‹ L'art dramatique à ValenciaChapitre 192 sur 343 · MoNTESiNos. — ... Y dï, scûor · texte numérisé non relu

MoNTESiNos. — ... Y dï, scûor

que es honra.

Infante. — Bien, por mi vida.

Ghimaltos. — Una opiuioa de valor

por el nombre conocida

pero no por el color.

LA COMETJIA. 62 1

Terrible existence que celle de l'homme bien ne, constamment asservi à ce code de 1 honneur, dont le joug s'impose à lui mais dont les prescriptions restent autant d'énigmes. Une seule faute contre l'honneur, une faute qu'il peut à la rigueui" commettre à son insu, et aussitôt il perd le bénéfice d'une vie noblement remplie, aussitôt il tombe dans la catégorie des infâmes, car l'infamie est le contraire de l'honneur.

Pis encore, de déchéance en déchéance, il ressemblera à cette humanité inférieure qui, par la bassesse de sa naissance, n'a jamais pu connaître les joies de l'initiation. Castro, qui tirait fierté de sa noblesse, s est montré dur au commun des mortels : le peuple, la bourgeoisie n'ont point place dans son théâtre, et lorsqu'il en daigne parler, c'est pour les accabler sous de sommaires exécutions. « Le peuple est un animal à plusieurs têtes, qui se prépare au bien en faisant le mal et qui n'a recours au bien que pour provoquer le maP. » L idée de

Es vna cosa inuisible que de sangre se sustenta, y es tan voraz y terrible que de salada y sedienta siempre aspira a lo imposible.

Nuaca en vn ser pcrmauece, quita lo mismo que da, y tan cie^a a vezes va que no esta donde parece y se aconde donde esta.

Adonde menos se emplea se ve mas, y niuda viene donde ninguno la vea, y casi siempre la tiene el que menos la desea.

Al fin, hijo, es vna sombra imagiuada muy graue, y en el muHdo a quien asombra la cosa que mas se nombra, y la que menos se sabe. »

[El nacimiento de Montesinos, III.) 1 . « Porque el pueblo va animal

De tantas caras es, quien Con el mal anuncia bien Y con el bien llama el mal. »

{[ngratitud por amor, 635-638.)

Ihonneur pouvait-elle se loger dans des âmes aussi incurablement perverties?

Par un contraste curieux, l'honneur, dont la notion ne pénètre pas dans le peuple, s'arrête, à l'autre bout de la hiérarchie, au seuil de la royauté. Le prestige attaché au trône est tel que la rigueur des lois morales se brise devant lui. Logiquement, peut-on concevoir qu'une volonté qui, comme celle du roi, impose aux autres des contraintes', puisse elle-même en subir.-* En fait, la royauté transforme ceux qui en sont investis. Ce ne sont pas seulement nos hommages et notre soumission qui les rendent plus grands, c'est leur être qui se modifie et se développe selon un rythme propre-. Le roi inflige-t-il à l'un de ses sujets le pire déshonneur, qui est de lui prendre sa femme, le mari trompé n'osera pas lever la main sur son souverain; tout au plus formera-t-il le projet, pour venger cet affront, de donner la mort, non pas au roi, mais à celle qu'il soupçonne de comjDlaisance pour lui.

Il y a donc en haut et en bas, une double limite à la tyrannie de l'honneur et. pour parler net. 1 honneur est 1 apanage de la noblesse. Castro, lorsqu'il en promulguait le code, servait les intérêts de sa classe.

Servait-il aussi bien ses intérêts de dramaturge ? L'honneur donne occasion sur le théâtre à des drames pathétiques, et Castro lui doit quelques-unes de ses plus belles inspirations. Mais les pièces qui nous représentent l'humanité telle quelle

1. Dans Alla l'a/i leijes donde quieren reijes, le roi déclare eu parlant de lui :

(I Quaudo se ha visto janias

Que en nada foryada (juede

Vna voluntad que puede

Hazer fuerça â las demas? » I.

2. Dans Alla rit leijes... II. Doîïa Leonor, enlevée par le roi, reste d'abord fidèle à son époux et à son Hls. Mais du moment que le roi lui a donné inano de espo;o, elle ne ressent plus cette tendresse conjugale et niatcrnelle qui la Faisait vibrer tout à l'heure. Elle n'est plus ni mère ni épouse ; il lui sul'tit d"èlre reine :

(1 Heyna soy de Portugal, que la mudança de estado me ha mudado todo ai ser. »

devrait être ne réussissent pas d'ordinaire à nous la montrer en même temps telle qu'elle est. Projet séduisant de réunir, dans une même œuvre, le tableau de nos vices et l'éloge de la vertu. Les romanciers picaresques se sont complus à ce jeu; ajîrès avoir décrit sans réticence les pires friponneries, ils vantent épeidumenl la sagesse et l'honnêteté; à côté du poison, ils nous offrent l'antidote. Cette duplicité dépasse les ressources dont le dramaturge dispose ; force lui est de faire son choix au carrefoui' des deux routes qui conduisent, l'une vers le vice, 1 autre vers la veitu. Castro, sous 1 impulsion de sa générosité naturelle, eût préféré peut-être une humanité de héros à une humanité de vauriens. Mais nous avons déjà noté que les circonstances l'ont conduit le plus souvent à représenter les dégradations ou les tares de notre nature, sans que le spectacle de la vertu fasse nécessairement contrepoids.

Bons ou mauvais, les hommes qu'il nous décrit ne sont point à la mesure commune; ils nous dépassent et nous les sentons créés par l'imagination , plutôt que copiés sur la réalité. Il est incroyable qu'un écrivain, qui avait tant vécu et à travers tant de milieux, nous donne si rarement l'impression de la réalité. Castro n'était pas habile à recueillir autour de lui et à insérer dans ses pièces ces témoignages involontaires qui sont les incidents de chaque joui-, depuis nos petites expériences de la vie privée jusqu'aux crises importantes de la vie publique. 11 se laissait éblouir par « la folle du logis », et ses œuvres suggèrent trop souvent cette opinion que, s'il a eu des yeux, c'était pour ne pas voir.

Prenons garde d'exagérer. Même en ce qui touche la peinture des mœurs, le talent contradictoire de Castro nous réserve des surprises. Il lui est arrivé parfois de délaisser le drame pour ébaucher des comédies de mœurs qui, sous le joli nom de (( comédies de cape et d'épée », se présentent à nous avec la coquette allure et la belle mine d'un gentilhomme. Il lui est arrivé plus souvent de semer de quelques traits véridiques les pièces où l'on s'attendait le moins à en trouver. A vrai dire, il n'y a rien de nouveau à apprendre chez D. Guillén sur le

6a 4 l'art dramatique a vale.ncia.

train habituel de la vie telle que ses contemporains la menaient. - Des enlèvements, des amants acharnés à la satisfaction d'une passion qui n'est qu un instinct, des pères attentifs à défendre leur bien et la pureté de leur fille, des rendez-vous nocturnes, des échelles de corde, des balcons vers lesquels s-élèvent des sérénades, des valets qui guident leur maître dans les mauvais endroits, des soubrettes qui aident les intrigues de leur maîtresse, rien de tout cela n'est particulier à Castro, ni à ^ alencia, et je ne crois pas que l on puisse retenir l'intrigue d une seule de ses comedias comme vraiment caractéristique de l'état social de son temps. Lorsqu'il peint les mœurs contemporaines il le fait svntout par accident, je veux dire qu il n'en a point formé le propos, mais, une occasion s offrant, il la met à profit et se laisse aller à quelques confidences. Certaines touches, qu'il a jetées d'une main négligente, méritent pourtant d'être retenues.

Les sujets auxquels Castro portait un intérêt particulier ne sont pas nombreux. Au premier rang de ses curiosités il a toujours mis le théâtre et celte existence facile qui se déroule à l'abri des coulisses. Une de ses comedias, Enganarse enganando, dont le sujet ne présente pourtant aucun rapport avec l'art scénique, ne contient pas moiys de trois passages entièrement consacrés aux acteurs et aux actrices. A deux personnages, Fadrique et Gonzalo, qui arrivent de :\Iadrid, on demande des nouvelles de la capitale, et dans leur réponse ils: parlent principalement des nouveautés théâtrales : la préfé-j rence qu'ils leur accordent ne laisse pas d'être significative ^ A l'acte II de la même pièce une musicienne, Rernarda, se vante d'avoir joué, à Grenade, La justicia en la piedad, quij est précisément une œuvre de Castro, aussi bien qu'Amarilis' l'aurait pu faire, et, pour satisfaire la curiosité de la Princesse de Béarn, Gonzalo se lance dans un éloge dithyrambi-j que de cette Amarilis qui a fait tourner tant de têtes en Espa-| gne au début du dix-septième siècle. Actrice admirable, qui;

I. C'est le passage, cité supra, où Lope de Vega est mis en cause.

LA COMKDIA. (JaT)

jouait avec un naturel égal les grandes dames et les amoureuses, et qui faisait valoir dans les ballets le prestige d'une beauté irrésistible*. Ce tribut payé à l'une des reines du théâtre ne suflîsail pas à Castro : il est revenu, au tioisième acte de la même pièce, sur les mœurs propres aux actrices, et c'est principalement pour rechercher les causes de la séduction qu'elles exercent sur le sexe fort. Incarnant chaque jour des personnages différents elles plaisent aux hommes parce que, par ces métamorphoses incessantes, il leur semble avec une seule femme en posséder plusieurs'^. Serait-ce le secret d'une expérience personnelle que Castro nous livrerait dans ce passage ?

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