‹ L'art dramatique à ValenciaChapitre 5 sur 343 · Alcahali, 97, n. i · texte numérisé non relu

Alcahali, 97, n. i

L ART DRAMATIOLE A VALENCIA.

tège, religieux et laïque, escortait le héros de la cérémonie. Celui-ci, accompagné de j)lusieurs acolytes, était vêtu d'une tunique de cendal vermeil, recouverte d'une veste d'or, ab una molt vella e singular testa en lo cap. Au moment de son entrée dans la cathédrale, un chœur s'adressait à lui, sollicitant sa }3rotection pour la cité :

Angel custodi de Deu iufinit, Guardau la ciutat de dia y de nit, Pera que noenlre el mal sperit.

Nous ignorons si l'Ange répondait à ces prières ou s'il engageait un dialogue. Il nous suffît d'ailleurs de constater par un exemple nouveau que les cérémonies du culte s'organisaient tout naturellement sous la forme de spectacle.

L'Assomption*, comme de juste, donnait lieu à une représentation plus importante. Aussi bien toute manifestation qui tendait à glorifier la Vierge Marie , devait prendre chez les Yalenciens un éclat exceptionnel. Leur cité, dès la reddition, ne fut-elle pas jilacée par le Roi Conquérant sous l'invocation de Notre-Dame du Puig, qui est restée la patronne du royaume valencien ? N'est-ce point Notre-Dame de la Seu, dont la naïve statue se voit encore dans une rue de ^ alencia, et la confrérie ainsi nommée qui, dès le milieu du quatorzième siècle, instituèrent un hospice spécialement destiné aux prêtres dans le besoin ? Et ne voit-on pas, au début du quinzième siècle, d'abord sous le vocable de Sainte-Marie des Innocents, puis sous celui de Notre-Dame des Abandonnés, se constituer à 1 appel du prédicateur Fr. Juan Gilabert Jofré un groupement, dont l'activité suffît à la double création d'un hôpital — l'hôpital dont on sait le rôle dans l'histoire de l'art dramatique à Valencia

I. D'après Timoneda {Memoria Valentina, Valencia, lôÔQj, c'est en i4i6 que la fêle de l'Assoiiiption fut célébrée pour la première lois à Valencia : « En el ano de mil y quatrocientos y deziseys, â quinze de Agosto se començo de hazer fiesta de la triumphante Assumpcion de nuesira Senora en la Seo de Valencia. Y por ser el primer ario, ipie lue en Sabliado, mandaron que hiziessen Resta tresdias arreo. »

LES ORIGINES. f)

— et d'une association charitable? Pour une foi, capable de pareils élans, c'était, en même temps qu'un devoir, un délassement d'organiser des fêtes religieuses. Les détails font étrangement défaut sur ces fêtes, mais leur existence et leur importance sont attestées par des témoignages irrécusables : l'on sait même que l'usage en remontait à une assez haute antiquité, puisqu'en i439 sur les registres de la cathédrale est indiqué un payement fait à Antoine Dalmau, sculpteur, pour la statue de sainte Marthe qu'il exécute, en remplacement d'une autre statue brisée et détruite « au cours de la représentation qui anciennement a lieu, dans la Seu, de l'Assomption de la glorieuse Vierge Marie* ». Quant à la splendeur du spectacle, qu'il suffise d'indiquer que, pour l'accroître, le Conseil de la cité, par une exception unique, prêtait au Chapitre de la cathédrale le matériel et le vestiaire affectés au cortège de la Fête- Dieu ; et l'on jugera de ce que valait cette concession en prenant maintenant une idée des cérémonies du Corpus.

La Fête-Dieu a éclipsé promptement dans la faveur du peuple valencien les autres fêtes catholiques, même celles, comme la Pentecôte, la Noël, l'Assomption, où une figuration matérielle de l'office du jour ajoutait le plaisir des yeux aux effusions de la foi. La raison de cette popularité, c'est que la fête du Corpus se déroule, pour une bonne part, hors de l'église, dans les rues mêmes de la ville. Elle consiste essentiellement dans une procession, et lorsque, en i355, le cortège sacré fut sur le point de se dérouler pour la première fois dans les rues de Valencia, le héraut municipal fit entendre à tous les carrefours une pro-

I. A. C. V. : Libre de la ohra de la Seu, lo quai comença lo primer dia de maig del amj MCCCC trentanou e feneijc lo derrer dia de ubril del an;/ MCCCC qaaranta. « En la representacio que antiguament se feu en la dita seu de la assunpcio de la gloriosa verge maria ». Publié inexactenienl par Sanchis Sivera, t\'â, n. i ,

lO L ART DRAMATIQUE A VALENCIA.

clamation * qui convoquait à la fête non seulement le clergé et les congrégations, mais tous les habitants sans exception. Il y a plus : en 13-2, Févêque D. Jaime d'Aragon, non content de réunir ce jour-là les paroisses pour une procession générale, en remet 1 organisation aux magistrats municipaux et à quatre notables choisis par eux. Ainsi, la fête du Corpus n'était plus uniquement une cérémonie cultuelle, c était une fête populaire et publique. Elle échappait à l'ombre des sanctuaires et à la tutelle exclusive de l'Eglise pour devenir la chose de tous les citoyens.

Dès lors, le dévelop2:)ement en sera rapide. Un document de i/ioo nous révèle que dans la procession de cette année-là se mêlaient déjà deux éléments dont chacun a une valeur dramatique : c était, d une part, la musique et, d'aulre paît, la mise en scène. En 1/400, les musiciens ne sont plus seulement des joueurs d'instruments à cordes, sans autre déguisement qu'un voile posé sur la tête, comme ceux dont nous parle un document de i38o; ce sont des chantres aussi bien que des insliumentistes ; le chœur, dont le théâtre à ses débuts n'a su presque nulle part se passer, était déjà constitué. Quant à la mise en scène, elle comportait de nombreux accessoires, tels que la tarasque de saint Georges, l'échelle de Jacob, les clefs de saint Pierre; il y avait même une arche de Noé toute dorée avec « quatorze statues entassées à l'intérieur )). Le cortège accueillait aussi des statues, d'abord celles de Noé, de saint Georges, de Jacob, de saint Pierre, de saint Nicolas, de sainte Marguerite, de saint Barthélémy, dont notre document nous révèle l'existence en énumérant leurs attributs, et, en outre, celles de saint Jean-Baptiste, de saint Onofre, de sainte Marie Egyptienne. Mais (et ceci est essentiel), en dehors du chœur et de deux hommes qui représentaient des lions et recevaient un salaire spécial, toutes les fictions que l'on imaginait, étaient mises en œuvre au moyen de statues, jamais au moyen de personnages vivants.

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