Hosp. Livres de trésorerie, aux dates indiquées
n'avaient aucun désir de lui consentir un arrangement. Les administrateurs renoncèrent donc à tout ce qui aurait pu ressembler à une mise en régie de leur privilège. Ils n'hésitèrent pas à se transformer en impresarii, et pour parer au plus pressé, ils s'entendirent avec la Confrérie de Saint-Narcisse, qui leur céda la salle habituelle de ses réunions. On procéda d'urgence aux aménagements indispensables, on dressa quelques bancs', et dès le mois de novembre 1682, des représentations purent avoir lieu, pour lesquelles le caissier de l'Hôpital ouvre dans son grand livre un chapitre spécial de receltes.
Cette installation de fortune ne pouvait durer. Au moment même où il y recourait, l'Hôpital en préparait une autre, plus spécialement adaptée à ses fins. Il acheta à cet effet au notaire Francisco-Jerônimo Victor et à son épouse Sebastiana-Paula Fustcr, une maison à cinq portes^, qui était située au Vall-Cubert, à deux pas de l'Université, sur la petite place jadis appelée de la Olivera et aujourd'hui « des Comédies ». L'achat fut conclu au prix de 55o livres valenciennes, qui équivalent environ à 2,070 piécettes en monnaie d'aujourd'hui. Dès le début de i583, les travaux commencèrent pour établir à la place de cette maison, et en profitant autant que possible des constructions déjà existantes, une salle de spectacle avec ses indispensa-
1. Libre e registre de la scriiiania del loable spital gênerai de Valtncia, à la date du 0 novembre i582 : « ... Cent Iliures per obs de paguar la obra deis assienlos y altres cosses se fan et fabriquen en la confraria de sent Narsis pera les farces quen dita confraria se an de representar en benefeci del dit hospital. »
2. Ibid., à la date du 11 mars i583 : « ... La obra et fabrica de les cases per lo dit spital gênerai comprades de ff'rances hieroni vict )r not. pera fer les represen'acions e comédies », etc., etc.
blés dépendances. Le ii mars i583, les administrateurs votent pour les travaux un crédit de 260 livres; le 29 juillet, nouveau crédit de 200 livres; le 20 septembre, troisième crédit de 200 livres; le i4 octobre, crédit su{)plémenlaire de 200 livres; puis, le 11 février i584, on procède au règlement définitif, on concède aux ouvriers des gratifications extraordinaires , et on prend livraison de l'édifice enfin terminé. La construction, ou plus exactement la transformation, en avait duré un an. Entre temps, on ne sait dans quel local se donnèrent les spectacles, sans doute au siège de la Confrérie de Saint- Narcisse, et d'ailleurs], en i583, pendant l'année des travaux, la saison théâtrale fut très brève, puisqu'elle ne dura même pas trois mois, du 22 juin à fin juillet et du 8 août au 6 septembre. C'est le 22 juin i584 que l'on inaugura à la fois le nouveau théâtre et un cycle de représentations dont la durée comme l'importance devaient laisser bien loin en arrière tout ce que l'on avait encore vu à Valencia. L'Hôpital était désormais en mesure d'offrir à l'art dramatique un asile digne de ses progrès.
Il ne faudrait pas croire, après cela, que la « Maison de la Olivera », comme la nomment les documents contemporains (la Casa de la Olivera), devançât sur aucun point la disposition et le luxe de nos modernes Colisées. Toute la supériorité en consistait dans ce qu'elle était exactement appropriée et rigoureusement réservée à sa destination dramatique. Ce n'était plus la cour banale d'auberge, dont muletiers, charrettes et voyageurs disputaient la jouissance aux malheureux acteurs, c'était un emplacement sacro-saint, où nul ne
péiiélrail sinon pour jouer ou entendre des pièces. La comédie, échappée au taudis de fortune, habitait désormais un sanctuaire.
Au demeurant, aucune recherche de somptuosité : le sol était simplement empierré", et il n'y avait pas de toiture, au moins au-dessus de la partie centrale du local, si bien que les jours de g^rande pluie force était à la troupe de faire relâche. Sur l'un des côtés se trouvait la scène; sur les trois autres côtés se succédaient les loi^es, ou fimslres, et le balcon réservé aux femmes, ou aposento de les doues. On avait suivi en cela le plan des théâtres madrilènes, mais on désignait chaque catégorie de places dun nom spécial à Valencia. Le mot aposentos, au sens de « loges », ne fut employé que sur le tard; il apparaît dans les reg"istres exactement le 2 1 juin 1698, et il ne supplanta pas de longtemps celui de Jinesfres, sans doute afin de prévenir une confusion avec Vaposento de les dones, pour lequel les Valenciens n'adoptèrent jamais la désignation castillane de cazuela. La partie basse du local était divisée en deux sections : la plus g-rande recevait le public populaire, capal)le d'endurer sur des bancs incommodes toutes les émotions de la fête ; la plus petite était garnie de chaises, où s'installaient, moyennant surtaxe, les amateurs fortunés. Ces sièges (cadires) n'étaient ni fixés au sol, ni assujettis les uns aux autres. L'Hôpital, en quête des bénéfices les plus menus, les louait parfois à d'autres entreprises; ainsi fit-il le 25 juil-
I . Libre e registre de la srriudiiid del loahle spiial gênerai de Valencia, à la date du 11 février i584. L^es détails qui suivent sout pris dans les Libros... de la claaeria (ou trésorerie) del Hospital General.
let 1690 pour les courses de taureaux, ce qui lui rapporta la somme de i livre 3 sous, les frais de mauutenliou étant à la charge de l'emprunteur. Les dégagements du théâtre comportaient surtout une grande porte qui donnait accès au })arlerre; on l'appelait, selon le cas, porta major, porta de baix, porta de daiiall ; les hommes avaient seuls la permission d'y passer'. Une porte spéciale était réservée aux femmes, et il n'est pas probable que les habitués des loges, quoique comme les femmes ils dussent gravir un étage, aient usé du chemin ménagé à celles-ci; ils avaient donc eux aussi leur porte particulière, ou peut-être accédaient-ils à leur loge par les maisons voisines, dont chaque loge était au tlébut une chambre nullement indépendante, sans autre particularité que d'avoir vue sur le théâtre. En tout cas, les pensionnaires de la casiiela, qui étaient des femmes du commun, et les habitués des loges, grands seigneurs ou nobles dames, ne se coudoyaient ni dans les couloirs ni dans la salle.
Tel qu'il était, avec ses commodités et ses imperfections, le théâtre de la Olivera subsista sans changemenl pendant dix ans.
Au mois d'août lôgS, des réparations furent reconnues nécessaires ; on consolida quelques points faibles, et surtout on perça dans les parois de nouvelles ouvertures; faut-il entendre par là qu'on augmenta le nombre des loges? La dépense, estimée d'abord à 20 livres, resta
I. C'est à celle porte que se payait l'entrée au tarif général. Or, les livres de trésorerie de l'Hôpital enregistrent sous une rubrique spéciale cette recette, et ils la désignent souvent ainsi : « Per la 3a part que paguen los homens. »
bien au-dessous des prévisions'; c'est dire que l'aspect du théâtre n'en fut pas modifié. Il suffisait encore à cette date aux besoins de l'art dramatique.
Ne nous étonnons pas de ce que, au temps où les Castro et les Ag^uilar florissaient, le théâtre de Valencia n'ait reçu, pendant près de quarante années, aucun agrandissement notable. Cette stagnation apparente tient à ce fait, trop longtemps ignoré, que la Olivera, en cas de besoin, avait, pour la prolonger et la doubler, un autre théâtre, d'organisation analogue et de fonctionnement intermittent. Il n'y a plus à en douter : de i584 à 1619, c'est-à-dire à l'apogée de l'art dramatique, il y a eu à Valencia non pas un mais deux théâtres, tous deux hospitaliers aux troupes nomades, tous deux favorisés de l'afiluence des spectateurs. Le théâtre des Sanfets était, à une échelle équivalente, la reproduction du tiiéâtre de la Olivera.
L'ouverture de ce nouveau théâtre fat purement fortuite : en juillet r584, la scène de la Olivera était occupée par Jerônimo Velâzquez et sa troupe, lorsque brusquement survint Cisneros, qui émit la prétention de donner, lui aussi, des représentations. L'embarras ne fut pas médiocre. En désespoir de cause, on eut recours à dame Ana Camps, qui possédait, proche les Santets, une maison susceptible de se transformer en théâtre. Le 8 juillet, Cisneros y fit ses débuts. Pourquoi l'Hôpital jeta-t-il son dévolu sur ce local ? La maison d'Ana Camps était-elle connue pour avoir déjà reçu des comédiens au temps où l'Hôpital n'avait pas le
I. Libro de claueria {année i593-i594). « A 18 de dit [agost iSgS] L 20. S — . D — ., de les quales lliuats l\o reals castellans per uns adobs y obrir finestres en dita casa. Restaren netes iG S 3 D 4- »
monopole de ces réceptions ? Il est possible, mais ce n'est qu'une hypothèse. Ce qu'il y a de sûr, c'est que l'Hôpital, abusant de son privilège et voulant lui faire rendre un peu plus qu'il ne comportait, chercha noise à la dame Camps sur le loyer de son immeuble, et qu'il ne lui paya i5 livres par mois qu'après y avoir été condamné par un arrêt de la Royale Audience^ Après celte escarmouche, l'accord se fit entre les deux parties, et l'Hôpital aura désormais recours aux Santets aussi souvent que possible.
Cette annexe, à vrai dire, était toute voisine de la Olivera. Elle se trouvait en face l'ég^lise actuelle de Santo Tomâs, à côté de la petite chapelle placée sous le vocable de V Adoration des Rois; une lég;ende très populaire dans la Valencia du seizième siècle s'était attachée aux statues religieuses que celle chapelle renfermait, et on les désignait du surnom famillier de els Santets « les petits saints ». Des statues, la désignation était passée à la chapelle, et elle s'étendit jusqu'à l'édifice voisin, devenu un théâtre. Celui-ci devait être de dimensions sensiblement égaies à celles de la Olivera : les recettes encaissées à l'un et à l'autre, à travers bien des fluctuations, sont à peu près pareilles.
I. Libre e registre de la scriiiania, à la date du 0 nov. i584 : « ... que lo. . . clauari del dit spilal donc e paf^'ue a Anna camps quaranta cinch lliurcs moneda de Valencia a ella degudes del loguer per tôt lo temps que en sa casa, la quai te prop les santets, ha représentât Cisneros, farcero, a raho de quinze Uiures cascun mes, en pai^ar lesquals lo sindic del dit spital gênerai es stat condepnat per lo molt magniHch miser Joan perez de banyatos, doctor de la real audiencia. » Je ne sais comment D. Manuel Calvo y Pelarda a pu écrire {Revistade Valencia, lU, 121) que les Santets appartenaient à l'Hôpital, qui y exploitait un jeu de quilles. Le document précité détruit absolument son affirmation, qu'il n'appuie d'aucune référence.
Il avait, par contre, le désavantage de n'avoir pas été construit spécialement en vue de sa nouvelle destination. Aussi n'y trouvait-on pas plusieurs catégories de places. Une seule porte, par laquelle passaient tous les spectateurs, quel que fût leur sexe'. La porte une fois franchie, pas d'autres privilèges que des chaises pour ceux dont la bourse pouvait supporter un supplément de dépense ; les loges faisaient défaut, et c'est seulement sur le tard qu'on en disposa une, qui ne paraît pas avoir été souvent occupée.
L'insuffisance de cet aménagement assura à la Olivera Ta prééminence sur les Santets. C'est elle qui est en quelque sorte le théâtre officiel. Quand on trouve mention, dans les documents contemporains, de la casa de les comédies ou de la casa de les farces sans plus de précision, il s'agit toujours de la Olivera, jamais des Santets. On ne les utilise qu'en seconde ligne et comme un pis-aller. Si donc la Olivera a souvent été en pleine activité alors que les Santets restaient clos, il n'est presque jamais arrivé que les Santets se substituassent à la Olivera. Les représentations se donnaient ou bien à la Olivera seulement, ou bien à la Olivera et aux Santets à la fois. A peine trouve-t-on en novembre 1691 une exception à cette règle : Rivas, qui en compagnie de Rios jouait à la Olivera depuis le 16 de ce mois, passa brusquement le 26 aux Santets, où il demeura le 26 et le 27. Le 28 et le 29, il chôma, et le 3o il reprit posses-
I. Voici, par exemple, comment le 16 juin i5go le Livre de Trésorerie enregistre la recette des Santets : « A 16 de dit [Juny] de la cassa dels Santets L 0, S 16, D 2, <;o es del porta dels honiens y doues L 6, S 6, D 2, cadires L — . S 10. D — ., ques lot L 6, S lO, D 2. »
sioii de la Olivera, où sans doute on avail procédé en son absence à quelque réparation urgente. Au surplus, il n'élait |)oiiit fréquent ({ne les deux théâtres rivalisassent l'un avec l'autre : les registres de l'Hôpital permettent de constater que, depuis i584 jusqu'à l'année 1600, ce double emploi se produisit seulement neuf fois, et encore faut-il ajouter que dans chaque cas la durée en était extrêmement courte; elle se réduisit une fois à un seid jour et dépassa très rarement tiois mois'.
La troupe reléguée aux Santets montrait un singulier empressement à passer à la Olivera, dès que celle-ci avait été abandonnée par ses locataires antérieurs : ainsi firent par exemple, en novembre i585, les Italiens, qui, après une saison d'un mois et demi aux Santets, se transportèrent à la Olivera le jour même où, par le dépait de la troupe rivale, elle devint disponible.
11 arrivait même (tant étaient marqués les avantages de la Olivera ! ) que les comédiens des Santets s'entendissent, au prix de quelques sacrifices, avec ceux de la Olivera pour occuper, ne fut-ce que quelques jours^ le théâtre objet de leurs convoitises. En avril 1089, Qi'irôs était installé à la Olivera et Osorio aux Santets : Quirés, du i3 au j6, chôma ainsi que sa troupe, et Osorio profita de ce délai, malgré sa brièveté, pour donner quatre représentations à la Olivera « en vertu d'un accord
I. Les dates où les Santets turent occupés par une troupe dramatique en même temps qu'une autre troupe jouait à la Olivera, sont (avant lOoo) les suivantes : 8 juillet i584-i6 octobre i584 (Cisueros); 23 août i585-fin septembre i585 (les Italiens); quelques journées entre le ic" juin et le i*"" novembre i586 ; 4 février iSSg- 17 avril 1589 (Osorio); 10 juin-24 juin iSgo^ 1 5 juillet 1690, une seule représentation (Salcedo) ; (3 juillet-5 août 1091 ; 17 octobre-
12 novembre lôga (Girones) ; 8-26 avril 1697 (Heredia).
intervenu entre eux », per concert entre ell y Oiiiros. Par là s'affirmait de toutes les manières la supériorité du théâtre permanent sur le théâtre temporaire.
L'Hôpital avait intérêt à favoriser cet eng-ouement pour la Olivera, dont il disposait sans frais. Les Santets ne se transformaient en théâtre que par une location onéreuse, dont le prix diminuait d'autant les bénéfices du monopole; et il est à croire que le propriétaire des Santets, dame Ana Camps ou son héritier, exagéra un jour ses prétentions. Pour ce motif ou pour toute autre cause, une rupture se produisit. Après le mois de juin 1697, au cours duquel des saltimbanques donnent quelques représentations aux Santets, aucun spectacle n'y est plus organisé pendant dix-sept ans, et l'Hôpital, chaque fois que deux salles de spectacle lui sont simultanément nécessaires, en est réduit aux pires expédients. Le 5 septembre 1099, ^^ ^'^ jusqu'à installer, pour un seul jour il est vrai, un comédien de la valeur de Salcedo dans la cour de cette fameuse maison de Ripoll, bonne pour des acrobates, insuffisante pour des acteurs exercés. Un peu plus tard, du 26 novembre 1098 au i5 avril 1599, au moment où les fêtes du mariage royal avaient attiré à Valencia une affluence plus que suffisante pour remplir l'un et l'autre théâtre, les deux troupes de Heredia et de Villalba en sont réduites à alterner sur la scène de la Olivera, diminuant de moitié leurs propres bénéfices et ceux de l'Hôpital. Il n'est pas de crise qui ne se résolve avec le temps : en janvier i6i4, l'Hôpital reprend la disposition — du moins la disposition temporaire — des Santets et les sous-loue alternativement, du 9 au 1 3, à Granados et à Acacio. Cet accord des parties adverses ne dura guère : en avril 161 5, Alca-
raz et Mudarra, au lieu de disposer chacun d'un théâtre, jouent l'un et l'autre à tour de rôle à la Olivera. Enfin, en avril 1618, les Santets passèrent pour plus d'un an au pouvoir de l'Hôpital; celui-ci les entoura alors de soins que jusque-là il ne leur avait pas prodig^nés; des travaux d'appropriation y furent faits et des représentations y eurent lieu avec une extrême rég-ularité. Mais, une fois de plus, l'excès de la prospérité dissimulait une ruine prochaine. Si les Santets réunissent maintenant l'unanimité des amateurs de spectacles, c'est que, temporairement, la Olivera n'existe plus : on la reconstruit sur le même emplacement avec un luxe et des pro- ])Orlions telles qu'aucun local ne pourra désormais rivaliser avec elle.
Depuis longtemps déjà, on préparait cette entreprise. Dès l'année iSgy, l'Hôpital créa, sous le titre de Fdbrica y obra nova de la casa de les Jarses de la Olivera, une direction des travaux, qui comptait au moins un employé, Francisco-Miguel Orliz, au salaire quotidien de cinq sous. En fait, rien de considérable ne fut tenté avant 1617. A cette date, l'Hôpital acheta les maisons voisines du théâtre, de façon que, disposant du terrain à sa guise,, il put donner à la salle de spectacle et à ses dépendances des dimensions moins réduites. Le premier achat, conclu le 26 mai 16 17 par-devant le notaire Gaspar Palavicino, portait sur la maison de l'alguacil Pedro- Pablo Noguera et sur le jardin y attenant, où se trouvait l'olivier fameux d'où le quartier avait re(;u son nom. Maison et jardin accueillaient habituellement une société plus joyeuse que discrète, d'autant plus empressée à s'y réunir qu'elle était assurée d'y trouver bon
vin, bon gîte et le reste. Entre la nouvelle propriété de l'Hôpital et le théâtre, il restait deux maisons, dont les propriétaires se firent longtemps solliciter avant de céder, même à bon compte, leur misérable domaine. Ils capitulèrent enfin, et leur consentement donna la possibilité, depuis longtemps escomptée, de substituer au corral démodé un théâtre entièrement nouveau.
La reconstruction, décidée dès le carême de 1618 et commencée seulement au mois d'août, ne dura même pas une année. Le programme des travaux en prévoyait l'achèvement pour le i*^'' janvier 1620; en réalité, dès le 23 juin 1619, veille de la Saint-Jean, le comédien Riquelme inaugura le nouveau théâtre par une représentation dont la recette fut particulièrement fructueuse'; on g-ag-nait plus de six mois sur les prévisions. Pareille célérité faisait autant d'honneur aux ouvriers, qui en furent récompensés par une gratification exceptionnelle^, qu'aux administrateurs de l'Hôpital, qui avaient tracé le programme de celte réfection et en surveillèrent l'exécution.
Leur premier soin avait été de dresser le plan et le devis de l'édifice nouveau; c'était au total une série de quarante-sept articles précis et méticuleux. Les administrateurs les approuvèrent par-devant notaire le 5 mai 1618, et sur leur texte, arrêté ne uarieiar^.
1. Livre de Trésorerie, année 1O19-1620 : « A 28 de Juny [1619] comença a representar Riquelme en la casa noua y rebe del ques trao^ue en dita jornada trenta iina Iliura [sic] , treize sous, ço es Porta major 20. 9. 2, dones i. 17. 4j cadires 3. 6. 6, aposenlos 6. — . — . [Total : ] 3i. i3. — . »
2. Décision du Conseil d'administration de l'Hôpital, en date du 3 juin 1619.
3. PATR. Miguel-Jerônimo Chorrutta, 1618. Le cahier des charges, qui est inséré parmi les minutes sans en faire partie intégrante,
on procéda à une adjudication en spécifiant que l'on tiendrait compte, pour le choix de l'adjudicataire, à la fois du plus fort rabais et du plus court délai. L'Hôpital se réservait de traiter lui-même directement, aux lieu et place des constructeurs, pour l'achat des matériaux ou même d'utiliser les déchets de la démolition. Le 29 juillet, Pedro Verdet et Antonio Sanchis, domiciliés à Moncada, obtinrent la fourniture des briques et des tuiles, la rajola prima a raho de quatre lliures h miller, la rajola grossa a raho de cinch lliures y quinse sous la miller, y los taulellets a raho de set lliures y quinse sous lo miller. Le 22 août, on signa le contrat pour la démolition et le terrassement; le 28 août, pour la charpente et la menuiserie; le 26 août, pour la fourniture de la chaux. Ces mesures de préparation une fois prises, on se dépêcha de faire place nette ; on démolit toutes les maisons et murailles qui encerclaient la salle de spectacle, sauf la muraille qui allait du côté de la place de la Olivera, car elle paraissait assez robuste pour être utilisée dans l'édifice nouveau, et sur ce terrain impitoyal)lement dégag^é on commença à construire.
La constiuclion ne comportail pas seulement une salle de spectacle, mais tout un ensemble de maisons destinées l'une au g-ardien, lautre à des locataires de bonne volonté. L'idée d'édifier un théâtre qui ne fût que cela n'était venue à personne. On aménagea donc du mieux possible les maisons en cours de construction, on les pourvut de toutes les coses necessaries, es a saber
s'intitule : Capitulaçio del modo y orde que se ha de tenir en fahricar la casa de les comédies conforme les traces fermades per los SSrs. Administradors del Espital General. Tous les détails qui suivent sont empruntés à ce document.
escales, caragols, c/iimenees , mais on eut soin d'en combiner l'emplacement de façon qu'elles laissassent au milieu d'elles utie grande cour : c'était ici le théâtre proprement dit. Le pâté de maisons qui l'entouraient, avait deux façades principales, l'une sur la rue de la Comédie, l'autre sur la place de la Olivera. De ces façades on soig-na particulièrement la construction; au lieu de briques, la pierre fut employée pour les angles, pierre de Ribarroja du côté de la place, pierre de Godella de l'autre côté, et on réserva un emplacement sur la Olivera pour un écusson aux armes de la cité ou aux armes de l'Hôpital.
Le théâtre lui-même était divisé en trois parties : la scène, la salle, les galeries. La salle et les galeries étaient désig'nées dans leur ensemble par un seul mot : ochavo, qu'il ne faut pas traduire par octog'one et qui correspondrait plutôt à VhémLcycle de nos salles de spectacle. Un plan du théâtre de la Olivera, fort sommaire et mal tracé, est inséré dans un Livre de compte de l'année lôjH^, que l'on conserve aux archives de l'Hôpital. Il montre avec netteté que lédifice élev^ en 1618 n'avait ni la forme d'un octogone ni celle d'un demi-cercle, mais bien celle d'un rectangle dont la scène occupait un des petits côtés. Ce rectangle était inscrit dans un autre rectangle plus grand, formé par les maisons de l'enceinte. Il y avait donc lieu de distinguer, d'une part le mur des maisons, d'autre part le mur du théâtre. Entre ces deux murs se trouvait une ruelle que l'on utilisait pour les dégagements, pour l'écoulement des eaux, pour éclairer et aérer aussi bien les appartements que
I. Cf. plus loin, paçe l\o, l'indication plus précise de ce livre.
la salle de spectacle ; si élioite, d'ailleurs, à certains endroits qu'elle n'empêchait pas les locataires de l'étag^e supérieur de passer de leur maison sur le toit du théâtre, et il fallut prendre des mesures pour qu'ils n'assistassent point gratis à la représentation par les lucarnes de la toiture. De cette ruelle, sorte de puits dans lequel on marquait autant d'étages que dans les maisons limitrophes, une partie était à ciel ouvert, l'autre partie était abritée par des constructions légères contre la pluie et les regards indiscrets'.
Dix g"ros piliers quadrangulaires constituaient l'armature du théâtre. Quatre d'entre eux, posés sur des fondations moins résistantes, ne s'élevaient pas plus haut que le premier étage des g'aleries. Les six autres se continuaient jusqu'à la toiture, dont ils supportaient le poids. Semblables par leur hauteur, ils occupaient des enqjlacements très différents; il y en avait deux qui étaient placés hors de l'hémicycle (ochavo), auprès de la scène qu'ils encadraient de leur masse; ils parvenaient d'un seul élan jusqu'au faîte et n'avaient pas d'autre mission que de le soutenir. Les quatre autres, encastrés dans l'hémicycle, servaient d'appui à la fois aux deux élag^es de g'alerie et à la toiture. En sorte que si la toiluie reposait sur six piliers, dont quatre élayaient en même temps les galeries, les galeries de leur côté étaient soutenues vers le centre de l'hémicycle
I. Capitulatjio, § 28 : <^ lo [correclorJ.de les dones al) sos carrerons cuberts. » § i5 : 0 dexant tanibe los desciiberts dels carrerons coni en lo dénies para caure les aygues de la teulada major y pera pendre llum y ayre en dits terrats. » Il s'agit ici du second étage, celui des loges, tandis que le corredor de les dones était au premier étacfe.
par huit piliers, dont quatre prolong'és jusqu'à la toiture et quatre arrêtés au premier étage.
Exception faite pour les deux piliers situés hors de l'hémicycle, qui se développaient sans accident depuis leur socle jusqu'à leur chapiteau, chaque pilier se fractionnait en plusieuis sections, du rez-de-chaussée à la première galerie, de la première galerie à la seconde, de la seconde galerie à la toiture. Les grands piliers avaient les trois sections au complet, les petits n'avaient que la plus basse. Sur la première section, les piliers, taillés en pierre de Godella, portaient un chapiteau de l'ordre toscan; ils avaient, chapiteau compris, une hauteur de 20 empans (zz 4™ 18). On reliait entre eux les sommets des piliers au moyen de fortes poutres, formant ainsi une ligne parallèle à la muraille; puis, entre ces poutres J et le mur, on posait toute une série de solives et l'on prenait bien garde que les solives d'angle fussent plus résistantes que les autres. De ce réseau de solives on formait un étage ou galerie qui s'avançait comme une sorte d'auvent au-dessus de l'hémicycle et (jui en suivait les contours.
Sur le sol de ce premier étage, on posait, dans le prolongement des précédents, quatre piliers d'une hauteur de II empans (= 2^299™°'). Ils soutenaient le plafond de la première galerie et le plancher de la seconde. Ils avaient eux aussi leur chapiteau de l'ordre toscan, mais la pierre de Godella, trop onéreuse, avait été remplacée, pour les construire, par de la brique mêlée de ciment. Ils se continuaient du second étage jusqu'à la toiture, toujours surmontés d'un chapiteau et hauts cette foib de 12 empans (= 2"" 588™"').
Au total, l'hémicycle, dans sa partie extérieure^ offrait
deux étages de galeries : le premier étage, élevé à plus de 4 mètres au-dessus du rez-de-chaussée, était luinième fort bas et écrasé, puisqu'il ne dépassait guère 2 mètres de plafond. Le corredor de les dones, ou galerie des femmes, en occupait au moins une partie, sinon la totalité. Des bancs en bois le garnissaient, sur lesquels les spectatrices s'installaient tant bien que mal.
12 emp