‹ L'art dramatique à ValenciaChapitre 22 sur 343 · Ibid., 29, n · texte numérisé non relu

Ibid., 29, n

nages qui entrent en jeu dans notre Mystère*. Cette coïncidence nous permet d'affirmer que le théâtre religieux possédait à \alencia dès l'auroïc du seizième siècle une œuvre harmonieuse et belle, pleine dart et de délicatesse, capable de soutenir la comparaison avec n'importe quelle pièce du théâtre castillan à la même date. Eh bien! ces mérites exceptionnels ne sauvèrent pas (( Adam et Eve » des retouches et adaptations dont les mystères valenciens étaient sans cesse 1 objet. En 1087^, on en corsait la repiésentation par la présence d'une figuration qui était, à vrai dire, plus encombrante que loquace, et qui visait surtout à adjoindre aux personnages de premier plan un cortège de satellites et comme un état-major, analogue à ces solides gaillards armés de fouets qui, dans les pastorales encoi'e représentées au pays basque, forment au diable une escorte traditionnelle et symbolique : ainsi Dieu le Père fut flanqué de quatre anges, tandis qu'Adam et Eve n'avaient droit chacun qu'à un auxiliaire, mais tout cet accompagnement ou se taisait ou ne prenait part qu'aux chœurs. Un personnage, pourtant, faisait exception : « l'ange à la houe », inconnu en lÔi-, nommé parmi les interprètes de 1087, cité encore parmi les interlocuteurs du Mystère sous sa forme actuelle, sans que d ailleurs aucune tirade, aucun rôle lui soit attribué ; il suffît pourtant que dans le manuscrit (d'oii les figurants sont exclus), on l ait mis parmi les personnages pour que nous soyons assurés qu'à un certain moment il a collaboré efficacement à la représentation, et c'est une preuve décisive que (( Adam et Eve )), malgré sa perfection relative, a subi le sort commun des mystères valenciens.

1. Les personnages du .Mystère sont Dieu, l'Ano-e Chérubin, Adam, Eve, le Serpent, la Mort. La liste des acteurs de i5i7 ((?.arboneres, 36, n.) comprend Dieu, Adam, ii,ve, l'Ange Chérubin, la Mort. Manquerait donc le Serpent, mais il a pu tout de même prendre part à la repi-ésentation sans être cité dans notre document, où l'on ne cite (pie les acteurs payés.

2. La roca de Adam y Eva en la quai roca se han de donar quatorze porcious als personajes seguenls : al Deu parc, i. — als quatre angels del Deu pare, un. — Adam, i. — Eva, i. — la serp, i. — la mort, i. — P^tje del llego, i. — al que porta les manteles, i. — ajudant de Adam, i. — ajudant de Eva, i. — lo angel querubi ab son ajudant, i.

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Au total, c'est dans la première partie du seizième siècle, plus près de i5oo que de i55o, que nos trois mystères se sont constitués, sous une forme nou pas défiuitive, mais vraiment théâtrale et artistique, étant bien entendu que pour « Le roi Hérode » cette affirmation s'entend de ses épisodes considérés à part, nullement de leur fusion. L'on serait même tenté de préciser davantage et d'attribuer au « Mystère d'Adam' et Eve )) la priorité sur les deux autres, contrairement à tous les historiens de \alencia qui se sont plu à considérer la gaucherie et la sécheresse de « Saint Christophe » comme une preuve d'archaïsme; si du moins les documents, impartialement interrogés, donnent une indication sur le classement chronologique des mystères, elle est en faveur d" « Adam et Eve )). Mais répétons-le encore : aucun deux ne s'est jamais fixé ne varietur : et si un jour ils n'ont plus changé, c'est que leur ruine était proche; l'imprimerie, si active de tout temps à \alencia, ne les a recueillis qu'au milieu du dix-huitième siècle: jusque là elle avait respecté le libre jeu de leur évolution; en leur donnant la rigidité de la lettre imprimée, elle enregistra leur acte de décès. On continua, un siècle encore, à les représenter, mais on les considérait comme des survivances du passé ; ils ne faisaient plus partie de la vie actuelle de Valencia, mais de ses traditions et de son patrimoine héréditaire.

Si pendant deux siècles environ ils ont symbolisé en quelque sorte la foi religieuse de Valencia, — et cela ne suffit-il pas à leur gloire? — • il n'en est pas moins entré dans leur composition des éléments qui ne sont pas purement valenciens. Le (( Mystère de saint Christophe » lui-même, pour rudimentaire qu'il soit, n a pas échappé aux influences étrangères. Certes, les pièces consacrées à saint Christophe ne manquent ni dans le répertoire catalan, puisque deux au moins étaient représentées dans les églises de Majorque*, ni dans le répertoire cas-

I. Cf. les qos 32 et 33 du répertoire de Consuelas catalanes que D. Gabriel Llabrés a publié daos la Reoisla de Archivos, décembre 190 1. L'une de ces Consuelas se confondrait-elle avec la pièce analysée par Milâ(V'^I, 23o), que l'on représentait également à Majorque?

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tillan, puisque, sans parler d'œuvres postérieures, un auto de sanct Christoval^, d'environ cinq cents vers, nous livre une forme encore primitive, mais plus complète que le Mystère valencien, des spectacles en l'honneur du bon géant. Saint Christophe jouissait dans toute l'Espagne d'une popularité qui se manifestait aussi bien par l'invocation de son patronage dans les formules cabalistiques'^ que par des peintures murales de proportions colossales sur les parois des églises. A \alencia, des raisons locales lui conféraient un surcroît de prestige : n'est-ce point dans cette ville que, d'après une tradition d'ailleurs incertaine, ses reliques auraient été transportées, en 828, au moment où on les enleva de Tolède ■^.'* D'autre part, une statuette du saint, qui était miraculeusement apparue, le 9 juin iSgi, dans la synagogue durant une cérémonie du culte mosaïque, passait pour avoir provoqué la conversion de sept mille juifs et la transformation de la synagogue en un monastère voué à saint Christophe. Escolano*. qui enregistre ce prodige, ajoute que l'édifice ainsi transformé et son saint patron sont tenus par ses compatriotes pour les protecteurs de la cité contre la colère de Dieu, « surtout depuis le jour où, sur les conseils de saint ^incent Ferrier, les jurais, en vue de se protéger contre une épidémie, firent placer à de nombreux carrefours et coins de rue une statue du saint, portant l'enfant Jésus, avec des dimensions gigantesques ». De toutes ces particularités, si propres à être mises à la scène, aucune' n'a inspiré, ni de près ni de loin, le Mystère valencien. Les auteurs, sans souci de l'actualité ou du régionalisme, ont emprunté purement et simplement à la « Légende dorée » les trois personnages du saint, de l'ermite et de l'enfant Jésus; ils les ont fait dialoguer conformément au récit de la a Légende », ne s'efforçant point à en animer la sécheresse, amputant même

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