‹ L'art dramatique à ValenciaChapitre 316 sur 343 · Pastor Fuster, Bibl . val., I, p · texte numérisé non relu

Pastor Fuster, Bibl . val., I, p

rendre dans des drames l'aspect original de leur petite patrie. Ils portaient volontiers à la scène les héros indigènes, guerriers invincibles ou martyrs de la foi, le Cid ou saint Vincent, parce que l'héroïsme est partout chez lui en Espagne; mais lorsque l'envie les prenait de décrire la vie facile et molle, les complaisances suspectes, les jeux folâtres et tendres, les badinages équivoques, les emportements parfois brutaux auxquels s'abandonnait une cité trop fortunée pour être vertueuse, ce sont des poésies légères, à la manière des Académiciens Nocturnes et de Carlos Boyl, ce sont parfois des romans, comme Gaspar Mercader, qu'ils écrivent d'une plume badine, tour à tour obscure à force de préciosité ou grossière à force de franchise, mais ce ne sont presque jamais des œuvres dramatiques. Dans cette métropole du théâtre où les dramaturges de tout acabit pullulaient, il y a une comédie qui n'a pas été écrite à l'âge d'or du théâtre, et c'est — étrange oubli! — celle dont Valencia elle-même aurait été l'héroïne. Il lui a fallu attendre qu'Eduardo Escalante vînt lui apporter deux siècles et demi plus tard un juste dédommagement. Le marché des comédies à Valencia était bien achalandé^ si bien qu'un moment vint où il ne put pas satisfaire aux demandes. Ce fut après la mort ou la dispersion de ses principaux pourvoyeurs. On eut alors le spectacle d'un chef de troupe qui, résidant momentanément dans une cité où la production dramatique avait été le plus intense, renouvelait son répertoire à Madrid. Tel fut le cas de Roque de Figueroa. Le 26 mars i6i4) il envoya à un Madrilène, Alonso Torres, les pouvoirs nécessaires^ pour que celui-ci pût, en son lieu et place, acheter, recevoir et conserver toutes sortes de pièces et comédies au

prix débat tu avec les vendeurs et pour les effets que de droit'. Par où l'on voit clairement que, à la date où nous sommes, les acheteurs ne se contentaient plus à Valencia des ressources locales. Les redoutables progrès de la centralisation — comme il appert de l'exemple de Guillén de Castro — obligeaient d'autre part les auteurs valenciens ;\ se dépayser et à négocier à Madiid leurs œuvres les plus récentes.

Le nombre des représentations qu'une même troupe donnait à Valencia variait selon le succès des acteurs et les dispositions de l'Hôpital envers eux. On a vu cependant que l'habitude s'était lentement établie de fixer à quarante ou à soixante représentations la durée de chaque série. Combien de fois le spectacle se renouvelait au cours d'une même série, il est difficile de l'apprécier, puisque les registres de l'Hôpital n'indiquent jamais le titre des comédies mises à la scène. Voici pourtant une indication : le mardi i3 juillet 1621, une pièce fut jouée à la 01i\cra, dont la première, annoncée pour la veille, avait été retardée en vue d'un complément d'étude; or, le lundi 19 juillet, le succès en était déjà épuisé, puisqu'on fit relâche ce jour-là pour préparer le décor du spectacle suivant"; la pièce (en défalquant le samedi

1. Patr. Lorenzo Yillareal. Carta de potier de Roque de Fig-ueroa, autor de comedias, y Mariana de Avendano (appelée aussi Mariana Olivares), son épouse, en faveur de « Alonso Torres, vezino de la villa de Madrid,... para que pueda mercar, recebir, liaver y cobrar de Pedro Cebrian y de otros qualesquicr personas qualêsquier autos de comedias, autos y contrâtes de comedias por los precio \sic^ que pudiere concertarse con los vendedores y a el bien visto fuere, obliiçandose a pag-ar cl precio de las taies compras en el plaço que se pudiere concerlar... »

2. Livres de Trésorerie : « a 12 de dit [juliol 1621] no y ague coniedia per no tenirla estudiada. — a 19 de dit no y bague comedip

ly juillet) avait donc tenu la scène cinq jours exactement. Il serait puéril, après cela, de fixer à cinq, sans plus, le nombre des représentations auxquelles une comédie pouvait prétendre sur les théâtres valenciens. Bien des causes, et en premier lieu le bon plaisir du public, pouvaient allonger ou raccourcir le cycle, le raccourcir encore plus que l'allonger. Mais, tout bien pesé, il ne semble pas qu'en moyenne une même comédie ait pu réunir plus de quatre ou cinq fois un auditoire suffisant. Une saison, qui comportait quarante ou soixante représentations, supposait de la part de la troupe un répertoire de huit à quinze comédies.

En fait, les troupes étaient pourvues au delà du nécessaire. Non seulement elles avaient de quoi varier leur programme, mais encore elles pouvaient dans chaque ville faire une sélection en rapport avec les préférences du public. La troupe de Roque de Figueroa avait, en 1624, à sa disposition le total, trop modeste, de dixhuit comédies; celle de Juan Acacio, en 1627, en colportait trente avec elle, et la même année celle de Tomâs Fernândez de Gabredo n'en possédait pas moins de quarante-trois,— chiffre encore dépassé en 1628 [)ar Jerônimo Amella, dont le coffre aux manuscrits contenait soixante et dix numéros. La mémoire des acteurs avait de quoi s'exercer, lacuriosité des spectateurs de quoi se satisfaire. La surabondante production des années où la foule des imitateurs, séduits par les succès d'un Lope de Vega, annonçait déjà la décadence de l'art dramatique, encombrait, sans l'enrichir, le répertoire des troupes comiques.

perquen impedi lo hauer de posar certes inueacions pera la comedia seguent. »

Il y avait de tout un peu dans ce répertoire. Les auteurs les plus fameux y apportaient leur contribution, mais à côté d'eux bien d'autres se faisaient jouer dont la postérité n'a retenu ni les œuvres ni même le nom. Une aimable diversité, un désordre qui n'était pas un effet de l'art, mais du hasard, en est la caractéristique. Le temps n'est plus où un acteur, qui est en même temps auteur, Lope de Rueda ou Alonso de la Veg-a, compose dans des veilles laborieuses les pièces qu'il jouera l'aprèsmidi avec ses compagnons de misère : la troupe n'a plus de poète à gages. Elle n'a même plus de {)oète préféré : ni Lope de Vega, ni Tirso de Molina, ni Calderôn, pour ne citer ici que les maîtres de chœur, ne paraissent s'être entendus avec une troupe de leur choix pour lui réserver leurs œuvres nouvelles, pour constituer à son profit une sorte de monopole. Le chef de la bande s'approvisionnait sur tous les marchés, traitait avec tous les auteurs sans parti pris ni exclusion d'aucune sorte, sans autre préoccupation que d'acquérir au plus bas prix des pièces suceptibles de fiuctueuses recettes. Cet éclectisme intéressé se marque bien dans la liste des comédies qui étaient, au i^"" mars 1624, la propriété de Roque de Figueroa et de son épouse, Mariana d<' Avendano. Le détail mérite d'en être transcrit :

Ventura te dé Dtos, hijo Tirso de Molina.

Quien calla, otorga —

^os sierras de Guadaliipe ' Lope de Ve^ça.

Dineros son calidad —

La Infanta Dona Sancha

Como se engahan los oj'os J. B. de Villciças.

El loco de mejor seso, D. Sébastian.

El sufriniiento preniiado Lope de Vega.

I. Cf. Rennert/ The life of Lope de Vega, Londres, 1904, p. 533.

Amor, ingenio y nmjer Mira de Aniescua.

La celosa de si mismo Tirso de Molina.

Los Medicis de Florencia Jiniénez de Enciso.

Transformaciones de amor Villayzàn.

Lu verdad sospechosa Alarcôn.

La morica garrida J. B. de Villep^as.

Cautela contra cautela Tirso et Alarcôn.

Como ha de ser el privado Quevedo '.

SanGil

El nieto de su padre * Guillén de Castro.

Un nom domine dans cette énumération, Tirso de Molina. Devant lui Lope de Vega lui-même s'efface, comme si sa suprématie commençait, en 1624, à être discutée à force d'être affirmée, comme si on s'élait lassé de l'entendre appeler le « monstre » ou le « phénix ». N'allons pas croire pourtant que déjà on l'oubliait : son prestige se maintenait ; mais des rivaux plus jeunes faisaient triompher à l'ombre de sa gloire leur jeune célébrité. La liste suivante, datée du i3 mars 1627, nous en fournit la preuve. Lope y tient sa place, mais Calderôn y apparaît, et on comprend, au nombre de ses pièces, que déjà la faveur populaire s'attachait à lui. Voici donc quel était le répertoire de Juan Acacio et de sa troupe :

Satisfacer calla[n]do Lope^?.

El carra del cielo Calderôn.

El desdichado en su palria^

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