6o.3. (B. N. M. — R. 468i.) Parmi les quatorze Historias que se conticnen en esta Obra, la Hisloria seœla a retenu l'attention de Târrega. Elle s'intitule : De como vna Diuiuesa de Saboya fue acasada falsamente del adulterio por el Coude de Pancaller, su vassallo. Y como s/'endo condenada a muerle fue librada por el combale de don luan de Mendoça, cauallero espanol. Y como di'spiies de muc/tos sucesxos se vinieron los dos a casar. La principale différence entre le conle el la comedia, c'est (juc dans le conle la Duchesse se marie seulement après avoir subi cette épreuve, tandis que dans ia comedia elle est déjà mariée au moment où elle la subit. Mais de part et d'autre c'est un duel judiciaire qui établit l'innocence de l'accusée. — La traduction espagnole de VHistoria se.rta est précédée d'une curieuse Aduerlencia a los lectores (f. 127. v.) : « Valentino Barruchio, natural de la ciudad de Toledo, en vn gran libro que hizo en Latin, escriuio por buenos lerminos, y con gran curiosidad, la liistoria présente, y he querido hazcr mencion del, por que le he seguido de mejor voluntad que a los aulores Itaiianos, que tambien la escriuieron. No obslanle que (hablando como Espanol) no dexa de parecerme algo dudosa, porque de mueslras de cosa de libros de cauallerias, y el autor délia poco pralico en las cosas de Espana. »

t^~l\ l'art dramatique a valencia.

de la chevalerie. Dans un accès de jalousie justifiée, Irène, mariée au roi de Naples, soufflette la comtesse Laure, et celle-ci, pour se venger, accuse sa rivale d'adultère avec le duc Norandino. Rien jusque-là qui ne soit banal et prévu. Mais elle oblige son amant Bélisaire à soutenir l'accusation par un duel judiciaire, et la pièce tire son originalité de cet épisode qui se développe méthodiquement, non sans quelques extravagances inutiles. Peut-être cette fidélité à une pratique abolie est-elle ce qui a valu à la comedia les suffrages de Cervantes, toujours sensible au prestige de l'esprit chevaleresque, lors même qu'il en écrivait la satire*.

Cinq comedias « romantiques », une comedia de mœurs, trois comedias historiques ou semi-historiques, une comedia de santos : à ce total déjà respectable, il faut encore ajouter, pour être complet, quatre œuvres ou plutôt quatre titres, La gallarda Irène, El principe constante, Santa Margarita, La condesa Constanza, qu'une tradition déjà ancienne- ajoute au bagage de Târrega. D'elles on ne sait rien, même par ouï-dire. D'ailleurs, encore plus que de grossir l'actif de Târrega, il est urgent d'en défalquer quelques apports suspects. En 190A, une comedia de Târrega a eu les honneurs de l'impression, Los nioriscos de Hornachos . Le manuscrit d'oii on l'avait extraite et qui est gardé à Madrid dans la Bibliothèque particulière du Roi indique, aussi bien pour cette comedia que pour les onze autres qu'il contient, le nom de l'auteur, mais cette indication est d'une autre main que le titre et le texte des pièces : de là une présomption d inexactitude. Il suffit de feuilleter la comedia pour changer cette présomption en assurance. Elle s'inspire des luttes entre chrétiens et morisques'^ dont la ville de Hornachos, dans la province de Badajoz. fut le théâtre en 1608. Il est établi maintenant que Târrega mourut en 1G02. Est-il besoin d'insister?

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