I. Cotarelo, Estiidios de historia literaria, p
Palomo et Barraco'... » Or, la Olivera, au moment où Andreù préparait son Eloge, était occupée par Sel)astiân de Montemayor et sa troupe; ils cessèrent leurs représentations le 2 février 1092, mais comme le Carême les oblig-eait à chômer en quelque lieu qu'ils fussent, ils s'attardèrent à Valencia, et Andreu, qui avait compté sur ce retard, fut très déçu de trouver portes closes lorsqu'il arriva au théâtre. Déception bien explicable! ces aveugles, formés à l'école d'un maître illustre, étaient dans leur milieu comme de grands personnages. Virtuoses de leur art, ils ne s'effaçaient pas jusqu'au rôle modeste d'accompagnateurs, et ils faisaient mieux que de moduler avant ou après le spectacle d'insignifiantes ritournelles. Leur exemple nous prouve que la part de la musique, selon les ressources dont chaque troupe disposait, variait depuis l'humble crincrin du guitariste jusqu'au concert à plusieurs instruments, pour lequel au besoin on recrutait sur place dans les grandes villes des musiciens auxiliaires".
Réj)ertoire attrayant, costumes somptueux, machines surprenantes^ intermèdes musicaux des plus délicats,
1. B. N. M., Cane, de los Nocturnos, t. I, fol. 162 v°, iG3 r» « ... solo me aduertian fuesse en casa los comediantes y hablase con los Sres Palomo y Barraco que eran la prima de los cieg'os de nuestros tiempos y discipulos del ciego Abad Satinas, de Salamanca, y que si destos no sacaua algun remedio, no vian ellos le pudiesse tener de su parte. Yo deseoso de acertar aunque entre ciegos, fuime a la casa de la Oliuera, y fue mi ventura tan corta que la compania de los faranduleros ya se auia ido Ueuando por guia a los ciegùs Palomo y Barraco... »
2. Ainsi faisait, dès i554, Lope de Rueda. Sa troupe, en ce tempslà, ne se composait que de deux acteurs, — un seul en outre de lui. Il engageait temporairement, selon les occasions, des musiciens et des acteurs de supplément. Cf. Narciso Alonso A. Cortes, Un pleito de Lope de Rueda, Valladolid, 1908, p. 8.
c'étaient pour les comédiens autant d'éléments de succès. Mais, en fin de compte, à quel résultat aboutissaient tant d'efforts dépensés et incessamment renouvelés ? Quel sort était réservé aux troupes qui se succédaient sur la scène de la Clivera ? Quelques-unes, hélas ! autant que nous en pouvons juger à dislance, connurent l'horreur des salles immuablement vides ou piteusement dégarnies, Martînez, qui commença ses représentations le 3i octobre 1697, éprouva d'autant plus vivement la honte d'échouer, qu'à partir du i5 novembre, Vergara alterna avec lui sur la scène et confisqua toute la sympathie du public. Oh ! la compétition fut vite tranchée. Le i5 et le 16 novembre, c'est la troupe de Vergara qui donne le spectacle, et la recelte acquise à l'Hôpital est respectivement (en chiffres ronds) de 24 et de 3o livres. Le 17 novembre, le bénéfice de l'Hôpital tombe, avec Martinez, à 6 livres, et le 18 la représentation ne put avoir lieu, parce que, note sèchement le Livre de Trésorerie, elle incombait à Martinez et que personne n'y vint'. Rarement un « four », pour emprunter l'argot des théâtres, a pris forme plus humiliante.
Parfois, l'hostilité du public s'adressait moins aux acteurs qu'au local. En juin 1619, il fut impossible de jouer par manque de public, le 20, le 21 et le 22; les
I. Livre de Trésorerie, de l'année iSgy-iSgS : « A XV de nohembre [1597] comença a représentai Vergara, rebi vint y quatre Hures dotze sous y set diners. » Le 16, Verg-ara (3o liures, s. i, d. l\), le 17 Martinez (1. 0, s. i, d. i). « A XVIII no representaren per hauer de representar Martinez y no tenir gent. » Après quoi, Martinez quitta Valencia. — On peut aussi noter le médiocre succès de Manuel Simon en décembre 1O17 et janvier iCi 8 : le 22 et 23 décembre, le 2 janvier tt no representaren per no tenir gent ».
amateurs se réservaient pour la représentation du
23 juin, qui devait être la première donnée dans la Olivera reconstruite, et qui, en effet, fut l'occasion d'une recette splendide. En revanche, les avantages d'un édifice qui était encore dans sa nouveauté ne suffisaient pas à attirer le public quand le talenX de la troupe n'y aidait pas. Le 24, le 25 et le 29 septembre 16 19, Sânchiz et ses comédiens connurent les amertumes d'un chômage imprévu, mais forcé, dans un théâtre tout flambant neuf. Pauvres g'ens, sur qui l'infortune fondait de tant de manières !
L'aventure la plus surprenante de toutes advint à la troupe de Juan Bautista Valenciano. Il faut, pour y croire, en lire la sèche, mais irréfutable mention sur le Livre de Trésorerie : « Le 22 juillet 1627, y lisons-nous, commence à jouer la compagnie de Bautista le Valencien, et j'ai reçu du théâtre 21 livres 10 sous i denier. » Le 23 et le 24 juillet, « on ne joua point parce qu'il y avait disette de public »'. Le 20 juillet on joua, mais la recette fut dérisoire, et le 26, Francisco Lôpez déposséda de la scène les gens du Valencien. Que penser de cet invraisemblable fiasco? Se peut-il qu'une cité si orgueilleuse de toutes ses gloires ait réservé un si piètre accueil à l'un de ses fils, qui avait cueilli au théâtre des lauriers abondants, qui avait créé force comédies sans encourir un échec, dont le talent enfin méritait l'admiration et forçait la curiosité? A y regarder de près, tout s'explique bientôl. Ce n'est pas Bautista qui jouait à la Olivera, c'est la « troupe de Bautista », et si le Livre de
I. « A 22 de juliol 1G27 comença a representar la compania de Batista el valenciano, y Re de là comedia 2t. 10. i. » Le 28 et le
24 juillet, pas de spectacle per aueri falta de gent.
Trésorerie le dit expressément, à l'encontre de ses habitudes (jui étaient de mentionner non la troupe, mais uniquement le directeur, c'est qu'en effet le directeur n'était plus là pourra conduire au triomphe. Mort ou mourant, nous ne savons. Ce coureur de grands chemins avait cherché refuse, à l'heure fatale, dans son gîte de prédilection, la cité même où il avait vu le jour. Les comédiens voulurent que la troupe survécût à son chef; mais l'expérience désastreuse faite en juillet 1628 à la Olivera leur démontra que sans un directeur responsable les pires aventures fondraient sur eux. Ce chef, ils le trouvèrent en la nersonne de Juan Jerômino Amella, et la vaillante veuve de Bautista, Manuela Enriquez, s'associa avec Amella pour former une société dont le riche répertoire, mentionné plus haut, était sans doute le plus clair de l'héritage légué par le Valencien'.
En règle générale, les troupes qui passaient par Valencia y trouvaient un accueil en rapport avec la réputation acquise ailleurs. Quelquefois, cependant, c'est à Valencia que se fondaient d'illustres renommées, et le cas de Riquelme nous le prouve. Alonso Riquelme commença à jouer à Valencia le i®"" juin i6o4, et il y continua ses représentations pendant une année entière, exactement jusqu'au 19 mai i6o5, sans autre interruption que celle du Carême (22 février-io avril i6o5); encore obtint-il de rompre la trêve sainte par quelques spectacles, qu'il donna le i®"", le 3, le 8 et le 10 mars. La longueur inusitée de ce bail méritait une explication, et l'archiviste de l'Hôpital nous l'a fournie dans le Contralibre. Les bénéfices que le théâtre a procurés à l'Hôpital, cons-