Ibid., 78, n
LES ORIGÎNËS. 33
mais il ne s'agit pas dune disparition totale ; elle s était fondue avec le Massacre des Innocents, dont elle était le complément naturel et comme l'antithèse.
Un document inédit' de 1087 nous prouve que, dans la seconde moitié du seizième siècle, le « Mystère du roi Hérode » représenté avec une splendeur qu'il devait perdre au dix-septième siècle, réunissait, dans un riche cortège de figurants et de musiciens, aussi hien le monarque rehelle que les rois dociles à l'étoile divine. Avant d être une trilogie, comme dans la forme bâtarde que nous avons conservée, le « Mystère du roi Hérode » fut, pendant un demi-siècle au moins, une œuvre en deux parties.
De ces variations que nos mystères ont subies, il ne faut pas conclure qu'ils sont l'œuvre d'une collectivité anonyme, que, comme on l'a prétendu jadis des poèmes homériques, leur texte résulte de la collaboration imprévue de jjlusieurs auteurs. Le fait qu'ils ont commencé peut-être par des pantomimes accompagnées de cantiques, et que, une fois élevés à la forme de poèmes dramatiques, ils ont continué encore à se transformer, n'empêche pas qu'à un certain moment de leur histoire un auteur parfaitement conscient de son talent et de ses intentions ne soit intervenu pour leur donner la forme qu ils ont gardée tant bien que mal à travers leurs mille vicissitudes. Cette intervention d'un écrivain de métier qui, au moment
I. 1^0 misteri del Rey erodes ab los très reys de orient, en lo quai se han de
donar sexanta y sis porcions a les persones seguents :
Lo rey erodes i Armais del rey quatre iv
La Reyna i Jueus del rey dos 11
Les très reys m Misatjers dos 11
La dolsayna i Porters de la porta dos 11
Lo labal[et] i Alguazir i
Standart i Dida del rey i
Sis dides vi Faldera de la reyna i
Très gamels m Jueus de la reyna dos ir
Très cauals m Fatjes de rey très m
Six cauallers del rey erodes vi Patjes del rey baltasar très m
Abram lo vell i Patjes del rey melchior très m
Abramet i Patjes del rey gaspar très i
J'omets quelques personnages secondaires (alabariiers, etc.).
3/i l'art nR\>tATlQUË A VALKNClA.
décisif, a transformé en pièces véritables ce qui n'était jusque-là que la grossière mise en œuvre des textes saints, reste encore sensible aussi bien dans « Saint Christophe » que dans chacune des diverses parties du « Roi Ilérodc » : elle se révèle avec évidence dans (( Adam et Eve ». Rien ici qui fasse longueur ou hors-dœuvre : les trois premiers chapitres de la Genèse prennent la forme dramatique avec une sûreté et une aisance qui manifestent un auteur rompu à toutes les habiletés professionnelles. La versification elle-même s'adapte aux situations avec une souplesse parfaite, prêtant à la parole de Dieu la majesté du texte sacré, réservant au dialogue d'Adam, d'Eve et du Serpent un mélange plus léger de vers de douze, de huit et de quatre syllabes.
Serait-ce donc que le « Mystère d'Adam et Eve », échappant aux adaptateurs, nous est parvenu, seul entre tous, tel qu'il était sorti des mains de son auteur .'^ A regarder de près, on y découvre aussi des variations. En i4o4, Adam et Eve étaient représentés dans la procession par des statues' et en 1/407 par des personnes vivantes^^ ; ils prirent place bientôt sur Ventrames du Paradis Terrestre, qui fut sans doute construit dès le premier quart du quinzième siècle puisqu'en i43i il est déjà question de le remettre à neuf"*, et qui ne cessa pas de paraître dans les différents cortèges de la Fête-Dieu au au cours du quinzième siècle; mais aucun indice ne permet de supposer qu'il y ait eu, en ce temps-là, d'autres protagonistes qu'Adam et Eve; si donc il y avait représentation, ce ne pouvait être qu'un spectacle embryonnaire et puéril. Au commencement du seizième siècle, selon toute vraisemblance, s'exerça 1 initiative d'un poète, laïque ou clerc, nous ne savons, qui donna à la représentation une forme sensiblement égale à celle du mystère conservé; en effet, dès 1017 la liste des acteurs qui prirent part au spectacle donné sur la roca du Paradis Terrestre, correspond piesque exactement aux person-