‹ L'art dramatique à ValenciaChapitre 310 sur 343 · Patr., Miguel Jerônimo Chorrutl^a, 26 août · texte numérisé non relu

Patr., Miguel Jerônimo Chorrutl^a, 26 août

avec une rigueur croissante deux conditions auxquelles il altachait le plus grand prix : celle d'arriver à Valencia à date fixe et celle d'y donner un nombre déterminé de représentations. Tous les contrats stipulent, à partir du début du dix-seplième siècle, l'obligation relative à l'arrivée et, à partir de i6i5 environ, celle relative à la durée de la saison dramatique. Dans le premier cas, rien de plus simple que la clause à intervenir : la troupe prendra possession du théâtre tel jour de tel mois, sous peine d'amende, et réciproquement une amende ég-ale lui serait payée par le Trésorier de l'Hôpital si à la date convenue le théâtre se trouvait au pouvoir d'une troupe rivale'. Dans le second cas, le point délicat était de s'arrêter à un chiffre de représentations tel que la troupe eût le temps de dérouler tout son répertoire et que le public des habitués n'éprouvât cependant aucune lassitude; on ne tâtonna g-uère là-dessus, et dès le début de ce nouveau régime, on adopta soit le chiffre de soixante, soit le chiffre de quarante représentations, — ce qui équivalait pour la troupe à un séjour de deux mois et demi ou d'un mois et demi à Valencia.

En résumé, la politique de l'Hôpital envers les comédiens s'inspira d'un principe très simple : à mesure qu'il se familiarisa avec son métier d'imprésario, il exigea d'eux moins d'argent, mais plus de régularité. Au début (étant mises à part les recettes perçues de part et d'au-

I. Voici un exemple de cette clause d'après le traité consenti le 17 décembre 161 g à Juan de Morales (minutes de Miguel Jerônimo Chorrutta, Patr.) : « Si el dicho Joan de Morales Medrano no acudira con su companya para dicho plaso y termino para representar en aquella como arriba esta dicho, incurra [sic] en pana de quinientos ducados, y en la misnia pena encorra dicho Bayarri [c'est le trésorier] no dando la casa vasia por pena y en lus^ar de pena. »

tre à rentrée), il se fait payer par eux sous la forme d'un loyer; à la fin de la période qui nous occupe, c'est lui qui les paye sous la forme d'une subvention. Il a compris que la meilleure manière de gagner beaucoup, ce n'est pas de rançonner à fond quelques naïfs qui s'aventureraient sans méfiance à Valencia, mais d'éviter dans l'exploitation les chômages, qui sont des pertes sèches sans compensation possible. Viennent donc les comédiens à la Olivera ou aux Santets! on leur inspirera par des avantages de plus en plus grands le désir de revenir. Tout ce qu'on exigera d'eux impitoyablement, c'est la vertu bourgeoise de ponctualité. Leurs obligations financières iront diminuant, mais leurs obligations administratives iront croissant.

Il n'est pas probable, malgré la libéralité de plus en plus grande de l'Hôpital, que les troupes comiques aient fait fortune au théâtre de Valencia. Leur misère — sauf dans le cas d'un succès exceptionnel — aurait été douloureuse sans la ressource des représentations privées et des représentations officielles. Des particuliers très fortunés ou des corporations politiques organisaient — on l'a vu — soit dans l'abri confortable de leurs palais, soit dans le cadre moins étroit d'une place publique, des spectacles très variés, qui, la mode s'en mêlant, se multiplièrent et entrèrent véritablement dans les habitudes valenciennes dès le début du dix-septième siècle. Ces représentations hors série étaient dans le budget des comédiens un appoint aussi précieux pour eux qu'il est pour nous difficilement estimable. Désireux de régaler d'un divertisseuïent dramatique leurs invités ou leurs administrés, grands seigneurs et jurais se changeaient

pour un jour en impresarii: leur inexpérience garantit leur g-énérosité. Ils [)ayaient sans trop v regarder; mais ils payaient, sauf le cas où les deniers publics soldaient la dépense, de la main à la main, sans pièces comptables, sans acte notarié. Le caractère privé de pareilles entreprises a aujourd'hui pour conséquence une extrême pénurie de documents y relatifs. Cependant, une représentation isolée, qu'elle fût donnée par un mécène ou par un corps constitué, exigeait des comédiens le même effort; elle devait, en consé(pience, être rémunérée au même tarif; et quelques indications puisées dans les registres de com{)tabilité publi([ue permettront d'établir les variations de ce tarif.

Pour avoir donné une représentation au Palais de la Députation le i5 août 1602, Baltasar Victoria reçut 2() livres en payement; mais il s'en faut qu'il ait empoché toute la somme. Le spectacle était composé de plusieurs parties : une pièce et divers intermèdes musicaux. Force lui fut de remettre aux musiciens, qui appartenaient à la troupe de Diego de Heredia, un salaire de 6 livres; les 20 livres restantes furent partagées entre lui et sa troupe, qui était celle des Granadinos'. Inqjossible, assurément, d'imaginer de la part des comédiens des prétentions plus modestes.

Les prix allaient croître rapidement. A mesure qu'on appréciait mieux les beautés de l'art dramatique, on était porté à en payer davantage les interprètes. Le [I septembre 1608, la cité de Valencia verse au comédien Juan de Morales io5 livres 8 sous 4 deniers pour avoir mis en scène et joué la comedia que Aguilar avait

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