I. « Con todo, con discursos, con ausencias
Le [al anior] ize resistencias ; Pero como contrario, Rebelde, loco, cies^o y temerario, Viéndose resistido, Se esforzô rnâs y nie dexo vencido. »
Iiiffratilad por ainor, \. i5o5-i.o.
GiG l'art dramatique a vale.ncia.
passage d'une situallon donnée à une autre situation. Sans doute, dans les pièces de D. Guillén, le dénouement nous montre les choses à un autre point que l'exposition, mais les obstacles qui ont retardé le changement ne résultent pas de la nature des choses, ils résultent d un caprice de 1 auteui-. Il n'y a pas une évolution régulière, mais une série de révolutions. L impression que nous en gardons est celle d'une œuvre factice et conventionnelle. Nous sentons à chaque moment l'intervention de 1 auteur, et si nous cherchons la raison des événements, nous n en trouvons pas d autre qite son bon [)lalslr.
Presque toutes les pièces de Castro sont bâties sur un même modèle. Au début se présentent, d'une part, deux hommes amoureux d'une même femme ou bien deux femmes amoureuses d'un même homme, et en face de ce groupe surgit d'autre part, selon le cas, un liomme ou une femme. Il y a bien au total deux couples, mais ils sont inégalement répartis. La pièce consistera précisément à modifier cette répartition et à grouper deux pai' deux ceux qui au début étaient groupés trois contre un. Prenez, par exemple, Cuanto se estima el honor. Le Prince, quoique légitimement marié avec la Princesse, est passionnément épris de Gelia, dont Alcjandi'o est, lui aussi, amouieux. L'épouse délaissée reste seule en face du groupe Celia-Alejandro-Prince. Castro, en habile psychologue, va-t-il nous montrer la piincesse re[)renanl à force de séduction l'époux volage, ou Alejandi'o supplantant dans le cœur de Celia l'amoureux dont il est le rival? La pièce se développe selon une conception toute difTérente. Nous y voyons, d'une part, le Prince s'acharnant de mille manières à posséder Celia qui se dérobe; d autie part, la Princesse se désolant d'être abandonnée. Et Aicjandro, allez-vous dire, que devient-il dans cette intrigue."' Il est oublié, omis, dédaigné. Il ne tiendra un rôle qu'au dénouement pour aider l'auteur à en finir. Ceci est très caractéristique de la manière de Castro. Dès le début, il nous, fait connaître un personnage, amoureux transi et anodin, qu'il met ensuite en réserve et qu'il nous laisse libres d'oublier. Puis,
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le momciil vemi, il exhume ce protagoniste solitaire, ce personnage de secours; il lui jette dans les bras une amoureuse dont il ne sait que faire, et ainsi se termine la pièce. Dans le présent, le Prince revient à la Princesse, Alejandro reçoit Cclia en partage. L'équilibre est établi, nos acteurs sont groupés deux par deux. On voit bien les commodités de ce système, mais on voit aussi que, entendu de la sorte, il était exclusif de toute élude psychologique. Ce transfuge, qui passe du groupe .1 au groupe B, met la balance en équilibre et provoque le dénouement. Il faudrait que le passage de 1 un à l'autre groupe fût lentement consommé par une séiie de piogrès dont chacun serait préparé et expliqué. Au contraire, il se fait précipitamment, par une sorte de déclanchement automatique, pour cette seule raison que la mesure est comble et que la pièce a trop duré. Le transfuge n'obéit pas à un appel de sa conscience, mais à un coup de la grâce.
Tel est chez Castro le mécanisme d'une pièce, et jamais le terme de mécanisme, avec tout ce qu'il comporte d'artificiel, n'a trouvé une application plus exacte. Sans doute, pour couvrir d'un prétexte ces brusques métamorphoses, Castro a fait preuve d une extraordinaire richesse d'invention. Au moment où, à force d'enchevêtrer les fils de l'intrigue, il semble sur le point de rester pieds et poings liés à la merci d'événements dont il n'est plus le maître, brusquement, par quelque trouvaille singulière et belle, il rétablit la partie compromise. Son imagination a des ressources inépuisables. Elle se plie pourtant avec une souplesse relative aux nécessités de l'art dramatique. Chez lui, par une rencontre rare, l'instinct théâtral n'a presque jamais entravé la faculté de créer, et celle-ci, par un juste retour, s'est soumise aux exigences de l'instinct. Dans El conde de Irlos, lorsqu'il a voulu traduire les inquiétudes du Comte sui- la fidélité de Mardra, il n'a point prêté à son héros un long monologue où les angoisses de son cœur auraient alterné avec l'expression de sa confiance; il a trouvé, en véritable homme de théâtre, le moyen de rendre sensibles ces sentiments abstraits. Au fond d'un bois, il nous montre le Comte, éperdu et hagard,
poursuivant le fantôme de celle qu'il aime; peu à peu, la vision se précise, et sur le haut du théâtre Marfira apparaît aux mains de Celinos, qui la tient par les cheveux et la menace d'une épée. Ces omhres fugitives s'animent, elles parlent, et Marfira, à la face de son persécuteur, implore la protection du Comte à qui elle a donné son cœur. Sans doute, cette apparition accroît le pathétique de l'œuvre. Mais si elle émeut les spectateurs, elle ne les instruit guère. Nous ne connaissons pas mieux les personnages après qu'avant la vision, et en définitive, pour avoir trop imaginé, Castro ne s'est pas assez expliqué.
Les personnages sont emportés par des passions irrésistihles. Mais au dedans d'eux-mêmes, il n'y a point de force qui fasse équilihre à cette passion. La lutte entre la fatahté et la volonté n'apparaît point, parce qu'à vrai dire il n'y a point de volonté; il y a seulement une force incohérente et hrutalc dont nous apercevons les effets, mais dont nous ne saisissons pas les causes. Les héros que Castro nous montre se déclarent sans rendie raison de leur cas. Là oij il faudrait évoluer, ils ne savent que se démener sui" place. En vain, les péripéties se multiplient, en vain l'intrigue crépite à coups redouhlés : l'âme même des personnages reste immobile et figée. Les cœurs n'entrent pas en contact, ni les sentiments en mouvement. En vain, les tirades s'entrechoquent, en vain les couplets s'équilibrent; un vers suffît à la transformation d'une àme. L'art dramatique est resté à fleur de peau.
Si précipités que soient les coups de théâtre, si haletante que soit l'action, il faudia pourtant quelques arrêts dans la folle allure de ces pièces. Ces répits que l'auteur nous consent et qu'il s'accorde à lui-même, à quoi les emploiera-t-il? et puisque enfin à ces trop rares moments il est libre de nous ouvrir le fond de sa pensée, quelle sorte de préoccupation nous montrera-t-il ;* L'étude des mœurs semble bien avoir sollicité de préférence sa curiosité, non pas seulement l'étude des mœurs telles qu'elles sont, mais létude des mœurs telles qu'elles doivent être. Il passe de la théorie à la pratique; il
observe et il dogmatise ; il énumère les règles et les habitudes selon lesquelles Ihumanité a organisé sa vie.
Les règles se lésument toutes dans une seule, le culte de riionneur, et il ne trouve ni de plus noble ni de plus constant idéal à proposer aux hommes. A vrai dire, cet idéal ne lui est point particulier; il l'a partagé avec la plupart des dramaturges contemporains, mais peut-être en a-t-il été le serviteur le plus (Vivent, le défenseur le plus convaincu. On a contesté quelquefois la sincérité de Calderon lorsqu'il décrit, dans El médico de su honra ou dans El pi/ilor de su deshonra, les cruautés sans nom auxquelles le soin de leur honneur poussait des personnages chevaleresques; il n'est pas possible, a-t-on soutenu, qu'au fond de lui-même Calderon n'ait pas réprouvé ces aberrations maladives. La sincérité de Castro n'a jamais pu être soupçonnée. Pourtant, il a étendu la tyrannie de l'honneur au domaine entier de l'humanité, et il n'est point, d'après lui, de cas, si exceptionnel soit-il, qui puisse se soustraire à cet esclavage. Il n'en faut pas conclure que ses pièces tournent à la prédication ; elles peuvent être, pour qui sait les lire, une école de grandeur d'ame, mais elles ne sentent ni le sermon, ni le liailé didactique. Castro demande des inspirations à l'honneur plutôt qu'il ne l'analyse ou l'étudié. L'honneur, c'est pour lui une sorte de divinité; c'est une foi qui nous a été révélée; c est uu mystère auquel il faut cioire, même si on ne le comprend pas très bien.
Chez Castro, le mot d honneur n'a pas encore le sens très précis qu'il devait prendre un peu plus tard. Pour Calderon, l honneur se restreint à être le culte de la fidélité conjugale. Une femme volage déshonorc-t-elle le mari c[u elle trompe ? celui-ci se montrera, pour prévenir le déshonneur, d'une jalousie féroce, de même qu'il se vengera, en cas de malheur, avec des rairmements de cruauté. Castro reconnaît que la femme est linsliiimenl habituel des pires disgrâces, et c'est à son gré une dure nécessité de confier notre réputation à une pareille pécheresse : « L'homme remet à la femme le soin de son honneur, alors qu'elle peut, en dehors de lui, le compromettre et
le ruiner*. » Mais cette indication une fois donnée, Castro énumère d autres cas où notre honneur se trouve en péril pour des raisons différentes. Un manant, s'il nous inflige un démenti ou un soufflet, nous met en aussi vilaine posture qu'une femme par ses infidélités. Quiconque s'oppose par un geste ou une parole au succès de nos intentions, au triomphe de nos désirs et de nos fantaisies, devient non seulement un trouble-fèle mais un ennemi de notre honneur. Le sang seul lavera l'injure que nous avons reçue de lui.
Il serait vain d étudier de plus piès un sentiment qui. par sa généralité, se dérobe à une étude précise. Castro a essayé un jour de définir l'honneur, et le plus clair de sa définition, c'est que, par son essence délicate, l'honneur échappe à la grossièreté de nos sens; par ses complications, il connaît à chaque instant des raffinements nouveaux, et, par ses caprices, il se soustrait habituellement à notre poursuite. Ecoutons le comte Grimaltos initier son fils Monlesinos au culte de cet insaisissable Moloch :
MoNTESiNos. — Diles-moi, .seigneur, qu'est-ce que l'Iionncur?
Infant. — Bien, par ma vie!
GiUMALTos. — Vn idéal de grande valeur, dont tous connais.sent le nom, dont personne n'a vu la couleur. C'est une chose invisible, qui se nourrit de sang, si vorace et si terrible que, dans son ardeur toujours altérée, elfe aspire à l'impossible. Jamais elle n'est identique à ellemême; elle enlève et elle donne; et parfois elle se dissimule si bien quelle n'est point où elle paraît être et qu'elle se cache là oii elle est. Là où elle est le moins, on la voit davantage; elle vient, silencieuse, où personne ne peut la voir, et celui-là la possède infailliblement qui la désiie le moins. Enfin, mou fils, c'est une oml)re, fille de l'imagination, et pleine d'autorité; dans ce monde qui la révère, c'est la chose que l'on nomme le plus et celle que l'on connaît le moins''.
1. « ... Y es que el hombre | a la inuçer encomiende | su honor, y que elia' sin el I piieda cnturbialle, y perdelle. » {Enr/anc.rsc enganando, I.)