Schack, op. cit., II, p. 82 de la trad. esp
3. Id., ibid., t. II, p. 276. La défense de représenter fut levée dès avril 1699. Cf. Rennert, op. cit., p. 210, n. 2 et p. 211, n. 2.
4- Cabrera, Relaciones..., p. 59. — Rennert, op. cit., p. 214, n. 1.
on ne changera rien pour cela aux errements qui étaient habituels à la Olivera.
Jusqu'à une date sensiblement postérieure, les annales du théâtre valencien, telles qu'elles ont été écrites par les trésoriers de l'Hôpital dans leurs registres comptables, ne révèlent aucun empiétement de l'Eglise sur le domaine dramatique, aucune tentative pour le dominer. Encore doit-on noter que du jour où elle y exerça une surveillance, elle la fit peser exclusivement sur les pièces religieuses, ne se piquant d'aucune compétence, nes'embarrassant d'aucun scrupule en ce qui concernait les comédies profanes. En décembre 1623 (et c'est la première fois, à notre connaissance, qu'une difficulté survint), l'archevêque refusa d'approuver une comédie à lo divino que la troupe de Manuel Simon prétendait jouer à la Olivera. Les comédiens essayèrent-ils de résister? ou n'avaient-ils point d'autre spectacle prêt à remplacer celui qui leur faisait défaut si inopinément? Le fait est que le chômage de par l'hostilité archiépiscopale dura deux jours — les 4 et 5 décembre, et ce délai est d'autant plus surprenant que Manuel Simon avait débuté de la veille à V^alencia — exactement dans l'après-midi du 3 — avec une recette très brillante, et que les promesses, d'ailleurs trompeuses, de ce début devaient l'induire à ne point perdre un seul jour '. Dans cette lutte qui commençait, les administrateurs de l'Hôpital, avec leur prudence
I. Livres de Trésoreiue : « A 3 de denibre [s'c] [1623] comença a representar la conipafiia de Manuel Simon y Re de la comedia 25. 10. 4- — A 4 y 5 no y ague comedia per no tenir lisencia del Soi" Arquebisbe pera vna comedia ab [sic] lo diuino. » Les receUes de Manuel Simon furent très faibles : aussi clôtura-t-il ses représentations dès le 17 décembre.
habituelle, ne prirent pas ouvertement le parti des comédiens. Leur diplomatie semble avoir consisté à opposer g'ens d'église à gens d'église. Inquiétés par les évêques, ils se prévalurent de l'approbation du pape et se réfug'ièrent sous la protection du nonce. Il est manifeste que ces années 1624 et 1626 furent des années d'épreuve pour la liberté de Fart dramatique. Le clergé espagnol en avait assez des comédies d lo divino, dont le sans-gène allait croissant avec le succès, et il leur faisait la guerre par la voix de ses représentants autorisés. La bulle Ni h il transeat vint fort à propos calmer l'ardeur de cette croisade, et l'Hôpital valencien mit à la divulguer un zèle qui ne reculait devant aucune dépense. On paya 5 livres au docteur Francisco Vicente Giner pour avoir apporté la bulle; on paya 20 livres à Francisco Almenara pour la transmettre à l'évêque de Segorbe; bref, on multiplia autour de ce document d'onéreuses démarches dont la portée n'apparaît plus très clairement aujourd'hui'. L'activité ingénieuse des administrateurs reçut la récompense qu'ils souhaitaient : on ne chercha plus noise à leurs comédiens, ou si
I. Livres de Trésorerie ; « A 4 de Janer 1626 pagui a fiances almenara not. cindic del espital vint lliures pera anar a Sogorp par orde dels senyors administradors a presentar vn buUeto del senor nuncio al Sor bisbe de Sogorp aserca de les comédies al diuino. — A dit pagui al doctor frances vicent giner sine lliures dotze sous per lo que a costat lo bulleto que se a portât del Sor nuncio aserca de les comédies al diuino. — A 20 de dit pagui a frances almenara 2.4. — • per lo bulleto del nihil transeat en la causa de les comédies al diuino. » Pour tirer au clair cetle affaire, il faudrait pénétrer dans les archives du Palais archiépiscopal. Plusieurs raisons, parmi lesquelles la plus importante est la mort de l'archiviste, le savant chanoine D. Roque Chabâs, ont empêché que j'en obtinsse l'entrée en temps voulu.
peut-être quelque chicane s'éleva, elle fut si mince, si timide, que le souvenir s'en est perdu presque aussitôt. En réalité, le théâtre a joui à Valencia de la part des autorités, tant civiles que religieuses, d'une extrême liberté. Au début, alors que rHôpital commençait à exploiter son monopole, ni le vice-roi, ni l'archevêque ne s'émurent de ce qui se disait, de ce qui se faisait à la Olivera ou aux Santets. Plus tard, on comprit mieux l'importance et le retentissement des spectacles dans l'organisation sociale. A Valencia, comme dans le reste de la péninsule, le bras séculier fil alors sentir sa force, mais il y mit moins de brutalité et d'empressement qu'ailleurs. Quoi qu'ait pu dire Agustin de Rojas sur les démêlés des troupes nomades avec des mag-istrats impitoyables, il y avait en Espagne une cité au moins où elles trouvaient une hospitalité nullement tracassière, et c'était lindulg^ente Valencia.
Les directeurs se trouvaient d'autant plus libres pour constituer le répertoire de leur troupe. Si peut-être les comédiens ont parfois éprouvé quelque peine à s'approvisionner de pièces intéressantes, il semble à première vue qu'à Valencia ils devaient n'avoir que l'embar-ras du choix. En outre des œuvres éprouvées ailleurs et qu'ils apportaient dans leurs bagages, ne trouvaient-ils pas sur place, par les soins desTârreg'a, des Castro, des Ag-uilar, un assortiment considérable, varié et brillant, très conforme dans l'ensemble au goût du public payant? Aucune ville, hors Madrid, ne pouvait à la même époque se g-lorifier d'une aussi riche pléiade de beaux esprits. Les documents font défaut sur les relations des comédiens avec les dramaturjges valenciens. Tout juste sa-
vons-nous que Vicenle Ezquerdo, quoique sa réputation ne fût pas des plus considérables, réussit à placer ses pièces à des troupes de passage. Le i^"" juin 1620, la troupe de Valdés lui mit à la scène El fuerte, animoso, sagaz et vnliente Martin Lôpez de Aijvar\ et auparavaiit il avait j»u faire jouer trois pièces au moins en une seule année, Marte y Venus en Paris le 11 février 161 g, La //astre Fregona le i'"'' juillet, et La Mina de amor le 12 juillet ".
Les confrères de Ezquerdo essayèrent certainement de vendre, comme lui, à aussi bon compte que possible, les productions de leur esprit, et ils y réussirent d'autant mieux que celles-ci, accommodées à la mode du jour, ne portaient aucune marque d'origine : c'étaient de véritables arlicles d'exportation, susceptibles de plaire à Madrid comme à Valencia, à Séville comme à Saragosse.
La première représentation de ces œuvres du cru se donnait vraisemblablement à Valencia, où les relations de l'auteur et le {)atri(Misme local assuraient un accueil favorable, mais elles suivaient leur carrière à travers toutes les Espagnes. Quelques-unes, en très petit nombre, limitaient rigoureusement leur sujet à la j)einture des m(£urs valenciennes, j)ai' exemple, El Prado de Valencia, du chanoine Târrega, ou Los mal casados de Valencia, de Cniillén de Castro, et leur caractère strictement local devait diminuer leur valeur marchande. Peutêtre n'y a-t-il pas d'autre cause que celte moins-value, que cette dépréciation avant la lettre à la rareté des tentatives que les écrivains valencieiis ont faites pour