I. Cf. Appendice I, p
aussi bien pour les spectacles ordinaires que pour les speclacles extraordinaires, ceux par exemple, que l'on donnait chez un particulier ou lors d'une fête publique. Pour la Fête-Dieu — que la troupe soit chargée ou qu'elle ne le soit pas de jouer, dans la ville où elle se trouve, les autos habituels — le directeur versera à chacun une gratification de 5 ducats et demi (le ducat valant II réaux castillans); seul Biedura se contentera de 5 ducats, puisque décidément, malgré la variété de ses aptitudes, il vaut moins que ses compagnons.
Les comédiens d'esprit ingénieux n'avaient guère qu'un moyen d'arrondir leur maigre salaire, et ils sont nombreux ceux qui en ont usé : c'était de se transformer, d'acteurs qu'ils étaient, en auteurs qu'il y avait profil à être, composant eux-mêmes des comédies ou adaptant aux aptitudes de leur troupe des comédies passées dans le domaine public. Salcedo, en la personne de Nicolas de los Rios, avait eu la chance de mettre la main sur un de ces protées de l'art dramatique, capable de tenir tous les rôles, et même celui de poète; il en profila, mais ne jugea point nécessaire de grossir pour cela la quote-part de 5 réaux et demi qu'il lui avait assignée sur les bénéfices de chaque représentation. Il lui prescrivit seulement qu'il employât les loisirs du Caiême à élaborer une comédie nouvelle, puis à faire le voyage de \ alencia à Tolède, où, sans doute, la troupe allait débuter après le Carême, et pour les deux choses, voyage et comédie, il lui consentit un versement extraordinaire de \l\2 réaux castillans, ce qui donne à penser, vu que loo réaux environ étaient destinés au voyage, qu'en ce temps-là un directeur de troupe pouvait jouer au mécène sans compromettre ses finances.
Si Nicolas de los Rios louchait d'avance de son directeur l'arg-ent nécessaire au voyage, c'est que, par exception, il allait voyager isolément. D'ordinaire, la troupe entière faisait route en une seule caravane, dont l'organisation et les frais incombaient au directeur. C'était un principe absolu que les comédiens ne s'occupaient en rien — ni matériellement, ni pécuniairement — des transports à travers la péninsule. Les contrats qu'ils signaient leur garantissaient qu'ils ne chemineraient point à pied ; une monture ou une voiture étaient mises à leur disposition ; tout leur effort se limitait à s'installer sur l'une ou sur l'autre.
Pour les frais d'auberge, c'est encore le directeur qui les supportait, mais il y pourvoyait de deux façons : ou bien il nourrissait le comédien, lui garantissant par contrat qu'il mangerait à sa faim, qu'il boirait à sa soif, ou bien il évaluait à forfait pour chaque comédien la dépense quotidienne, et il lui en versait le montant. L'une et l'autre combinaison était pratiquée dans la même troupe ; Mateo de Salcedo pourvoyait en nature à la subsistance de Juan Biedura, mais en espèces sonnan^tes à celle de Rios, de Ribera et de son épouse. Il est probable que les comédiens, déjà connus et appréciés, avaient seuls assez d'autorité pour imposer de ce chef au directeur une contribution en argent, qui équivalait pour eux à un gage d'indépendance, mais pour lui à un supplément de dépense.
Les vêtements de théâtre appartenaient, ainsi qu'on l'a vu, au chef de la troupe^ mais celui-ci s'en dessaisissait, le cas échéant, pour s'acquitter de ses dettes. En 1682, Salcedo, comme il l'avait fait pour Rios, avance à Ribera et à Jerônima Garrillo y de Ribera une somme
de 200 réaux (100 réaux par lêle) pour le voyag'e de Tolède, n)ais il ne leur remet que 120 réaux en espèces, le reste en déguisements comiques, soit qu'ils en constituassent à leur usage un vestiaire privé, soit qu'ils les revendissent au plus offrant. Qu'on se souvienne, d'autre part, des innombrables coffres bourrés de vêtements que l'Hôpital acceptait, au dix-septième siècle, en garantie des prêts consentis, et l'on se persuadera que, dans le monde des théâtres, les bardes destinées à la parure ou au travestissement des acteurs étaient une monnaie d'échang-e qui avait en quelque sorte cours légal.
A l'ordinaire, le retour du Carême n'était point, pour les directeurs de troupe, le signal d'un renouvellement complet de leur personnel. Ils remplaçaient quelques pensionnaires., en prenaient un ou deux en surnombre si les affaires étaient prospères, mais toujours ils procédaient par engagement indiuidael. Dans quelques cas plus rares, mais d'autant plus curieux, le directeur constituait une troupe entièrement nouvelle, soit qu'il exerçât pour la première fois les fonctions directoriales, soit qu'il jugeât opportun de faire peau neuve; dans ce cas, l'engagement était collectif, mettant en présence b; directeur d'une part, d'autre part tous les acteurs de sa compagnie. Un saltimbanque italien, originaire de Ferrare, Juan Jacome, se trouva amené, en septembre i58i, à former, sous sa direction, une troupe comique qui partit de Valencia pour courir la péninsule. L'acte constitutif est du 26 septembre', et ses dispositions nous montrent que les participants étaient les associés encore plus que les subordonnés de Juan